‹ La folie chez les enfantsChapitre 57 sur 64 · ÉTATS DE FAIBLESSE PSYCHIQ.UE · texte numérisé non relu

ÉTATS DE FAIBLESSE PSYCHIQ.UE

Ici, le désordre fonctionnel est congénital, c'està-dire remonte à la viefoetale,comme dans l'idiotie, mais il est moindre et il en diffère sensiblement au point de vue symptomatologique.

C'est l'imbécillité congéniale.

Enfin, il est une classe d'individus dont les facultés morales se sont d'abord développées avec la plus parfaite régularité, puis se sont arrêtées tout à coup, ou, si elles ont continué à croître, ce qui arrive le plus ordinairement, ce n'a été qu'au sein du trouble et de la confusion.

Ces individus sont atteints d'imbécillité accidentelle ou acquise.

Cette dernière affection a plus d'un point d'analogie avec la démence, mais c'est à tort, selon nous, qu''on a voulu en faire une seule et même maladie. Imbécillité et démence sont deux états pathologiques qui ne diffèrent pas moins sous le rapport de leur origine, de leurs causes, que des symptômes qui les caractérisent.

Les trois catégories de malades que nous venons d'indiquer, forment cette partie de la population des hospices dont se composent les sections dites des enfants idiots.

Aucune affection n'est plus esclave de la loi d'hérédité.

Les recherches des difiérents auteurs ne laissent plus aujourd'hui aucun doute à cet égard.

Sur la foi de faits mal observés, sans portée scientifique réelle, on a fait dépendre Tidiotie d'impressions morales subies par la mère pendantla grossesse, par la nourrice pendant l'allaitement, de coups, de chutes sur l'abdomen, de tentatives d'avorte- P. MoREAu de Tours. Folie. 21

ment ou de manœuvres dangereuses pratiquées à l'aide du forceps, quelquefois d'une éducation morale mal dirigée, de travaux intellectuels hâtifs et forcés... etc., toutes causes, comme l'a fait sagement observer Grisolle « dont l'influence est encore tout entière à démontrer. »

Enfin, et à plus juste titre, cette fois, on a accusé certaines anomalies d'organisation, certains vices de constitution qui se rencontrent non pas chez tous les idiots, tant s'en faut, mais chez un certain nombre d'entre eux.

Dans beaucoup de cas, en effet,cela ne peut faire doute. L'idiotie, l'imbécillité de naissance se lient à un développement imparfait, vicieux, à une lésion quelconque de l'organe chargé des fonctions, ou si on l'aime mieux, des manifestations intellectuelles.

Mais, quelles sont les causes de ces désordres de ces perturbations que l'être humain apporte avec lui en naissant

Ces causes, il est évident qu'il ne faut plus aller les chercher cliez le sujet lui-même, mais bien en dehors de lui, chez ceux dont il tient l'existence, en un mot dans les conditions d'hérédité.

Ces conditions renferment en elles la véritable origine de l'idiotie. Elles sont la cause primordiale des vices ou imperfections d'organisation incompatibles avec l'exercice régulier des fonctions intellectuelles.

L'influence héréditaire doit donc occuper le premier rang parmi les causes prédisposantes, nous devrions dire les causes absolues de l'idiotie. Ce

SIMPLICITÉ d'esprit

qui le prouve c'est que dans la plus grande majorité des cas où il est impossible de découvrir aucune autre cause, aucune anomalie des organes nerveux, l'influence de l'hérédité ne fait jamais ou presque jamais défaut, et qu'au contraire, on a toujours lieu de constater une prédisposition plus ou moins active, plus ou moins puissante, dont l'origine se dévoile manifestement chez les pères et mères ou autres ascendants ; ici, comme partout du reste, la question d'hérédité, c'est-à-dire des influences pathologiques puisées dans le sein maternel, doit dominer toutes les autres.

Nous nous sommes assez longuement étendu sur la question d'hérédité pour que nous n'ayons pas besoin d'y revenir à nouveau. Nous pouvons donc dès maintenant, entrer dans l'étude spéciale des formes que nous avons rangées sous la dénomination à^Etat de faiblesse psychique.

Tout d'abord, et comme établissant le traitd'union entre l'enfant considéré comme sain d'esprit et l'enfant... morbide, nous plaçons le simple •d'esprit.

Simplicité d'esprit. — « Lesimple d'esprit, dit Re- Tiaudin dans une description magistrale, le simple d'esprit, Tesprit borné, se présente sous les formes les plus variées, il tient d'une pari à l'imbécile avec lequel il a beaucoup d'affinités, pour s'élever d'autre part aux originaux excentriques qui ne sont pas aliénés quoi qu'ils en aient quelques -caractères.

Le simple d'esprit ressemble à toutle mondedans 5a conformation, il naît à la vie de relation, ma-

nifeste une certaine spontanéité et montre même quelques aptitudes que l'éducation perfectionne. On rencontre cette idiosyncrasie dans toutes les positions sociales, mais c'est surtout lorsque l'existence se développe dans un milieu peu favorable que cette infirmité nous apparaît dans toute sa nudité. Si, privé de l'aptitude de connaître, cet être est encore éloigné de tout ce qui peut stimuler la vie de relation, il reste à cet état rudimentaire pour le développement duquel il n'a pas encore de spontanéité. Quoique, même dans la variété la moins bien adoucie, ces individus aient une existence moins automatique et moins végétative que dans les deux autres, néanmoins nous les voyons rarement dépasser ce qui concerne l'exercice normal de leurs fonctions physiologiques, même quand l'éducation les a un peu améliorés en modifiant avantageusement leur constitution, leur aptitude ne va pas au-delà d'un travail mécanique qui n'exige aucune tension intellectuelle. Les idées,, plus étendues que chez Timbécile, y sont aussi moins incohérentes, mais le raisonnement saisit difficilement les déductions prochaines, et encore moins, celles qui peuvent aboutir à une abstraction.

