INSOLATION
dans de grands détails, l'on voit que de leurs dispositions originelles et du genre d'amusement ou d'occupations qu'elles les déterminent à préférer, se forment directement la tournure de leurs idées et le caractère de leurs passions. » (Cabanis, p. 224). De là aussi chez eux la prédominance des formes maniaques.
Les causes que nous avons à étudier à présent, sont dues à l'intervention d'agents extérieurs dont l'action se trouve soumise à une foule de circonstances particulières. (Prédisposition, constitution du sujet, accidents, état de l'atmosphère, contagion, épidémie... etc. etc.)
Insolation. — L'insolation, plus communément appelée coup de soleil^ peut avoir une répercussion fâcheuse sur le fonctionnement des facultés intellectuelles. Chez l'adulte elle est souvent cause d'un accès de délire aigu, de véritable manie, revêtant une forme spéciale, ayani ses caractères distinctits ainsi qu'on le voit dans la Caleniure, c'est-à-dire un penchant indomptable pour le suicide. Le trouble de l'intelligence paraît être le phénomène qui a le plus constamment et le plus souvent frappé les observateurs de cette affection qui, d'après les symptômes généraux, diffère peu de ceux d'une inflammation aigûe des méninges et du cerveau et ne serait autre chose que l'arachnite ou l'encéphalite des navigateurs, quoi qu'on ait signalé quelques cas exceptionnels où la fièvre faisait absolument défaut.
Mais le coup de soleil proprement dit peut agir et agit d'une manière non moins grave chez l'enfant.
CAUSES PHYSiaUES
Sauvage l'avait signalé à l'attention de ses contemporains : « Carus ab insolatione, dit-il, est omnium sensuum et motuum cessatio, pulsu et respiratione pacatissimis, imo imminutis, artubus omnibus flaccidis, colore tamen et calore remanentibus, quam observari aliquoties mpuerulis qui ad solem diu steterant aut dormierant nec poterant ab hoc sopore excitari ; lethalis toties fuit hic morbus et brevissimus : phlebotomiae repetitœ, frigida capiti admota sine successu adhibita sunt, pulsus erat minime febrilis : secto capite, nil loesi inveni (i) ».
Voici une observation bien curieuse recueillie par un vieil auteur du commencement du siècle dernier (2).
Un enfant de 8 ans qui avait fait des progrès assez considérables dans la langue latine, fut tellement saisi par un coup de soleil durant l'été de 1715 qu'il en perdit toute mémoire. Le froid la lui rendit, et le chaud la lui faisait perdre de nouveau.
On connaît d'ailleurs le rôle important que joue le coup de soleil dans l'étiologie des affections aiguës à forme cérébrale, les méningites en particulier. Nous n'y insisterons donc pas et nous arrivons aux intoxications.
Intoxications. — Suivant leur processus, les intoxications se divisent naturellement en deux grands groupes, les intoxications aiguës et les
(i) Sauvages, Nosologia methodica sistens morhorutn classes gênera et species, jiixta Sjden/iami mentent et Botanicorutn ordinem. Amstelodami, 1763, t. II, p. 445-
(3) L'homme plus que machine, p. 21. Londres, 1748.
INTOXICATIONS
intoxicatiotis chroniques, qui quoique relativement rares dans le jeune âge existent cependant : plusieurs auteurs ont eu l'occasion d''en rapporter des faits curieux: leur action se produit avec une énergie telle que souvent la vie de l'enlant est en péril.
Alcool. Les exemples de délire par suite de l'ingestion de substances ébriantes sont assez rares, cependant Magnan cite le fait d'enfants de 9 et 13 ans qui étaient atteints du vice de l'ivrognerie.
Dans la Lancet du 6 septembre 1884, le Madden rapporte l'observation d'un garçon de 8 ans, entré dans son service avec les symptômes du delirium tremens, auquel il succomba. Fils d'une mère alcoolique, il avait des habitudes de boisson datant de deux années.
Un deuxième exemple du même auteur est celui d'un enfant de 9 ans, fils aussi d'une mère qui s'est livrée aux excès de boisson et lui avait appris à s''enivrer avec de l'eau-de-vie.
