‹ La folie chez les enfantsChapitre 15 sur 64 · CLIMATS · texte numérisé non relu

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sur la propagation des affections morbides dont ils sont Torigine n'est ni moins positive ni moins digne de remarque. Elle a autant de formes et autant d'étendue que celle qu'il exercent sur la production et la reproduction des modifications physiologiques des êtres... » Rien de mieux avéré (i) que ce génie des lieux où certaines espèces morbides sont endémiques, à frapper les enfants conçus sous leur empire du mal qu'ils n'ont point eu l'énergie de produire chez les générateurs. L'expérience a montré aux médecins de la Savoie, que les hommes les plus sains qui viennent habiter et se marier dans les lieux où les goitres sont fréquents, peuvent donner le jour à des enfants crétins. Procréent-ils dans d'autres lieux, les enfants naissent exempts de crétinisme. »

Le D'' Dubini (2) confirme le fait: on voit d'après lui, non pas uniquement des parents bien portants, mais des parents crétins avoir des enfants sains, dès qu'ils se transportent dans des localités soumises à de meilleures conditions hygiéniques. Mais on observe aussi le contraire dans le cas inverse. Deux époux piémontais, le mari et la femme, tous deux d'un esprit vif, étant venus demeurer dans une chaumière basse, située au fond d'une vallée d'Aoste où l'air est stagnant,procréèrent des crétins.

Un militaire marié à une femme bien portante habitait Cormayeur ; il y avait eu une nombreuse famille, de bonne santé et de bonne constitution. Il vient se fixer près d'Aoste : il engendre des crétins.

(1) Piorry, de l'hérédité dans les maladies, p. 21, et Portai, considérât, sur la nature et le trait, des mal. de famille.

(2) Dubini, Ga;{. médi. de Paris, 36 série, t. I, p. 50.

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Sous le rapport intellectuel, on sait aussi combien est variable l'action du climat.

Les peuples du midi, remarquables par leur mollesse, leur inertie, leur apathie, ont par contre une imagination vive, mobile et impressionnable qui les pousse à la contemplation et à l'amour du merveilleux, de la fiction. Les climats brûlants paraissent intéresser particulièrement le système nerveux : c'est là surtout qu'on observe le plus fréquemment des affections spasmodiques profondes ; c'est là encore que toutes les maladies tendent à devenir convulsives, et qu'on peut suivre, dans tous ses degrés, cette prédominance de la faculté de sentir sur la puissance du mouvement.

Chez les peuples du Nord, l'intelligence est lente, un peu paresseuse; on constate dans ces climats une extrême fréquence de la scrofule, du rachitisme, qui se développent sous l'influence combinée du froid et de l'humidité. On remarquera ici que l'usage nécessaire des boissons spiritueuses dégénère le plus souvent en abus, engendrant ainsi l'alcoolisme qui entraîne à sa suite les funestes conséquences de la dégénérescence.

On voit donc que le climat joue un rôle, peutêtre effacé, mais dont cependant il est bon de tenir un certain compte. A ce titre nous ne pouvions passer sous silence cette cause pathogénique.

Puberté. — On sait combien grandes sont les modifications de l'esprit, des sentiments affectifs qui frappent la femme à l'époque menstruelle. Or n'est-il pas permis d'attribuer une action spéciale, ^rave même, lorsque ces phénomènes physiologi-

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ques vont se montrer pour la première fois ? N'estil pas à craindre que chez des sujets prédisposés héréditairement aux affections mentales et nerveuseSjla secousse ne soit trop grande, que la nature physique prime la nature morale et n'amène des désordres qui, pour être le plus souvent passagers, n'en sontpas moins redoutables? A cette époque,renfant, marqué au sceau d'une hérédité funeste, prendra presque fatalement une des deux routes suivantes : ou bien il tendra vers l'idiotie, l'imbécillité, le crétinisme, la démence, ou bîen il tendra vers la folie des actes, constituant alors cette classe si nombreuse des raisonnants, de ces individus, véritables névropathes qui sans cesse sur les frontières de la folie appartiennent à la psychologie morbide, êtres bizarres, excentriques, intelligents, quelquefois même, génies, en bien comme en mal. C'est là un fait que M. Jules Falret a mis en lumière avec toute l'autorité qui s'attache à ses travaux.