Ces individus vivent au jour le jour, sont facilement trompés si une surveillance tutélaire ne les protège, et c'est parmi eux que le charlatanisme et la superstition font le plus de victimes. Si l'idiot et l'imbécile ne manifestent que des instincts, nous trouvons les sentiments chez les individus dont nous parlons, et il n'est pas rare d'y remarquer le sèns moral, mais dans des limites assez étroites.

SIMPLICITÉ d'hSPRIT ^05

C'est même là que se révèle la virtualité délirante parce qu'il y a insuffisance de réaction psychique contre les influences qui mettent violemment en jeu ces sentiments. Outre qu'ils n''ont pas de régulateur commun qui discipline leur entraînement, ils passent facilement à l'état de stimulation passionnée et les besoins qui en résultent sont d'autantplus irrésistibles que l'élément psychique n'ouvre pas la voie à une dérivation salutaire. Qiioique le simple d'esprit ait assez la conscience de la moralité de ses actes, dans le cercle restreint du bon sens le plus ordinaire, il n'a pas une force morale suffisante pour en mesurer toute la portée. Il est à ce sujet d'une naïveté dont tout le monde rit et qui en bien des cas en fait un bouffon. Il y a chez lui une désharmonie permanente entre l'impression et la réaction. L'expression de ses sentiments est désordonnée et ne tombant jamais juste, il va toujours en de çà ou au delà du but. Il se nuit plus à lui-même qu'au.x: autres, n'est dangereux que par imprudence, et quand on parvient à lui faire commettre un acte coupable, c'est plutôt parce qu'on l'a trompé que parce qu'il obéit à une impulsion aveugle. Nous devons toutefois observer que cette existence dépassant rarement la limite du sentiment, est d'autant plus exposée a en subir l'influence exclusive que le progrès ultérieur de l'intelligence ne vient pas la contrebalancer. Aussi en même temps qu'il est susceptible de s'exal ter avec enthousiasme, est-il souvent dominé par ces passions dépressives dont il est incapable de secouer le joug : c'est l'échec de son peu de raison ; et quand on sonde les profondeurs du dé-

lire lypémaniaque on arrive souvent à découvrir qu'il se rattache à la virtualité que nous venons de décrire; si à la condition psychique qui nous occupe s'ajoute la virtualité somatiquedont la prédominance constitue l'idiotie, nous voyons naître ces sentiments dépressifs, la haine, l'envie, la misanthropie impuissante, qui poussent à la vengeance ou au suicide.

Ces quelques mots nous permettent déjà d'entrevoir combien se diversifie à l'infini le type que nous venons de décrire. Le simple d'esprit occupe une place considérable dans le monde, (i)

Imbécillité, — Si les intermédiaires qui unissent le simple d'esprit à l'homme complet sont très multipliés, de même en est-il pour ceux qui l'unissent à l'imbécile.

L'imbécile, en effet, généralement bien conformé, jouit de facultés intellectuelles et affectives, mais ces facultés ne peuvent se développer que jusqu'à un certain point : quelqu'éducation qu'ils reçoivent, les imbéciles ne s'élèvent jamais à la hauteur de la raison, à l'étendue, à la solidité des connaissances auxquelles leur âge, leur édu- ^ cation doivent leur permettre d'atteindre. Placés dans les mêmes circonstances que les autres enfants, ils ne fontpas le même usage de leurintelligence.

Dans un ouvrage récent (2) nous avons eu l'oc-

(i) Renaudin. Etudes mèdico-psycholo giqua sur l'aliénation mentale, p. 175, J. B. Baillière, Paris, 1854.

(3) Moreau de Tours. Fous et bouffons. Etude historique, physiologique et psychologique. J. B. Baillière. Paris, 1885.

IMBÉCILLITÉ

casion d'étudier les imbéciles : nous n'y reviendrons ici que dans les lignes principales.

La plupart des imbéciles connaissent l'importance des soins de propreté : plusieurs aiment les habits éclatants et la parure, et si leurs gestes, leur allure, la bizarrerie de leur mise ne trahissaient, pas la faiblesse de leur esprit, peut-être ne soupçonnerait-on pas toujours de suite les conditions fâcheuses où se trouve leur entendement.

Les idées qui naissent, qui jaillissent pour mieux dire dans l'esprit des imbéciles, ont de la force et de la justesse, mais la durée en est troprapide^ et elles cèdent leur place à d'autres idées, ou s'éloignent avant que leurs conséquences aient pu se développer. Souvent avec des paroles gaies, suivies, on voit coïncider un air de tristesse, des pleurs et des sanglots, ou bien réciproquement avec un air de bonheur, des paroles exprimant des idées affligeantes ; des passions exagérées, bizarres par leur caractère, ou leur apparition inattendue, la brusquerie de leur chute, la variation de leur durée... etc.. complètent la scène.

Parlois, l'imperfection cérébrale se traduit par des déformations physiques extérieures.

Excessivement variées dans leurs manifestations, les plus saillantes portent sur la tête, le crâne, la face, et en particulier sur la cavité buccale, dont l'altération la plus habituelle est l'étroitesse des arcades dentaires liée à la voussure exagérée de la voûte palatine ; souvent aussi on voit des dents surnuméraires, parfois en nombre considérable. Les oreilles sont aussi fréquemment mal conformées, désourlées, trop détachées du crâne, et res-

FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

semblent assez aux oreilles decertains singes. Chez eux on trouve assez souvent des déformations rachitiques plus ou moins prononcées et surtoutdes mains courtes et massives, des pieds-bots, de l'hémiplégie partielle, enfin, dans les cas les plus graves, des atrophies unilatérales du corps, qui s'accompagnent de contractures permanentes surtout de l'avant-bras sur le bras, et delà main sur l'avant bras. Les tics, les mouvements automatiques sont très fréquents ; beaucoup de ces imbéciles se balancent sans cesse, tournent sur eux mêmes, encensent^ font l'ours, pour employer une expression en usage dans les services d'aliénés, ne peuvent tenir en place, font des grimaces... etc. ils réalisent en quelque sorte le mouvementperpétuel. C'est là un phénomène bien curieux, bien étrange qui frappe d'abord d'étonnement tous ceux qui pour la première fois visitent un service où sont réunis ces malheureux.

