‹ La folie chez les enfantsChapitre 52 sur 64 · II 6 3 « I · texte numérisé non relu

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Le total moyen annuel, en 1871-18715 est donc 35. Il a monté à 36 en 1878, — En 1881, Paris seul compta 8 suicides de moins de 15 ans !

Enfin, depuis 10 ans, en Russie, il n'y aurait pas eu moins de 42 garçons et 15 fillettes entre 8 et 16 ans qui auraient attenté à leur vie. Pour la plupart, le mobile avait été dans les mauvais traitements que leur faisaient subir leurs parents.

Homicide. — Dans un récent ouvrage nous avons longuement et spécialement étudié cette grave question de l'homicide commis par les enfants. Nous serons donc bref et sans entrer dans des détails trop circonstanciés nous insisterons seulement sur les points les plus importants avec observations à l'appui :

Pour résoudre ou tout au moins pour donner une explication logique de ces crimes monstrueux dont se rendent coupables de jeunes êtres, il faut interroger la physiologie et la psychologie.

Si parfois les moyens mis en œuvre pour assurer

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raccomplissement du forfait dénotent une ténacité et une perversité qu'on est en droit de trouver étrange, bizarre, anormale vu l'âge si jeune de leurs auteurs, le plus souvent, sinon toujours, ces précoces criminels agissent sous l'empire d'une véritable impulsion instinctive, impulsion qui constitue un des caractères distinctifs de l'enfance. Mais de plus, il ne faut pas l'oublier, le plus ordinairement les infortunés marqués du sceau fatal de l'hérédité morbide présentent le type le plus complet de la dégénérescence physique et morale.

Il ne faudrait pas croire pour cela que la fureur homicide, la rage de la destruction ne s'observe que chez des idiots, des aliénés. Loin de là : il est de ces êtres que scientifiquement on nomme des incomplets, qui, à côté des facultés intellectuelles les plus brillantes, les plus élevées, poussent jusqu''au dernier degré la jouissance du mal, le raffinement dans la cruauté, ^histoire nous en fournit de nombreux exemples : qui n'a présent à l'esprit les noms des Tudor, des Valois, des Médicis, des Romanow..., etc ?

Un travail encore récent vient à l'appui de ce que nous avançons. Le D'' P. Jacoby (i), dans ses remarquables études sur la sélection, démontre de la manière la plus frappante, avec une érudition merveilleuse, les effets de la dégénérescence chez les familles qui occupent des positions sociales exceptionnellement élevées.

(i) Jacoby. Etudes sur la sélection dans ses rapports avec l'hérédité chei l'homme. J. B. Baillière et fils, 1881.

FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

Dans ces familles entachées, presque toujours pour ne pas dire toujours du vice phrénopathique, on constate un trouble mental qui se traduit par des singularités d'esprit et de caractère empêchant la formation et le développement d'un moi solide et énergique par des complexus d'idées fort enchaînées. Aussi la faiblesse et l'inconsistance de la personnalité morale, par conséquent une sorte de faiblesse irritable et le peu de résistance que le moi oppose à toute suggestion, à toute idée, à tout désir, à toute impulsion, constituent le fait primordial, essentiel, le phénomène psychologique fondamental dans les psychopathies et aussi leur résultat immédiat, inévitable, fatal. Voilà donc des faits incontestables et heureusement assez rares que l'histoire rapporte. Tous ces individus à instinct de meurtre prédominant, à cruauté froide et implacable, avaient encore eu d'autres penchants non moins tyranniques. Ils s'y abandonnaient avec d'autant plus d'impétuosité que le sentiment de l'humanité était faiblement développé chez eux. Leur moi seul capable de juger les impulsions, les désirs, les idées qui surgissent dans l'âme, leur moi, disons-nous, était engourdi, affaibli, annihilé, souvent hors d'usage d'opposer une barrière efficace aux idées fausses et absurdes, aux impulsions terribles qui surgissaient dans leur cerveau.

Pour trouver une explication scientifique satisfaisante des crimes commis par les enfants, il faut tenir compte de plusieurs facteurs.

Les uns sont d'ordre moral, les autres d'ordre physique. Parmi les premiers, les principaux sont:

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la nature physiologique de l'enfant, l'hérédité qui lui imprime fatalement ses stigmates indélébiles^ l'éducation, les passions, l'esprit d'imitation inhérent à sa nature même...

Parmi les secondes, les traumatismes, les empoisonnements, l'établissement de la puberté...

Voici quelques exemples types des principales formes :

i» Action de Vhèrèditè. — Un enfant de 13 ans, pour le plus futile prétexte assassinait une femme ; au cours des débats l'expertise constata l'existence d'antécédents héréditaires et quelques temps après un de nos confrères était appelé à donner des soins à une très proche parente de l'accusé (i).

J... sans raison connue tentait un soir d'assassiner son cousin avec un couteau poignard. Ayant échoué dans son projet, il achetait un revolver et faisait feu sur son parent.

Le blessé se jeta sur lui et le terrassa. Traduit en justice, G... a soutenu qu'il n'avait aucun mauvais dessein.

Au cours des débats la question Folie ayant été soulevée par la défense, J... fut soumis à l'examen de Legrand du Saulle. Le rapport est important : G... est un héréditaire ; « Ce n'est ni un impulsif, ni un aliéné, mais il ne se trouve pas dans les conditions parfaites d'éqiiilibre cérébral. Sa mère est morte folle. Il a des habitudes perverses et des dispositions à l'aliénation mentale. Il n'était pas en démence au temps de l'action, il est donc responsable mais avec atténuation... Sur ces conclusions G... fut condamné à 10 ans de travaux forcés et 10 ans de surveillance. (Mai 1879).

2° Action de l'âge. — La monomanie homicide a été observée à un âge très tendre :

Un enfant de 4 ans chez qui l'instinct de meurtre se révélait tout à coup, s'arma d'un couteau et se penchant sur le

(i) Les témoins et acteurs de cette scène étant encore vivants, on comprendra notre réserve sur le récit de cette affaire, qui d'ailleurs eut une grande publicité, trop grande même, à l'époque du procès.

berceau d'un nourrisson de 10 mois dont sa mère ne protégeait pas le périlleux sommeil, lui coupa le nez et lui laboura la £gure d'horribles cicatrices. L'ayant ainsi mutilé il alla prendre des cendres et de l'eau, en fit une espèce de masque qu'il appliqua sur le visage pour étancher le sang et étouffer les clameurs de l'infortuné. Quand la mère qui travaillait sur le devant de la maison accourut aux cris que poussait le pauvre enfant, le coupable s'enfuit à pas précipités et alla se cacher. On le trouva les mains encore teintes de sang (r).

Mais une observation des plus remarquables et qu'on cite toujours comme type, est une observation d'Esquirol sur une petite fille de 8 ans" qui était possédée de l'idée fixe de tuer sa bellemère (2).

Dans la séance du 31 juillet 1882, Legrand du Saulle a donné à la Société Médico-psychologique, une histoire abrégée d'un enfant de 5 ans, dont la presse politique s'est occupé.

A trois ans et demi, cet enfant avait déjà des habitudes d'onanisme qu'aucun des nombreux moyens employés ne put faire cesser. Sa nourrice avait depuis longtemps remarqué qu'il était sournois, méchant, qu'il s'ingéniait à maltraiter de mille façons les enfants plus jeunes que lui et surtout qu'il prenait un malin plaisir à voir tuer, saigner les poulets et autres animaux de basse-cour. D'une attitude habituellement triste et hébétée, si cet enfant déployait quelqu'intelligence, c'était seulement pour faire des méchancetés. Ayant un jour remarqué qu'à la suite d'une chute, son jeune frère avait été pris d'un saignement de nez, il se sentit attiré par le désir de voir encore couler le sang. Profitant alors de l'absence de sa mère, il renverse violemment l'enfant du haut d'une chaise où il l'avait monté. La face porta contre terre, une épistaxis abondante se produisit et le jeune malade alla ramasser le sang

(1) P. Moreau de Tours. De l'homicide commis par les enfants, p. 90.

(2) Esquirol. Des maladies mentales. Paris, 1838.

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pour s'en frotter les mains. « Je veux le tuer, le petit, disait-il souvent à sa mère ». Celle-ci, justement effrayée, se décida à prendre des mesures qui amenèrent l'enfant à S'^-Anne.

C'est avec la plus complète indifférence qu'il répondit aux questions qui lui furent posées à son arrivée. « Je veux voir couler du sang, répétait-il sans cesse, il n'y a que cela qui m'amuse.

Tu n'aimes donc pas ta mère pour chercher ainsi à lui faire du mal ?

Comment voulez-vous que je l'aime, je ne m'aime pas moimême. Je veux la tuer pour avoir ses sous. Si je ne peux pas maintenant, j'attendrai d'être plus grand.

D'après M. Briand, pour caractériser d'un mot l'état de ce petit dégénéré, on peut dire de lui que c'est un instinctif.

3° Action de rimitation. — Dans les crimes commis par les enfants, il est un autre facteur dont l'influence n'est pas sans valeur. C'est à l'imitation qu'il faut rapporter certains de ces actes monstrueux qui étonnent autant qu'ils révoltent la nature humaine. Lorsque ces enfants, presque toujours sous le coup d'une tare héréditaire fatale, n'ont que de mauvais exemples sous les yeux, et ne vivent que dans une société où le devoir et le juste sont tournés en dérision, où le vice et les penchants brutaux sont exaltés, où la pudeur est honnie, il n'est pas étonnant qu'ils revêtent nécessairement les plus mauvais caractères de la nature morale.

Le cerveau du jeune être ne peut plus réagir que sous l'influence d'une faute morale, d'un crime même ; ce cerveau qui agit vicieusement, qui exécute une action mauvaise, est modifié par cette action dans sa nutrition propre. La molécule qu'il s'assimile dans cet état de tension vitale et fonctionnelle n'est pas la même que s'il était dans un

P. MoREAD de Tours. Folie. 17

état de tension vitale et fonctionnelle pour le bien. Il en résulte que par la succession et la répétition de ces actes vicieux, le cerveau peut finir par être altéré dans sa structure intime.

Telle partie du cerveau qui agit avec plus d'énergie, se développe pendant que telle autre, laissée en repos, s''atrophie.

La loi de ces changements est la même que celle qui régit le développement des autres organes, et amène un surcroît de vigueur dans les membres inférieurs chez les marcheurs ou dans lesbras,chez les forgerons.

L'histoire nous fournit des exemples frappants de cette action de l'imitation.

Des grandes convulsions politiques et sociales telles que celles qui à diverses reprises bouleversèrent la société, il ressort presque toujours de ces traits que la vie commune ne saurait reproduire.

Pendant les massacres de la Saint-Barthélemy on vit des gamins de 10 ans étrangler des enfants au berceau ou leur passer une corde au cou et les traîner par les rues (i).

C''est surtout pendant les orgies de la révolution que l'impulsion imitative a joué un rôle lugubre.

En 1789, à Paris, « les enfants, imitateurs empressés des actions qui ont la vogue, singent en miniature, et dans le mois qui suit le meurtre de Berthier et de Foulon, on rapporte à Bailly que

(i) Gourdon de Genouillac. Hisi. de Paris à travers les siècles, t. II, p. 29.

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des gamins paradent dans la rue avec deux têtes de chats au bout d'une pique. » (i)

En 1793, Volney en traversant la France observait sur sa route des enfants occupés à lanterner des animaux, lorsque la guillotine fut devenue une fin naturelle et le lit de mort de tout ce qui restait de dévouement, de génie, de courage en France. « On voyait, dit un historien de ces tristes journées, cet instrument de mort entre les mains des enfants , réduit à la proportion de jouets ordinaires et leur servant à décapiter des poupées, des pigeons, des oiseaux et autres petits animaux. »

Pendant les effroyables luttes qui, au commencement de ce siècle, ensanglantèrent Saint-Domingue, on vit au cours d'une exécution, ordonnée pa^ Dessalines, empereur d'Haïti, des enfants, traînant de vieux sabres, mutiler les assassinés et jouer dans des rigoles avec le sang (2).

De nos jours, et pour ne rappeler que des souvenirs que chacun de nous a encore très présents à la mémoire, n'a-t-on pas vu les instincts les plus méchants, les plus bas, les plus cruels, se développer chez des enfants, pendant nos journées de révolution ? Le mal et les ravages que ■commettaient ces jeunes êtres étaient d'autant plus terribles qu'on ne se méfiait pas d'eux. Pillards, incendiaires, ils ne reculaient pas devant le meurtre et suivant l'exemple que leur donnaient

(1) Taine. Origine de la France contemporaine, t. III, page

(2) Exécution au Port au Prince, 16 mars 1804, cité par E. La Selve, Voyage au pays des nègres. Paris, 1881.

les hommes, tout comme eux faisaient le coup de feu, se glissaient habilement près de la victime qu'ils avaient choisie et tiraient à coup sûr.