Barlow et Connor témoignent de faits analogues. Chez des enfants qui se livraient précocement à de tels excès, outre le délire aigu, ils observèrent deux ou trois fois la cirrhose et l'ascite d'origine alcoolique, à la suite de l'abus de la bière. Tous ces enfants, il n^est pas besoin de le dire, descendaient de parents possédant ces habitudes.
Le Dr Vernay (i), rapporte un cas de convulsions par alcoolisme chez un enfant nouveau-né. Les accidents convulsifs duraient depuis une quinzaine de jours et augmentaient graduellement d'intensité sans que le médecin pût en découvrir la cause, quand il apprit que la nourrice buvait par jour sept à huit verres de vin pur. Il n'hésita pas à voir dans ce fait
(i) Vernay Convulsions par alcoolisme, Lyon médical, 1873. XI, p.440.
P. MonEAU de Tours. Folie. 7
Ç,8 CAUSES PHYSiaUES
l'explication de tous les phénomènes observés. Il suffit, en effet, d'interrompre la lactation pendant six jours et de changer le régime de la nourrice pour faire disparaître les accidents convulsifs.
Soïane'es vireuses : Le fait de l'action de ces poisons sur l'intelligence des enfants a été malheureusement plus d'une fois mis en évidence par des accidents graves, et il n'est pas de médecin, exerçant à la campagne qui n'ait été appelé à donner des soins à de jeunes enfants empoisonnés par les baies de belladone, ou par le datura stramonium.
Les cas relatifs à ces intoxications ont été observés depuis l'âge des ans jusqu'à celui de 14. Avant cette époque de la vie, on ne connaît que l'observation deThore (i).
Malgré la double condition fâcheuse de l'âge: et de la quan,tité de poison, la guérison a été obtenue.
Une petite fille de 14 mois et demi, d'une forte consUtution et d'une bonne santé, avait été conduite, par sa sœur, se promener loin de la surveillance maternelle avec quelques autres enfants. Ceux-ci découvrirent au. milieu d'un jardin, au milieu d'un tas de plantes, des tiges de Datura-stramonium, dont les fruits étaient développés et encore verts. Ils cueiUirent quelques-unes de ces pommes épineuses et les rapportèrent chez eux. La petite fille en saisit une et se mit à en manger une forte proportion. La mère qui ignorait tout ce qui s'était passé, lui donna le sein peu de temps après : aussi fut-elle ét.nnée de la voir aussitôt vomir une partie du lait qu'elle venait de téter et dans lequel se trouvaient des grames blanches en certaine quantité.. En même temps, ellfl remarqua de légers mouvements convulsifs dans les paupières, surtout dans la droite et un état d'agitation qui l'effraya bejracQup. Elle recueilUt à
(') Thore, Annales medico-psycliologiqiies^ 1849, ^I^^' p. 72.
INTOXICATIONS
la hâte quelques morceaux et le fruit de datura-stramonium que l'enfant tenait encore à la main, et elle me fit appeler. J'arrivai immédiatement et je constatai qu'une forte proportion de la capsule avait été enlevée avec les dents et que deux de ses loges étaient presqu'entièrement vides. Il n'y avait pas la moindre incertitude sur la nature du poison et sur la quantité qui avait été ingérée. J'examinai la petite fille qui était dans l'état suivant : pouls petit, déprimé, battant 128-132 fois par minute .: les pupilles sont dilatées largement. Le regard étonné et sans expression, face inje.ctée, agitation continuelle : de temps en temps les membres supérieurs et inférieurs sont agités de secousses brusques et peu étendues. La mère a été frappée surtout du cliangement survenu dans la vision ; son enfant semble privé de la vue, elle ne regarde aucun des objets qui l'entourent et ne fait aucune attention à ceux qui lui plaisent et qu'elle recherchait habituellement. On lui présente mie montre, ses jouets ordmaires ; ils n'attirent pas &@a attention, tandis qiu'au contraire elle paraît à la pomsuite d'obj.ets imaginaires placés à une certaine distance d'elle et qu'elle cherche à atteindre en allongeant à chaque instant ses bras et à saisir avec la main. Elle se soulève même en s'appuyant sur les eô+és de son berceau comm.e' poionr s^'eœ rapprocher plus fadlemeat. Après les secousses convulsives, ell« tonuba dams un état de stupeur pendant lequel les hallucinations ne paraissent point cesser. Tantôt la peau est pâle, tantôt d'un rouge foncé... sous l'influence d'un traitement énergique, elle fut hors de danger dès le lendemain matin, et cinq jours après, il ne restait aucune trace des accidents qu'elle a éprouvés.