Les organes des sens sont, ou du moins paraissent ordinairement assez bien conformés. La vue, le goût, l'odorat sont le plus souvent intacts, mais en revanche le sens du toucher laisse à désirer et leur maladi-esse manuelle doit être en partie attribuée à l'imperfection de leur tact.

Pour peu que l'on étudie ces êtres incomplets, on est de suite frappé de l'inégalité avec laquelle leurs sens sont atteints. Ils présentent à cet égard les différences les plus absolues : l'ouïe notamment peut manquer complètement ou acquérir une finesse et une précision remarquables alors que le goût, l'odorat ou le tact restent plus ou moins obtus.

IMBÉCILLITÉ

Sous le rapport moral, intellectuel, les différences ne sont pas moins sensibles.

De même que nous l'avons vu pour les organes de relation, l'insuffisance est loin de porter à un degré égal sur toutes lesfacultés, sauf, bien entendu, le cas, rare d'ailleurs, d'une dégradation absolue.Tandis que certain es facultés sont complètement ou presque complètement absentes, il en est d'autres au contraire qui sont susceptibles d'un assez grand développement. Tantôt c'est la mémoire qui est excessivement étendue, alors que le jugement ou l'association des idées manque complètement, et encore cette mémoire peut-elle être grande sur certains points limités, la géographie, le calcul, l'histoire, les noms d'hommes, la musique, les dates par exemple, et faire défaut sur tout le reste. Parfois cependant leur esprit brille d'un éclat inaccoutumé et c'est alors qu'on reste stupéfait de leurs réparties vives et fines. Mais extrêmes en tout, ces esprits ne procèdent que par sauts et par bonds. Cette activité désordonnée ne se révèle que par d'éclatantes lueurs qu'une obscurité profonde suit immédiatement. Tantôt leur pensée est raide, fixe, défiante, comme celle des monomaniaques, tantôt voilée, mystérieuse, prophétique, comme celles de certains fous religieux, pleine d'irritation et de colère, comme celle des maniaques.

Ce que nous rencontrons pour les facultés intellectuelles, nous le retrouvons également pour les facultés morales et affectives sans qu'il y ait un rapport de proportion constante entre le développement des unes et celui des autres.

Il est un certain nombre d'imbéciles qui ont le

sentiment du bien et du mal, du mien et du tien. Presque tous sont gourmands et gloutons et savent mettre au service de leurs défauts une certaine astuce. Parfois ils se montrent affectueux et reconnaissants pour leurs parents ou les personnes qui prennent soin d'eux ; dans d'autres moments, au contraire, indifférents et ingrats. Très souvent ils se livrent sans aucun motif, soit sur des animaux, soit sur leurs semblables, à des actes de méchanceté qui paraissent révoltants, ainsi que nous avons eu occasion de le signaler dans un chapitre précédent.

Dans sa Psychologie morbide, mon père a traité avec beaucoup de détails ce qui a trait à l'état psychologique des imbéciles et des idiots : « La précocité d'esprit que l'on remarque chez les idiots et les imbéciles, dit-il, est un des phénomènes de psychologie morbide qui mérite le plus de fixer notre attention et dont on comprendra la portée quand il s'agira d'apprécier psychologiquement l'origine et la nature de certaines intelligences : origine et nature sur lesquelles on s'est fait jusqu'ici les opinions les plus chimériques et les plus contraires à la vérité.

La précocité chez les idiots et les imbéciles a été indiquée par quelques auteurs, elle a été omise par le plus grand nombre. Cette omission tient, selon nous, à ce que ces derniers, en parlant des idiots, ne se proposaient pour but que de faire connaître l'état symptomatologique actuel de leurs malades, et, sous ce rapport, ce qu'a dit Esquirol entre autres, laisse peu à désirer.

Or, de l'enquête à laquelle on se livre auprès

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des familles, on arrive à résumer ainsi les renseignements obtenus : il est avéré qu'avant d'être empêchés, arrêtés dans leur développement, un grand nombre d'enfants qui ont fait preuve de facultés hâtives et précoces ont été, ainsi qu'on a coutume de les appeler, des enfants prodiges (i).

C'est précisément chez les sujets de cette constitution rachitique et scrofuleuse, dont la tête au moment de la naissance ou peu de temps après, présente plus ou moins d'irrégularité dans ses proportions, que l'on observe un développement prématuré des facultés intellectuelles et aussi que l'anéantissement de ces facultés est plus rapide et plus complet.

Il n'en est pas tout à fait de même de ceux chez qui le vice héréditaire est traduit par un excès de névrosité.

La précocité intellectuelle est moins marquée ; l'ensemble du moral est frappé au coin d'une certaine excentricité. On peut douter, même, que ces facultés soient parfaitement saines, quoique vives et parfois très brillantes. On voit fréquemment chez un individu prédominer certaines aptitudes spéciales qui contrastent d'ordinaire avec une véritable infériorité intellectuelle.

Une autre particularité psychologique sur laquelle il faut fixer l'attention, c'est l'état d'excitation, de mobilité intellectuelle que l'on observe chez la plupart des idiots et des imbéciles, chez les uns d'une manière permanente et continue, chez

(i) Voir le chapitre que nous consacrons aux enfants prodiges, à la fin de cet ouvrage.

les autres tantôt à une époque de la vie, tantôt à ^une autre, principalement durant les premières années ou bien encore par intervalles et alternant, comme cela se voit chez certains maniaques, avec un état de prostration et de stupeur. L'excitation marche souvent de pair avec la précocité d'esprit mais ne s'accompagne généralement pas de signes capables d'inspirer aucune crainte sérieuse pour la santé morale des enfants. Cependant on observe de temps à autres quelques troubles nerveux, très légers, fugaces, tels que des prodrômes d'hystérie, d'éclampsie, de chorée, des terreurs nocturnes, de l'assoupissement ou même du coma et une sorte de sommeil léthargique venant saisir les enfants dans le jour, au milieu de leurs jeux, des ennuis, des tristesses sans motifs, certaines douleurs gravatives dans la tête, à la nuque le plus souvent... etc.