Ces dernières années Paris était mis en émoi par une série de meurtres commis avec une audace et une habileté inouïes. Après bien des recherches on finit par découvrir et arrêter les auteurs de ces forfaits. C'étaient des jeunes gens, des enfants organisés en bandes qui répandaient ainsi la terreur.

La bande Gellinier, dont le chef n'avait pas 15 ans, commettait attaques nocturnes, meurtres, vols avec effraction et escalade, suivis d'orgies curieuses où le plus bas vice se prélassait. Quelques-uns de ces vauriens appartenaient à des familles honorables.

Une autre bande, Abadie, Gille et se faisait prendre en 1879 à la suite d'un meurtre commis à Montreuil.

L'aîné a 19 ans à peine, le plus jeune n'a pas encore atteint sa quatorzième année.

Il est certain que les mauvais livres ont eu sur leur esprit une influence désastreuse. Nous ne voulons pas dire par là qu'un mauvais roman fasse un malfaiteur d'un honnête homme, mais nous sommes fermement convaincu qu'il développe les mauvais instincts des autres.

La façon dont Abadie organise sa bande tient du roman, autant que du mélodrame qu'il a étudié comme figurant au théâtre de l'Ambigu : on retrouve dans ses agissements le souvenir de Roccambole ; les statuts de la société publiés par les journaux, les mémoires qu' Abadie a écrits en prison, tous ses agissements de chef de bandits prouvent que l'assassin a étudié son métier dans les bons auteurs.

Son portrait a été fait par beaucoup de chroniqueurs judiciaires : aucun ne nous a paru ressemblant. Personne n'a insisté sur le côté bestial de cette tète de criminel.

Il est à peine sorti de l'enfance et il est formé comme un homme, petit, trapu, aux épaules larges ; sous ses vêtements on devine des bras d'acier unis à ces épaules par un jeu de muscles surprenant chez un garçon de cet âge. Entre ces épaules de lutteur la tête est plantée solidement sur un cou court et épais. La mâchoire large et puissante donne à sa tête cette allure de brute qui fait penser à la même particularité qu'on

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remarquait chez Troppmann. Le teint est pâle, jaunâtre. Les sourcils sont épais, le nez fort, les pommettes saillantes outre mesure, la bouche épaisse, le regard ferme ne se trouble jamais.

4° Impulsions. — Chez de mauvaises natures le meurtre est on pourrait dire instinctif, tellement la cause qui l'amène est futile :

A Montbellet, près Mâcon, un jeune berger de 14 ans a. tué d'un coup de couteau un de ses camarades âgé de 13 ans, avec lequel il se disputait à propos d'un nid de merles. Le meurtrier s'acharnant sur le corps de sa victime lui porta encore 21 coups de couteaux. (23 avril 1886).

Deux enfants se disputaient à propos d'une toupie : celui qui détenait l'objet en litige ne voulant pas céder, l'autre sortit de sa poche uu petit couteau et l'en frappa entre les deux épaules. (28 novembre 1882).

A Eglisolles (Puy-de-Dôme) les élèves de l'école primaire jouaient en récréation lorsque l'un deux fit tomber par mégarde une pomme qu'un de ses camarades tenait à la main. Furieux, celui-ci tira un couteau de sa poclie et plongea la lame dans la poitrine du pauvre enfant.

Le meurtrier n'a pas 15 ans, le blessé à peine 9. (18 novembre 1883;.

A Azasga (Algérie), un enfant de 13 ans était à la chasse lorsque des femmes lui firent une observation.

Sans autre raison, cet enfant visa dans le groupe et fit feu. La balle a tué raide une femme qui était sur le point d'accoucher. (24 août i88t.)

F. G. âgé de 5 ans et demi jouait avec H. A. âgé de 12 ans, lorsqu'à la suite d'une querelle ce dernier frappa le petit F. avec son pied chaussé d'un sabot. Les parents arrivèrent auprès du pauvre petit au moment où il rendait le dernier soupir.

A. arrêté, avec une insensibilité vraiment étrange chez un ehfant'de cet âge, a raconté le meurtre dans tous ses détails (La Bretonnière, Loir et Cher, 15 mai i886).

, Les faits que nous venons de citer nous semblent suffisants pour donner un aperçu du degré

redoutable auquel peuvent atteindre les idées homicides chez l'enfant.

Cette question ne saurait comporter ici tous les développements qu'elle réclame : nous renvoyons à notre travail de l'homicide commis par les enfants, où nous avons traité ce sujet d'une manière complète.

Pyromanie. — A côté du crime contre les personnes il en est un autre plus fréquent encore et dont les conséquences ne sont pas moins redoutables. .

Poussé par les motifs les plus divers, sous l'empire d^in accès de colère violent et brusque, par vengeance ou même simplement par plaisir, l'enfant met le feu aux maisons, aux bois, aux meules. On a souvent noté aussi que, chez les filles principalement, l'établissement de la puberté détermine fréquemment la pyromanie. Cette triste tendance a, depuis longtemps, appelé l'attention des aliénistes. Les annales de médecine de tous les pays en contiennent de nombreux exemples.

Marc (i) en a fait le sujet d'un travail particulier, qui a servi et sert encore de base aux travaux plus récents. Esquirol (2) a consacré également un chapitre intéressant à la pyromanie et Morel (3) a résumé d'une manière positive les nombreuses expertises médico-légales que l'autorité judiciaire lui avait confiées.

(1) Marc. Traité médico-légal sur la folie. Paris, 1840. J. B, Baillière.

(2) Esquirol. Maladies mentales. Paris, 1838.

(3) Morel, Traité des maladies mentales. Paris, 1860. V« Masson,

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Cependant il ne faut pas oublier que la pyromanie comme l'homicide et le suicide peut se produire sous l'influence d'un état pathologique ; l'hallucination, une idée fixe impulsive, un délire fanatique... etc. peuvent souvent être la cause qui pousse ces individus à mettre le feu. La pyromanie peut bien à juste titre être considérée comme un véritable symptôme de maladie mentale.

Legrand du Saulle, (i) se basant sur la nature si variée des causes, propose derangerles pyromanes dans trois grandes catégories :

jo Pyromanie accidentelle : celle dont se rendent involontairement coupables les maniaques, les déments, les imbéciles et les idiots.

2° Pyromanie incomplète: celle qui reconnaîtpour causes une nostalgie préexistante, un désordre des passions qui ont poussé des enfants, des personnes faibles, des vieillards, de5 domestiques, à mettre le feu sans que ces derniers éprouvent de penchant instinctif irrésistible.

« Il peut se développer, a dit Marc, chez des enfants faibles, ou chez des enfants réduits à l'état de domesticité, traités durement par leurs maîtres, et ayant un vif désir de rentrer sous le toit paternel : ce désir peut déterminer en eux un état de tristesse voisin de la mélancolie, accompagné d'un sentiment d'anxiété que l'on reconnaît à leur air sombre, aux larmes qu'ils répandent souvent, à l'agitation de leur sommeil et à leur amaigrissement. Or, il se peut que dans cet état, le désir de

(i) Legrand du Saulle. De la monomanie incendiaire. Thèse de Paris, 1856.

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se délivrer de l'anxiété qu'ils éprouvent, par l'aspect des flammes, puisse arriver au degré d'une propension irrésistible, et se terminer par une action où il n'y a pas de liberté morale. Lorsque cette situation a été observée, les enfants ne sesont pas enfuis : ils se sont au contraire trouvés, ainsi qu'ils Tont déclaré, délivrés de l'extrême anxiété qui les dévorait. »

Un garçon de moins de 14 ans, après avoir reçu une correction et voulant se faire renvoyer chez ses parents mit le feu à l'écurie de son maître (i).

Agalmie Davroult, 14 ans, domiciliée à Wavrans, (arrondissement de St-Omer) comparaît devant la cour d'assises sous l'accusation de deux incendies commis en janvier dernier à quelques jours d'intervalle, dans la ferme de ses maîtres.

Le janvier 1887, dans l'après-midi, éclata le premier incendie dans un grenier où couchaient trois domestiques.

L'accusée donnaja première l'alarme ; des secours arrivèrent et on put conjurer le fléau. On supposa de suite que cet incendie était dû à la malveillance, et les soupçons se portèrent sur les domestiques à l'exception d' Agalmie.

Quatre jours après, un second incendie eut lieu dans les mêmes circonstances : ce fut encore l'accusée qui s'en aperçut la première. Agalmie fut pressée de questions et finit par se reconnaître l'incendiaire ; interrogée sur les causes qui l'avaient poussée au crime, elle déclara qu'elle avait agi ainsi pour se venger de ses patrons qui l'avaient menacée de la congédier, si elle continuait à parler à un domestique de la ferme, son amant !... à 14 ans !

Cette enfant est mal notée : on la considère comme menteuse et portée au vol.

Elle est condamnée à être enfermée dans une maison de correction jusqu'à sa vingtième année (2).

^0 Pyromanie complète : celle qui comprend tous

(i) Marc. ouv. cit. t. IL

(3) Cour d'assises du Pas-de-Calais. St-Omer, audience du 18 mars 1887.

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les actes incendiaires dus à un penchant instinctif irrésistible pour le feu, à des troubles dans l'exercice de la volonté, à des conceptions délirantes, des hallucinations.... etc. sans dépression ni excitation des facultés intellectuelles.

Tel est entre mille le cas de cette servante de 17 ans dont parle Marc, qui, revenant de la danse où elle s'était très échauffée, fut prise tout à coup d'une propension incendiaire. Elle déclara avoir éprouvé une grande anxiété dont elle n'a pu se délivrer que le troisième jour en satisfaisant son envie. Elle éprouva, en voyant le feu éclater, une joie telle qu'elle n'en avait jamais ressenti de pareille (i).

La pyromanie se montre plus volontiers dans le sexe masculin que dans le sexe féminin, du moins en France, car en Allemagne, d'après les observations des médecins allemands, les rôles seraient intervertis. Il y aurait plus de femmes incendiaires que d'hommes et leur âge ne s'élèverait pas généralement au-dessus de 16 ans.

D'après le compte-rendu de la justice criminelle en France (1884) sur 170 accusés incendiaires, 8 n'avaient pas 16 ans !

Kleptomanie. —La recherche des causes qui influent sur la folie devra être appliquée à la monomanie du vol aussi bien qu'aux autres monomanies. Si parmi ces causes il faut tenir compte de la nature spéciale de l'enfant, il ne faut pas non plus négliger les dispositions héréditaires. Trélata porté unjugementbienjustesur la propension au volchez l'enfant et sur ses conséquences. « L'enfant, dit-il,

(i) Marc. Ouv. cité.

prend assez souvent ce qui ne lui appartient pas : (i) il est peu de mères à qui il nesoitpas arrivé de trouver dans les poches de leur fils ou de leur fille une foule dejoujoux ou d'objets quelconquesprissurla table, sur la cheminée d'un salon ou enlevés à un petit camarade. Quelques enfants, sachant déjà qu'ils font une mauvaise action, mettent plus ou moins de dissimulation dans son accomplissement, s'emparent de l'objet pendant qu-'on tourne la tête ou pendant qu'on est sorti de la pièce oii ils se tiennent. Il en est qui trompent ou cherchent à tromper leurs parents sur l'origine des objets surpris en leur possession : « Ils l'ont trouvé » ou bien « un ami leur a donné. » On s'informe et on constate à la fin deux mauvaises actions : un vol et un mensonge.

Les conseils maternels, les reproches et les punitions sagement et habilement mis en usage, l'ascendant de la mère sur l'enfant, suffisent ordinairement pour étouffer, dès le très jeune âge, cette fâcheuse tendance. Pourtant, tous les écoliers savent que même dans la société qu'on appelle bien élevée, il existe encore des jeunes gens de 12, 13^ 14, 15 ans, qui prennent les livres, et quand ils en trouvent l'occasion, l'argent de leurs camarades. A moins que l'enfant n'ait jamais reçu aucun conseil, ou qu'il n'ait eu au contraire que de mauvais exemples sous les yeux, cette persistance du vol chez le jeune homme est du plus fâcheux augure pour l'avenir.

La régénération se fait quand Tintelligence est

(i) Trélat. De la Folie lucide, Paris, 1861, p. 259.