« Ce qu'il nous importe le plus de signaler, dit Thore, dans les réflexions que lui suggère cette observation^ c'est l'existence des hallucinations de la vue qu'il est curieux d'o<bserver chez un enfant si peu avancé en âge^ e.t qu'il était facile de constater par les mouvements qu'exécutait cette petite fille.
Elle paraissait, en effet, sans cesse à la recherche d'objets imaginaires placés au devant d'elle. Elle
KO
CAUSES PHYSIQUES
tendait les mains pour les atteindre et s'accrochait aux bords de son berceau pour s'en approcher davantage. Nous venons de faire remarquer que la vision ne paraissait pas s'exercer au moment même où les hallucinations avaient le plus d'intensité. C'est une nouvelle preuve à l'appui de cette opinion que l'intégrité de l'organe auquel se rapporte l'hallucination n'est pas du tout nécessaire pour que cette fausse sensation ait lieu. Il ne nous a pas été possible desavoir si d'autres organes des sens avaient été le siège d'hallucinations soit qu'elles n'aient point existé, soit que les moyens de les constater nous aient fait défaut. »
Dans cesdernières années(i879) le Collin a publié une observation analogue à la précédente (i).
Belladone. — A côté du Datura, se place tout naturellement la Belladone. Les fruits sont la partie la plus dangereuse à cause des méprises funestes auxquelles ils peuvent donner lieu.
En effet, dans leur maturité, ils ont beaucoup de ressemblance avec des cerises ou des guignes, au point que des enfants et même des personnes plus âgées, poussées par la soif, ont été plusieurs fois victimes d'erreurs de ce genre.
On concevra comment de semblables accidents peuvent avoir lieu, quand on saura que ces fruits bien murs ont une saveur douceâtre, fade, il est vrai, mais nullement désagréable.
Dans le nombre des empoisonnements par la Belladone, un des plus remarquables exemples est celui cité par Bulliard (2) de quatorze enfants de
(1) Union médicale, 1879, 6 septembre, p. 379-
(2) Bulliard Plantes vénéneuses, p. 201.
INTOXICATIONS
lOI
la Pitié qui s''empoisonnèrent au jardin du Roi^ en 1773, avec ces baies.
Les effets produits par la Belladone absorbée à une dose toxique, varient non seulement suivant l'âge de l'individu, mais aussi d''après la quantité de poison ingéré. D'après les faits observés, les symptômes sont les suivants : nausées, sécheresse de la bouche et constriction du gosier : céphalalgie, vertiges , éblouissements , dilatation extrême et immobilité de la pupille , amaurose, hallucinations, vue de souris, de rats, délire léger d'abord puis plus intense, ordinairement gai ou marqué par des extravagances, des gesticulations nombreuses et ridicules, des ris immodérés, ou une loquacité intarissable. Quelquefois, au contraire, mais plus rarement, stupeur, hébétude.
Ailleurs on peut assister à un véritable état somnambulique. C'est à tort qu'on a affirmé que le délire produit par la Belladone était toujours gai et ne dégénérait jamais en fureur : plusieurs faits démentent cette assertion.
Boucher (de Lille)('i)dit, dans l'une des observations qu'il rapporte, qu'un enfant fut pris de convulsions et de fureurs telles qu'on avait peine à le contenir.
Murray parle de quatre enfants empoisonnés par des baies qui, en moins d'une demi-heure, furent pris de délire gai et peu après de mouvements convulsifs. L'un d'eux tomba dans un délire furieux avec grincement de dents. La fureur continua même après les vomissements.
(i) Boucher (de Lille), ancien journal de méd. chirurgie, pharmacie, 1766, T. XXIV. p. 310.
IQ2
CAUS£S PHYSiCyj.ES
Hâtons-nous de dire que malgré la gravité des symptômes, l'empoisonnement par la belladone est rarement mortel ; quoique cependant on en ait eu malheureusement trop d'exemples. Les accidents, après avoir duré deux ou trois jours, disparaissent remplacés ou non par un état fébrile éphémère et les malades souvent n'ont pas le souvenir de ce qui s'est passé.