Ces enfants se font remarquer par une mobilité de pensées, une instabilité de désirs et de caprices qui ne sont égalées que par leur turbulence, leur besoin incoercible d'aller et venir, de se mouvoir sans but déterminé, passant rapidement d'une chose à une autre, prenant puis abandonnant pour le reprendre et l'abandonner encore l'objet qu'ils convoitent. Ceux dont l'intelligence a atteint un certain degré de développement, sont en général bavards, indiscrets, questionneurs, se répètent souvent, rient, affirment sans réflexion, mentent sans intérêt et pour le plaisir de mentir. Ils font le désespoir de ceux qui s'occupent d'eux. La mère d'un idiot nous disait que vers l'âge de 6 ans, son fils était devenu irritable au point de ne pouvoir de-

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meurer un instant en place. « Il semblait, disaitelle, que quelque chose le forçait continuellement à changer de place, sans lui permettre de rester un instant tranquille. On eût dit qu'il était mû par des ressorts. »

Aux penchants de mauvaise nature, les imbéciles, c'est-à-dire cette classe d'individus dont les facultés se sont développées jusqu'à un certain point, joignent souvent une grande faiblesse de caractère. Il est d'autant plus facile de les entraîner à des actions blâmables, criminelles même, qu'ils sont incapables d'en comprendre la portée et. les conséquences possibles, qu'aucune voix ne s'élève dans leur conscience pour les en détourner ou tout au moins pour se faire entendre. On conçoit d'après cela que les individus dont nous parlons deviennent facilement entre les mains d'hommes intelligents et pervers des instruments extrêmement dangereux, des aides, nous ne voulons pas dire des complices, d'autant plus redoutables qu'ils n'ont pas de volonté propre, et agissent irrésistiblement sous l'influence d'autrui.

« Les imbéciles, dit Esquirol, sont généralement timides, craintifs et obéissants. Ils ont des penchants plus ou moins impérieux et quelquefois pervers. Ils volent pour satisfaire leur gloutonnerie, ils volent pour se procurer des objets de toilette ou pour tout autre motif. »

Nous terminerons ce tableau du caractère et de la manière d'être de l'imbécile, en donnant quelques observations qui affirment que, loin de forcer la description, nous sommes plutôt resté en deçà de la vérité.

Marie B... est ce qu'on pourrait appeler un type d'imbécile au premier degré. Il était devenu impossible à sa mère de la garder plus longtemps chez elle lorsqu'elle l'a amenée à la Salpêtrière.

Marie est atteinte d'un arrêt de développement datant de la première enfance ; elle est très irascible, a des instincts pervers, destructifs, se livre même à des actes violents tout en jouissant d'un certain discernement mais insuffiiant pour la diriger. Sa mobilité est extrême : elle ne peut rester un moment en place. Un des motifs déterminant de son internement est sa conduite... génitale. Elle a des instincts vicieux, dépravés, raconte avec le plus grand cynisme les actes de débauche auxquels elle s'est livrée. Dissimulée, hypocrite, dit avoir perdu sa virginité avec un garçon de 17 ans, (elle en a 13), ■dit qu'elle est bien contente de s'amuser ainsi sans crainte, car elle sait bien qu'à son âge on n'a pas d'enfants... etc. .

Elle sait à peine lire quelques mots et ignore absolument l'écriture. Elle manifeste la plus grande répulsion pour le travail.

Au physique elle présente un arrêt de développement du •crâne, du maxillaire supérieur, un développement exagéré des -oreilles. Rachitisme complet.

Bien que la mère n'accuse aucun antécédent morbide dans la famille, nous ne pouvons cependant nous empêcher de noter que dans le cours des entretiens que nous avons eu avec elle, nous l'avons trouvée d'une intelligence extraordinairement faible et équivalent presque à celle de sa fille.

Cette irritation des organes de la génération qui porte à des excès de masturbation ne sont pas rares chez les imbéciles. Cette irritation peut encore produire, nous venons de le voir, une véritable appétence sexuelle, mais qui n'est qu'un besoin physique où le cœur n'est pour rien et qui s'exprime chez plusieurs d'entre eux par des actes d'une brutalité bestiale. Nous en avons cité de nombreux ■exemples dans un de nos ouvrages (i).

(i) Moreau de Tours. Aberrations du sens génésique, Paris Asselin et Houzeau éditeurs.

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Les imbéciles, plus encore que les idiots, ne sont pas exempts d'actes de vengeance ou de méchanceté, d'autant plus dangereux qu'on s'y attend le moins, que plus ou moins privés de sentiments affectifs, ils ne savent point proportionner les actes sur les causes qui les déterminent, et qu'ils ne peuvent d'ailleurs en prévenir et en calculer les conséquences.

Un idiot tenta, à l'âge de 7 ans, d'abuser de sa propre sœur et faillit l'étrangler parcequ'elle opposait de la résistance à ses desseins.

Un autre imbécile tue ses deux neveux et vient en riant annoncer cette nouvelle à leur père.

Calmeil a connu un imbécile de 17 ans dont le frère, plus jeune que lui de quelques années, est à moitié idiot. Ces deux enfants, unique espoir d'une famille riche et honnête, se jettent indifféremment, lorsqu'on leur refuse le vin ou les liqueurs qui ne manquent jamais d'exciter leur fureurs, sur les animaux, les domestiques, leur père, leur mère jusqu'à ce qu'on les dompte par la force.

