FOLIE A DOUBLE FORME
met, ne bouge pas, resterait sans manger si on ne prenait soin de la nourrir. Assise sur un fauteuil, on est obligé de l'y maintenir, autrement elle s'affaisse sur elle-même, et tombe : la figure est hébétée, morne, sans expression, la salive coule de ses lèvres entr'ouvertes. L'hydrothérapie resta sans résultat. Elle supportait la douche sans prononcer un mot. Ce traitement fut supprimé au bout de 15 jours. Nous lui donnâmes alors des pilules d'extrait alcoolique de Cannabis Indica à dose progressive de 0,05 centigrammes à i gramme , par jour; sous l'influence de cette médication. A... se réveilla ; elle devint plus sociable .; elle se levait, s'habillait, mangeait seule. Elle commença à parler. Après avoir maintenu ces pilules à la dose de i gramme, on suivit la progression inversejusqu'à la suppression. Pendant six semaines, environ, le mieux se maintint mais au bout de ce temps, A... redevint sombre, reprit ses habitudes de laisser aller, d'insouciance, bref retomba dans la stupeur. Le hacliish fut de nouveau administré et les résultats furent aussi favorables que la première fois. Enfin après des alternatives de mieux et de rechutes, les intervalles de bien augmentant après chaque accès, A... put être considérée comme guérie et fut rendue à ses parents. Nous l'avons revue depuis, elle est devenue une grande et belle jeune fille dont la santé est excellente sous tous les rapports.
Etoc a donné une observation qui nous fait connaître l'état intellectuel du malade pendant la durée de la stupeur. Il ne faudrait pas cependant en tirer la conséquence que la suspension de l'intelligence est la règle dans cette affection; ce serait une profonde erreur. Ne sait-on pas que beaucoup de personnes ne conservent aucun souvenir de leurs rêves N'en est-il pas de même des somnambules et même de quelques aliénés pour tout ce qu'ils ont lait pendant l'accès ? Pourquoi en seraitil autrement chez les individus frappés de stupeur ^
Folie a double forme. — Après l'étude si com-
plète et si bien faite de Ritti (i) sur la folie à double forme, il reste peu de chose à dire. Nous appellerons l'attention sur un point : la folie à double forme peut exister chez l'enfant . Mais qu'entend-on par ces mots Folie à double forme ?
Par folie à double forme ou folie circulaire, on entend une espèce particulière d'aliénation mentale dont les accès sont caractérisés par la succession régulière de deux périodes, l'une de dépression, l'autre d'excitation ou réciproquement :
« Au point de vue de la marche, dit Ritti, cette maladie peut se présenter sous deux formes distinctes :
1° Lorsque les accès sont isolés ou bien ne se produisent qu'après un intervalle de temps plus ou moins long, on a la folie à double forme proprement dite, ou à type périodique.
2° Si au contraire les accès se suivent sans qu'il se présente entre eux d'intervalle lucide, la maladie constitue la folie à double forme continue ou type circulaire.
« On connaît, continue l'auteur à qui nous empruntons cette description, on connaît le caractère des folies intermittentes : un des plus importants est que « Taccès ultérieur^ ainsi que l'a dit Falret, ressemble en tous points, par les symptômes physiques, intellectuels et moraux, et même par les idées délirantes exprimées, ainsi que par sa marche, aux accès précédents. Le malade passe le plus habituellement par toutes les phases des accès
(i) Ritti. Traité clinique de la folie à double forme, 1883. O. Doin, édit.