Il n'est pas d'auteur qui n'ait cité des observations d'affections mentales et nerveuses dont la manifestation avait eu lieu à cette époque de la vie physiologique : Le désordre mental dans lequel la puberté peut jeter la jeune fille n''avait pas échappé à Hippocrate :

« On la voit invoquer les plus grands maux : Les visions lui ordonnent de sauter, de se jeter dans les puits, de s'étrangler, comme étant meilleur et ayant toute sorte d''utilité. Quand il n'y a pas de visions, il y a un certain plaisir qui fait souhaiter la mort comme quelque chose de b on. Au retour de la raison, les femmes consacrent à Diane beaucoup d'objets, et surtout les plus magnifiques de

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leurs vêtements, sur l'ordre des devins qui les trompent, (i). »

Cette crise physiologique ne se présente pas avec les mêmes allures ni les mêmes conséquences chez tous les sujets : « pleine de troubles pour les uns, elle est presque inaperçue chez les autres. Outre les modifications fonctionnelles qui s'établissent dans l'économie,les sentiments affectifs se complètent pour se résumer bientôt dans un seul, qui à l'état de passion amène, dans la vie, un nouvel élément de trouble et (f agitation. C'est à cet âge que le caractère se dessine d'une manière bien nette, que les penchants se prononcent et que Taptitude intellectuelle prend une direction plus déterminée. C'est aussi â cet âge que l'esprit acquiert un nouveau développement ou s'arrête pour s'éteindre dans une trop forte dépense de forces vives, dont on doit au contraire faire provision pour l'avenir. Les jouissances précoces sont énervantes au physique comme au moral : elles dépravent les sentiments, détruisent toute illusion, affaiblissent l'intelligence, et quand elles n'ont pas immédiatement cet effet, elles préparent pour l'avenir des germes d'une caducité prématurée ou d'un délire auquel cet âge prédispose, surtout quand la lutte organicopsychique ne rencontre aucun modérateur. C'est alors que le jugement commence à se former, que l'aptitude intellectuelle s'applique aux diverses connaissances humaines et que l'esprit s'ouvre à cette aspiration vers l'inconnu que stimule une

(i) Hippoçrate, Des maladies des jeunes filles, (œnvres complètes), traduction Littré t. VIII, p. 469- J- B. BaiUière,

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imagination jeune et ardente. C'est là un écueil •qui amène une nouvelle crise non moins terrible que la précédente. On ne se soustrait souvent à l'une que pour subir plus fortement l'influence de l'autre. L'imagination se perd dans le vague, dans l'infini. Après avoir cru, on tombe dans le doute, nous assistons alors au développement de. cette lypémanie misanthropique qui, si elle ne conduit pas toujours dans une asile, empoisonne toujours la plus belle période de la vie (i). »

Qjuand on examine la diversité de caractère qui existe entre les adolescents, on se demande et à juste titre comment des dispositions si contraires peuvent se manifester : pourquoi l'un de ces enfants paraît-il un être privilégié ? Pourquoi la nature semble-t-elle avoir traité l'autre en marâtre ? Pour expliquer ces différents phénomènes, il faut se garder de supposer ici des contradictions dans l'ordre des choses. 11 suffit d'observer la diversité des causes qui ont modifié l'organisme.

Nous l'avons déjà signalé, dans les villes et •dans les capitales, les enfants sont exposés à l'influence de mille causes morales qui tendent à vicier l'organisme par la prédominance funeste qu'elles font acquérir au système nerveux.

Or l'établissement de la puberté estune de celles qui favorise le plus le développement des affections héréditaires. Une menstruation difficile détermine parfois la danse de Saint Guy, l'hystérie, l'épilepsie, la catalepsie et autres névroses.