Le Dr Haindorf, rapporte qu'un imbécile retenu dans l'hospice de Salzbourg et qu'on voulut effrayer, fut chargé de veiller sur un domestique qui s'était couché sur un banc pour contrefaire le mort. L'imbécile lui trancha un pied, puis la tète, après l'avoir averti de ne faire aucun mouvement, attendu que les morts ne doivent pas remuer.

Marc et son beau-frère ont failli être victimes d'un albinos imbécile qu'ils étaient allé peindre à Bicêtre, et dont le portrait forme une des planches de l'ouvrage des maladies de la peau d'Alibert.

Dans les exemples ci-dessus, l'état d'imbécillité est bien franc : il ne peut être mis en doute. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et bien des fois le médecin peut être embarrassé pour poser un diagnostic précis.

Voici une observation de mon père qui mettra bien en lumière cette difficulté :

J... est âgée de 13 ans, elle est bien conformée, la tête est régulière, n'offre rien d'anormal dans sa structure d'ensemble. Le teint est brun foncé, les cheveux abondants et châtains. Les yeux noirs, larges, ne manquent pas d'expression.

Jusqu'à II ans et demi la santé est excellente. On ne trouve chez cette enfant aucune hérédité personnelle, aucune maladie du jeune âge,pas de convulsions ; à 18 mois elle a eu un abcès au cou, à droite, et en arrière ; pas de vers intestinaux.

La grand'msre est morte de la poitrine à 35 ans, après avoir donné le jour à cinq enfants tous très intelligents.

La mère de J... a été formée à 19 ans avec douleurs.

Le père buvait avant son mariage et a cessé il y a par conséquent près de 14 ans... Aucune autre hérédité n'a été relevée dans cette famille.

Il y a 18 mois, des croûtes qu'elle portait à la tête nécessitèrent un traitement (lotions d'eau de son, tisane de houblon^ le mal disparaît en peu de temps.

On fait remonter, quoique d'une manière vague, incertaine, à cette époque les commencements des désordres moraux qui s'observent aujourd'hui. J... était lente, apathique, douce, docile, mais sans entrain, sans enjouement propre à son âge. Elle apprenait très difficilement. Cependant elle sait bien lire, écrire et un peu compter. Tout cela néanmoins était si peu grave que très probablement on ne l'eût pas remarqué sans les accidents qui survinrent il y a deux mois.

Vers cette époque, sans que rien ne se soit passé dans sa santé physique, sans qu'aucune cause morale, frayeur, chagrins lents, jalousie, etc.. puisse être prise à partie, J..., au dire des maîtresses de la pension où elle était, devint comme imbécile.

J.. . est irritable, boudeuse, maussade, répond impoliment ; où la fait facilement pleurer, elle pleure quelquefois seule et aussi rit aux éclats sans y être amenée comme répondant à ses pensées intérieures. Je me contente de rapporter ces paroles des personnes qui avaient soin d'elle comme résumant les détails de ce qui fut observé alors.

IMBÉCILLITÉ

Voici ce que nous avons noté nous-même :

J... se tient habituellement dans un état d'immobilité. Pour 1 en tirer il faut lui donner un ordre quelconque, mais à diverses reprises, à haute voix, impérativement. Si on lui place quelque chose entre les mains, sous les yeux, elle le garde toujours dans la même position. Si on lui prend le bras et qu'on lui donne une pose fatigante, J... le tient ainsi plus ou moins de temps, jusqu'à ce que la fatigue la force à le ramener à elle. Elle ne dit rien, ne profère jamais spontanément la moindre parole : c'est à beaucoup d'égards une véritable automate. Toutefois il est facile de voir qu'elle prend part ou intérêt à ce qui se passe devant ses yeux, car elle suit du regard, sourit même aux jeux d'un enfant de deux ans qui est devant elle.

Tous les mouvements auxquels elle se livre, elle les fait avec une lenteur désespérante quoique régulièrement, comme si elle dormait. On l'a vue mettre une heure et demie à se déshabiller et encore a-t-on dû plusieurs fois la rappeler à ce qu'elle devait faire.

Si ou la chagrine en la chatouillant, ou bien en voulant lui faire exécuter quelque mouvement auquel elle répugne, elle pousse un cri inarticulé qui a quelque chose de sauvage, qui tient plus de la bête que de la voix humaine. Elle ne profère aucune parole pour engager à finir ceux qui la tourmentent. Elle fait quelques mouvements pour s'y soustraire, mais incomplètement,alors qu'elle pourrait le faire sans nulle difficulté.

Nous avons dit que J... ne parle jamais la première : lorsqu'on lui adresse une question, il faut la lui répéter plusieurs fois, la solliciter, la toucher du doigt pour obtenir une réponse, brève en général, quelquefois assez détaillée mais toujours parfaitement juste et faite sans détourner la tête du côté de l'interrogateur. En général, et même jamais, J... ne regarde personne en face : on l'obtient mais très difficilement et pour un instant seulement.

L'air, l'ensemble de la physionomie de la jeune fille est exactement celui des aliénées dans la demi-stupeur. Les yeux sont fixes, projetés en avant et évidemment ne regardent pas. les traits du visage parfaitement immobiles à moins qu'on ne iréveille une émotion gaie ou triste.