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normale : mais à cet égard quelle inégale répartition dans l'appui accordé aux différentes parties de la société ! que de tendresse et de protection pour les uns ! que d'abandon pour les autres ! Beaucoup d'enfants pauvres ne sont et ne restent voleurs que parce qu'ils ont manqué d'affection de famille et de bons conseils. Un grand nombre deviennent adultes, sans avoir eu la notion du bien et du mal. »

Le vol peut exister et existe à l'état pathologique. Il est frappant parmi les imbéciles, notamment : beaucoup d'entre eux, fort déshérités intellectuellement, n'ayant jamais pu apprendre ni à lire ni à écrire, ni à compter, absolument incapables de se livrer à un métier quelconque, montrent infiniment d'habileté, et de ruse dans leurs vols, soit pour les accomplir, soit pour détourner les soupçons et les faire planer sur d'autres. Nous avons connu à laSalpêtrière, une imbécile qui commettait des vols très fréquents sans jamais se laisser surprendre et qu'on ne put confondre qu'en ayant la patience de demeurer caché dans un lieu qu'elle croyait solitaire.

Mais là où la manie du vol se montre le plus fréquente, c'est lorsqu'elle est héréditairement transmise.

Prosper Lucas a recueilli de nombreuses observations qui ne laissent aucun doute, à cet égard.

Devant la masse des faits patents d'hérédité, on n'a vraiment que l'embarras du choix :

Lametthrye parle d'une femme qui au cours de sa grossesse était sujette au vice du vol et dont ses enfants héritèrent.

Une autre, fille de voleur, le devint à 12 ans quoiqu'ayant perdu son père et sa mère à l'âge d'un an et qu'elle eût été élevée par d'honnêtes gens ! (i) Il n''est pas de jour que les cours de justice n'aient à slatuer sur le sort d'enfants pris en flagrant délit de vol, et dont les parents ont déjà subi ou subissent encore une peine encourue pour le même motif. Mais c'estlà un pointde l'influence de l'exemple, de l'imitation : « il est, dit Prosper Lucas (2), plus que vraisemblable que dans beaucoup de ces cas, l'éducation vienne où le défaut absolu d'éducation n'ont fait que concourir à la dépravation : l'éducation, l'exemple, l'instigation même du père ou de la mère, ne sont en quelque sorte, dans plusieurs circonstances, que des causes auxiliaires, des causes occasionnelles ; la cause pre'disposante, la cause originelle est Vhérédité. C'est en d'autres termes, la perversité puisée aux sources de la vie et tantôt excitée, tantôt même réprimée par la volonté réfléchie des parents.

11 est, en effet, une première et grave considération qui suffit à elle seule, à prouver, sans réplique, toute la réalité de l'influence du sang, ou de l'hérédité pure sur ces genres de crimes, c'est qu'en opposition à ce qu'on semble dire, de la part exclusive de l'éducation à ces crimes defamille, rien au témoignage de voleurs émérites et désintéressés dans leur opinion, rien n''est plus rare que de voir les voleurs instruire leurs fils au vol et leur trans-

(1) Vhomme plus que Machine, p. 80. Londres 1748.

(2) P. Lucas. Tt\iité philosophique et physiologique De l'Hé~ rcditè, 1. I, 494.

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mettre ainsi, du moins volontairement, leur triste profession.

Que l'hérédité fasse défaut, et ni l'exemple, ni l'éducation, ni la force même, employée à l'égard des enfants, ne pourront suffire à dompter des enfants bien nés qui n'ont en eux aucune disposition nécessaire.

En voici un curieux exemple :

Le 13 novembre 1845, la cour d'assises du département de la- Seine, frappa de peines afflictives et infamantes, trois membres sur cinq d'une famille de voleurs. Cette affaire présentait une circonstance vraiment digne de remarque :

Le père n'avait pas trouvé également chez tous ses enfants les dispositions qu'il aurait désirées. 11 lui avait fallu employer la contrainte à l'égard de sa femme et de ses deux derniers nés, jusqu'à la fin rebelles à ses ordres infâmes. L'aînée de ses tilles s'était au contraire élancée, comme d'instinct, sur ses traces. Elle s'était montrée tout aussi ardente et tout aussi violente, dans ses tentatives pour faire plier la famille à ses odieux penchants ; mais, chez une partie, le naturel manquait : ils tenaient de la mère. »

Hallucinations. — Bien que les hallucinations chez l'enfant ne se produisent pas aussi fréquemment que chez l'adulte, elles sont cependant moins rares qu'on pourrait le croire.

Malgré la diversité de leur origine, ces hallucinations,ainsi que nous allons le voir, offrent cependant une symptomatologie uniforme.

Parmi les causes morales, les plus fréquentes d'ailleurs, il convient designaler l'effet produit sur les jeunes imaginations par les contes de nourrices, les histoires de brigands, de voleurs, d'ogres, de revenants... Les vives préoccupations, les terreurs que causent l'obscurité , l'isolement , le silence

des nuits... sont des causes non moins actives.

Les fièvres, les intoxications, les troubles de l'appareil digestif... sont parmi les causes physiques, les plus habituellement notées.

Les hallucinations observées se rattachent presqu' exclusivement aux sens de la vue et de l'ouïe ; celles des autres sens sont assez rares pour que certains auteurs n'aient pas craint de mettre leur existence en doute.

Cette opinion ainsi formulée est par trop excessive : ces hallucinations existent. Dans sa thèse inaugurale, Fernand Bouchut (i) en a donné des •exemples.

Quoi qu'il en soit, et d'une manière générale, il est un fait digne de remarque et sur lequel les auteurs qui ont traité des hallucinations de l'enfance n''ont pas appelé l'attention d'une manière spéciale. C'est la nature de l'hallucination.

Chez l'adulte, l'hallucination revêt toute espèce de forme, elle est gaie, elle est triste, roule sur tel ou tel sujet, et n'a pas ce qu'on pourrait appeler un caractère spécial.

Chez l'enfant, au contraire, l'hallucination est, quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent,de nature triste, terrifiante.

Tantôt ce sont des hommes armés qui le menacent, qui veulent lui couper le cou, l'enterrer vivant. Puis, ce sont des diables rouges ou noirs, des fantômes, des cadavres qui se dressent devant lui, faisant mine de l'emporter, de l'enserrer dans leurs

(i) Fernand Bouchut. Des halhicinations che\ les enfants, thèse de Paris, 1886.

HALLUCINATIONS

griffes ou dans leur linceul. Tantôt ce sont des animaux et dans ce cas les animaux sont noirs ou rouges, horribles, effrayants, avec des yeux étincelants, des dents acérées, ouvrant des mâchoires démesurées et montrant leurs griffes prêtes à le déchirer. Les animaux immondes, répugnants jouent aussi un grand rôle : les chauves-souris, les rats, les serpents, les limaces, plus ou moins ornés d'ailes, de piquants, de poils raides et rouges : tantôt ce sont des éléphants et d'autres bêtes féroces qui semblent s'avancer pour le dévorer, le déchirer, le mettre en lambeaux.

Cependant à côté de ces hallucinations qui forment la règle générale, on a noté, mais exceptionnellement des hallucinations gaies, heureuses, ou mystiques et religieuses, ainsi que nous le verrons plus tard.

Les hallucinations de l'ouïe présentent ce même caractère terrifiant. L'enfant non-seulement voit mais entend les gens le menacer ; on lui dit : « Dépêche-toi ou je t'assomme... je vais te couper le cou... si, tu bouges tu es mort... on va te guillotiner .. » ou bien ce sont des cris, des clameurs, des hurlements épouvantables, des gémissements lamentables, des appels réitérés au secours... Les animaux eux-mêmes lui parlent et, comme dans les contes de fées, le petit chaperon rouge, la belle et la bête... par exemple, veulent le manger.

Les hallucinations de l'odorat ne sont pas moins pénibles : l'enfant sent des odeurs mauva ses, nauséabondes, et principalement l'odeur de soufre qu'on brûle, de choux pourfis, l'odeur si désagréable qui s'échappe parfois des égoùts de certaines

usines, enfin cette odeur caractéristique des amphithéâtres de dissection, de cadavre.

Et quand à ces hallucinations se joignent les hallucinations du goût, ce sont les mêmes impressions désagréables que l'enfant retrouve dans ses aliments.

Enfin le toucher suit la loi générale, et les impressions perçues consistent en coups, brulùres, pincements. L'un sent des clous qu'on lui enfonce dans le corps, l'autre des soufflets qu'on lui donne, ou bien on lui broie les os^ on lui applique de la glace ou des charbons ardents sur le corps...

Cette uniformité terrifiante dans les hallucinations de renfance, permet de nous rendre compte dès lors de ce que l'on observe dans les terreurs nocturnes et diverses que présentent certains enfants aussi bien dans l'état de santé que dans l'état morbide, alors qu'ils sont en puissance d'une affection aiguë quelconque.

Effrayé par ce qu'il voit ou croit voir, l'enfant manifeste à sa façon la terreur qu'il ressent, il crie il appelle à l'aide, il se débat ; puis l'hallucination cessant, le calme renaît : l'enfant se rendort s'il a été pris la nuit, reprend ses jeux si l'accès a eu lieu dans la journée.

Les quelques observations que nous citons ici, prises au hasard, offrent ces divers caractères que nous signalons :

Nous avons connu un enfant de 7 ans qui, à la suite de contes de nourrice, eut de véritables hallucinations de la vue : il voyait le soir, sur le mur, en face de son lit, un grand homme rouge. A ses cris on accourait et, vous le montrant au doigt, « tiens, le vois-tu, là sur le mur ? il me regarde... » Cet état a persisté un temps assez long.

HALLUCINATIONS

Brierre de Boismont fut appelé à donner des soins à une petite fille de 7 ans, dont la mère et la grand-mère étaient aliénées et avaient des hallucinations.

Cette, enfant avait une expression de figure qui annonçait -ane intelligence remarquable. Lorsqu'elle parlait, sa conversation, bien supérieure à celle des enfants de son âge, surprenait tous ceux qui l'entouraient. 11 y avait dans ses observations, ses demandes, ses réponses, une sorte d'intuition de l'avenir ; on aurait dit qu'elle devinait les choses ; aussi étaitelle un sujet d'étonnement pour tout le monde.

La vivacité et la mobilité de cette enfant étaient singulières : elle ne pouvait rester en place , elle avait continuellement besoin d'aller d'un endroit à un autre. Voulait-on la retenir elle s'impatientait, s'irritait, frappait et brisait les objets. De temps en temps, elle était sujette à des accès qui s'annonçaient de la manière suivante : sa parole était plus brève, plus saccadée, puis elle tombait dans une sorte d'extase : ses yeux se tournaient vers le ciel et devenaient fixes, un sourire de bonheur animait tous ses traits, elle parlait avec un accent pénétré ; « Voyez-vous, disait-elle, ces anges dans le ciel : ils ■ont des couronnes de fleurs, ils s'avancent à ma rencontre, ils viennent me cliercher. » Souvent elle gardait le silence comme plongée dans un espèce d'anéantissemeat, puis elle montrait de nouveau le ciel avec le doigt en appelant les anges.

Après avoir duré deux ou trois heures, la vision s'évanouissait. Pendant son accès, cette jeune fille était blanche comme la cire, eUe avait la peau froide et le pouls à peine sensible ; lorsqu'il était passé, elle s'endormait. A son réveil, l'agitation reparaissait et se prolongeait plusieurs jours. Ses discours offraient peu d'incohérence ; elle ne comprenait pas bien ce qu'on lui disait, répondait d'une manière singulière.

Tout rentrait ensuite dans l'ordre jusqu'au nouvel accès qui ne tardait pas à se produire (i).

Nous avons tenu à donner cette observat'on qui rentre dans les exceptions à la règle générale que nous indiquions plus haut ; ici pas de vision terri- Ci) Brierre de Boismont. Des hallucinations. Paris 186" P- 355-

FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

fiante ; au contraire : l'enfant semble heureuse et voit avec bonheur les chérubins qui l'appellent et lui montrent sa place au milieu d'eux. 11 est à remarquer, également, Tétat physique pendant les accès : c'est là un fait qui ressort de ce qui a lieu habituellement: Ces manifestations pourraient bien avoir été le précurseur d'une affection nerveuse grave, malheureusement l'observation deBrierre de Boismont s'ari'ête là et reste muette sur les événements consécutifs.

