FIÈVRES INTERMITTENTES
Sans vouloir entrer dans la recherche des causes de ce délire, disons cependant qu'il faut l'attribuer le plus ordinairement à l'anémie cérébrale. Les conditions dans lequel il a éclaté, l'heureuse action d'un traitement reconstituant et tonique, justifient cette manière de voir.
Peut-être aussi faut-il, suivant Jaccoud, joindre à cette influence, celle de l'altération qualitative du sang. Dans la fièvre typhoïde, par exemple, il est évident que la lésion des glandes de l'intestin doit amener dans le sang des modifications qui peuvent être pour quelque chose dans la production des troubles cérébraux.
Fièvres intermittentes. — De nombreux auteurs ont appelé l'attention sur l'influence de la fièvre intermittente dans l'étiologie du'délire. Sydenham est le premier qui ait nettement accusé cette cause. « C'est, dit-il, une sorte particulière de manie qui dégénère en stupidité (i). » Depuis, Nepple (2), Aubanel et Thore (3), Griesinger (4), Sébastian (5), Baillarger (6), Moreau de Tours ont à maintes reprises signalé l'effet produit par cette affection.
« Chez ces malades, dit Marcé résumant les tra-
(1) Sydenham. Médecine pratique, trad. de Jault, p. 829.
(2) Nepple Traité sur les fièvres rctiiittentes et intermittentes Paris 1835.
f3) Aubanel et Thore. Statistique de Bicêtre.
(4) Griesinger. Traité des mal. mentales^ trad. par Doumic, Paris 1868.
(5) Sébastian. Remarque sur la manie et la mélancolie comme conséquence des fièvres intermittentes.
(6) Baillarger. A'^D^iT sur la folie à la suite de fièvre intermittente (Annales Médico-psychologiques, 1843.)
CAUSES physiqx:es
vaux de ses devanciers, la folie éclate le plus souvent pendant la convalescence de la fièvre intermittente; quelquefois cependant, la fièvre intermittente se transforme en accès régulier de manie ou de mélancolie qui finirait par perdre le caractère intermittent pour devenir continu. De toutes les formes.observées, la stupidité est la plus fréquente, et on semble disposé à en trouver la cause anatomique dans un oedème cérébral analogue aux infiltrations séreuses qui accompagnent la cachexie paludéenne. »
Voici une curieuse et instructive observation de Sébastian (i).
Le 14 novembre 1847, je fus appelé auprès d'uue petite fille âgée de 3 ans atteinte de fièvre intermittente. Sa constitution est excellente et son intelligence au-dessus de son âge.
Le premier accès eut lieu vers la fin du mois dernier et revêtit le type quarte. Ce type ne tarda pas à se transformer en type tierce et enfin la fièvre devint quotidienne.
Le 9 septembre, pour la première fois, l'accès s'accompagna de convulsions qui se renouvelèrent tous les jours suivants avec beaucoup d'intensité, et le 14, je la vis en proie à de violents mouvements convulsifs pendant un accès de fièvre.
Aussitôt l'accès terminé, je lui administrai 4 décigrammes de sulfate de quinine à prendre en deux fois et la fièvre fut définitivement jugée ainsi que les convulsions qui l'accompagnaient. Mais, chose remarquable ! avec la fièvre s'éteint l'intelligence. La mémoire est suspendue, un sourire niais, hébété erre sans cesse sur les lèvres de la petite malade ; parfois elle se balance machinalement avec son corps à l'instar des idiots, étend les bras, se jette en avant en poussant des cris inarticulés, ses yeux sont hagards ; de très propre qu'elle était auparavant, elle devient sale et dégoûtante, au point de lâcher ses excréments sous elle. Jadis elle babillait sans cesse et était remplie d'amabilité, maintenant elle ne dit mot, ne regarde
(7) Sébastian. A;i;;ii/ci médico'-psrchologiqites, 1840.