‹ La folie chez les enfantsChapitre 27 sur 64 · PNEUMONIE · texte numérisé non relu

PNEUMONIE

mener des sinapismes sur les membres inférieurs et appliquer un vésicatoire à la nuque. Cette médication eut lieu sans que le malade accusât la moindre sensibilité. Nous portâmes un pronostic très grave.

Après être resté quinze heures dans cet état, le malade re- •couvra tout à coup la connaissance, n'ayant aucune idée de ce qui s'était passé. Il interroge sur ce qu'il éprouvait derrière les oreilles, à la nuque, aux membres inférieurs. On lui apprit que c'était le résultat des sangsues, des vésicatoires, des sinapismes, La douleur de tête avait cessé. Il dormit tranquillement pendant quelques heures et à son réveil demanda à manger ; la fièvre avait à peu près disparu. Une légère érupti:n de petite vérole se montra et suivit son cours II n'y avait eu aucune affection cérébrale.

Pneumonie. — Les accidents nerveux graves, au début de la pneumonie indiqués déjà en 1823 par Léger, ont été étudiés d'une manière remarquable en 1853 par Rillet et Barthez, et tout récemment (1884) M. Saubost en a fait le sujet de sa thèse inaugurale (i).

Les accidents nerveux peuvent se présenter sous deux aspects bien différents et constituer deux formes assez distinctes de pneumonie cérébrale : la forme éclamptique caractérisée par des convulsions et la forme méningée dans laquelle la somnolence ou le délire sont les principaux symptômes : on voit souvent ces deux formes réunies.

Les convulsions ne présentent rien de particulier et ne diffèrent pas de celles dont nous avons donné la description au § Convulsions . De même en est-il du délire. Notons seulement que chez les enfants au-dessus de 5 ans, l'agitation et le délire,

(i) Saubost, Accidents cérébraux au début de la pneumonie che^ les enfants^ Paris 1884.

CAUSES PHYSIQ.UES

surtout la nuit, peuvent remplacer la somnolence ou le coma ou alterner avec eux.

Le délire se manifeste surtout la nuit et n'est pas de longue durée. Ce n'est habituellement qu'un délire de paroles, complètement différent du délire fur.eux de la méningite aiguë qui ne cesse que pour laicser l'enfant dans le coma.

Fièvre Typhoïde. — C''est surtout à la suite des fièvres typhoïdes graves que l'affaiblissement des facultés cérébrales peut être porté jusqu'à i'obnubilation plus ou moins profonde de l'intelligence.

Les phénomènes cérébraux que l'on observe alors offrent un singulier mélange de torpeur et d'agitation hallucinatoire qui les ferait à juste titre ranger parmi les aliénations demi-stupides de Delasiauve.

Les convalescents ont oublié une partie de ce qu'ils savaient, leurs conceptions ont moins d'énergie, ils apprennent avec difficulté et il faut un temps assez long avant qu'ils ne retrouvent leur niveau intellectuel. Chez certains sujets cette disposition peut se présenter avec un caractère beaucoup plus accentué, et prendre tous les traits de la démence.

Une fille de 13 ans, pleine d'intelligence, à la suite d'une fièvre typhoïde grave, était devenue comme idiote. Elle avait la parole traînante et niaise, adressait à tout le monde en larmoyant des interrogations enfantines, avait oublié les noms de ceux qui l'entouraient, était devenue gâteuse, se barbouillait de matières fécales et cherchait à en manger (L. V. Marcé).

Sauvet (i) a publié une observation analogue.

(I) Sauvet, Annales Meuii:c-J>sj'c/iologiques,i84'y, T.VI, p. 223.

FIÈVRE typhoïde

A côté de cette forme se rencontre le délire maniaque avec ou sans hallucinations. Il peut être continu ou intermittent et offrir au milieu du délire général quelques idées prédominantes.

Un enfant de 9 à 10 ans fut pris de délire maniaque dans les premiers jours de sa convalescence d'une fièvre typhoïde très grave, à laquelle il faillit succomber. La fièvre avait complètement cessé : il vociférait, jurait, criait à chaque instant du jour. On le baigna plusieurs fois, on lui épongea la tète avec de l'eau froide, on le nourrit et au bout de quinze jours il recouvra la raison. (Max Simon) (i).

Au lieu de porter sur l'ensemble des facultés intellectuelles qu'il excite au suprême degré pathologique, dit Marcé, le délire consécutif à la fièvre typhoïde peut être partiel et présenter tous les caractères de la monomanie.

Tantôt ce sont de simples idées fixes, non systématisées, venues au hasard et n'entraînant avec elles aucune conséquence logique, ainsi que Louis l'a observé deux fois.

Tantôt, la monomanie est plus complète et plus accusée, et, par une particularité bizarre, est souvent caractérisée par des idées ambitieuses. Leudet (2) a cité l'observation d'une jeune fille dont le délire était des plus francs.

Thore a signalé l'existence des hallucinations pendant la convalescence de la fièvre typhoïde chez les enfants.

Le fait avait déjà été relevé chez les adultes par Abercrombie, Moreau (de la Sarthe), Rayer, Marotte.... etc.

(1) M. Simon. — Journil des connaiss. mèd. cliirurg. Août

(2) Leudet, Annales médico-psjchologiques, 1850.

CAUSES PHYSIQUES

S. . âgée de ir ans, est atteinte d'une fièvre typhoïde qui suit un cours régulier. Au début de la convalescence, une nuit, elle se réveille en poussant des cris affreux. Elle voit des hommes qui entourent son lit, écartent ses rideaux, la menacent par leurs cris et prennent les figures les plus effrayantes. Elle tombe dans un état d'agitation extrême et lien ne peut la calmer. Thore la voit le matin de très bonne heure : elle est encore sous l'impression de ses hallucinations de la nuit ; ses yeux sont hagards ; elle est fort agitée et exige qu'on ne la quitte point i;n instant. Elle est d'ailleurs sans fièvre. On attribue cet état à l'impression que plusieurs de ses petites camarades lui ont faite la veille en lui annonçant brusquement la mort d'une de ses amies, qui, en effet, venait de succomber à l'épidémie qui régnait alors. Depuis la convalescence a suivi son cours normal et les hallucinations ne se sont plus reproduites.

Un autre enfant, un garçon de 14 ans, accuse une douleur très vive dans le genou droit. Il croit voir et entendre des individus qui le menacent ; il s'agite beaucoup, prétend qu'il n'a plus de jambe et demande à chaque instant qu'on la remplace par une jambe de bois : il dit qu'il faut aller à Paris pour lui en rapporter une. Il parle souvent de lui à la 3^ personne. 8 jours après, il prétend toujours que sa jambe droite est coupée et veut absolument qu'on lui donne une jambe de bois. Il a encore eu des hallucinations dé la vue. 13 jours plus tard, la douleur du genou a cédé à l'application de vésicatoires et avec elle ont disparu les illusions.

Jusqu'à cette époque, l'enfant était très gai et d'une exaltation très grande dans ses jeux, il était du reste bon envers ses camarades, son père, sa mère.

Chez ce malade il est à remarquer la coexistence des hallucinations et des illusions.il est également à noter que ces hallucinations ont eu lieu vers le déclin delà maladie, alors que les phénomènes les plus graves avaient cédé et que la convalescence était prochaine. Elles n'ont ajouté aucune gravité au pronostic et se sont dissipées spontanément.

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