‹ La folie chez les enfantsChapitre 43 sur 64 · TICS · texte numérisé non relu

TICS

thorn, dans le comté d'Oxford, furent affligées d'uue maladie dont on n'avait point ouï parler jusqu'alors ; un si étrange accident surprit tout le monde et M. Willis, très habile médecin, pour s'assurer de la chose, alla voir une de ces familles. Voici en propres termes ce que j'ai appris de luimême :

« Dans la famille que j'allai voir, il y a eu cinq filles attaquées du mal qui faisait tant de bruit dans tout le pays. En arrivant dans le village, j'entendis de fort loin leurs cris, et lorsque je fus entré dans la maison où elles étaient, je remarquai qu'elles branlaient la tète avec beaucoup de violence : il ne paraissait aucune convulsion sur le visage si ce n'est qu'elles bâillaient fort souvent : elles avaient le pouls bon : on s'apercevait seulement qu'à la fin de leur mal, il devenait un peu plus faible.

Leurs cris ne ressemblaient pas tant au bruit que font les chiens quand ils aboient, qu'à celui qu'ils font quand ils hurlent ou quand ils se plaignent. Ils étaient plus fréquents que ne sont alors ceux des chiens.

Les malades poussaient comme des sanglots, à chaque respiration. Elles étaient 5 sœurs, à qui ce mal avait pris, quoiqu'elles fussent d'un âge très différent, car la plus jeune n'avait que 6 ans et la plus âgée en avait 15. Qiielquefois elles avaient de bons intervalles, pendant lesquelles elles pouvaient s'entretenir et alors elles avaient l'usage de tous leurs sens. Quelquefois le mal revenait tout à coup ; elles se mettaient à hurler comme auparavant, jusqu'à ce que, les forces leur manquant, elles tombaient comme d'épilepsie, sur des lits qu'on avait étendus à terre. Pendant quelque temps elles demeuraient couchées dans un profond silence, puis les esprits venant à s'agiter de nouveau, comme auparavant, elles se frappaient la poitrine et d'autres parties du corps et tourmentaient celles qui étaient auprès d'elles.

Je ne dis rien dont je n'aie été témoin, et sans cela je ne pourrais croire une chose aussi extraordinaire. La grande jeunesse de ces filles, le désintéressement de leur père et mère, leur état, ne permettent pas de supposer en cela aucun artifice ». (Freind).

D'autres fois on a assisté à des tics encore plus

178 FORMES PUREMENT NERVEUSES

curieux : tel est le cas observé parle célèbre M. Nicole.

« C'était une communauté très nombreuse de filles, lesquelles se trouvaient saisies tous les jours, à la même heure, d'un accès de vapeurs le plus singulier et par sa nature et par son universalité, car tout le couvent y tombait à la fois. On entendait un miaulement général par toute la maison qui durait plusieurs heures, au grand scandale de la religion et du voisinage qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de moyen meilleur et plus prompt ou plus efficace pour arrêter ces imaginations blessées, qui faisaient miauler toutes ces filles, qu'en les frappant d'une autre imagination qui les retint toutes à la fois Ce fut de leur faire signifier par ordre des magistrats, qu'il y aurait à la porte du couvent une. compagnie de soldats, lesquels entreraient aux premiers bruits qu'ils entendraient de ces miaulements et fouetteraient celles qui auraient miaulé. 11 n'en fallut pas d'avantage pour faire cesser ces ridicules clameurs (i).

Quoique le tjc soit le plus souvent dp nature imitative, il n'est: pas moins digne de remarquer l'influence que joue l'hérédité sur sa production. Il faut admettre, en présence des observations journalières des faits, que ces habitudes, dont plusieurs ont été à l'origine de nature mixte, c'est-à-dire, à la fois phsychiques.et> physiques, se sont enregistrées dans le système nerveux, y ont produit une disposition permanente « il s'est formé alors, dit Ribot, une mémoire organique, une possibilité de conserver et de reproduire certains mouvements et dans les cas les plus favorables, cette disposition a été transmise comme toute autre (2). »

(1) Prosper Lucas. De l'imitation contagieuse ou de la propa^-ion sympathique des névroses et de smonomanies.

(2) Ribot. de l'hérédité psychologique, p. 6i. Paris, 1882, G. Baillière.

Page 1