Il est extrêmement difficile de peindre ce que

l''on observe : s'il y avait de la spontanéité, du mouvement dans cette jeune fille, nous ne voyons pas en quoi elle pécherait, car elle raisonne juste autant qu'un enfant de son âge ; en la voyant on se dit : son esprit n'est pas altéré, mais un voile le couvre, en gêne les mouvements, les paralyse sans l'affaiblir, sans lui ôter sa verdeur, sa netteté primitive. Il y a une espèce de stupeur, d'hésitation, d'étonnement intellectuel, de vague, qui rappellent au vif l'état de celui qui est frappé par un coup de sang imparfait, une congestion cérébrale permanente dont les effets subsistent tant qu'une cause extérieure, comme une succession physique ou morale ne vient pas les surprendre. C'est la stupeur de certains typhoïdes, délire aigu en miniature à l'intensité près. C'est la Sonviafio de Franck, la Melancolia attonita (et non meditahiindd} des auteurs. C'est le cas même des animaux auxquels on a administré un narcotique, au moins quant aux mouvements. C'est l'état au vif de tous les ennuyés qui reviennent brusquement à eux, des épileptiques qui ont été fortement congestionnés par leurs accès, un peu avant qu'ils n'aient repris complètement le libre usage de leur pensée et de la parole.

Il est évident que nous n'avons pas encore ici l'imbécillité, l'état intellectuel chroniquequ'on peut appeler de ce nom, car J... sauf quelques circonstances étrangères du reste à son moral, est ce qu'elle a toujours été sous ce rapport. Mais il existe un état particulier qui en est comme le vestibule,, le prodrome et qui pour se convertir en imbécillité réelle n'a besoin que de s'organiser.

IDIOTIE

Idiotie. — Après ce que nous venons de dire nous n'aurons pas grand chose à ajouter pour compléter le portrait de l'idiot : les données sont les mêmes, les traits seuls sont plus accentués. On naît Idiot, on ne le devient pas. Aussi Fidiotisme doit-il être considéré comme une infirmité et non comme une maladie de l'esprit et de l'entendement.

Parmi les auteurs, Calmeil est un de ceux qui aient tracé le meilleur portrait clinique de ridiot(i).

« Avec une apparence humaine, l'idiot est ravalé souvent par la nullité de ses sensations, de ses Idées, de son intelligence, de ses sentiments, par la grossièreté de ses instincts, au-dessous de la condition des animaux les plusstupides et les plus bornés. Beaucoup d'idiots succombent dans un âge tendre malgré les soins les plus assidus et les plus dévoués; plusieurs n'apprennent jamais à téter et vivent tout d^abord de la-'t qu'il faut pousser très avant dans la bouche pour qu'il soit avalé. Plusieurs ne savent jamais manger seuls et meurent de faim au milieu de l'abondance, sans s'aviser de faire usage des aliments qu'ils ont sous la main La malpropreté la plus repoussante entoure constamment ces créatures disgraciées qui ne sauraient apprendre à exprimer par un signe convenu leurs besoins les plus impérieux et les plus simples • quelques idiots tirent de leur gosier des sons plus ou moins rauques. Pinel a soigné une idiote qui Imitait assez bien le bêlement d'une brebis. Un autre s'était habitué dès le berceau à pousser des

(i) Calmeil. De la folie, t. I. p. 67, 1845. J- B. Bailliè

lere.

cris aigus qu'on aurait pu prendre à une certaine distance pour les clameurs d'un animal sauvage. Plusieurs idiots sont privés du sens de l'odorat, de la vue, de l'ouïe, du goût. Ceux qui possèdent les organes des principaux sens n'en retirent, pour ainsi dire, aucun avantage... La physionomie stupide de l'idiot, son extérieur sale et repoussant annoncent le dernier degré de la dégradation de l'espèce humaine; les idiots ont la face large, aplatie, la houche grande, la peau tannée, les lèvres épaisses, pendantes, les dents noires, cariées, les yeux louches, le regard hébété ; la tête penche, se balance à droite, à gauche, sur un cou volumineux, ou court, ou démesurément allongé ; la taille est ramassée, difforme, la colonne vertébrale déviée en avant, en arrière, sur les côtés. Le ventre est très gros, lâche, la main épaisse et pendant sur les hanches, les jambes sont gauches, engorgées et les articulations d'une épaisseur énorme. La conformation du squelette est vicieuse, la couleur des téguments partout couleur de bistre ou de safran. L'urine, les matières fécales, la salive, les mucosités qui coulent sur les côtés des lèvres répandent autour de ces malheureux, une odeur qu'on ne parvient jamais à détruire complètement.

Mais l'idiotisme n'est pas toujours poussé au même degré d'intensité : quelques idiots reconnaissent les gardiens chargés de leur administrer des soins, manifestent de la joie ou de la contrariété suivant qu'on leur témoigne de la bienveillance ou de la sévérité ; d'autres sont affectueux, recherchent avec une prédilection marquée les objets qui paraissent flatter leur vue ou agir agréa-

IDIOTIE

blement sur le toucher, Touïe... Plusieurs parviennent à retenir quelques notes , quelques syllabes à en comprendre le sens, à y attacher une signification. Les uns mangent tout seuls, s'aperçoivent avec joie que le moment du repas est arrivé ; d'autres savent éviter le froid, la pluie, s'appliquent à ne pas se salir ; mais ces marques de sensibilité d'intelligence, de sensibilité morale sont toujours restreintes à des limites très bornées.

Avant de citer quelques observations, nous devons signaler une complication des plus fréquentes de l'idiotie : nous avons nommé l'épilepsie. Dans la plupart des cas en effet, l'idiotie congénitale vient se compliquer d'accidents épileptiques. Esquirol (i), Delasiauve (2), Moreau de Tours (3), Baillarger,Morel (4), Herpin (5)... entre autres auteurs, en ont cité de nombreux cas.

Parfois les idiots peuvent avoir des moments d'excitation maniaque ou de mélancolie qui viennent troubler le peu d'intelligence qui leur reste. C'est dans ces périodes que ces malades sont particulièrement dangereux et peuvent être facilement poussés à se suicider, à commettre des vols, des actes de violence, voire même des homicides et très souvent allumer des incendies.

(1) Esquirol. Des maladies mentales, Paris, 1838, tome 11, page 283.

(2) Delasiauve. Traité de l'Epilepsie, Paris, 1854.