Esquirol (2) cite l'observation d'une jeune fille qui

(i^ Renaudin, ouv. cit.

v(2) Esquirol, Des maladies mentales^ Paris 1838, t. I, p 66.

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devint folle à l'apparition de ses premières menstrues, « fait qui n'a rien de surprenant si l'on remarque que lors de ces époques, les jeunes filles deviennent tristes, nonchalantes, apathiques, qu'elles versent parfois des larmes abondantes, involontaires, qui calment momentanément leur malaise et leur mélancolie. Quelques garçons se trouvent au moment de la puberté dans un état analogue qu'on ne saurait trop prendre en considération à cause des conséquences qui peuvent en résulter. »

Confirmant les observations d'Esquirol, Marc(i} constate que c'est ordinairement vers l'époque de la puberté que les formes de l'aliénation mentale commencent à se développer. Ce travail même de la puberté,les changements que cette époque d'évolution produit dans l'organisation, peuvent quelquefois devenir la source d'aberrations intellectuelles, telles que la monomanie incendiaire, homicide, suicide,... etc.

Dans une thèse très bien étudiée, M. le D' Rousseau (2) a signalé les phénomènes psychiques normaux et morbides qui se passent au moment de cette transition de l'enfance à l'adolescence. Le travail de la puberté peut, dit-il, provoquer des accidents susceptibles de se traduire par toutes les formes et par tous les degrés des névroses, depuis le spasme et la convulsion jusqu'au délire, jusqu'à la stupeur. De l'exaltation de l'intelligence à la

(I) Marc, De la folie considérée dans ses rapports avec les questions tnèdico-jiidict aires, Paris, 1840, t. I, p. 328.

(î) Rousseau, De la folie à l'époque de la puberté, thèse,. Paris, 1857.

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perversion des actes, il n'y a qu'un pas. Aussi lorsque l'encéphale est le siège d'une excitation permanente, il arrive un moment oij la tension est si considérable que l'orage ne tarde pas à gronder, La goutte d'eau fait alors déborder le vase : tantôt c'est une émotion vive, instantanée, tantôt une cause physique, une chute, un traumatisme quelconque, des habitudes poussées jusqu'à la fureur. Puis l'auteur étudiant le délire dans ses manifestations s'applique à distinguer nettement la période d'incubation de la période de confirmation de la maladie.

Parmi les différentes formes de vésanies que peut revêtir la folie de la puberté, la manie est selon lui plus fréquente que la mélancolie à cette époque. Elle peut, comme nous le verrons, rappeler en tous points la manie des adultes et être continue, intermittente ou rémittente. « Les jeunes gens, dit-il, sont en général loquaces, doués d'une activité incroyable : ils sont portés à la forfanterie, aux bravades : ils veulent tout entreprendre, mais ils commencent beaucoup de choses et n'achèvent rien. Le délire des jeunes filles est moins brillant : elles sont gaies, espiègles, cherchent à fixer l'attention, leur mobilité est excessive, elles passent avec une facilité surprenante du rire le plus extravagant aux larmes les plus abondantes. »

M. Rousseau admet, et avec raison, que la forme religieuse et la forme érotique sont les deux manifestations les plus habituelles de la mélancolie chez les pubères.

A l'époque de l'apparition de cette grande fonction physiologique, on voit donc se développer de

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nombreux troubles dans le système nerveux et retentissant souvent aussi, nous l'avons déjà signalé, sur les fonctions intellectuelles et affectives.

Mais laissons parler les faits : en pareille occurrence leur témoignage vaut mieux qu'une longue dissertation.

