‹ La folie chez les enfantsChapitre 35 sur 64 · VERS INTESTINAUX · texte numérisé non relu

VERS INTESTINAUX

présente tous les caractères de l'épilepsie. Quarante cinq crises semblables se succèdent rapidement.

Le lendemain éclate un accès de manie qui dure deux jours. On constate à diverses reprises la présence de larves dans le mucus nasal. Ou n'hésita pas alors à admettre que la maladie convulsive avait été causée et entretenue jusqu'alors par des larves développées dans les sinus frontaux et l'on résolut de détruire ces larves espérant ainsi mettre fin à la maladie. Voici comment il fut procédé pour mettre à exécution cette idée bien simple, mais d'une réalisation difficile :

De petits morceaux de papier non collé, d'une grandeur déterminée, furent imbibés d'une solution titrée d'arséniate de soude, puis séchés et roulés sur eux-mêmes en forme de cigarettes, dont chacune pouvait contenir 0,05 centigrammes d'arséniate de soude. On fit fumer ces cigarettes à la malade en l'observant attentivement et en faisant en sorte d'obtenir d'elle qu'après de lentes aspirations, elle rendit la fumée par les narines. Les premières cigarettes furent difficilement supportées, puis ensuite la malade parut y trouver du plaisir. En même temps la malade prend chaque jour un bain frais et une potion additionnée de teinture de cantharides. Bientôt nouvelle série de crises hystéro-épileptiformes, mais d'une durée moindre que les premières, léger accès de manie à la suite des crises.

La malade continue à rendre en se mouchant des larves, mais privées de vie suivant toute apparence. - Nouvelles crises convulsives sans accès de manie. — Le point douloureux de la région frontale a complètement disparu, ainsi que la calorification qu'on y avait remarqué.

On cesse d'observer des larves au milieu du mucus nasal : l'intelligence est redevenue très vive : le sens de l'odorat fonctionne librement : depuis deux mois tout traitement est suspendu et depuis près de trois mois il n'y a pas eu de crises conYulsives.

La malade quitte l'asile parfaitement guérie, après un séjour d'un peu plus de cinq mois La guérison s'est bien soutenue depuis deux ans.

Pour compléter cette observation, écoutons les judicieuses considérations qui la terminent.

CAUSES PHYSIQUES

« Cette observation démontre une fois de plus d'une manière authentique que des crises épileptiformes peuvent être déterminées par la présence d'insectes accidentellement logés dans les cavités naturelles du corps humain et nous fait voir avec quelle circonspection on doit s'informer auprès des malades récemment et subitement attaqués de maladies convulsives, des circonstances commémoratives pour voir s'il n'y a pas des causes extérieures déterminantes susceptibles d'être combattues avec succès. Là peut être quelquefois la guérison d'une maladie des plus pénibles et qui se joue si souvent des ressources de l'art. En résumé : i° il est possible que des larves d'insectes soient déposées au milieu de nos tissus et puissent vivre, se développer dans celles de nos cavités qui sont en communication directe avec l'air extérieur. 2° La présence de ces corps étrangers actifs peut déterminer des attaques simulant l'hystérie et l'épilepsie. 3° Enfin, la destruction de ces animaux est facile, sans inconvénient pour la santé générale, au moyen de de vapeurs toxiques et combinées avec un traitement approprié, elle entraîne après elle la guérison.

A la présence des vers dans les intestins, surtout chez les enfants, a été attribuée l'épilepsie, par beaucoup d'auteurs, parmi lesquels il convient de citer Sauvages, (qui dans ce cas lui a donné le nom à'EcIampsia venninosa, iiisultus epilcpticus a vcrmibiis.) Tissot, Portai, Baumes, Esquirol...

La facilité avec laquelle on obtient la guérison des accidents nerveux par l'expulsion des vers, permettrait de croire avec la plupart des auteurs

TRAUHATISMES

modernes, bien plus exigeants en fait de diagnostic, qu'il ne s'agissait en réalité que de phénomènes convulsifs à forme épileptique, phénomènes si communs dans la première année de l'existence.

Quoiqu'il en soit cependant, nous ne saurions nier que chez des enfants éminemment prédisposés, la présence des vers dans les voies digestives ne puisse devenir la cause occasionnelle d'une véritable épilepsie.

Traumatismes. — Au nombre des causes les plus fréquentes qui sont souvent Forigine de désordres graves dans les facultés intellectuelles et affectives, se trouvent les traumatismes violents, coups sur la tête, principalement, qui déterminent, par propagation, une lésion profonde des organes contenus dans la cavité crânienne. Dans un excellent travail (i), notre savant confrère Azam a réuni un assez grand nombre de faits^ de troubles intellectuels par suite de traumatismes du cerveau. Mais, comme il le fait si justement observer, il est difficile de trouver dans la science des observations où la mention, trouble intellectuel, soit assez développée pour qu'on puisse comprendre quelle est celle des facultés de l'esprit qui a été particulièrement atteinte, et aussi quelle est la partie du cerveau qui a été lésée.

Ce n'est cependant qu'avec ces deux notions qu'il sera possible de tirer des faits, des conclusions sérieuses, conclusions qui donneraient un appui

(i) Azam. Les troubles intellectuels provoqués par les traumatismes du cerveau, 1881.

CAUSES PHYSIQUES

considérable à la doctrine de la localisation des facultés intellectuelles et à la thérapeutique des maladies mentales. Quoiqu'il en soit, nous pourrons citar plusieurs faits.