Unejeune fille de g à lo ans, avait passé le jour de sa fête en compagnie de plusieurs autres enfants à se livrer à tous les divertissements de son âge. Les parents, d'une religion peu éclairée, n'avaient cessé de lui raconter des histoires du diable, de l'enfer, de la damnation éternelle. Le soir, en allant à sa chambre pour se coucher, le diable lui apparut et la menaça de la dévorer. Elle poussa un grand cri et tomba comme morte à leurs pieds. Un médecin ayant été appelé, parvint à la rappeler à la vie au bout d'une heure. Cette enfant dit alors ce qui lui était arrivé, répétant qu'elle était certaine d'être damnée (i).

Une enfant de 12 ans qui faisait sa première communion à Montmartre fut si effrayée des terreurs de l'enfer nées dans son esprit par l'influence du prédicateur, qu'elle perdit connaissance et eut quelques mouvements convulsifs ainsi que plusieurs de ses compagnes.

Le lendemain, les attaques se reproduisirent et en même temps, pendant la journée, il y eut l'hallucination d'un crucifix rouge de feu au milieu de l'espace. Cette hallucination se montra plusieurs jours de suite (2).

Un enfant de six ans et demi s'arrêtait tout à coup, dans ses jeux, au milieu de ses études, rougissait, courait vers sa mère et lui disait en grand secret, qu'il avait entendu quelque chose ; « On lui a dit qu'il allait mourir, qu'on allait le mettre en

(1) Psychological Magasine : Vol. IV, p. 70, V. Chricton.

(2) E. Bouchut. Mémoire sur Li contagion nerveuse. (Gaz. méd. de Paris, 1864).

HALLUCINATIONS

prison, » d'autres fois on lui dit que c'est sa mère, son père, son frère qui vont mourir. « Mais, qui t'a dit cela ? — Personne, mais je l'ai entendu. E?ê quel côté ? d'où viennent les voix ? — C'est dans ma tête que j'entends cela ».

Au reste, on le rassure sans peine, mais il ne comprend certainement pas ce qu'on lui dit pour le rassurer. Il est évident que rien ne peut le dissuader qu'il n'a pas bien entendu, mais dès qu'on lui dit que ce sont des bêtises, que cela ne fait rien, il n'en demande pas davantage, il n'y pense plus.

Ces phénomènes se sont reproduits une vingtaine de fois, à intervalles irréguliers et sans qu'on puisse les rattacher à rien, soit dans ses habitudes morales, soit dans ses habitudes physiques.

A... 13 ans, perdit son oncle d'une chute dans une carrière et fut très effrayée de le voir tout un jourmort, exposé à son domicile sur son lit. Deux mois après, jour et nuit, la vision de ce mort se reproduisait à ses yeux, et si elle restait chez elle, elle revoyait ce cadavre couché sur le lit, disparaissant quelques instants et revenant peu après. Elle était si convaincue de la réalité de cette vision qu'elle criait de terreur, et les paroles de sa tante ne suffisaient pas à la calmer. De temps à autres elle entendait la grosse voix de son oncle, mais sans pouvoir répéter ce qui se disait. Cette hallucination de la vue et de l'ouïe a durée près de quatre mois, se manifestant dans les mêmes conditions de temps et de lieu (i).

Dans les épidémies de délire religieux qui au siècle dernier régnèrent en Europe, on observa fréquemment les hallucinations chez les enfants(2). Cette disposition morbide dont ils subissaient l'influence, paraissait être, ou pour mieux dire était réellement la conséquence de l'excitabilité propre à cet âge, augmentée par l'éducation religieuse catholique et protestante surtout, favorisée de plus par les impressions extérieures.

(1) F. Bouchut.Dw hallucinations cheT^les enfants, thèse,p. 15.

(2) Calmeil, de la folie considérée sous lepoint.de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire, Paris, 1845.

Il suffit de parcourir l'histoire des trembleurs des Cévennes, des prédicants de la Suède... etc. pour y trouver des enfants de cinq, six, sept ans, en proie à des visions, voir des anges, entendre des voix célestes. Nous aurons d'ailleurs à revenir dans un chapitre spécial sur cette disposition épidémique.

Mais ces hallucinations religieuses peuvent se produire à l'état isolé ; nous en avons vu précédemment un exemple, et il convient, de plus, de rappeler tout d''abord ici, le nom d'une grande héroïne, de Jeanne d'Arc.

« Dès l'âge de 13 ans, la petite Romée, c'est ainsi qu'on appelait Jeanne d'Arc du nom de sa mère, dans la vallée de Vaucouleurs, dès l'âge de 13 ans, la petite Romée avait éprouvé de fréquentes hallucinations de la vue et de l'ouïe ; des traînées lumineuses étaient venues éblouir sa vue en plein midi. Des voix inconnues avaient souvent retenti à ses oreilles lorsqu'elle se croyait dans le plus parfait isolement. Elle se crut visitée par l'arcliange St-Michel, par l'ange Gabriel, par S^e- Catherine et par St°-Marguerite : elle se figura surtout que ces deux dernières saintes, auxquelles elle avait voué une dévotion toute particulière se rendaient souvent avec elle dans l'épaisseur des forets et que là elles l'assistaient de leurs conseils.

Ce furent la continuation et la persistance de ces apparitions sensibles, comme l'assure Jeanne, aux yeux du corps, qui à la fin la poussèrent dans ses aventureuses entreprises ('i).

On sait aussi avec quelle énergie certains poisons, et en particulier les solanées vireuses agissent sur l'enfant ; dans un travail bien connu (2), Thore a publié des observations d'hallucinations produites chez de très jeunes enfants par l'absorp-

(i) Calmeil : De la folie considérée sous le point de vue pathologique historique... etc. J. B. Baillière 1845. T. I, p. 129. (3) Thore. Annales médico-psychologiques.

HALLUCINATIONS

tion de baies de datura stramonium. Avant lui, bien des cas d'empoisonnement par cette plante avaient été recueillis chez des enfants de deux à quatorze, quinze ans, mais on n'avait pas encore eu l'occasion d'observer cet accident chez un enfant de 14 mois.

Jules Simon a donné la relation d'hallucinations visuelles et auditives produites vraisemblablement par l'administration du sulfate de quinine :

« Le II avril 1857, je fus appelé pour donner des soins à la fille de M""^ B. âgée de 7 ans, qui venait d'avoir des accidents la nuit.

Cette petite fille, pâle, anémique, atteinte de bronchite ordinaire, un peu fébrile, avait pris :

Le 9 avril 0,15 cent, de sulfate de quinine le soir.

Le 10, 0,15 cent, le matin et 0,15 cent, le soir avant le potage.

Dans la nuit du 10 au 11, elle fut prise d'agitation, d'une sorte d'ivresse, puis se plaignit de mal de tête, de sifflement " dans les oreilles : elle entendait des voix qui lui disaient de bêtises et la faisaient pleurer. En outre elle voyait des animaux étranges dont la description ne lui aurait pas été possible.

Cet état dura une heure ; au réveil il ne resta qu'un peu de céphalalgie.

Il n'est pas rare non plus d'observer des hallucinations dans le cours des maladies aiguës, Marcé (i), Trousseau (2), Thore, Bouchut,... et beaucoup d'autres, les ont signalées dans le cours de la chorée, de la scarlatine, de la pneumonie de la fièvre muqueuse... etc. Nous-mêmes en avons cité des exemples au chapitre de l'étiologie.

(1) Marcé, De l'état mental dans la chorée (Tviémoires ds l'Académie de Médecine, Paris, 1860).

(2) Trousseau, Clinique médicale de l'Hôtel-Dien, 7^ édition, Paris, 1885.

Parfois, l'hallucination préexistante semble devoir être jugée par une affection intercurrente,ainsi qu'il paraît en résulter du fait suivant observé par Bouchut.

B., II ans, entre à l'hôpital le 19 mars 1868. Jusqu'à 6 ans, elle avait eu de temps à autres des convulsions.

Actuellement, elle est très délicate, capricieuse, coléreuse, pleureuse, mais il n'y a pas eu d'attaques de nerfs depuis la disparition des convulsions de la première enfance.

Depuis deux mois, toux sèche, incessante, puis rauque et enfin remplacée par des cris qui se reproduisent à des intervalles très courts. Ce sont cinq à six cris aigus prolongés, de suite, le jour ou la nuit, puis elle se tait.

Ce besoin de crier est irrésistible ; rien ne peut l'en empêcher. Après ces cris, elle a un rire sardonique et un étirement assez douloureux des nerfs du bras et de la main.

L'enfant a souvent, soit le jour, soit la nuit, des visions distinctes de serpents qui courent, d'anges au ciel, de vaisseaux, d'enfants qui jouent autour d'elle, en disant à haute voix : « je ne veux pas jouer avec toi, » ou qui veulent lui faire du mal. Ces hallucinations visuelles et auditives se reproduisent souvent en plein jour dans sa chambre, alors qu'elle est seule. D'autres fois, elle voit une pluie de feu tomber devant elle.

Névralgies frontales et occipitales fréquentes : battements de cœur et souffle à la base,en dedans du mamelon, se prolongeant dans les vaisseaux du cou. L'intelligence est développée par beaucoup d'instruction, mais, en ce moment, elle est lente, sans troubles, avec un peu d'hébétement, et la démarche est niaise.

Jamais de perte de connaissance, de spasmes, de crises nerveuses ni de boule hystérique.

21 mars. Persistance des cris, même la nuit, et ils sont si forts que l'on comprend que, dans sa maison, les locataires aient voulu déménager. Ici, il a fallu mettre l'enfant dans une chambre isolée. Il n'y a pas eu d'hallucination de personne, mais des hallucinations de pluie de feu.

Au moment des cris, il y a 7 ou 8 rugissements aigus accompagnés d'une déviation de la bouche en haut et à gauche avec contracture de l'avant- bras gauche sur le bras et raideur

HALLUCINATIONS

des doigts qui se portent devant la bouche pour la cacher. Il suffit parfois de rabattre violemment le bras contracture et d'imposer silence à l'enfant pour faire cesser le spasme.

Vésicatoire morphiné. (0,02 cent.) sur les côtés du cou.

Le 22. Mêmes cris, meilleur sommeil, pas d'hallucination.

Le 23. Pas de sommeil, mêmes cris, sans hallucination.

Le 24. Pas de sommeil, mêmes cris. Hallucination d'un ange nu, ou vêtu de blanc.

Le 25. Cris si violents qu'ils ont été entendus de la rue : pas de sommeil, hallucination d'un serpent.

A ce moment, l'enfant est prise de fièvre avec mal à la gorge, enrouement et exsudation blanche membraneuse sur les amygdales. Vomitif avec émétique^ 0,05 centigr.

Le 26. L'enfant a beaucoup vomi, a moins crié et n'a pas eu d'hallucinations. L'exsudation de l'amygdale persiste.

Le 27. L'exsudation a diminué ; pas d'albuminurie, mais il y a toujours de la fièvre. Moins de cris : pas d'hallucination.

Le 28. L'enfant n'a pas crié et a repris un peu d'appétit.

Le 3r. Plus de cris, et l'enfant a pu rester tranquille aux offices de Pâques.

Le 12 avril, l'enfant semble guérie et mange bien en petite quantité.

Le 2 mai ; la guérison ne s'est pas démentie : les cris ont cessé et, depuis cinq semaines, il n'est pas revenu d'hallucinations. Elle sort de l'hôpital.

Les hallucinations avec troubles de la sensibilité générale, bien que très rares, existent cependant.

X... 10 ans : voyait des voleurs en plein jour, apercevait sa mère au ciel et l'entendait parler, sentait le goût de cadavre dans les aliments qu'on lui servait:... etc.

M... II ans, maigre, pâle et faible, fut prise, au mois de mai de la danse de S'-Guy occupant les deux côtés du corps. Par moments elle ne reconnaissait personne et ces crises duraient environ une demi-heure.

Cet état se prolongea pendant tout le mois de juin 1877 et il n'y eut qu'une seule criss de trouble psychique. En juillet, il y eut quatre crises qui durèrent de cinq à dix minutes.

En août, la chorée continue ; l'intelligence est troublée, le regard fixe, hébété, et elle se trompe en prenant une autre

femme pour sa mère. Elle se met à répéter niaisement tout ce qu'elle entend dire sans paraître comprendre. Aux repas, elle a peur, dès qu'on s'approche d'elle, qu'on lui enlève ce qu'elle a devant elle et se cache derrière la carafe et la bouteille. Elle croit avoir déjeuné en ville chez des personnes méchantes qui prenaient ce qu'elle mangeait et dont elle ne comprenait pas le langage.

