CONVULSIONS
compiètes : complètes lorsqu'elles embrassent à la fois les deux périodes de tonicité et de clonicité, incomplètes lorsqu'elles se réduisent à la contraction tonique.
Il y a bien une autre considération qui doit intervenir dans l'étude des convulsions, c'est celle du moment auquel elles se produisent; considération qui permet de les distinguer en initiales ou terminales, suivant qu'elles apparaissent au début, ou bien au contraire dans le cours et à la fin des maladies. C'est là une considération indifférente à l'étude des formes convulsives, mais dont l'importance est grande au point de vue pronostic.
En résumé, les convulsions dites cérébrales constituent les maladies les plus fréquentes de l'enfance ; cependant les affections primitives sont très rares dans le jeune âge : les accidents convulsifs sont plus souvent la suite de l'extension d'autres maladies aiguës ou chroniques qui se manifestent symptomatiquement, par des mouvements réflexes produisant finalement des convulsions du moment que le cerveau participe au trouble morbide.
Après les convulsions cérébrales, suivent dans l'ordre de fréquence les convulsions par mouvements réflexes qui ont leur point de départ dans le canal intestinal : elles se manifestent ordinairement après une existence prolongée des maladies abdominales et sont très rebelles. Cependant les affections de l'appareil digestif peuvent s'accompagner aussi d'affections cérébrales secondaires, lesquelles sont en état de faire naître les convulsions cérébrales.
FORMES PUREMENT NERVEUSES
Les convulsions dépendant de la moelle épinière sont les plus rares, surtout dans leur forme pure, car elles apparaissent le plus souvent comme phénomènes successifs des spasmes cérébraux, alors que l'affection du cerveau se propage jusqu'à la moelle épinière. C'est dans une altération morbide du sang qu''il faut chercher la cause la plus fréquente des spasmes tétaniques, quoique ceux-ci puissent naître par suite de circonstances climatériques.
EcLAMPSiE. — Tous les auteurs qui se sont occupés de pathologie infantile savent que le jeune âge est une des causes prédisposantes la plus générale et la plus manifeste des convulsions. Tous emploient le mot Eclanipsie comme synonyme de convulsions essentielles de l'enfance, par opposition aux convulsions symptomatiques d'une lésion des centres nerveux.
L'éclampsie est donc une névropathie essentielle, aiguë, passagère, caractérisée par des convulsions générales ou partielles qui s'étendent toujours aux deux côtés du corps et s'accompagnent d'une perte de connaissance plus ou moins complète. Quelques auteurs même décrivent l'éclampsie comme une épilepsie aiguë. Comme le fontjustement remarquer MM. Despine et Picot, cette dénomination a sa raison d'être dans l'étude clinique de l'attaque éclamptique et de l'attaque épileptique ainsi que dans la physiologie pathologique de l'accès convulsif qui paraît être la même dans les deux cas. Elle mériterait donc d'être conservée si elle n'était pas formée de deux termes qui s'excluent réciproquement. L'épilepsie est une maladie sui
ÉCLAMPSIE
gencris, chronique et diathésique, redoutable par son incurabilité habituelle e,t qui n'apparaît presque jamais avant l'âge de 5 ou 6 ans : l'éclampsie au contraire est un accident éphémère, presque spécial aux premières années de la vie^ qui éclate sous l'influence des causes les plus diverses.
Parmi elles^ les unes sont prédisposantes, les autres déterminantes. Aux premières se rattache l'influence de l'hérédité . Bouchut cite une famille de dix personnes qui toutes avaient eu des convulsions dans l'enfance. Une d'elles se maria et eut dix enfants qui, à l'exception d'un seul, eurent aussi des attaques d'éclampsie (i).
Q.uoique l'éclampsie survienne surtout chez les enfants vigoureux et en bonne santé, on doit reconnaître l'action prédisposante de toutes les causes débilitantes, qui en appauvrissant le sang et en altérant la nutrition générale des tissus, augmentent le pouvoir excito-nioteur de l'axe cérébromédullaire.
Parmi les causes déterminantes, il convient de signaler les impressions les plus légères, une peur, un accès de colère, souvent même un simple écart de régime. Elle peut également être causée par un traumatisme, plaie, brûlure, on l'a vue même à la suite d'une simple piqûre d'épingle.