(3} Moreau de Tours. Etiologie de l'épilepsie^ Paris, 1854. Mémoires sur les causes prédisposantes à l'idiotie. (Union méd. 1853).

(4) B. A. Morel. Maladies mentales. Paris, 1860.

(5) Th. Herpin. Du pronostic et du traitement curatif de l'Epilepsie,

Les idiots proprement dits, succombent ordinairement encore jeunes soit par suite des progrès des affections cachectiques dont ils sont atteints, rachitisme, scrofule, tuberculose, soit par suite d'affections aiguës intercurrentes qui peuvent revêtir un grand degré de gravité avant de se manifester par les symptômes rationnels habituels.

B... est âgée de lo ans : elle est paraplégique et idiote de naissance. A l'âge de 7 ans une ophtalmie purulente lui fit perdre la vue : la tête atteint des proportions inaccoutumées d'hydrocéphalie. L'enfant ne peut la soutenir et à chaque instant la laisse retomber en avant, sur sa poitrine. Le prognatisme est des plus accusé ; les dents, ainsi qu'il arrive presque toujours dans ce cas sont fortes et mal placées, chevauchant les unes sur les autres. Les cheveux sont clairsemés et par place on voit des plaques nues, résultat probable d'une affection antérieure du cuir chevelu. Le front, les joues sont couverts en partie de poils follets oirs ; le reste du corps est assez bien fait quoique petit pour son âge. Aucune courbure anormale, aucune déviation. Les extrémités inférieures sont froides, violettes, cyanosées. Les extrémités supérieures présentent les mêmes phénomènes peut-être un peu moins marqués. Il est également à remarquer chez cette enfant la forme de la bouche : la lèvre supérieure est échancrée à la façon d'un bec de lièvre double, incomplet.

Aucun antécédent dans la ligne maternelle.

La malade a deux frères vivants, en bonne santé : elle a eu deux autres frères et une sœur morts en bas âge de convulsions.

Le père se livre à la boisson: c'est un dipsomane. Il est d'un caractère sombre et incertain, ne sachant jamais ce qu'il veut, énervé, ombrageux. Il y a ans, fut enfermé pendant trois mois à Ville-Evrard à la suite d'une attaque de délire aigu. Depuis, s'est bien remis, mais présente encore par moments, et sous l'influence de l'alcool, des idées de persécution. Une fois, sous l'empire de ces idées, il commit une tentative de suicide (coup de rasoir).

Depuis qu'il nous a été donné d'observer la jeune malade,

IDIOTIE

nous avons constaté à plusieurs reprises des attaques épileptif ormes.

Cette enfant entrée le i6 mai 1876 dans le service du D^" Moreau de Tours, a été transférée le 16 octobre 1877, à la 5^ division, 2^ section.

B... 12 ans, idiote de naissance. Conformation vicieuse du corps, rachitisme, scrofule. A l'âge de 7 ans, B... ne marchait pas encore. Ne s'occupait de rien nia rien. Comprenait à grand peine les questions les plus simples et les plus indispensables à la vie matérielle. A partir de 7 ans, elle commença à se tenir un peu sur ses jambes; l'intelligence (?) ou plutôt l'instinct s'est un peu développé, par la force de la répétition des mêmes actes. A 11 ans, un événement terrible vint la rejeter dans le néant le plus complet. Elle fut violée par un ivrogne qui pour assouvir sa brutale passion employa la force. Aux cris poussés par l'enfant on accourut et le coupablefut pris en flagrant délit. A dater de ce jour, B... perdit le peu de notions qu'elle possédait et eut bientôt une attaque d'hémiplégie du côté gauche. Sur cet état déplorable sont venues se greffer des attaques d'épilepsie.

« Quelquefois les idiots, dit Esquirol (i), n'ont même pas les facultés instinctives : ils sont au-dessous de la brute, car les animaux ont Tinstinct de la conservation, de la reproduction, et ces idiots n'ont pas cet instinct. Ils n'ont pas le sentiment de leur existence ; ils n'ont ni douleur, ni plaisir, ni haine, ni amour. Ce sont des êtres avortés, ce sont des monstres voués par conséquent à une mort prochaine si la tendresse des parents ou la commisération publique ne protégeaient pas leur existence... Quelques idiots ont des tics très singuliers, ils semblent être des machines montées pour produire toujours les mêmes mouvements ; pour eux l'habitude tient lieu d'intelligence... Ces

(i) 'Esquirol. Des maladies mentales. XIV : de l'idiotie, 'Puns, 1838, t. II, p. 334.

pauvres êtres sont quelquefois de la plus grande insensibilité physique quoique jouissant de leurs sens. On connaît l'histoire de cette idiote qu'Esquirol soignait à la Salpêtrière, et qui avec ses doigts et ses ongles avait percé sa joue, jouait avec un doigt placé dans l'ouverture et finit par la déchirer jusqu'à la commissure des lèvres, sans paraître souffrir. » (page 338).

Enfin, et c'est par là que nous terminerons, « l'idiotie offre d'innombrables variétés relativement à la capacité intellectuelle et morale.

« Quelques idiots (i) ont des aptitudes, des penchants ; presque tous, même ceux qui sont privés de la parole, chantent et retiennent des airs.

Quoiqu'il n'existe pas de rapport direct et constant entre le vice d'organisation et les divers degrés de la sensibilité et de l'intelligence des idiots, il faut convenir que plus les difformités organiques sont considérables, plus les difformités de la sensibilité et de l'intelligence sont prononcées.

Il n'y a ni volume, ni forme de tête propre à l'idiotie. Cependant il faut reconnaître que les têtes les plus petites appartiennent aux idiots les plus dégradés. Quoiqu'il en soit on rencontre des idiots qui ont de grosses têtes, les formes de la tête n'étant pas plus que le volume l'indice rigoureux de la capacité sensitive et intellectuelle.

L'éducabilité des idiots, toute d'imitation et bornée aux premiers besoins de la vie instinctive.