Elle crie, se roule à terre et a des syncopes fréquentes à la moindre contrariété ; de temps à autre, prend sa mère pour un ogre qui veut la dévorer, ou bien se déshabille et se met toute nue sur le parquet, l'esprit troublé et cela pendant un quart d'heure. Puis, revenue à elle, elle croit qu'elle a été en voyage, qu'on lui enfonçait des clous dans le corps, qu'on la brûlait sous des couvertures de soufre, que son lit s'était changé en puits., etc.

En septembre, les mêmes phénomènes se sont reproduits. Elle s'est couchée sous le lit et s'y est endormie : puis remise dans son lit, elle reste égarée, les yeux fixes, tantôt calme, tantôt agitée, avec des mouvements choréiques, des syncopes et des hallucinations de l'ouïe et de la vue. En février 1878 cette enfant allait mieux, mais avait toujours des hallucinations (i).

Nous ne pouvons quitter ce chapitre sans dire un mot des hallucinations qui se produisent dans l'état de santé, chez de jeunes enfants, pendant la nuit ou au moment du réveil ; au premier abord elles continuent le rêve ; l'enfant, les yeux ouverts, voit distinctement des objets plus ou moins effrayants qui ne disparaissent qu'après un temps souvent assez long.

Thore cite l'exemple d'une personne qu'il connaît particulièrement et qui à peine âgée de 3 ans 1/2 avait pendant la nuit des hallucinations de la vue, intenses et prolongées. Cet enfant voyait se développer et grandir sur le mur de la chambre des figures à l'aspect le plus lantastique et le plus varié. Elles revenaient de temps en temps et quelquefois à plusieurs reprises dans une même nuit, sans qu'on pût savoir à quoi les attri-

(i) Fernand Bouchut, Thèse citée.

HALLUCINATIONS

buer. Elles le jetaient dans un véritable état d'angoisses et il faut que ces impressions aient été bien vives et bien profondes pour que cet enfant, devenu homme aujourd'hui, ait conservé le souvenir assez net de ces hallucinations dont il pourrait à la rigueur et au bout de trente années reproduire le dessin.

Poujol raconte qu'étant endormi auprès de son frère, jeuneenfant de II ans, il fut réveillé par les cris qu'il poussait. Bientôt il s'éveille lui-même et me demande : « Que fait ma sœur près de toi ? » — Je lui répondis qu'elle n'y était point :

— « Tu plaisantes ? — Non. — » Il se retourne alors de mon côté, il me saisit autour du corps et s'écrie : » je suis perdu.

— Qu'as-tu donc ? — Ne vois-tu pas ces monstres qui viennent me dévorer ? — Vois donc quelle gueule ils ouvrent ! » Et alors de me serrer de toute sa force. J'eus beau lui représenter que ce n'était que le résultat de son imagination troublée par un rêve pénible, tous mes raisonnements furent inutiles. Je le transportai dansla chambre de ma mère, et là, placé sur le même lit, entouré de plusieurs individus, il n'en resta pas moins dans le même état. J'allumai une chandelle et les illusions persistèrent. Enfin je le conduisis au milieu d'un grand nombre d'ouvriers occupés à la fabrication de l'huile et bientôt les hallucinations furent dissipées (i).

Le 4 octobre 1877, dit F. Bouchut, un garçon de 10 ans vint me voir de Vitry avec sa mère ; il est grand et fort en apparence, mais mou et il a de la fièvre par la moindre fatigue. Il fait sa seconde dentition qui est en retard et irrégulière. Il y a deux ans, il a déjà eu des hallucinations la nuit, et depuis six semaines, cette année, le même fait s'est reproduit plusieurs fois.

11 se couché en bonne santé, puis s'éveille avec terreur, et sa mère accourt près de lui. La Inmière est allumée et l'enfant, parfaitement lucide. Il cause avec sa mère et voit devant lui des maisons renversées, ou dans l'espace de grandes additions à faire au moyen de chiffres immenses. Il s'inquiète de cela et dit qu'il ne pourra jamais les faire. Puis, comme la vision ne disparaît pas, il demande à sa mère d'aller se mettre au lit, en lui disant : « Quand tu resteras près de moi, cela n'y fera rien. Ces additions ne s'en iront pas, ne te fatigue pas à me veiller. »

(i) Revue médicale, 1828.

Malgré ces paroles la mère restait et, au bout d'une heure» l'enfant se rendormait. Le lendemain il n'offrait rien de particulier, mais se rappelait très bien ses hallucinations de la nuit.

Dans ce cas il n'y avait pas de demi-sommeil. L'enfant était parfaitement éveillé, lucide, très raisonnable sur tout ce qui l'entourait, conversant avec sa mère et n'ayant que le trouble sensorial de la vision.

Délire général. — Folie raisonnante. — De même que Tadulte, l'enfant peut présenter cet état bizarre dont nous avons déjà parlé sous le nom à' état mixte (i). Ces individus tiennent du fou et de l'homme raisonnable, à divers degrés.

« Les enfants destinés à devenir maniaques raisonnants (2), se font remarquer par une grande vivacité.-Indociles, étourdis, mobiles, indisciplinés, ils doivent à leur heureuse mémoire le faible progrès qu'ils font, soit dans les écoles, soit dans les lycées. On les voit toujours les derniers de leur classe ; les efforts qu'ils cherchent parfois à faire pour sortir des rangs inférieurs sont souvent stériles.

Ils passent les premières années de leur existence, à jouer, à s'amuser avec des camarades réfractaires comme eux à tout assujettissement. Fréquemment même ils se dispensent de se rendre à l'école. Plus soumises que les petits garçons, les petites filles douées des mêmes prédispositions apprennent très bien les divers travaux de l'aiguille, la lecture, l'écriture, et quelques règles d'arithmé-

(1) Voy. page 198.

(2) Campagne. Traite de la Manie raisonnante, Paris, V, Masson, 1869.

DÉLIRE GÉNÉRAL

tique sans cesser d'être étourdies ; elles sont paresseuses, inconstantes et se plaisent à mettre le désordre parmi les élèves.

S''il y a un mauvais exemple à donner, s'il y a une mauvaise habitude à propager, les enfants qui nous occupent offrent toutes les conditions requises pour obtenir, dans ce genre, les succès les plus complets. Ils donnent peu de satisfaction à leurs parents, qui remarquent en eux un mauvais naturel. Egalement insensibles aux encouragements et aux plus fortes punitions, ne sentant pas ce que leur conduite a de pénible pour leurs familles, ils restent indisciplinés, insouciants et frondeurs. »

Mon père a donné des soins à un tout jeune homme qui résume bien le type de la folie raisonnante chez l'enfant :

Dès l'âge le plus tendre, cet enfant avait'été enclin à l'irascibilité, aux emportements, à la violence. Il était chagrin, morose, d'humeur très difficile. Il paraissait affectionner beaucoup ses parents, son père, entre autres, et cependant, sur le plus léger motif, il se livrait envers eux à de déplorables excès. Entré à Charenton, au premier abord et avant qu'on ne lui ait fait aucune question, on est porté à le croire imbécile , mais ses réponses parfaitement justes, son maintien décent ont bientôt rectifié ce jugement. M... paraît être dans la persuasion qu'il a été amené à Charenton pour y être traité de son affection nerveuse (à un âge peu avancé il avait été atteint d'accidents cérébraux qui avaient presqu'entièrement anéanti les mouvements du bras droit, et imprimé aux traits de la face quelque chose de louche et de convulsif.)

Les premiers jours, M... se comporte à merveille. Il regrette d'être oisif une partie de la journée et prie qu'on lui fasse venir des livres.

Il avait été placé dans une chambre déjà occupée par deux autres pensionnaires, dont un invalide. Ce dernier s'étant un j our avisé d'ouvrir un de ses livres et ayant oublié de le re-

FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

mettre à sa place, M... en rentrant manifesta un vif mécontentement, se répandit en injures et insensiblement, en vint à un tel degré d'irritation, qu'il se jeta furieux sur l'invalide, armé d'un pot d'étain, lui asséna plusieurs coups et l'eût infailliblement tué, si l'on ne fût venu à temps.

Une forte douche lui fut infligée, puis on l'enferma durant plusieurs heures dans une cellule avec la camisole de force, « j'allai, dit mon père, le visiter peu de temps après ; M... paraissait humilié du genre de punition auquel on le soumettait. Rendant compte de ce qui s'était passé, il avait soin de présenter les choses sous un jour tel, qne ses emportements pussent être en partie excusés. Toutefois il ne se dissimulait pas à lui-même l'extrême facilité avec laquelle il s'abandonnait à la plus aveugle fureur ; « je cède, disait-il, à un entraînement, auquel je suis bien convaincu que je ne saurais résister. Je l'ai tenté sans y réussir : mes parents, mes amis ont failli être victimes de mes emportements... » M... enfin finit par avouer qu'au moment de sa plus vive exaltation il éprouvait un contentement intérieur, un bien-être physique et moral...

Sur les instances réitérées de ses parents, l'enfant leur fut rendu. Mais peu de jours s'écoulèrent sans qu'il devînt nécessaire de le faire enfermer de nouveau. C'étaient des querelles et des rixes journalières avec ses camarades. Il mettait tout en œuvre pour exciter leur colère ; on le voyait s'approcher de quelques-uns d'entre eux d'un air sournois, leur adresser une question saugrenue, des sarcasmes, des injures, ou bien il les regardait sous le nez, puis riait aux éclats ; de vives altercations s'ensuivaient et de là aux emportements, aux actes de violence, il n'y avait qu'un pas. Si par l'extrême patience de ceux auxquels il s'adressait, ces moyens étaient insuffisants pour amener la lutte, il les provoquait alors d'une manière plus directe, d'abord en les touchant à plusieurs reprises du bout du doigt, puis en les frappant assez rudement. Cet enfant est fatalement voué à passer son existence dans les maisons d'aliénés. Jamais il ne se montrera assez calme, assez raisonnable pour rentrer dans la société. Les actes de folie se succèdent rapidement. Son organisation défectueuse le condamne fatalement.

DÉLIRE GÉNÉRAL

Campagne a donné l'observation (i) d'un enfant de 14 ans atteint de manie raisonnante ; et dont le délire s'est traduit par les actes les plus graves.

Mensonve. — A côté de la folie raisonnante et

pouvant jusqu'à un certain point s'y rattacher, se place une question importante, très grosse de conséquences médico-légales : c'est le mensonge,

A la suite de différents faits survenus presque coup sur coup et ayant, à la suite de dépositions faites par des enfants, entraîné l'arrestation et la comparution en justice d'individus parfaitement innocents, la question émut les psychologues et notre regretté confrère, le docteur Bourdin, dans une de ses communications si intéressantes dont il avait le secret, entretint la société médico-psychologique de cette grave question (2).

Le mensonge chez les enfants, lorsqu'il atteint un certain degré, constitue un véritable état morbide : et, si on l'analyse avec soin, nous sommes amené à considérer sous trois points de vue bien distincts les causes qui poussent l'enfant à mentir, à forger de toutes pièces des récits qui au premier abord paraissent sincères :

1° L'enfant ment pour mentir :

2° L'enfant ment par calcul :

30 L'enfant ment involontairement.

Reprenons donc ces trois formes :

1° L'enfant ment pour mentir, sans besoin, pour l'art, en quelque sorte : c'est le menteur instinctif de Bourdin.

(1) Campagne, ouv. cit. p. 528.

(2) Séances des 13 et 27 novembre 1882.

Tous ceux qui peuvent avoir des enfants sous leurs yeux, les suivre, les étudier dans leurs actions journalières, ne sont pas sans avoir remarqué le plaisir du petit être à forger les histoires les plus invraisemblables. Pour peu qu'on l'écoute, qu'on ait l'air de croire ce qu'il dit, on voit alors monter progressivement la gamme, les détails devenir plus nombreux, plus précis et si un éclat de rire interrompt le conteur, un moment interloqué, il rit avec vous, voyant bien que vous n'êtes pas sa dupe, mais soutenant encore pour la forme la véracité de son récit.

Cette variété de mensonge cesse ordinairement à mesure que l'enfant grandit. Mais elle peut persister et l'habitude du mensonge prise, le menteur ne recule devant aucun sacrifice pour donner satisfaction à l'impulsion aveugle qui l'entraîne loin de la vérité.