Mandragore. — Bien que cette plante ne soit pas employée de nos jours, il convient pourtant d'en rappeler le souvenir, car elle était fameuse autrefois. Elle était en effet employée par les magiciens et les sorciers pour donner des hallucinations bizarres et troubler la raison des malheureux qui, pour aller au sabbat, se laissaient oindre d'une pommade où elle entrait en composition (i).
Nous en trouverons des exemples lorsque nous traiterons de la démonomanie.
Tabac. — Céphalalgies, vertiges, pâleur de la face, sueurs froides, mouvements difficiles, sensibilité obscurcie avec conscience d'une véritable angoisse, nausées, vomissements inconstants, diarrhée, accélération puis ralentissement des battements du cœur et des mouvements respiratoires , tels sont en quelques mots les phénomènes par lesquels se traduit ordinairement l'initiation à la pipe ou au cigare.
Cependantquoiqu'engénéralles novices en soient quittes pour une légère indisposition, on a cité des cas de mort après plusieurs pipes fumées coup sur
(i) D'après Cardan, Vier, Porta... et autres auteurs celte pommade était composée avec l'extrait de jusquiame, ciguë, mandragore et pavot, incorporés à de la graisse de porc.
JNTGKICATIOKS
coup. Mais l'influence funeste du tabac se fait surtout sentir à la longue, et se traduit par un affaiblissement de la mémoire.
Fonssagrives va même jusqu'à dire qu'il abrutit l'intelligence.
Certes, il y a sans dt)Trte de l'exagération dans cette appréciation et si l'abus est dangereux, il l'est encore davantage lorsque l'usage a commencé dans la jeunesse.
D'ailleurs il est hors de doute que l'habitude de fumer est nuisible à la santé générale aussi bien qu''à l'intelligence, quand elle est contractée avant l'entier développement du corps, puisqu'elle n'est pas sans porter atteinte aux fonctions digestives, base de tout l'édifice.
Un des faits les plus curieux de l'action du tabac SUT le système nerveux est rapporté par sir C. Hastings (i).
« Un enfant de 13 ans avait depuis 3 ans la passion de fumer, et avait continué de s'y livrer même après le commencement de sa maladie nerveuse. Avant d'avoir découvert ce renseignement, on l'avait infructueusement traité par une multitude de jemèdes, mais dès qu'on put mettre fin à sa pernicieuse habitude, il guérit promptement de ses accès d'épilepsie. »
A maintes reprises, l'attention des hygiénistes a été attirée sur le rôle fâcheux que jouait l'abus du tabac sur le développement des facultés intellectuelles chez les jeunes gens (2). Les statistiques faites à cet égard dans les différentes écoles ne laissent subsister aucun doute.
(1) The Tohacco question. Ga^. médicale de Lyon., 1860.
(2) Voy. P, JoUy, Le tabac et l'absinthe Paris, 1887.
CAUSES PHYSIQUES
Il y a 30 ans déjà que le grand conseil du canton de Berne avait pris en considération la proposition de M. Herbacher, l'un de ses membres, de défendre l'usage du tabac à fumer aux jeunes gens non admis à la communion. Or la première communion chez les protestants se fait plus tardivement que chez les catholiques.
C'est vers l'âge de 16 ans.
On trouvera peut-être cette mesure d'une application difficile en France :
Il ne faut pas se dissimiler que l'extension par trop abusive que prend chez nous l'habitude de fumer, exigerait qu'on y mît une limite, en ce qui concerne les enfants. Rien n'est plus commun aujourd'hui que de rencontrer des enfants de 8, 10, 12 ans avec une cigarette à la bouche. Or, si l'habitude de fumer n'est pas absolument malfaisante pour les adultes, ce qui d'ailleurs n'est nullement démontré, il est hors de doute qu'elle doit l'être pour les jeunes organisations II serait difficile d'empêcher un enfant de fumer, mais il est très facile d'empêcher un débitant de lui vendre du tabac, comme on interdit aux cabaretiers de lui vendre du vin ou de l'eau-de-vie.