La dentition, la présence de vers intestinaux, les maladies fébriles, et en particulier celles qui s'annoncent par une élévation rapide de la température la déterminent aussi fréquemment.
(i) Rouchut. Traité pratique des maladies des nouveaii-nês, des enfants à la mamelle et de la seconde enfance. 8e édition Paris, T885, p. 152.
FORMES PUREMENT NERVEUSES
Jl convient de signaler en dernier lieu, les convulsions dites urémiques toujours liées à l'albuminurie brlghtique : elles surviennent chez les enfants surtout dans le cours de la scarlatine.
L'éclampsie revêt les formes les plus variées : le plus ordinairement elle se manifeste à la façon de la grande attaque d'épilepsie. « La convulsion survient brusquement (i). Tout à coup, l'enfant pousse un cri, perd connaissance, se raidit et se tord, la poitrine immobile, la respiration suspendue. Le visage d'abord pâle devient rouge, violet ; quelquefois les yeux se remplissent de larmes qui s'échappent et coulent sur les joues. Les veines du cou se dessinent en cordes noueuses. Alors commencent les secousses cloniques caractérisées par des mouvements désordonnés et involontaires d'un grand nombre de muscles. Les membres se plient et s'étendent tour à tour. Les doigts et les orteils sont alternativement fléchis et étendus, écartés ou rapprochés les uns des autres, mais le plus souvent dans une flexion forcée. Le pouce porté dans l'adduction est couché sur les doigts qui le couvrent.
La tête se renverse en arrière ou se fléchit en avant et parfois est entraînée latéralement par des mouvements irréguliers et saccadés de rotation. Les muscles participent à la convulsion générale. Les yeux agités de mouvements brusques roulent dans leurs orbites : généralement renversés en haut sous la paupière supérieure, plus rarement ils sont entraînés en bas et il y a un strabisme convergent.
(i) Trousseau. Clinique médicale de l'Hôtel-Dieii, touie II, 177)-
ÉCLAMPSIE
Les commissures des lèvres tirées en dehors et en haut, donnent à la physionomie un air grimaçant quelquefois effrayant à voir : puis à chaque secousse convulsive, l'air passant dans l'espèce d'entonnoir que forment les coins de l'orifice buccal entr'ouvert, produit un bruit de succion accompagné d'un écoulement de salive écumeuse, parfois ensanglantée. C'est qu'ici comme dans l'attaque d'épilepsie, la langue poussée en dehors peut être mordue et déchirée entre les dents. Les muscles du tronc étant également affectés, pendant la période tonique, les muscles inspirateurs sont immobiles, et le larynx lui-même, spasmodiquement contracté, n'offre plus un libre accès au passage de l'air. La convulsion des muscles de l'abdomen chasse au dehors les urines et les matières fécales, qui s'échappent involontairement. Les mouvements convulsifs clpniques, d'abord rapides et petits, deviennent plus lents et plus étendus ; enfin, une profonde expiration suivie d'une détente complète, indique la fin de l'accès. L'enfant tombe alors dans la sommolence et la stupeur.
Ces phénomènes s'accomplissent rapidement et l'accès ne dure pas plus d'une à deux minutes.
Lorsque l'accès est complètement terminé, et que, la stupeur ayant à son tour disparu, tout est rentré dans l'ordre, il est impossible de saisir la moindre trace du passé, si ce n'est que Tenfant garde de la lassitude, qui se traduit par des pandiculations, par des bâillements, par de la tendance au sommeil.
Un dernier point qui mérite de fixer l'attention c'est le pronostic des convulsions. Ce pronostic
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exige une grande circonspection : il ne doit pas porter sur les convulsions en général, mais sur telle ou telle espèce, et il faut toujours se garder d'un pronostic défavorable, les convulsions ayant souvent des résultats incertains.
Ainsi elles sont moins graves lorsqu'elles surviennent au cours d'un accès fébrile, lorsque le pouls est fréquent et développé, que lorsqu'elles apparaissent hors de cet état. Exemples : un enfant atteint de rougeole est pris de convulsions : le pouls soit pendant, soit avant l'attaque éclamptique est petit, concentré, irrégulier : la condition est fâcheuse ; la convulsion deviendra probablement grave.
