TICS
Darwin (i) transcrit l'observation suivante de Galton :
Une habitude s'est rencontrée dans trois générations consécutives et qui, ne se produisant que dans un profond sommeil, ne peut être attribuée à l'imitation. Il s'agit d'un homme qui, lorsqu'il était étendu sur le dos, dans son lit et profondément endormi, élevait le bras droit lentement au-dessus de son visage jusqu'au front, puis par une secousse l'abaissait, en sorte que le poignet tombait pesamment sur le dos de son nez. Ce geste ne se produisait pas chaque nuit, mais seulement de temps en temps, et il était indépendant de toute cause appréciable. Parfois, il se répétait pendant une heure et plus, laissant le nez tout meurtri des coups qu'il recevait.
Son fils se maria, plusieurs années après la mort de son père, avec une personne qui n'avait jamais entendu parler de cette particularité. Cependant, elle fit précisément la même observation sur son mari. Ce tic ne se montre presque jamais dans le demi-sommeil. Il est intermittent comme chez son père. Parfois il dure une partie de la nuit. Il s'accomplit comme chez le père avec la main droite.
Un de ses enfants, une fille, a hérité du même tic. Elle se sert aussi de sa main droite, mais d'une manière un peu différente. Après avoir élevé le bras, elle ne laisse pas son poignet tomber, mais avec la paume de la main demi-fermée, elle frappe de petits coups rapides sur son nez. Cette habitude est très intermittente cessant pendant plusieurs mois, puis reparaissant d'une manière presque continue.
L'auteur anonyme d'un article sur l'hérédité rapporte un cas personnel (2) :
Pendant l'enfance de son fils aîné, troublé par les cris, il s'était habitué à bercer l'enfant, de son lit, avec le pied, même en dormant. Une petite fille qui naquit ensuite avait le tic suivant ; elle se berçait elle-même en jetant la jambe droite sur la jambe gauche à des intervalles réguliers. Ce va et vient
(1) Ribot, loc. cit. p. 58.
(2) Th. L... CornhrU Magasine. Juin 1878, (cit. p. Ribot, P- 39)-
FORMES PUREMENT NERVEUSES
durait plusieurs minutes et continuait niénie quand la petite fille était endormie.
Un petit frère né ultérieurement et qui ressemble beaucoup à cette petite fille, a la même habitude, et se berce assez vigoureusement p3ur réveiller sa sœur endormie dans une chambre voisine.
« Je signalerai le fait suivant, dit Darwin, que j'ai observé moi-même chez un enfant et qui est curieux comme tic associé à un état mental particulier, celui d'une émotion agréable. Lorsqu'il était content, il avait la singulière habitude de remuer rapidement les doigts parallèlement les uns aux autres. Q.uand il était très excité, il levait les deux mains de chaque côté de sa figure, à la hauteur des yeux, toujours en remuant les doigts. Cet enfant, devenu vieillard, avait encore de la peine à se contenir pour ne pas faire ces gestes ridicules. 11 eut 8 enfants dont une petite fille, qui, dès l'âge de 4 ans, remuait ses doigts et avait les mains exactement comme son père.
Il n'est pas admissible que tant de faits dont on pourrait grossir la liste, résultent d'une s'mple coïncidence; ici il n'y a évidemment pas lieu d'accuser l'imitation. C'est donc bien à l'hérédité qu'il faut rattacher ces faits bizarres, véritablement étranges.
Il est encore à noter ici que le tic peut être le résultat d'une prédisposition héréditaire névropathique d'allure différente chez les ascendants et les collatéraux.
Trousseau a vu un enfant de 14 ans atteint de tics extrêmement violents : il jetait sa tête de côté par un mouvement giratoire des plus brusques, en poussant un petit cri aigu. Il l'avait vu pendant l'été précédent pjussaut des cris féroces
BAILLEMENT — RIRE l8l
d'instants en instants sans que son intelligence semblât le moins du monde troublée. Ce triste état qui avait duré plusieurs mois n'avait paru s'amender que sous l'influence de l'atropine. Son frère aîné, pendant plusieurs années, avait eu un tic du visage caractérisé par des grimaces pendant lesquelles tons les muscles de la face étaient violemment convulsés.
Le père de ces deux jeunes gens a depuis 20 ans une ataxie locomotrice, un grand-père paternel s'est suicidé à la suite d'un accès de monomauie, et il y a eu plusieurs aliénés dans .la lig e maternelle.
Bâillement. — Rire. — Le bâillement convulsif est un des phénomènes qu'on rencontre fréquemment dans les névroses bénignes et graves, aiguës et chroniques :
Avec le rire, le bâillement est un des plus esclaves de loi d'imitation : parmi l'imitation involontaire des phénomènes pathologiques, il en est pour ainsi dire d'intermédiaires et comme d'incertains entre l'état de santé et l'état de maladie. Tel est le bâillernent dont tout le monde connaît la propagation contagieuse. Tels sont encore Téternueinent, le hoquet, le rire. Il est un degré toutefois où ils prennent un caractère évidemment pathologique, soit par leur persistance, soit parleurs complications. '
Rambosson (i) a donné une théorie ingénieuse de la propagation des bâillements qui se transmettraient par les ondes sonores et lumineuses. Nous ne pouvons entrer ici dans l'exposition de cette théorie, ce qui nous entraînerait trop loin, et nous ne retiendrons que les faits d'observations très bien étudiées par cet auteur :
(r) Rambosson. Phénomènes nerveux, intellectuels et moraux. Leur transmission par contagion. Paris. Firniin Didot. 1883,
FORMES PUREMENT NERVEUSES
« On doit noter, dit-il, une chose bien remarquable : c'est que le bâillement peut être propage à distance non seulement par la vue et par Vouie agissant simultanément^ mais aussi par la vue seulement ou par l'ouïe seulement. »
Pour élucider cette question, Rambosson s'est rendu d'abord à l'institution nationale des jeunes aveugles.
« Nous avons visité, dit cet auteur, les classes des deux sections, celle des filles et celle des garçons : dans chaque classe nous avons interrogé les élèves et les professeurs. Tous nous ont dit que lorsqu'ils entendaient bâiller ils étaient eux-mêmes portés à bâiller, qu'eu général ils faisaient effort pour ne pas déranger les voisins, mais que, quelquefois, le bâillement épidémique devenait irrésistible.
Nous avons pris à part et séparément chaque institutrice des aveugles : elles ont parfaitement confirmé ce que les élèves venaient de nous dire. De même pour les garçons ; mais les professeurs aveugles que nous avons questionnés isolément ont été plus catégoriques. Ils sont entrés dans des observations perspicaces, dans des détails minutieux qui auraient peut-être été inaperçus par le voyant et entendant, dont l'attention en général est moins concentrée. Ils avaient remarqué les courts instants qui s'écoulent après que le bâillement s'était fait entendre, pour qu'ils fussent soumis- au même phénomène. Ils analysaient avec une remarquable précision ce qu'ils éprouvaient alors, et la résistance plus ou moins grande qu'ils pouvaient y opposer.
La propagation du bâillement par la vue, c'est-à-dire par l'intermédiaire des ondes lumineuses n'est pas moins certain. Chacun peut s'en convaincre et même beaucoup plus facilement que pour le cas précédent.
Pour avoir une épreuve décisive, Rambosson a visité une école de Sourdes muettes.
« A mes questions la directrice des classes a répondu que le