En 1855 il y eut une tentative de règlement en France : une circulaire du ministre de l'instruction publique prescrivait de prendre dans tous les collèges et institutions publiques des mesures très sévères contre l'usage du tabac et l'introduction des cigares. Des rapports parvenus au ministère auraient constaté, assure-t-on, que des élèves consommaient 8 à 10 cigares par jour, et que la croissance physique et le développement intellectuel
INTOXICATIONS
de plusieurs de ces élèves s'en seraient trouvés fortement atteints, (i)
Mais, point n'est besoin que le poison soit absorbé directement en nature par les voies digestiveSjpour que l'intoxication aitlieu. Les mêmes phénomènes se produisent également avec tout autant de violence lorque le sujet absorbe les vapeurs délétères.
Une fillette dormant dans une chambre dont son père et son frère infectaient tous les soirs l'atmosplaère deux heures durant, éprouvait des intermittences du cœur et eut une syncope nocturne qui la mit en danger.
Une dame étant attaquée de douleurs liabituelles on lui conseilla, pour les apaiser de remplir trois petits sacs de deux poignées de jusquiame, de fleurs de sureau et d'autres plantes et de se les appliquer sur le ventre et les deux jambes, parties où les douleurs étaient fixées. On posait ces sachets fort chauds et dès que la chaleur était un peu diminuée, on les trempait dans une décoction bouillante faite avec les mêmes herbes pour les appliquer de nouveau. La malade délirait un peu en dormant, de temps en temps ; mais les deux servantes âgées de 15 à 18 ans et qui étaient chargées de réchauffer les sachets et de les appliquer, furent bien plus incommodées. Ces filles n'étaient plus d'accord ; la paix qu'on les obligeait à garder entre elles par menaces ne durait pas longtemps, car toutes les fois qu'elles renouvelaient les fomentations de la même manière, le combat recommençait entre elles, après qu'elles s'étaient attaquées mutuellement par des menaces et des paroles ridicules.
— Chez un apothicaire de Dresde, un tout jeune apprenti avait mis de la graine de jusquiame pilée et renfermée dans un papier sur un fourneau de sable chaud. Le papier ayant
(i) Voir le travail du Dr Rouillard. Effets du tabac sur l'intelligence et en particulier sur la mémoire. L'Encéphale^ année 1886. Voir aussi les discussions à ce sujet à la société Médicopsychologique, à la société contre l'abus du tabac... etc..
io6
CAUSES PHYSIQUES
pris feu par la trop grande chaleur, et la graine de jusquianie s'étant aussi allumée remplit le laboratoire de fumée. Bientôt, la fumée augmentant, elle donna lieu à des gestes ridicules, à des idées singulières chez deux individus qui étaient dans le laboratoire et enfin il ne tarda pas à s'élever entre le premier garçon et l'apprenti une querelle accompagnée de paroles outrageantes, et même une rixe telle que ce premier garçon qui n'était point sujet à la colère, ayant jeté l'apprenti par terre, le traîna par les cheveux, le meurtrit de coups et l'eût assommé si on ne l'eût arraché de ses mains. — Plusieurs années après la guérison n'était pas complète (i).
Benvenuto de Cellini a laissé le récit d'un fait pareil dont il fut l'acteur (2).
L'émanation d'autres substances toxiques peut également donner lieu à des accidents graves.
Delasiauve rapporte, dans une note consultative, l'exemple de deux jeunes garçons et de leur sœur devenus maniaques et pris de tremblement,par suite d'une intoxication lente due à l'inspiration de vapeurs mercurielles.Ce fait donna lieu à des poursuites judiciaires coatre le propriétaire d'un fourneau d'où énaanaient les . moléciiles . malfaisantes : il fut condamné à des dommages et intérêts, conformément à un rapport de MM. Olivier d'Angers, et Roger de l'Orne, concluant à l'existence de l'empoisonnement (3).
Le même cite des cas d'épilepsie due à l'odeur de la renoncule (4).
Deux enfants, dit Tissot, contractèrent cette af-
{i) Dicl^ des sciences médicales^ XXVI.
(2) Benvenuto de Cellini. Mémoires: trad. franc, par Fargasse, t. I, p. 182 et st".
(3) Journal l'Expérience, Décembre 1840.
(4) Actes des curieux de la nature.