Excitation maniaque. — A l'âge de 14 ans, B... jouissait d'une bonne santé apparente ; elle avait de l'embonpoint et tous les signes de la puberté très prononcés. Mais elle n'était pas encore réglée : tous les mois, à chaque époque où elle aurait dû l'être, elle se plaignait de céphalalgie ; elle était inquiète, irrascible, sombre. Bientôt la face s'injectait fortement ainsi que les yeux. Tout était pour elle une contrariété, un motif d'irritation. Elle cherchait dispute à sa mère, l'injuriait, la maudissait, la menaçait et se saisissant d'un couteau se précipitait sur elle ou faisait des tentatives de suicide. Au plus haut période de l'accès, le sang s'échappait par la bouche, par le nez, quelquefois par les yeux ; alors survenaient des pleurs, un tremblement général, des douleurs convulsives dans les membres, des regrets suivis d'un long affaiblissement. A l'âge de 16 ans, les accès de colère furent remplacés par des convulsions hystériques : la maladie diminua progressivement et ne cessa qu'à 17 ans, époque où les règles parurent quoiqu'en très petite quantité (i).

Monomanie innomi7ièe. — Une jeune fille est saisie par la première éruption à l'âge de 13 ans. Onze mois se passèrent ensuite sans que rien ne reparût ; puis trois fois, à intervalles inégaux, le flux se montra. Dès lors on remarqua une loquacité turbulente, un grand changement moral, des soupçons mal fondés, des visions effrayantes, des craintes continuelles, des illusions de la vue l'empêchant de reconnaître sa mère. Enfin le délire éclata. En un an, il y eut 8 accès analogues précédés d'épistaxis et survenant au milieu des règles : ces accès alternaient avec une torpeur et une concentration chagrine (2).

(i) Esquirol, Des maladies mentale-;, Paris, 1838, t. II, p.

(a) Delasiauve, /oK/'H. de mèd. mentale, 1864, p. 262.

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Mélancolie avec douleurs au dos. — Une fille de 14 ans qui n'était pas encore réglée devint mélancolique et taciturne. Cette disposition s'accompagnait de douleurs au dos et à la région pubienne. Quelques mois après être entrée en traitement, elle eut des flueurs blanche's en quantité, et l'état nerveux s'aggrava : parfois elle riait, pleurait, se mettait en colère sans motif et commettait des actes déraisonnables. Tous les symptômes disparurent sous l'influence d'un traitement martial, sans que les règles parussent (i).

Monomanie nutritive. — Une fille d'un tempérament bilieux et un peu mélancolique ressentit à l'âge de 12 ans et demi, quelques douleurs à la région des reins. Les douleurs continuèrent quelques jours. Dès qu'elles eurent cessé, elle fut prise d'une envie de manger du linge qu'elle rendait tel quel par les selles. Elle se cachait pour avaler des bardes, des chiffons, du fil, et n'aimait comme aliment que les fruits crus. Cette envie ne la quitta point. Lorsqu'elle avait passé quinze ou vingt heures sans en manger, elle sentait une vapeur lui monter à la tête, lui causer une douleur insupportable, dépraver le cerveau et bouleverser ses sens. Les règles n'ont jamais paru (2).

Stupeur. — Une jeune fille de 15 ans, chlorotique, réglée depuis 18 mois, éprouvait à chaque époque menstruelle de petites attaques convulsives hystériformes. Après trois mois de traitement, son état paraissait s'être amélioré, lorsqu'à l'époque des règles, les convulsions fiarent remplacées par une espèce d'imbécillité. Immobile sur un lit, pleurant sans cesse, ne répondant qu'avec peine et incohérence, ne demandant rien, ne mangeant et ne buvant que par force, la malade restait étrangère à tout ce qui se passait autour d'elle. Visions plus ou moins érotiques. Une fois les règles reparues, la raison revenait (3).

Manie ckorèiforme. — Un des faits les plus curieux que nous ayons observés des troubles de la motilité sous la dépen-

(1) Lanzoni, Ephem evides German. décembre 3^ année, 5« obs. 223.

(2) De Blégny, Joiirn. de Mèd. année, p. 262.

(3) Brochin, Annal, mèdico-psj>chol., 1857.

