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raison d'une préférence morbide, mais uniquement parce que ce genre de mort est plus à leur portée que tout autre. A la campagne les paysans ont peu d'armes à leur disposition, ils ignorent l'asphyxie par le charbon, leurs maisons sont trop basses pour qu'ils puissent s'en précipiter: ils ont recours à l'eau ou à la pendaison, deux moyens d'exécution facile et que l'on retrouve dans toutes les statistiques de suicide de la folie pellagreuse.
« A priori, dit Billod qui a fait de la pellagre une étude magistrale et qu'on consultera toujours avec fruit, a priori, il ne pouvait être douteux que l'organisation frêle et délicate des enfants les prédisposât à l'asthénie qui forme le caractère de Fétat général auquel se rapporte la pellagre, et nous voyons cette donnée confirmée par L'observation et admise par la presqu'unanimité des médecins... Mais il convient pour les enfants de tenir compte d'une influence qui vient s''ajouter à celle de leur jeune âge, c'est celle de l'hérédité.
Nous citerons deux cas de pellagre chez des enfants de 4 et de 5 ans observés par Levacher de la Feutrie. Un cas chez un enfant de 6 ans cité par Brierre de Boismont, un cas chez un enfant de 2 ans, par Marchant.
Quelques chiffres donneront une idée de la fréquence de cette maladie :
Sur 352 pellagreux, Calderini a trouvé :
83 pellagreux au-dessous de 3 ans.
15 » » de 12 à 20 ans.
Sur 1512 pellagreux du grand hôpital de Milan, le professeur Verga signale :
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21 pellagreux de 2 à lo ans.
'J2 » » iQ à 20 ans.
Sur 93 pellagreux de l'asile San Servola, à Venise, le D' Vigna compte :
5 pellagreux de moins de 20 ans.
Sur 75 pellagreux observés par Gintrac on note :
6 pellagreux de 11 à 20 ans (i). »
On voit par ces tableaux que la fréquence de cette affection doit, dans certaines contrées, la faire entrer comme un facteur important des causes pathogéniques des maladies mentales :
Phtisie. — « La phtisie, peut, en vertu de la loi d'hérédité transformée, disparaître chez les enfants et être remplacée par une affection mentale ou nerveuse. »
Cette conclusion est celle à laquelle nous avons été amenéà la suite d'un travail que nous avons publié il y a dix ans (2) ; il nous a été donné à maintes reprises d'en vérifier l'exactitude. Depuis cetteépoque, nous avons recueilli de nombreuses observations venant à l'appui de la thèse que nous soutenions alors. Cette question est trop importante pour que nous ne la reprenions pas avec quelques détails :
Lorsque chez un individu atteint d'aliénation mentale, (ce mot pris dans son acception la plus compréhensive) indemne de toute lésion pulmo-
(1) BiUod. De la Pellagre, Paris 1865, p. 228 et si^s. Vict. Masson. édit.
(2) Des rapports de la phtisie pulmonaire avec l'aliénation mentale an point de vue de l'étiologie. (AbeiUe médicale, 2 janv. 1877 et u»» suiv*»).
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naire bien et dûment constatée, on ne trouve aucune autre hérédité que la phtisie, on peut être en droit à voir dans ce fait, non pas une simple coïncidence, mais une relation véritable entre les deux affections.
Tout d'abord disons qu'il est un point qui a priori semble ne devoir soulever aucune objection ; il ne répugne pas, en effet, à l'esprit d'admettre que les quatre grandes diathèses principales (phtisie, cancer, scrofule, syphilis) dont souffre une- grande partie de l'espèce humaine, amenant à la longue une cachexie physique, ne retentissent également sur les facultés intellectuelles et n'engendrent à leur tour une véritable cachexie morale.
Ce que l'on observe dans la phtisie semble donner raison à cette hypothèse et sans qu'il soit besoin de les rappeler ici, il n'est pas de médecin qui n'ait été frappé des troubles psychiques que présentent les malheureux phtisiques soit dans le cours, soit surtout à la fin de leur maladie, alors que l'affection tuberculeuse est à son apogée. Evidemment il faut admettre chez eux une altération quelconque de l'élément nerveux central causé par l'affection pulmonaire.
Cette opinion est loin d'être nouvelle : beaucoup d'exemples prouvent qu'une lésion organique du poumon peut influencer le cerveau de manière à simuler une affection nerveuse ou mentale dans sa forme la plus pure. Dans l'état actuel de la science il ne nous est plus permis de douter que plusieurs affections cérébrales ne puissent être produites par des maladies de poitrine.
Dans l'âge adulte, l'homme aux prises avec les
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difficultés de la vie, en luttes sans cesse renouvelées soit pour la création de ce qu'on nomme une position sociale, soit simplement pour subvenir aux besoins matériels de son existence, est soumis plus qu'à tout autre moment de son existence, aux influences dont l'action porte sur les centres nerveux. Qu'y a-t-il donc d'étonnant que le cerveau ébranlé par tant de soucis et de tracas devienne alors le siège de lésions variées auxquelles il avait échappé dans l'enfance, et que l'on voit apparaître dans l'aliénation ?
