‹ La folie chez les enfantsChapitre 46 sur 64 · HOQUET · texte numérisé non relu

HOQUET

« Je n'oublierai jamais, continue Saudras, une jeune fiile hystérique entrée dans mon service pour un lioquet de cette espèce. Elle avait à peine quelques rares intervalles d'une demi-heure ou d'une heure de repos, et la plus grande partie de la journée et des nuits était tourmentée par un hoquet qui lui arrachait des cris presque incessants. Tous les moyens que j'ai pu employer ne sont parvenus qu'à la soulager momentanément. Puis au bout de quelques heures le hoquet la reprenait avec une nouvelle violence.

J'ai vu ailleurs, mais chez cette malade en particulier, le hoquet alterner avec d'autres affections de forme tout à fait hystérique, des paralysies du sentiment et du mouvement, des paraplégies de courte durée. Quelquefois même le hoquet s'est montré en même temps que les symptômes de cette fâcheuse maladie ».

Le hoquet, lorsqu'il constitue à lui seul l'unique phénomène morbide, peut survenir sans cause comme dans le cours d'une affection nerveuse : on Ta vu se produire aussi et fréquemment par imitation.

Parmi les' faits les plus curieux, en ce genre, il faut citer celui que Prosper Lucas (i) rapporte d'après Hecquet :

« A la nouvelle France, une fille entra à l'Hôtel Dieu pour un hoquet continuel et violent, dans lequel elle imitait assez bien le jappement d'un chien. Elle souffrait beaucoup par le mouvement continuel du diaphragme et par une secousse forcée des intestins, qui lui permettait à peine de prendre quelques gorgées de bouillon p jur se soutenir : il y avait dans la salle où on la plaça quatre autres filles affectées de diverses maladies: trois jours après l'entrée de cette fille, on entendit les quatre autres hoqueter dans leur lit : elles étaient attaquées de la même manière, avec les mêmes symptômes. Le 5^ jour, celle qui était entrée avec le hoquet fut guérie, mais les quatre autres le conservèrent avec des convulsions terribles qui s'y joignaient toutes les demi-heures et qui se terminaient par un

(i) P. Lucas, Thèse citée, p. 12.

FORMKS PURliMENT NERVEUSES

état léthargique qui durait un quart d'heure. Ces accidents durèrent huit jours avec la même violence. Alors on prit le parti de placer chaque malade à part dans une chambre, où elles ne puissent ni se voir, ni %'entendre. Après quoi on les menaça de leur donner la discipline si elles continuaient. Le remède opéra et dès cet instant elles furent délivrées du hoquet et des convulsions qui ne reparurent plus.

Altérations de la sensibilité. — Bien que l'étude des altérations de la sensibilité rentre presqu'entièrement dans l'histoire des illusions et des hallucinations, où nous aurons à les étudier, nous ne pouvons cependant nous dispenser d'en dire quelques mots ici vu l'importance des phénomènes qui se rattachent franchement aux influences névropathiques.

La sensibilité peut être déviée de trois manières : elle peut-être augmentée (hypéresthésie) annulée (anesthésie) ou simplement pervertie.

Si l'hypéresthésie est assez rare dans le jeune âge 011 elle se montre alors au début de la manie, (Marcé a vu de jeunes maniaques chez qui le simple contact de l'eau projetée à petite distance provoquait des douleurs intolérables,) il n'en est pas de même de l'anesthésie : observée dans les différentes formes de l'aliénation mentale, on la trouve surtout chez les êtres dégénérés, les névropathiques...

« Les idiots, dit Esquirol, ^nt quelquefois de la plus grande insensibilité physique, quoique jouissant de leurs sens. On a vu ces malheureux se mordre, se déchirer, s'épiler : j'ai vu une idiote qui, avec ses doigts et ses ongles, avait percé sa joue, jouer avec un doigt dans l'ouverture et finir

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