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dance de la menstruation est celui d'une jeune fille de 15 ans qui fut atteinte d'une affection choréiforme particulière. A chaque instant, elle exécutait des culbutes. On eut recours sans succès aux médications les plus diverses. La raison de cette jeune personne s'altéra ; elle répondait d'une manière bizarre, incohérente, ou gardait un silence complet. On fut obligé de l'enfermer dans une chambre qu'on fit matelasser, car on en compta jusqu'à 1800 par jour, et dans l'espace d'une heure, elle en fit 120 devant nous. Des bains la calmaient un peu ; mais elle ne fut débarrassée de cette bizarre maladie et de son désordre d'esprit que lorsque les règles se furent établies régulièrement (i).

Manie hy!>tèriqne . — Deux jeunes filles l'une de 12 et l'autre de 13 ans, s'imaginent avoir été ensorcelées par des pommes de terre qu'une vieille femme à qui elles avaient refusé la charité, leur avait données. Elles sont prises de vomissements, de convulsions, de fureur, perdent la parole et se livrent à mille extravagances. Après un fort purgatif administré vraisemblablement dans l'intention de débarrasser l'intestin des substances crues vénéneuses, le délire redouble. Les règles paraissent et aussitôt le calme renaît avec la lucidité (2).

Manie hystèriforme. — Une dévideuse âgée de 12 ans, d'un tempérament nervoso-sanguin, éprouve des gastro-entéralgies, des oppressions, des crampes, la boule hystérique. Sa maladie progresse pendant deux ans, époque à laquelle on note les symptômes suivants : constipation, douleur à la pression abdominale, inégale distribution de la chaleur, fréquence du pouls, hypéresthésie généralisée ; puis délire, hallucinations de la vue et de l'odorat : guérison aussitôt l'apparition des règles (3).

Manie épileptique. — Une fille d'une constitution assez forte avait vu ses règles pour la première fois à 13 ans. Cette évacuation se fit d'abord pendant quelques mois sans trouble,

(1) Brierre de Boismont, Annales médico-psyc/tol,. 1851.

(2) Buisson, Consider. méd. sur 2 cas de tnéd. prat., thèse de Montpellier, 1810.

(3) Girard, Consider. physiologiques et pathologiques sur les affections nerveuses dites hystériques, Paris, 1841, obs 3,

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mais il survint bientôt un dérangement sans cause appréciable. De régulier qu'il était, il devint irrégulier, puis abondant, susceptible de retard, puis de grande fréquence. Après une contrariété de la part des parents, un violent accès de colère éclata et la malade fut prise de délire. On la mena à la Salpêtrière : elle avait 15 ans et prenait subitement des convul- -sions avec perte du sentiment et de connaissance. A force de soins, les règles reparurent et reprirent leur régularité et depuis lors, les symptômes énumérés disparurent insensiblement, et elle semblait guérie. Un an après, pendant une période menstruelle, elle fut prise d'une manie aiguë et quelques jours après mourut strangulée involontairement sur son lit(i).

D'après les observations qui précèdent, on peut voir le rôle qui est dévolu à l'établissement de la puberté dans l'étiologie des affections mentale^, et confirment ce que disait Esquirol dans l'article Folie du grand dictionnaire des sciences médicales, << les troubles de la menstruation sont après les progrès de l'âge une des causes les plus fréquentes de la folie ».

Les observations nous montrent également que les névroses simples, convulsives ou délirantes, peuvent survenir à cette époque. Les névroses menstruelles (2} occupent en réalité une place importante dans la pathologie nerveuse et mentale, et on voit de quelle utilité est la connaissance de ces phénomènes tant au point de vue du pronostic que du traitement.

Onanisme. — Bien que les organes qui établissent la différence des sexes ne présentent aucune réaction psychique dans les premières années de

fi) Labesque, yo«r. hebdomad, t. IV, p. 270. (2) Voir le remarquable traité de Berthier, sur les névroses menstruelles, Paris, 1874.