Il n'est personne qui n'ait été frappé du caractère bizarre que présentent non pas seulement les individus atteints de phtisie déclarée, mais encore les prédisposés à la tuberculose. « On remarque, dit Staub (i) dans l'enfance une prédominance du système nerveux aux dépens des autres systèmes. De là intelligence précoce, grâce et gentillesse de l'esprit, de là aussi impressionnabilité exagérée, qui exalte passagèrement les diverses fonctions de compositic^n et de décomposition, provoque des besoins, des désirs, éveille l'instinct générateur avant l'âge voulu, allume des irritations perpétuelles. Lors de l'adolescence, la plupart des caractères ci-desgus, ^devenus plus saillants, la prédominance nerveuse est encore beaucoup trop marquée, la sphère intellectuelle est très active, mais lesujetsefatigue avec facilité au moral et même au physique. C'est là, en effet, un caractère capital : un phtisique déclaré a une activité dévorante : il touche à tout, s^occupe de tout, saisit une idée
(i) Staub. Thèse de Strasbourg, 1835.
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au vol, la poursuit avec ardeur pendant quelques temps, pour l'abandonner bientôt et s'adonner avec autant de fièvre à une autre recherche nouvelle : puis, à cette époque, que l'on peut sans crainte appeler période d'excitation, succède une période d'affaissement moral et physique, de véritable collapsus.
Cet homme hier si entreprenant, si audacieux, si actif, tremble, hésite à faire un acte des plus simples : il n'a plus de volonté : il a peine à sortir de son fauteuil pour vaquer à ses affaires. On dirait que le système nerveux surexité a donné tout ce qu'il pouvait, qu'il est épuisé actuellement et qu'il a besoin de se refaire. Cet état dure peu, si peu même parfois qu'il passe inaperçu, on se contente de dire autour de la personne... X a trop travaillé ces jours-ci, il est fatigué, il se repose. Mais bientôt on voit le phtisique redevenir ce qu'il était avant, repjendre sa vie agilée jusqu'au jour où, terrassé, il tombe pour ne plus se relever.
Si d'une manière générale, l'hérédité dans les maladies n'a plus besoin d'être démontrée, il n'en est pas de même lorsqu'on s'occupe de son mode de transmission. Tout le monde est d'accord cependant pour reconnaître que la maladie transmise peut être celle-là même dont étaient atteints les ascendants : c'est l'hérédité directe, Thérédité la plus simple à laquelle nous n'avons pas à nous arrêter. Mais ce qui est moins généralement admis, c'est que l'affection peut revêtir une forme nouvelle en passant à une autre génération : ainsi les ascendants peuvent très bien ne pas avoir été aliénés et avoir transmis une prédisposition héréditaire qui
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s'accroît, s'accumule de génération en génération et finit par revêtir la véritable lorme de l'aliénation. Les enfants des phtisiques ne deviennent pas tous forcément et fatalement phtisiques : seulement ils ont hérité d'un système nerveux plus impressionnable, d'un appareil pulmonaire plus apte à contracter la maladie : les causes les plus variées peuvent agir sur eux et produire des effets qu'elles ne produiront pas chez ceux qui n'ont pas reçu ce fatal héritage.
L'éducation, le tempérament, l'âge, le sexe.... etc., peuvent jouer un rôle important et même faire dévier dans un sens ou dans l'autre la transmission des éléments morbides. Il y a des degrés dans la prédisposition héréditaire et c'est dans la différence même des organismes qu'il faut rechercher ces différences dans l'hérédité : et l'un de nos plus brillants professeurs de l'école de Paris, le professeur Piorry dans sa thèse de concours,résume en peu de mots les idées émises par ses devanciers : « on admet généralement que certaines affections dont les parents étaient atteints, peuvent se transporter des pères aux enfants en prenant une forme nouvelle, en se modifiant de telle sorte qu'elles offrent chez les seconds un aspect tout différent de celui qu'elles avaient chez les premiers. »
Mais aussi, nous l'avons dit plus haut et nous ne saurions trop le répéter, nous croyons devoir faire la part la plus large à l'hérédité, et, fort de l'appui des auteurs les plus compétents en pareille matière, nous affirmons que les altérations organiques diverses donneront lieu chez les descendants
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à des maladies nerveuses et que toutes les diathèses peuvent faire souche de névropathies.
On peut donc se demander maintenant s'il y a lieu de regarder la production de l'aliénation mentale chez les descendants comme étant la transformation d'une affection tuberculeuse chez les ascendants. Or, d'après la manière dont nous comprenons l'hérédité, nous répondrons sans hésiter par l'affirmative. Pour nous un phtisique peut engendrer un névropathe ; et en cela nous allons plus loin que Clouston, médecin de l'asile royal d'Edimbourg, qui d'après des recherches statistiques, s'est cru autorisé à conclure « ou que la phtisie est plus fréquente parmi ceux qui ont une disposition héréditaire à la folie, ou que la folie a de la tendance à éclater chez plus d'un membre d'une famille où il y a prédisposition à la phtisie. «
Passons rapidement en revue quelques-uns des faits principaux qui militent en faveur de la thèse que nous soutenons : et tout d'abord signalons le caractère tout spécial des phtisiques.