Delasiauve a soigné une petite fille de 6 ans pour une méningite très grave survenue à la suite d'une chute. Avant cette affection, elle était d'une grande vivacité intellectuelle. Depuis, son caractère s'assombrit, elle devint violente, emportée, sujette à des appétits bizarres, et à des fantaisies hystériques.

Mon père a eu à Bicêtre, dans son service, un clerc de notaire qui, à l'âge de 14 ans, reçut un coup sur la tète. A partir de ce moment il lui prit des frénésies telles qu'en jouant avec ses sœurs il leur serrait convulsivement les bras à les faire crier et appeler à leur secours.

Il mourut à l'hospice des progrès d'un vaste cancer de la dure mère, au côté gauche, au niveau de l'endroit où avait eu lieu la contusion.

Guislain cite une jeune fille de 7 ans qui fut atteinte de manie à la suite d'un coup qu'elle avait reçu sur la figure et ayant déterminé une carie des os du nez. Depuis ce temps cette enfant fut sujette à des impatiences qui finirent par jeter l'effroi dans toute la famille. Elle traite son père de coquin, de scélérat, bat ses frères plus âgés qu'elle et saute à la figure de quiconque montre la disposition à réprimer des actes aussi étranges. J'ai vu cette enfant. Son maintien 'est hardi, menaçant au point qu'il faut un effort de volonté pour soutenir son regard extraordinairement audacieux. L'intelligence ne souffre pas la moindre altération : elle est même plus développée qu'elle ne l'est ordinairement chez les enfants de son âge.

Nous avons eu l'occasion de donner des soins à un enfant qui malgré un traumatisme des plus graves vécut cependant plusieurs années (i).

Cet enfant, âgé de 12 ans, était tombé d'un arbre et dans

(i) Picard et Moreau de Tours, Annales médico-psj'c/tologt-

TRAUMATISMES

sa chute s'était perforé la paroi supérieure de l'orbite et avait pénétré dans le cerveau. L'enfant se remit de cette blessure, mais resta longtemps aphasique : peu à peu le langage revint, mais le caractère était profondément modifié. Il était devenu, méchant, sournois, ne pensant qu'à détruire, à causer du tort, se sauvait de chez lui, restait plusieurs jours absent et lorsqu'on le retrouvait, il était déguenillé, hâve, sans forces. Puis il se livra à la boisson. Enfin un matin, quatre ans après son accident, on le trouva mort dans son lit.

Mais si les cas de délire aigu causés par un traumatisme sont relativement rares, il n'en est plus de même de leur action manifeste dans la production de l'idiotie et des affections nerveuses, l'épilepsie en particulier.

Dans son mémoire sur V Etioliogie deV Epilepsie^ mon père a noté sur 85 cas, 12 fois cette cause.

G... 14 ans, né à 7 mois ; rien d'extraordinaire jusqu'à 26 mois. A cet âge. G... fait une chute sur la tète, eu arrière. Fièvre cérébrale déterminée par cet accident.

Depuis lors, phénomènes nerveux sans caractère déterminé constriction à la gorge, soubresauts, convulsions passagères, qui ne revêtent que plus tard une forme bien arrêtée et franchement épileptique. Je n'ai pu découvrir aucune trace d'hérédité dans la famille de G...

Bontius rapporte l'exemple d'un jeune homme qui, ayant reçu dans l'enfance des coups sur la tête, devint épileptique.

Bonet cite des faits semblables.

Il est inutile d'insister sur ce point dont chacun pourrait citer des exemples.

Vices de conformation du crâne. — Outre les traurnatismes cérébraux, les causes locales et physiques qui par leur nature empêchent le développement des organes et les rendent ainsi impropres

CAUSES PHYS1Q.UES

à la manifestation de l'intelligence, se traduisent généralement par des convulsions, de l'épilepsie ou l'idiotie. «C'est ainsi, dit Esquirol, que l'usage anciennement signalé par Hippocrate, où sont certaines matrones de pétrir en quelque sorte la tête des enfants nouveau-nés, en blessant le cerveau, peut causer l'idiotie. »

En 1834, Foville a insisté sur une déformation du crâne que l'on rencontre souvent en Normandie et qu'il attribue avec raison à l'usage du bandeau, morceau de toile triangulaire au grand bord duquel on fait un pli de deux travers de doigt et qu'on applique circulairement autourde la tête des nouveau-nés en les serrant avec une grande énergie.

La déformation qui en résulte^, consiste en une dépression circulaire, ou même en une véritable gouttière, qui commence en haut du front, se dirige obliquement en bas et en arrière, passe audessus de la conque de l'oreille et va gagner cette partie de la nuque où les masses charnues du. cou se fixentsux l'occiput. La boîte crânienne se trouve ainsi rejetée en arrière, en sorte que la face se trouvant placée sur un plan vertical, une ligne verticale abaissée sur le conduit auditif, laisse un volume du crâne plus considérable en arrière qu'en avant. La conque de l'oreille se trouve en même temps déformée et aplatie, et le cuir chevelu offre quelquefois des surfaces blanches, un peu luisantes et sèches, dépourvues de cheveux, de véritables cicatrices,en un mot, résultant des ulcérations produites par la pression du bandeau (1).

(i) Foville. Déformation du crâne résultant de la méthode la plus générale de couvrir la téte des enfants, Paris 183^

Page 1