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la vie, les habitudes, les manières, ne sont pas les mêmes chez les petits garçons et les petites filles. Mais en acquérant avec le temps la connaissance du monde extérieur et de son sexe, l'enfant à peine quelque fois âgé de 2 ou 3 ans, est déjà entraîné à porter une excitation dangereuse vers ses organes génitaux. Plus généralement ces pernicieuses habitudes, résultat soit d'une conformation vicieuse,, soit le plus souvent, de mauvais conseils, de mauvais exemples ou même d'imprudentes recommandations ne se prennent que vers la 9^ ou la 12^ année. Ces penchants, capables de ruiner jusque dans leurs bases les constitutions les mieux assises, sont d'autant plus funestes qu'ils concernent de jeunes, tendres et encore imparfaites organisations. Sous l'influence de l'onanisme, l'aptitude intellectuelle disparaît pour faire place à un hébétement stupide, dont l'imbécillité est le terme ; mais on le sait, « les effets de l'onanisme présentent de très grandes variétés. Il est aussi, notons-le dès à présent, des enfants chez lesquels ce vice ne produit aucun résultat fâcheux. Mais le plus souvent cette funeste habitude se trahit par un cercle bleuâtre des paupières, l'affaiblissement des organes des sens et surtout de la vue, des fonctions digestives, un sentiment de lassitude, l'amaigrissement et surtout un trouble particulier de la circulation.

Ces premiers symptômes sont suivis d'alïections nerveuses, d''épilepsie, et, l'aliénation mentale en est la dernière et triste conséquence. Chez presque tous, le caractère cesse de bonne heure d'être en rapport avec l'âge. On voit disparaître cet enjoué-

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ment qui est le trait principal de la jeunesse, et c'est ce penchant devenu trop irrésistible qui est si souvent le point de départ de perversions atroces dans tous les sentiments affectifs. C'est en cela surtout que la sensibilité est plus profondément lésée et la lypémanie est la forme que le délire affecte le plus fréquemment à la suite de cette cause (i) «, ... J'ai vu, dit Sandras, un enfant de 4 ans, mourir à la suite d'excès de masturbation auxquels il s'était livré, et son frère plus âgé de 3 ans, n'a échappé au même sort que par la surveillance continuelle de son père, et encore est-il demeuré horriblement rachitique et presqu'idiot.

Des exemples analogues ne manquent pas dans la science ; mais même en dehors de ces exemples effrayants, il importe encore de tenir compte des effets de ce vice sur le système nerveux. Presque toujours ceux qui y ont été adonnés restent bizarres, quinteux, mélancoliques : ils ont et conservent tous les attributs des gens nerveux à l'excès, en même temps leur état physiologique a ressenti l'impression de ces déplorables habitudes et toutes les maladies nerveuses trouvent en eux des sujets merveilleusement prédisposés.

Tout cela se comprend malheureusement trop bien. Pendant le temps où toutes les forces naturelles auraient été nécessaires à leur développement ils ont prodigué ces mêmes forces et distrait leur activité nerveuse de son véritable but : aussi prennent-ils une apparence, une encolure

(i) Annales médico-psychologiques, 1846

CAUSHS PHYSiaUliS

qui leur est propre et que l'on reconnaît presque chez tous. Leur constitution générale s^'est détériorée ; leur faciès laisse deviner le vice qui les ronge : la mémoire et l'attention leur font défaut, puis à la longue arrivent tous les symptômes de l'état nerveux qu'on attribue trop souvent à la croissance : « Ces remarques, continue Sandras ne s'appliquent pas seulement aux petits garçons : les jeunes filles qui ont le malheur de tomber dans ce déplorable vice en souffrent peut-être plus encore. Leur tempérament plus faible, leur système nerveux plus impressionnable, en reçoivent de plus rudes atteintes, et on en voit assez souvent qui portent ainsi toute leur vie la peine d'un entraîn-ement irréfléchi pendant leur enfance (i) ».

Une jeune fille à peine âgée de i6 ans, intelligente, laborieuse et douce, mais adonnée à des habitudes secrètes, se jette dans les bras de la religion, espérant trouver dans l'accomplissement des devoirs religieux un frein contre ses passions. Un jour, quittant la table de la communion, elle se persuade qu'elle a communié en état de péché et qu'il y va du salut de son âme. A partir de cet instant, elle a renoncé au travail, passe sa vie à gémir et prend la résolution de se laisser mourir de faim. A tous ceux qui tentent de la consoler, «lie répond en hochant la tête : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi un aussi terrible châtiment ! » Ce n'est qu'en la nourrissant malgré elle qu'on parvint à soutenir ses forces et à pourvoir à sa conservation {2).