Il est des cas où le mensonge a une portée beaucoup plus grave : c'est lorsqu'il a pour auteurs de ces êtres déshérités de la nature, dont l'intelligence annihilée dans sa presque totalité présente cependant encore une lueur. « Or, ce qui reste, dit Bourdin, est consacré au mal :

Un jeune liomme, fils d'un honorable commerçant, était idiot microcéphale, ne sachant ni lire ni écrire, on n'avait jamais rien pu faire de lui ; incapable de faire le bien, il s'appliquait entièrement à mal faire. Il avait l'art de jeter la discorde partout où il se trouvait. Calomnier tout le monde, faire punir ses condisciples par leurs parents, maltraiter les animaux, ménager le.<^. serviteurs le moins possible, briser les meubles en secret, déchirer les vêtements ne lui appartenant pas, et mille choses analogues étaient les objets de ses plus vives occupations. Ce garçon hypocrite et doucereux était redouté de tous ceux qui

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l'approchaient. Quand il avait réussi à commettre quelques-uns des méfaits dont il était si amoureux, son visage s'illuminait d'une joie qu'il ne pouvait dissimuler.

Parvenu à l'âge d'homme, il fut ce qu'il avait été dans sa jeunesse, méchant et menteur. »

Trélat cite le fait d'un imbécile de 10 ans, qui très menteur avait fait le malheur de sa famille en racontant à son père que sa mère s'était roulée sur le lit avec son cousin.

Tourdes a vu une jeune fille de 9 ans qui s'évertuait à égarer les recherches de la justice, en édifiant avec beaucoup d'ar^ une accusation de viol. Heureusement le mensonge et l'immoralité de la prétendue victime ont été reconnus et les jeunes gens compromis ont été relaxés (i).

2° L'enfant ment consciemment, par calcul, par obéissance. C'est la crainte du châtiment, l'appât d'une récompense qui le font agir.

Motet cite l'exemple d'un enfant de 12 ans qui, arrêté comme vagabond, raconte qu'ayant successivement perdu son père, chef de bataillon en retraite, puis sa mère, il est resté seul avec son frère. Tous deux se sont mis à chercher de l'ouvrage, chacun de son côté : n'ayant pas vu son aîné depuis trois jours, il s'est laissé prendre par les agents. Tout cela raconté avec un grand luxe de détails en apparence fort précis. Informations prises, voici à quoi se réduisait la fable du petit prisonnier.

Père vivant, ébéniste, mère morte depuis six ans. Enfant en apprentissage dans une fabrique de pianos, très intelligent, mais très paresseux. Envoyé en courses n'avait pas reparu à l'atelier. La crainte d'une verte réprimande l'avait empêché de rentrer. Il avait vagabondé trois jours et il avait été arrêté la nuit, endormi sur un banc (2).

Voici maintenant le mensonge par obéissance (3).

(1) Legrand du Saulle, Médecine légale.

(2) Motet, Annales d'hygiène publique et de médecine légale^

(3) Citée par Bourdin.

Une sorte de hobereau désœuvré avait un fils qui suivait les cours de l'école primaire. Le père passait la moitié de sa vie à jouer aux dominos. Son plaisir en arrivant au lieu du rendez-vous était de raconter les nouvelles du village. Le fils reçut l'ordre de son père, de lui apporter chaque jour au moins une nouvelle vraie ou fausse. Une punition sévère devait suivre la désobéissance.

L'enfant chargé de suppléer au besoin à la disette de nouvelles, prit l'habitude de faire des contes de toutes pièces. Il avait de l'esprit, il joua bien son rôle. Malheureusement l'habitude des improvisations mensongères se conserva pendant toute la vie, au grand détriment du menteur.

3° L'enfant ment involontairement, de bonne foi : il subit alors à son insu l'exemple de son entourage. C'est une sorte de folie communiquée. Ainsi par exemple, à force d'entendre dire à son père ou à sa mère qu'on les empoisonne, que des méchantes gens veulent leur faire du tort, qu'ils ont des ennemis qu'ils vont jusqu'à désigner, le cas échéant, l'enfant parfaitement convaincu de la réalité des doléances dont il est chaque jour témoin, affirmera par serment qu'il en est bien a-'nsi. Mais ce cas particulier rentre dans l'étude de la folie communiquée sur laquelle nous aurons à revenir.

En terminant sa communication, Bourdin donne les conclusions suivantes qui viennent confirmer combien on est fondé à placer le mensonge chez les enfants parmi les affections mentales.

1° Le menteur est en pleine possess'on de luimême.

2° Le menteur présente dans ses facultés mentales, des tares ou des obnubilations diverses qui le placent parmi les anomaliens.

3° Le menteur ne jouit pas intégralement de son

DÉLIRE GÉNÉRAL

libre arbitre, ainsi qu'on le voit chez certains idiots, cliez les déments, et en général chez les aliénés.

4° Dans la dernière classe je place les menteurs impulsifs, c'est-à-dire ces êtres troublés qui mentent pour le plaisir de mentir,

« Pour conclure finalement, il me reste à dire •quelques mots bien tristes, car il s'agit de découronner l'enfance de l'auréole de sincérité dont elle s'est si injustement ornée.

Pour connaître l'âme de l'enfant, je me suis, d'après les conseils d'un ancien, adressé à l'enfant lui-même: « Parle, ai-je dit, et agis. » L'enfant a répondu : j'ai écouté ses paroles et j'ai jugé ses actes. De ce double examen il est résulté pour moi la conviction absolue que l'enfant se complaît dans le mensonge et qu'il sait s'en servir habilement dans Tintérêt de ses mauvais instincts et de ses mauvaises passions... »

Avec quelle réserve le magistrat ne doit-il pas accueillir les dépositions faites au cours d'une instruction où il est appelé pour déclarer ce qu'il a TU et entendu

Avec quelle anxiété les jurés doivent-ils accueillir les dépositions accablantes d'un enfant, racontant les détails d'un crime commis par son père ou même par un étranger, comme les assises de ces dernières années nous en ont donné le triste exemple

Quelle foi peut-on avoir en les récits des enfants que leur nature même porte à tout amplifier, à créer au besoin Leur histoire est racontée si anaturellement que tout le monde s'y laisse pren-

P. MoBEAU de Tours. Folie. 19

dre, et en terminant ce chapitre nous rapporterons un fait des plus curieux qui s'est passé dernièrement, mettant en émoi tout un quartier, mystifiant tout le monde, jusqu'à la préfecture de police (i).

Une grande émotion est née, dans le quartier de la Chapelle des racontars d'une petite fille de 8 ans, qui fréquente l'école de la rue de Torcy.

Celle-ci a dit à maintes de ses petites camarades que, une nuit, il y a cinq ou six jours, son père à elle, un journalier nommé D..., habitant rue Philippe de Girard, avait porté deleur logement dans la rue le cadavre d'un homme et qu'il l'avait jeté dans un égoût.

Elle l'avait éclairé avec une bougie jusqu'à l'allée. Ainsi elle savait bien ce qu'elle disait.

Des enfants aux parents, puis de maison en maison, dans tout le quartier, l'histoire s'est propagée et elle a soulevé une émotion telle qu'il n'est personne qui n'en parle, de la barrière au boulevard.

A ce point qu'une enquête a été demandée d'urgence par le parquet auquel de nombreuses lettres dénonciatrices ont été adressées.

M. S... commissaire de police, a ouvert cette enquête. Or, d'après le résultat de l'enquête, les bruits de crime qui ont bouleversé tout le quartier de la Chapelle étaient sans aucun fondement.

M. S... a interrogé la petite fille Berthe auteur de tou ce tapage. L'enfant a répondu d'un air malicieux :

« J'ai inventé une fable pour attraper mes petites sottes de compagnes; mais j'avais dit le cadavre... d'un chien et non

celui d'un homme.

La petite Berthe qui est d'une intelligence et d'une précocité remarquables pour ses huit ans, vive, nerveuse à l'excès, l'esprit toujours éveillé, s'est amusée de ses compagnes et a réussi non seulement à les mystifier elles, pauvres innocentes, mais encore leurs parents, les amis de leurs parents et... jusqu'à la. préfecture de police !

(i) 18-19 janvier 1886.

DÉLIRE GÉNÉRAL

Le mensonge est donc en quelque sorte un véritable besoin chez l'enfant. Il veut se rendre important, et ne recule devant aucun moyen pour arriver à son but.

Pour peu qu'on ait l'air de prêter attention à ce qu'il raconte, il prend un air suffisant, se croit un personnage, puisqu'on l'écoute, et finit parfois par être intimement persuadé de la véracité de son histoire.

Qui n'a été à même de remarquer les faits que nous relevons ici ?

Délire des actes. — Nous avons tous connu de ces enfants qui font le désespoir de leurs parents par leur indocilité, l'emportement de leurs petites passions, l'inertie ou la violence qu'ils opposent à toute discipline, dont on a toutes les peines du monde à faire fléchir la volonté par des punitions ou des récompenses, dont on peut faire des hypocrites, mais qui au fond ne se corrigent jamais.

Ces enfants peuvent être considérés comme un exemple de l'hérédité à son premier degré, impuissante encore à constituer un état mental manifestement exceptionnel et en opposition absolue avec l'état normal. Dans cette classe rentrent les individus chez lesquels il n'est pas possible de distinguer nettement ce qui est folie et ce qui est raison, de se rendre compte de la moralité des actions où l'aliénation d'esprit est évidente, mais pourtant se sent, pour ainsi dire, bien plus qu'elle ne se démontre.

Parfois le délire des actes est porté au point le plus redoutable. Dans les caiLses célèbres nous re-

292 FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

levons entre autres ce fait qui prouve combien sont dangereux ces malades :

R... B... âgée de 13 ans, manifeste de bonne heure des inclinations vicieuses que des corrections sévères et fréquentes ne purent réprimer. Etant un jour occupée à faire de l'berbe auprès d'une mare d'eau, elle vit venir à elle une petite fille de 5 ans. Elle voulut la dépouiller de ses vêtements.

L'enfant se mit à pleurer et menaça R... d'appeler son papa.

Elle la prend à bras le corps et la précipite dans la mare.

Au bout de quelques minutes, le frère de la victime, âgé de 10 ans vient pour demander où est sa sœur. R... répond froidement qu'elle s'est enfoncée dans le bois. En parlant ainsi, R... était assise sur les vêtements de sa victime...

Hâtons-nous de le dire, les faits de ce genre sont heureusement assez rares chez les enfants dont les facultés morales n'ont pas subi de désordre important. Mais on ne peut en dire autant lorsque les malades observés sont des imbéciles, des êtres dont le développement n'a pas suivi une marche régulière. Chez eux, il n'y a pour ainsi dire pas de milieu. Les actions sont empreintes de la plus grande faiblesse ou de la plus indomptable violence. Leurs affections comme leurs haines ne sont point calculées. Aussi a-t-on pu dire avec assez de raison, « qu''ils étaient plus méchants que bêtes. »

Folie systématisée. — La folie systématisée est extrêmement rare dans l'enfance, à ce point même que Griesinger (i) met en doute son existence, se basant sur les raisons suivantes : « Le moi à cet âge n'est pas encore formé d'une manière bien stable, de façon à pouvoir présenter une perversion

(i) Griesinger. Traité des maladies mentales^ Traduction Doumic. Paris, Delahaye, édit. 1865, p. 171.

DÉLIRE GÉNÉRAL

durable et radicale. La mobilité de l'enfance est telle qu'un ordre déterminé d'idées délirantes ne peut pas, à cet âge, s'emparer de l''esprit et se systématiser comme cela se voit à une époque plus avancée de la vie. Mais d'un autre côté, les diverses maladies mentales primitives qui se caractérisent par l'excitation quand elles se prolongent un peu, amènent presqu'inévitablement un état de démence totale et d'idiotie. Chez les enfants, l'intelligence n'est pas encore développée d''une façon durable, aussi ces diverses maladies produisentelles chez eux de véritables arrêts de développement qui atteignent l'intelligence dans toutes ses facultés, tandis que chez l'adulte elles amènent plutôt un état de démence partielle. »

Malgré cette rareté de la folie systématisée dans le jeune âge, nous pouvons cependant en citer une observation qui, si elle n'est pas véritablement une manifestation de ce délire, s'en rapproche du moins beaucoup :

Nous avons intimement connu et nous connaissons encore un homme qui dans son enfance, vers l'âge de 7 ans, était devenu méticuleux à un point poussé à l'extrême. Il épluchait tout ce qu'il mangeait, et si quelque chose se montrait dans ses mets, il refusait de manger craignant que cela ne lui fit du mal. Si par hasard il portait ses doigts sales à sa bouche, il demandait aussitôt avec inquiétude si cela ne pouvait rien lui faire, si cela ne faisait pas mourir. Comme à tous les enfants on lui a recommandé de ne jamais porter les mains à ses parties sexuelles. Si par hasard quelque chose vient à toucher ces parties, luimême en s'habillant, ce sont les mêmes questions : « cela fait-il mourir, cela ne fait-il rien.. » Ces questions se renouvellent plusieurs fois dans la journée. « Mère, j'ai fait comme cela avec mon bras..., j'ai craché sur ma main... P... m'a touché au bras, à l'épaule... Ma bonne m'a regardé comme cela (il fait une petite grimace).

