SCROFULE
en subissant une sorte de transformation, la question se trouve résolue naturellement par l'affirmative, et l'on pourrait répéter sous forme d'aphorisme la proposition que nous émettions au début de ce chapitre : « La phtisie chez les parents peut en vertu de la loi d'hérédité transformée disparaître chez les enfants et être remplacée par une affection mentale ou nerveuse. »
Choisis parmi les différentes formes de délire, les exemples suivants ne renferment que ce qui est nécessaire à l'exposé du sujet.
H. P. . 15 ans, entre à la Salpêtrière, service de Moreau de Tours, en 1872. Manie hystérique. Plusieurs tentatives de suicide, impulsions soudaines. Etat cataleptique survenu subitement, sans provocation. Cet état est caractérisé par la raideur tétanique et la conservation de l'attitude qu'on donne au membre. Extase, fixation constante des yeux vers un point du ciel.
Père et grand-père morts phtisiques : aucune autre hérédité dans la famille.
M... 14 ans. Manie raisonnante, plusieurs tentatives de suicide, ne se plaît qu'à jeter le désordre autour d'elle, accumule mensonges sur mensonges et ne fait aucune difficulté d'avouer la fausseté de ses allégations quand on lui démontre qu'on n'est pas dupe de ses histoires. On n'a jamais pu la garder dans aucune pension à cause de son caractère brouillon et malveillant. Les parents, après avoir épuisé tous les moyens, ont dû se résoudre à la. placer à la Salpêtrière.
Dans les premiers jours de son entrée, elle se tenait assez convenablement, mais bientôt le caractère reprit le dessus et M... était une cause incessante de trouble et de désordre dans la section.
Tous les ascendants maternels sont morts phtisiques.
Scrofule. — Tout le monde connaît l'aspect que présentent en général les scrofuleux. Le tronc et
CAUSHS PHYSIQUES
les extrémités n'offrent pas un rapport proportionnel : la tête est trop forte, les membres sont mal attachés à un corps débile, trop long ou trop court; ils n'ont pas leur longueur ou en ont une trop longue, les articulations sont généralement trop volumineuses : souvent la ligne médiane n'est pas au milieu du corps : chez quelques-uns, la poitrine est en arrière : les côtes sont tordues, le sternum fait saillie en avant, en haut, etc. Nous n'avons pas à revenir ici sur le portrait de ces infortunés dont nous avons fait une étude complète dans un autre ouvrage (i). Nous voulons seulement rappeler que chez les individus de cette catégorie, les intelligences anormales, les troubles intellectuels, sont la règle. Chez eux, à côté de facultés brillantes de l'esprit, on remarque Tidiotisme, dans le caractère, l'irascibilité et la mansuétude, le désir immodéré des rapprochements sexuels ou la frigidité la plus absolue (2). La turbulence constatée chez les rachitiques d'un âge peu avancé, demande à être surveillée. D'après ce que nous avons dit, il est démontré que les individus chez lesquels il existe des diathèses scrofuleuses et rachitiques, à titre de simple manifestation héréditaire, soit des maladies confirmées, sont dans des conditions d'organisation et de vitalité, au double point de vue physique et moral, analogues, sinon identiques à celles des idiots et des imbéciles. Le rôle de ces affections au point de vue de l'étiologie des maladies mentales est indéniable et mérite ici
(1) P. Moreau (de Tours) Fous et Bouffons. Paris, 1885, J. B. aillière et fils.
(2) Bazin. Revue médicale, 1856-1877.
ARTJJRITISMB 12)
d'être signalé à ^attention, en vue du traitement prophyllactique qu'on devra instituer.
Arthritisme. — Le rhumatisme peut se traduire par des troubles nerveux généralement de nature très grave, surtout chez l'adulte.
Ce phénomène n'avait pas échappé à l'observation méticuleuse de Lorry: « ... Sic arthritis quae rheumatismi formam irregularem sibi sumit leviori de causa, et artus unde quaque discruciat, in subito et inopinato animi pathemate saepe apoplexiam atque phrenitidem mentita est lethum inferens. Grave quidem illud et lethale; at quîecumque causa exarserit^ non raro contigit ut vi rapidà delatum virus arthriticum, autaGrealiudquodcumque, dum vitam non perimit, longos craciatus attulerit, aliquando perpetuos , aliquando periodice etiam tolerandos atque redivivos ; et aliquando, quod pejus est, fixum et stabile malum induxerit, deliriiaut potius insaniœ formam aut melancholiîe indolem sibi assumens (i)...
Le rhumatisme cérébral qui frappe l'adulte, peut également atteindre le jeune âge, mais comme le font remarquer judicieusement MM. Picot et D'Espine(2) c'est le plus souvent par les manifestations de la chorée qu'il traduit son action sur l'encéphale ou la moelle. Tantôt c'est une chorée simple, tantôt c'est par des convulsions choréiques venant se mêler à d'autres accidents nerveux. La coïncidence
(1) Lorry De prœcipuis morhorum niiitationihus et coiiversionihus... Parisiis 1784, p. 379.
(2) D'Espine et Picot. Manuel des maladies de l'enfance^ 3° édition. Paris, 1884, J. B. Baillière et fils.
CAUSES PHYSIQ.UES
de ces deux affections est assez fréquente pour que quelques auteurs aient regardé la chorée comme étant toujours une manifestation de la diathèse rhumatismale. Cette opinion est peut-être par trop exclusive, car bien souvent la chorée, ainsi que nous le verrons, s'observe en dehors de tout phénomène morbide du côté des articulations ou du cœur, mais il n'en est pas moins vrai qu'elle est assez commune chez les enfants rhumatisants et qu'elle se développe assez souvent quelques temps après une attaque de rhumatisme articulaire ou même pendant le cours de cette attaque. Des faits nombreux, rapportés principalement par les médecins Anglais et en France par G. Sée, Trousseau (i), Henri Roger... l'établissent d'une façon incontestable. D'après les chiffres recueillis par Roger et West, la chorée est d'origine rhumatismale dans le tiers des cas.
Dans le cours d'un rhumatisme aigu compliqué en général d'une affection cardiaque, l'enfant peut être pris de délire, quelquefois d'hallucinations : puis les yeux, la face, les membres deviennent le siège- de mouvements désordonnés qui se continuent jusqu'à la mort, ou si la maladie se termine favorablement, persistent quelquefois après la disparition des autres accidents nerveux. Cette variété chronique du rhumatisme cérébral guérit plus souvent que les autres, mais elle peut laisser après elle un affaiblissement momentané de Tintelligence.
(i) Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dieu,']^ édition, Paris,i885, tome II p. 8i6.