Ainsi que nous le disions plus haut, l'onanisme reconnaît deux ordres de causes bien tranchées : les causes physiques et les causes morales.

Parmi les premières nous signalerons comme les

(1) Sandras, maladies nerveuses, t. I, p. 68.

(2) Calmeil.

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plus importantes les divers genres de dartres, certaines inflammations érysipélateuses, l'accumulation de la matière sébacée, le phymosis et le paraphimosis, le développement des ascarides dans le rectum, le genre d'alimentation... etc.

— Les causes morales sont de beaucoup les plus graves : en effet, dans les causes physiques on n'a en quelque sorte qu'à lutter contre un prurit local, il est possible d'écarter le plus souvent la condition de causalité ; mais si au contraire l'onanisme est le résultat d'une dépravation morale, si l'imagination fait en grande partie les frais de la stimulation organique, si l'éréthisme artificiel qui en est le point de départ a son origine dans l'excitation de la sensibilité, si en un mot il est la crise d'une sorte de délire passager, tout porte à craindre alors l'invasion plus ou moins prochaine d'une aliénation mentale qu'une cause occasionnelle suffît pour faire éclater.

Il nous reste à signaler une cause épouvantable, monstrueuse, mais dont on a malheureusement des exemples.

C'est quelquefois jusqu'au berceau qu'il faut remonter pour trouver la cause delà masturbation.

On a vu des nourrices assez libertines pour faire servir leur nourrisson à la satisfaction de leurs infâmes désirs, et d'autres, plus stupides encore que coupables, exciter les organes génitaux des petits qu'elles allaitent dans Tunique but d''apaiser leurs cris quand elles les laissent seuls.

Enfin, chose plus déplorable encore, des enfants ont été corrompus par ceux mêmes qui devaient être les gardiens de leur innocence !

CAUSES PHYSIQUES

Une jeune fille d'une dizaine d'années vivant avec son frère au sein d'une famille des plus honorables, avait été initiée par une domestique à des pratiques odieuses qu'elle enseigna à son frère. Séparés et mis au couvent et au collège, ils menèrent plus tard l'un et l'autre une existence tellement dissolue qu'elle échappe à toute description. Encore jeune, le fils se brûla la cervelle (i).

Ajoutons encordes inconvénients de l'éducation publique en ce qui concerne la contagion du mauvais exemple, enfin l'absence malheureusement trop fréquente de toute éducation religieuse.

Rast, célèbre médecin de Lyon au xviii^ siècle, rapporte l'observation suivante.

Un enfant de 7 à 8 ans, qui instruit par une servante, se pollua si souvent que la fièvre lente qui survint l'enleva bientôt. Sa fureur pour cet acte était si grande qu'on ne put l'en empêcher jusqu'aux derniers jours de sa vie. Lorsqu'on lui représentait qu'il hâtait sa mort, il se consolait en disant qu'il irait plus tôt trouver son père mort depuis quelques mois.

Un garçon de 14 ans est mort de convulsions et d'une espèce d'épilepsie, dont l'origine venait uniquement de la masturbation. Il a connu également une jeune fille de 12 ans qui par cette détestable pratique s'est attiré une consomption avec le ventre gros et tendu, une perte blanche et une incontinence d'urine (2^.

Les observations d'épilepsie sun^enue par suite d'onanisme sont malheureusement trop fréquentes pour qu'il soit nécessaire ici d'y insister. Chacun en a présentes à la mémoire et dans ce travail, nous aurons occasion de signaler l'onanisme, cause étiologique de l'épilepsie.

En i882,leD"^ Zambaco a publié une observation des plus curieuses et des plus instructives sur les

(1) Daily. Société méd. psycholog, séance du 24 juin 1878.

(2) Tissot, ouv. cit. p. 499.

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