La vie de l'homme se compose de plusieurs périodes et chacune d'elles est marquée par l'activité prédominante de certaines fonctions. Il est donc naturel, qu'en vertu de la loi d'hérédité, la plupart des maladies auxquelles nous sommes prédisposés, attendent pour se développer ce moment d''évolution de nos organes, et que ce soit presque toujours à l'époque de cette plus grande énergie de nos fonctions que ces symptômes morbides apparaissent sous la cause la plus minime, la plus insignifiante.
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Cette proposition est d'autant plus vraie, qu'on se trouve en présence d'un individu de souche névropathique (et les phtisiques sont dans ce cas ainsi que nous allons le démontrer.) Chez ce sujet, il faut admettre une disposition nerveuse manifeste, sur laquelle comme sur un terrain propice peuvent germer et se développer la plupart des névroses, à quelqu'ordre qu'elles appartiennent : c'est ainsi quenous voyons dansl'enfance se montrerl'épilepsie, les convulsions par cela même que le système nerveux tient pour ainsi dire sous sa dépendance, tout le reste de l'économie..
Dans l'adolescence, on assiste au développement, mais beaucoup plus énergique,, des mêmes phénomènes.
Cet état n'est pas la folie, mais il la frise de bien près ; il en est en quelque sorte la période prodromique.
Or, qu'un tel homme devienne père : quel sort attend ses descendants .? Une double prédisposition morbide les menace également : l'une physique, l'autre psychique : qu'y a-t-il d'étonnant dès lors que sous l'influence d'une égale prédisposition à la tuberculose et à l'aliénation, cet enfant se trouve par suite de l'éducation qu'il aura reçue, des soins dont il aura été entouré, préservé de l'une aux dépens de rautre .? Nous avons vu en effet que l'une des causes de névropathie chez les enfants tient au mode d'éducation, à leur manière de vivre, aux soins dont ils sont l'objet. Par cela même qu'on les sait malades ou prédisposés à le devenir, on vent écarter ce fantôme, et alors il n'est rien qu'on ne leur passe. Or il peut arriver que, dans le
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cas qui nous occupe, on ait arrêté le germe du développement de la maladie physique, mais aggravé la prédisposition psychique.
L'enfant se trouve alors sous le coup d'une hérédité névropathique et rentre dans la loi commune que nous indiquions plus haut.
En second lieu, nous croyons pouvoir nous appuyer sur les recherches statistiques que nous avons relevées soit dans le service des aliénées à la Salpêtrière , soit dans l'Etiologie de l'Epilepsie (1).
Sur 44 enfants nous avons trouvé 10 fois des antécédents phtisiques.
54 adultes hommes 8 fois.
269 » femmes 34 fois.
Sur 367 sujets dont nous avons pu obtenir des renseignements précis, ont été frappé d'aliénation, or sur ces 53 malades^, on trouve l'hérédité venant
du père
19 fois.
» mère
» grand-père
» grand'mère
» sœurs
» frères
» tantes
» oncle
» cousins
(ij Moreau de Tours. Etiologie de l'èpilepsi.c cl des indications que l'étude des causes peut fournir pour le travail de cette maladie. Mémoire couronné dans la séance publique de l'Académie de médecine, le 14 Décembre 1852. Paris, J. B. Baillière, 1854.
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Si nous avons 8 1 fois l'hérédité répartie sur 53 malades, cela tient à ce que souvent un seul sujet compte deux ou plusieurs antécédents. Enfin si l'on recherche quelles ont été les formes qu'a revêtues
la maladie,
L'épilepsie se montrera 23 fois.
La folie névropalhique 9
La stupeur 3
].e délire de persécution 5
La mélancolie 5
La paralysie générale 2
L'idiotie 2
L'excitation maniaque 2
La manie raisonnante i
La scrofule i
De ces tableaux, il résulte que c'est Tenfance qui est le plus fréquemment atteinte, ce qui se conçoit aisément si Ton veut bien se souvenir de ce que nous disions plus haut à propos du caractère des enfants nés de parents phtisiques.
Puis viennent les adultes et parmi eux les h) n n es occupent le premier rang.
Q.aant au type revêtu, nous voyons que ce sont les névroses proprement dites, épilepsie, hystérie, qui frappent le plus grand nombre de sujets, conformément, pourrions-nous dire, à une espèce de loi en vertu de laquelle, parmi les influences héréditaires qui amènent l'épilepsie, l'avantage du nombre est du côté de la phtisie.
En résumé etpour conclure, si l'on admet avec la majoritédes auteurs l'hérédité dans son sens leplus étendu, ainsi que la possibilité qu'ont certaines affections de se transmettre des ascendants aux descendants