Au contraire, l'attaque survient également dans le cours delà rougeole ; mais le pouls conserve sa fréquence, sa plénitude, la fièvre persiste, en un mot la peau reste chaude : le malade est dans de meilleures conditions, la convulsion sera probablement bénigne.
Un enfant prend des convulsions dansla période catarrhale de la coqueluche, alors que la fièvre est vive, le pouls fréquent et développé, la peau brûlante. La condition semble moins mauvaise que si l'attaque éclamptique se produisait plus tard, à l'époque où la fièvre a complètement cédé, où la toux a un caractère quinteuxbien déterminé.
Si l'on peut suivre longtemps un enfant atteint de convulsions dans son enfance, et chez lequel se développent ultérieurement des accidents nerveux, on est bientôt frappé d'une certaine corrélation entre la marche de l'éclampsie et les accidents ultérieurs. En général les enfants chez lesquels on
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observe des convulsions intermittentes, c'est-àdire des accès de peu de durée se reproduisant à certains intervalles, ne gardent aucune trace de leurs convulsions. Vers l'âge de 7 à 8 ans, cette disposition s'anéantit, toute attaque éclamptique cesse de se produire ; ceux au contraire chez lesquels la convulsion est continue, c'est-à-dire, se composant d'une série d'accès sans aucun intervalle entre eux, d'accès subintrants, sont aussi ceux qui présentent plus tard ces affections si graves et quelquefois si indéterminées. 11 existe un rapport entre la marche de la convulsion et sa gravité, non seulement immédiate, mais encore ultérieure. La convulsion intermittente est un acte morbide qui ne laisse pas de traces, qui ne peut rien faire préjuger pour l'avenir La convulsion continue a une tout autre signification : elle ne présente pas seulement un danger immédiat, elle est encore l'indice d'accidents nen^eux, qui se développent plus tard à une époque indéterminée.
On ne saurait trop appeler l'attention sur ce point : il n'est pas de médecin s'occupant de maladies nerveuses et mentales qui ne puisse en citer des exemples.
Le pronostic des convulsions de l'enfance demande une grande prudence. Comme toutes les névroses, elles exposent souvent le médecin à de cruels et fâcheux mécomptes. Même dans les conditions qui paraissent le plus favorables, il faut rester dans une sage réserve et ne jamais se prononcer affirmativement, dans un sens ou dans l'autre.
FORMES PUREMENT NERVEUSES
Tics. — Le tic que nous étudions maintenant est une convulsion partielle siégeant surtout à la face, caractérisé par des mouvements convulsifs indolents dans les muscles innervés par les filets du nerf facial et revenant à des périodes très rapprochées, ne cessant que pendant le sommeil. On leur donne aussi assez souvent le nom de grimaces.
Ce genre de convulsion peut aussi occuper un membre : le bras, la main, les doigts, même la jambe... D'autres fois, on le voit siéger sur les muscles de la langue, sur ceux du cou... Lorsque ces tics sont plus étendus, on leur donne alors le nom de mouvements cloniques.
Il est, nous l'avons déjà dit, peu de lésions de la mobilité desquelles, depuis la plus insignifiante jusqu'à la plus grave, ne s'échappe comme une effluve de contagiosité. Tout le monde connaît Fextrême facilité avec laquelle le tic, cette vibration involontaire de certains muscles du visage, se communique d'un individu à un autre, le malaise qu'on éprouve parfois quand on s'efforce de ne pas les produire.
Je connais, dit Brachet, un enfant de 12 ans qui a contracté l'habitude de clignoter sans discontinuer, parce que dans sa pension il est placé en face d'un élève qui est sujet à ce tic désagréable (i).
Prosper Lucas (2) rapporte, d'après Freind, cet autre exemple non moins instructif:
L'année dernière (1770) durant l'été, deux familles de Blach-
(i) Brachet. Convulsions dans l'enfance, Paris, 1824 ; 2^ édition, 1837.
(2; P. Lucas. De l'imitation contagieuse ou de la propagation sympathique des névroses et des nionomanies, Paris, 1833.