Bref, il n'est rien dont par moment il ne soit disposé à s'alarmer. Lorsqu'on lui a répété cent fois non, que ce sont des bêtises, il le croit et comme il a une sorte de pudeur de retomber dans ce qu'il croit une faute, il dit souvent : « Mère, j'ai une petite bêtise à te dire, » il hésite, moitié triste, moitié riant... Son inquiétude est manifeste et on la voit s'aggraver si on a l'air de ne pas l'écouter. Mais à peine la réponse qu'il sollicite si ardemment, est-elle obtenue, qu'il paraît tout à fait rassuré et reprend son air enjoué habituel, retourne à ses jeux et ne pense plus à rien.

N'est-ce pas là le lypémaniaque qui rapporte tout à son idée fixe et prend sujet de tout pour aviver ses craintes chimériques .''

Peu à peu, ces idées fixes ont disparu et l'enfant est devenu homme.

Manie. — Parmi les affections mentales de l'enfance, la manie est une des premières qui ait attiré l'attention des auteurs ; et si quelques-uns ont pu dire que la manie était rare dans le jeune âge, il faut supposer que si les faits eussent été mieux observés à l'époque où ils émettaient cette assertion, le chiffre se serait élevé plus qu'on ne l'imagine. Delasiauve est un des premiers qui, dans une série de leçons (i), ait indiqué les principaux traits que cette affection offre chez les enfants.

Depuis, plusieurs travaux ont été publiés sur ce sujet, et cette forme vésanique étudiée dans toutes ses parties, a pris dans la nosographie la place qui lui était assignée.

Comme chez l'adulte, la manie est constituée par un délire général avec loquacité, incohérence, surexcitation intellectuelle, conceptions délirantes. Les mouvements sont brusques, tumultueux, in-

(i) Ga\ette des hôpitaux, 1852.

MANIE

cessants. Les malades crient, courent, rient, chantent, brisent, déchirent, se déshabillent, et tout cela sans but, sans discernement. Les forces musculaires sont doublées, et on est stupéfait de voir de jeunes enfants franchir des obstacles, soulever des fardeaux pesants avec une facilité extraordinaire.

Les hallucinations et les illusions existent-elles chez l'enfant maniaque ? C'est là un point difficile à éclaircir, et ce n'est que par analogie qu'on peut préjuger que sous ce rapport également, il ne diffère pas du maniaque adulte.

La sensibilité générale est émoussée, souvent même n'existe plus, et ainsi s'explique l'absence de plaintes lorsqu'il se heurte, se blesse, et est soumis à des changements brusques de température.

Parfois on peut assister à de violents accès de fureur, qui, pour employer l'heureuse expression de Marcé, ne sont que la colère du maniaque. Ces accès excessivement redoutables chez l'adulte, ne sont pas non plus à mépriser chez l'enfant, quoi- ■qu''o,n puisse plus facilement les maîtriser. Mais ces crises sont réellement rares et c'est plutôt pour mémoire que nous les signalons.

Après quelques jours passés dans cet état, l'enfant le plus généralement se calme : son agitation est moins vive, il est moins turbulent, moins loquace ; il reste plus volontiers en repos : il y a des intervalles lucides se prolongeant pendant plusieurs heures. L'amélioration, en un mot, se produit. Il est bon néanmoins de se tenir en garde contre ces moments de calme qui peuvent per-

FORMES PUREMENT PSYCHIQJJES

sister une journée et succédant presque sans transition à une agitation assez vive. L'enfant, en effet, ne tardera pas à reprendre son délire actif avec tous ses caractères, soit subitement, soit au réveil, soit progressivement; toutefois lorsque ces intervalles lucides se répètent et se prolongent, ils sont d'un bon augure.

Les causes de la manie de l'enfance sont multiples et sont en général celles que nous avons déjà énumérées au commencement de cet ouvrage. Si aucune d'elles en particulier ne semble avoir une influence plus marquée, plus décisive, il en est cependant que l'on rencontre plus fréquemment que les autres et qui, à ce titre, méritent de fixer l'attention.

Il est à peine besoin de rappeler que l'hérédité est une des prédispositions les plus indiscutables que l'on retrouve on pourrait dire toujours^ dans les cas soumis à notre observation. Elle constitue la cause fondamentale, nécessaire même, au développement du délire que provoquent des causes purement occasionnelles.

Parmi celles-ci nous voyons les traumatismes, si fréquents dans le jeune âge, déterminer, par l'ébranlement qu'ils produisent, des accidents qui à un moment donné dégénéreront en accès de manie.

Un enfant de 8 ans tombe sur la tête ; depuis il reste sujet à une douleur fixe : à ans il devient maniaque. (Esquirol.)

Mon père a eu à Bicêtre dans son service, un clerc de notaire qui à l'âge de 14 ans reçut un coup sur la tête. A partir de ce moment, il lui prit des fantaisies telles qu'en jouant avec ses sœurs, il leur serrait convulsivement les bras à les faire crier et appeler à leur secours. Il mourut à l'hospice d'un vaste cancer

MANIE

de la dure mère du côté gauche, au niveau de l'endroit où. avait eu lieu la contusion.

Un jeune homme, de i8 ans aujourd'hui, a. eu la tête violemment contusionnée dans son enfance ; il est pris de manie homicide avec attaques d'épilepsie. On le trépane, on extirpe le fragment du pariétal droit qui comprime le cerveau. Il guérit de ses attaques, mais il était devenu menteur et singulièrement dangereux (i).

De même en est-il des fièvres ataxiques.

Un enfant de 9 ans, échappé à une fièvre ataxique, devint maniaque. Il était méchant, injuriait son père, ses sœurs, frappait tout le monde, pleurait souvent, ne voulait pas manger, ne dormait pas, faisait du bruit,... un régime tonique le rétablit (2).

L'absorption de vapeurs délétères peuvent aussi déterminer la manie.

Delasiauve a publié (3) l'exemple de deux jeunes garçons et leur sœur devenus maniaques et pris de tremblement par suite d'une lente intoxication de vapeurs mercurielles.

Les impressions morales vives (4), les terreurs, les convulsions , ont encore un grand rôle : L'onanisme;, si fréquent dans le jeune âge, joue,, dans l'étiologie de la manie un rôle redoutable : les exemples abondent. Nous n'en citerons qu'un qu'il nous a été donné d'observer :

(1) Etcheveria. De la trèpa^iation dans Vèpile-psie par tran~ viatisme du crâne. (Arch. de Méd. 1876).

(2) Esquirol. Maladies mentales, Paris, 1838. (3j Journal l'Expérience, 1840.

(4) Les terreurs vives ressenties par la mère peuvent avoir une influence désastreuse. Esquirol a cité le fait d'une femme du peuple sur le point d'accoucher, qui ayant été violemment menacée par son mari pris de vin, mit au monde un enfant d'une santé délicate, et qui sujet à des terreurs paniques devint maniaque vers l'âge de 18 ans. (Maladies fnentales, Paris, 1838}.

M. . est âgée de 8 ans. D'après ses parents, sa santé physique n'a jusqu'à ce jour présenté aucune perturbation. Dans la famille on trouve comme hérédité une tante maternelle très nerveuse, très irritable et ayant des emportements tenant x< à la folie ».

M... est très intelligente : elle a suivi les cours de l'école de son quartier et comme toutes ces enfants, livrée un peu à ellemême aimait à flâner, à jouer, à s'amuser dans les rues, au sortir de l'école. Il y a deux ans environ, on s'aperçut que l'enfant maigrissait, devenait triste, plus irritable de caractère, puis elle se plaignit de douleurs dans le bas ventre, (elle avait lin écoulement leucorrhéique).

Sur les conseils du médecin on surveilla et on acquit bientôt la certitude des habitudes onanistiques. Les efforts tentés pour la corriger de ce vice ne réussirent qu'à moitié ; malgré la plus grande surveillance l'enfant trouvait encore le moyen de se livrer à ses funestes habitudes. Un jour à la suite d'une sévère réprimande du père, M... fut prise de violente colère qui dura un certain temps. A la suite, on remarqua une grande loquacité : l'enfant riait, chantait, pleurait tout à la fois, sans raison, sans motif; bientôt cet état empira et les symptômes précédents acquirent une plus grande intensité. Aux paroles, M... joignit le mouvement général. Elle ne restait plus en place, courait, sautait, renversait les meubles, trépignait de colère si on lui faisait la moindre remontrance ; les parents se virent dans l'impossibilité de garder l'enfant chez eux. Qiiand nous la vîmes à la Salpêtrière, M... présentait les caractères de l'excitation maniaque la plus franche, avec délire, incohérence, insomnie... etc.

Sous l'influence d'un traitement général et surtout de la surveillance la plus stricte, la santé revint, les habitudes vicieuses avaient à peu près disparu. Au bout de trois mois de traitemenr, l'enfant fut rendue à sa mère à qui on ne cacha pas que le retour de ces accidents serait possible et même fatal si l'enfant reprenait son ancien genre de vie.

On a vu la manie éclater à l'occasion de l'établissement de la menstruation :

A l'âge de 14 ans, M. B. jouissait d'une très bonne santé apparente : elle avait de l'embonpoint et tous les signes de la

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puberté très prononcés, mais elle n'était pas encore réglée. Tous les mois, à l'époque où elle aurait dù l'être, elle se plaignait de céphalalgie ; elle était inquiète, irascible, sombre. Bientôt la face s'injectait fortement ainsi que les yeux. Tout était pour elle une contrariété, un motif d'irritation.

Elle cherchait dispute à sa mère, l'injuriait, la menaçait, la maudissait, et, se saisissant d'un couteau, se précipitait sur elle ou faisait des tentatives de suicide. Au plus haut période de l'accès, le sang s'échappait par la bouche, par le nez, quelquefois par les yeux. Alors survenaient des pleurs, un tremblement général, des douleurs convulsives dans les membres, des regrets suivis d'un long affaissement.

A l'âge de i6 ans, les accès de colère furent souvent remplacés par des convulsions hystériques, la maladie diminua progressivement et ne cessa qu'à 17 ans, époque où les règles parurent (i).

Nous ferons remarquer dans cette observation la coïncidence entre les accès de fureur maniaque et l'époque où les menstrues doivent paraître, jusqu'à ce qu'elles aient paru. Puis coïncidence également manifeste entre l'apparition des règles et la cessation des accidents ; ce fait constitue un curieux exemple de ce que Berthier a appelé la déviation des règles.

X... fut réglée pour la première fois à 15 ans, une deuxième fois le mois suivant, puis resta 11 mois sans voir et sans souffrir. Au bout de ce temps, la menstruation a reparu et revient régulièrement.Tous les mois, pendant 8 jours,les règles s'annoncent par des coliques, des picotements aux seins, et surtout des maux de tète. Dans ce laps de temps, cette jeune fille, dont la physionomie annonce la douceur, devient méchante, irascible, furieuse à la moindre objection. Si elle est à la campagne, seule avec son troupeau, elle décharge sa colère sur ses animaux, les injurie, les frappe, et n'est satisfaite que lorsqu'elle les voit fuir et qu'ils font entendre des gémissements. L'époque terminée, tout rentre dans l'ordre.

(i) Esquirol. Ouv. cit. t. II, 314.

L'existence de corps étrangers, dans l'organisme, a été signalé comme pouvant déterminer des accès de manie.

Révolat (i) cite l'exemple d'un enfant de 12 ans chez qui survinrent des accidents maniaques et convulsifs suivis d'une longue immobilité extatique qui disparurent au bout d'un an, jugés par une fièvre grave et l'issue d'entozoaires.

Nous l'avons vu, la manie, dans ses grandes lignes a l'allure générale de la manie chez l'adulte. Cependant en étudiant les observations on remarque la grande fréquence de la forme extatique. Cette complication survient impérieusement, disparaît de même, d'autres fois au contraire reparaît avec une certaine régularité. Dans ce cas, les hallucinations sont de règle; elles sont mémela cause de cet état d'extase, alors « l'aliéné tient la tête élevée, ses regards fixés vers le ciel, il parle à voix basse ou il se promène et s'arrête tour à tour avec un air d'admiration réfléchie ou une sorte de recueillement profond (2). »

Ainsi que nous aurons occasion de le voir dans un chapitre spécial, où nous traiterons des épidémies, la manie extatique peut exister à l'état épidémique. Renaudin rapporte, à cet égard, le fait suivant (3) :

« Dans un couvent d'Alsace, où règne un mysticisme exagéré, s'est déclarée une véritable épidémie convulsive dans laquelle les phénomènes hystériques préparaient à une véritable

(ij Révolat Annales de mcd. prat. de Montpellier. T. IV.

(aj Pinel. (Ph.^ traité-mèdico-philosophique sur l'aliénation mentale^ ou la manie, Richard, Caille et Gravier, libraires, rue Haute-Feuille 11. Paris, an IX.

(3) Renaudin. Etudes mèdico-psychologiques sur l'aliénation mentale, Paris, J. B. Baillière, 1854.

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extase accompagnée de visions en rapport avec cette religiosité affective dont je parlais. Plus de vingt jeunes filles et des sœurs ressentirent les atteintes du mal, auquel on ne put s'opposer que par la dissémination des sujets. J'ai eu l'occasion de voir une de ces malades qui n'avait pas encore atteint la puberté. Elle offrait toute la série des phénomènes hystériques couronnée par une extase visionnaire. Des soins appropriés à cette situation, une vie active substituée à la contemplation énervante ont bientôt modifié cette constitution auparavant délicate, nerveuse, et aujourd'hui cette jeune fille dirigée vers un but utile, a recouvré une si bonne santé qu'on aurait de la peine à reconnaître dans sa forme ordinaire l'extatique des mois précédents ».

Chez les prédisposés, l'onanisme développant une susceptibilité extrême par l'épuisement et ajoutant à cette dépression un sentiment de mécontentement et de honte, peut donner à la manie qu'il engendre ce caractère spécial de la forme extatiqite.

Delasiauve a été appelé en consultation près d'un garçon de 14 ans, doué d'une belle constitution et qui étudiait en qualité de novice dans un pensionnat des écoles chrétiennes. Sa docilité, son intelligence, ses dispositions religieuses l'avaient fait distinguer par ses supérieurs qui lui portaient, un vif intérêt. Par malheur, vaincu par son tempérament, il avait contracté des habitudes solitaires pour lesquelles il était l'objet d'une constante sun-^eillance ; plusieurs fois on le surprit au lit s'adonnant à sa funeste pratique.

On pense bien que les remontrances ne lui furent pas épargnées et de toutes les considérations, sa santé compromise était la moindre. Au point de vue du salut, de l'offense envers Dieu, des peines éternelles, le crime prenait des proportions énormes. Ainsi s'établit dans l'esprit de ce jeune homme une lutte morale entre la violence des impressions et son ardeur à les réprimer. De là des craintes, des terreurs nées de l'excès des scrupules et qui aboutirent à une manie extatique.

Ce fait prouve le danger de certaines influences sur l'imagination des enfants. M. Delasiauve en avertit les Frères qui

FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

convinrent de la nécessité d'apporter dans leurs admonestations une réserve plus grande. N'ayant pas revu le malade, il ignore le résultat du traitement qu'il prescrivit.

D'autres causes, en dehors de l'onanisme, peuvent provoquer la manie qui, ainsi que nous l'avons dit, suivant la prédisposition du sujet, revêtera la forme extatique, ainsi qu'on peut en juger par les exemples suivants :

B... 15 ans, entre à Bicêtre, dans le service de Delasiauve. Son bulletin d'entrée assigne au trouble mental une date de quatre jours, mais le frère qui vint quelques jours après le voir en fait remonter beaucoup plus loin les premiers indices.

Environ un an auparavant, une montre ayant été volée dans l'atelier où le malade travaillait, on consulta, pour en dénoncer l'auteur, une somnambule qui désigna comme coupable le plus jeune des ouvriers. C'était B... Cette accusation le rendit ■ taciturne : il prit en dégoût son état et éprouva quelques symptômes nerveux pour lesquels, sept ou huit mois après, il passa quelque temps à l'hôpital.

Un moment il parut reprendre son équilibre moral, mais bientôt l'incertitude et les inquiétudes l'opprimèrent de nouveau. Souvent on l'interrogea en vain. Une fois, il parle de gagner 10,000 francs à la loterie, puis dans les derniers temps l'idée de suivre des études ecclésiastiques le domine. Ses tendances étaient naturellement religieuses. Travailler le dimanche suscitait ses scrupules, et il avait un frère prêtre qui sans l'encourager avait accédé à ses désirs.

L'explosion des accidents aurait été soudaine ; nul doute sur leur caractère maniaque. B... dont la figure est animée affecte des poses impertinentes, son regard est dédaigneux, ironique. Mobile, loquace, incohérent, il ne peut tenir en place, il renverse tout ce qui tombe sous sa main. Par intervalles, cette agitation est interrompue par des accès de ravissements passagers ; il se tient à genoux, les mains jointes, les yeux fixés trahissant quelquefois par son sourire des sensations intimes.

Un traitement approprié fit prompte justice de cette effervescence, et B... sortit guéri le 17^ jour après son entrée.

Durée. — Peut-on dire combien durera un accès

MANIE

de manie chez l'enfant ? Chez l'adulte, la manie peut persister avec les symptômes de l'état aigii pendant un grand nombre de mois, il peut ne durer que quelques jours, quelques semaines. De même en est-il chez l'enfant. Tant de circonstances viennent s'ajouter, se greffer pour ainsi dire à l'état mental pur, qu'il est impossible de fixer une date certaine. D'après le relevé des observations prises par différents auteurs, on peut cependant assigner comme moyenne une durée de 190 jours à la maladie.

Pronostic. — Le plus ordinairement le pronostic est favorable.

Presque tous les enfants atteints de manie guérissent. Cependant il faut être plus réservé et on doit toujours redouter une rechute ou une intermittence lorsque l'accès est très court et se termine brusquement. De plus, l'enfant guéri de cet accès de manie présente généralement une impressionnabilité beaucoup plus grande. La plus petite contrariété le met dans une agitation hors de proportion avec la cause qui la produit. Versatiles à l'excès, ces enfants ne s'attachent à rien, et malgré une intelligence vive, brillante, ils sont incapables de s'appliquer à une idée suivie.

Le pronostic se modifie également suivant l'existence ou la non existence de la prédisposition héréditaire, l'onanisme, un vice morbifique et altération locale... etc., toutes causes qui ajoutent un élément fâcheux.

Diagnostic. — Dans l'enfance, le diagnostic se posera surtout avec le délire qui se montre dans le cours des maladies aiguës.

La congestion cérébrale, la méningite aiguë peuvent surtout à leur début être confondues avec un accès de manie et réciproquement. Dans la méningite, le pouls est plein, fort, très fébrile, la température élevée ; il y a de la céphalalgie, puis viennent les vomissements les convulsions alternant avec les contractures. Les pupilles sont resserrées, il y a du strabisme. C'est à cette période que se montre le délire. Or dans la manie, le pouls est à peine agité malgré la violence du délire, les vomissements manquent, il n'y a ni convulsion ni contracture.

Le diagnostic est encore à faire avec la pneumonie ataxique, la fièvre typhoïde qui s'accompagne parfois à la première période d'un violent délire, délire purement sympathique, mais qui masque les symptômes essentiels de la maladie et concentre sur lui toute l'attention du médecin. Le mouvement fébrile qui se montre au déiDut de la manie et des délires sympathiques, rend la confusion plus facile encore. Dans les faits de cette nature, il faut s'enquérir avec grand soin des antécédents du malade. Dans la manie le mouvement fébrile ne se développe qu'au moment où le délire est dans toute son intensité. Les délires sympathiques, au contraire, sont toujours précédés d'une période fébrile plus ou moins longue; ils ne compliquent la fièvre typhoïde et la pneumonie qu'au moment où ces dernières se sont révélées par certains symptômes bien accentués. L'auscultation des malades, l'examen attentif de tous les appareils, examen qui ne doit jamais être négligé, mettront bien vite sur la voie de la vérité.

MANIE

Le délire causé par les intoxications sera bien vite reconnu par la connaissance de l'empoisonnement. Dans le cas que nous avons cité de délire suite d'intoxication mercurielle lente, le tremblement, la salivation, l'état des gencives ont suffi pour faire découvrir l'origine du délire. De même en est-il lorsqu'on a affaire à un empoisonnement par les solanées vireuses qui se décèlerait par l'état hallucinatoire prédominant, la sécheresse et la rougeur des muqueuses, la dilatation de la pupille, etc..

En résumé, le diagnostic de la manie est ordinairement facile et s'impose presque ; la plus légère attention sur les causes qui ont motivé l'accès suffit en général pour reconnaître si l'on a devant soi un état maniaque vrai, ou au contraire si l'on est en présence d'un simple délire sympathique.

Traitement. ~ Les règles à suivre pour le traitement de la manie sont très vagues : tout d'abord, elles varieront avec la nature du sujet, les conditions du milieu dans lesquelles il vit... etc. Cependant, outre les règles générales recommandées par l'hygiène, il est quelques moyens qui sont employés journellement et dont on retire un avantage réel.

En première ligne, nous citerons les bains : nous employons volontiers les bains tièdes, à longue durée, de trois, quatre, cinq et six heures, répétés chaque jour. Dans le cas d'un délire intense, nous ne craignons pas d'y joindre des aiïusions froides sur la tête.

Les purgations peuvent être employées avec avantage, à raison de une à deux par semaine. Le

bromure de potassium, à la dose de o, 50 c. à i gramme est encore un bon calmant.

Par contre, nous proscrivons énergiquement l'emploi de l'opium, de la digitale, de la jusquiame.

Un traitement tonique et reconstituant rendra le plus souvent de grands services.

Delasiauve croit avoir beaucoup à se louer de la combinaison de deux agents énergiques : les applications permanentes de glace sur la tête et l'emploi, soit à l'extérieur, soit en lavement, de sulfate de quinine. L'action de cette substance, à laquelle chez les onanistes le camphre a été plus d'une fois associé, est spécialement convenable dans les cas 011 se montrent de temps en temps des intervalles lucides . On observe parfois une intermittence qui pourrait en quelque sorte être considérée comme une preuve de fièvre larvée; l'indication du fébrifuge est alors formelle.

Delasiauve a cité une manie intermittente promptement jugée par le sulfate de quinine (i), et quatre malades traités par Piorry ont dû leur salut au même remède (2).

Enfin, il est un dernier mode de traitement, important par dessus tous, le plus important peutêtre, l'isolement.

Par là, nous n'entendons pas condamner le malade à un emprisonnement cellulaire ; nous voulons seulement le retirer du milieu dans lequel il vit.

(1) Delasiauve, notes sur les fièvres intermittentes.

(2) Piorry. Gd^. des hôpitaux, 1848.

MANIE

Parmi des étrangers, il n'osera plus imposer sa volonté ; il sera forcé de se conformer à la règle de la maison ; il lui faudra suivre bon gré mal gré le traitement qui sera ordonné. Le médecin devra être très sévère sur les permis de visite : il faut que l'enfant se sente absolument seul, qu'il ne puisse compter sur personne, qu'il comprenne son isolement et qu'il fasse de sérieux efforts sur lui-même pour mériter la faveur de voir ceux qui lui sont chers.

Dans ces conditions, son état mental s'améliorera beaucoup plus rapidement. Mais il ne faut pas se dissimuler que l'obtention de ce mode de traitement constitue une grosse difficulté. Combien de parents, en efiet, dans leur amour aveugle et mal entendu ne veulent pas comprendre le bien fondé de cette séparation ?

Les formes mentales que nous venons d'étudier sont dues à un état d'exaltation psychique. Le système nerveux surexcité, manifeste son état morbide par une activité anormale, physique et psychique. Le malade a besoin de mouvement, d'exercice pour dépenser des forces qu'il sent décuplées, il est heureux d'une activité dévorante qui fatiguerait tout autre que lui ; au moral, il est loquace, entreprenant, hardi dans ses projets. Les idées surgissent en foule dans son esprit, chaque heure, chaque minute enfante un nouveau projet, une nouvelle conception. Il mène tout de front. Aucun obstacle ne l'arrête, il se sent de taille à tout surmonter.

Cet état a sa contre-partie dans la dépression psychique. Le malade est anéanti, tout l'ennuie, le

fatigue : il prend prétexte de tout pour se tourmenter, et semble ne plus avoir d'intelligence active que pour rechercher le mauvais côté des choses. Il a perdu toute volonté, toute initiative, toute énergie : incapable de résister aux sombres idées qui l'assaillent, aux tristes préoccupations de son esprit, il ne sait plus aue gémir et se plaindre.

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