(i) Ibid. page 359.

CRÉTINISME

n'est pas un signe suffisant pour caractériser les principales variétés de l'idiotie,quoi qu'en ait dit le Félix Voisin (ij.

La parole, eet attribut essentiel de l'homme, qui lui a été donnée pour exprimer sa pensée, la parole étant le signe le plus constant en rapport chez les idiots avec la capacité intellectuelle donne mieux le caractère des principales variétés de l'idiotie.

Dans le premier degré, imbécillité, la parole est libre et facile.

Dans le deuxième, la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit.

Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très courtes.

Les idiots du deuxième degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris.

Dans le troisième degré de l'idiotie enfin, il n'y a ni paroles, ni phrases, ni mots, ni monosyllabes.

Crétinisme. — On sait qu'il se rencontre dans les gorges de la plupart des montagnes, dans les Alpes, les Pyrénées, en Styrie, en Ecosse, dans les Cordillères, certains individus portant l'empreinte plus ou moins profonde d'une dégradation physique et morale. Ces individus ont été désignés sous le nom de Crétins.

Quand on visite les pays où règne le crétinisme,

fi) F. Voisin. Application de la physiologie du cerveau, à à 'l'éiude des enfants qui nécessitent une éducation spéciale^. Paris, 1830, in-80.

on n'est pas seulement frappé de l'aspect hideux, de l'air hébété de ces malheureux parias de l'espèce humaine, on s'étonne encore de les voir en si grand nombre, de ne pouvoir, pour ainsi dire, faire un pas sans en rencontrer quelques-uns, dans certaines localités, d'ailleurs très peu étendues, parmi des populations qui, par les traits généraux de leur physionomie et de leur constitution, ont avec eux une sorte d'analogie et comme un air de famille sous certains rapports.

Suivant Esquirol, « le crétinisme est une variété remarquable de l'idiotie. Les crétins sont les idiots des montagnes. »

La commission médicale instituée par le gouvernement piémontais en 1848 pour étudier la question du crétinisme^ définit cet état « une dégénération de l'espèce humaine caractérisée par un degré plus ou moins grand d'idiotisme associé à un habitus vicié du corps. »

Aux yeux de notre éminent maître Baillarger, le crétinisme est « le développement incomplet, irrégulier, et,le plus souvent très lent de l'organisme.»

« La persistance, dit cet auteur, de la première dentition pendant dix-huit et même vingt-quatre ans, Tabsence, à cet âge, de tout signe de puberté, la conformation du corps qui reste celle des très jeunes enfants, le poids du corps qui, à 18, 24 ans, ne dépasse pas 40 livres, tels sont les faits que j'ai constatés chez quelques sujets qui peuvent servir de types pour caractériser le crétinisme. »

Rotureau (i) se range complètement à l'opinion

(i) Rotureau. Du crétinisme au point de vue ètiologique, (Notes manuscrites, inédites.)

CRÉTINISME

que nous venons de faire connaître : « c'est, nous dit-il, après un sérieux examen d'un nombre considérable de faits dans la plaine de Tarbes et dans la vallée d'Argelès qu'il a été amené à adopter une des divisions proposées récemment qui classe les faits en deux grandes catégories. Les uns appartiennent à l'idiotie endémique, les autres au crétinisme proprement dit.

En conséquence il désigne sous le nom d'idiots « tous les individus chez lesquels le développement incomplet de l'intelligence se trouve réuni au développement complet du corps, et il réserve le nom de crétin à l'individu chez lequel l'arrêt de développement porte simultanément sur l'intelligence et l'ensemble de la constitution. »

Sous le rapport intellectuel, les crétins ressemblent aux idiots, et les plus avancés d'entre eux aux imbéciles. Comme ces derniers, à côté d'une intelligence rudimentaire, ils présentent quelques aptitudes spéciales et sont susceptibles d'un certain degré de développement et de culture. La mémoire est souvent très puissante chez les crétins. Elle surnage en quelque sorte au naufrage de l'intelligence prise dans son ensemble.

« Au physique, le crétin, dit Esquirol, a la taille petite, la peau pâle, blafarde, livide, fiasque, ridée, les muscles sont mous, rétractés, sans force, leurs membres sont gros, épais, leur ventre très volumineux. La tête est plus souvent grosse, tantôt applatie postérieurement, tantôt déprimée au sommet. Les cheveux sont fins et blonds; les yeux sont écartés, cachés sous les arcades orbitaires et chassieux. Les paupières sont rouges et larmoyantes ;

34^ FORMES PUREMENT PSYCHIQJJES

le regard est louche et stupide, le nez est épaté, les lèvres sont épaisses. La langue est pendante, la bouche mi-ouverte est inondée de mucosités qui coulent sur leurs vêtements. La mâchoire intérieure est allongée ; la face est bouffie, ce qui la fait paraître carrée. La physionomie sans expression est stupide. Quelques crétins ont le cou gros et court, d'autres l'ont allongé et grêle : tous n'ont Pas de goitres : la plupart ont les membres abdominaux inégaux, courts, infiltrés, leur démarche est lente, gauche et mal assurée. Ils sont d'une excessive malpropreté et de plus très gloutons et très lascifs... »

Deux observations complètent ce tableau ■

N... 15 ans. Né de parents goitreux. La mère est d'une constitution assez chétive, le père au contraire est fort et vigoureux et a cinq pieds cinq pouces. L'intelligence de ce dernier n'est pas très développée, mais suffisamment cependant pour vaquer aux travaux pénibles du journalier et pour s'acquitter convenablement de commissions et de petits marchés faits dans la ville.

La famille N... se compose actuellement de cinq enfants ; Le sujet de l'observation a trois frères et une sœur vivants. Deux sont morts, un garçon et une fille. Deux sont plus jeunes que lui Deux des enfants sont forts et intelligents, deux ont un aspect un peu crétin et sont très peu intelligents. Tous ces enfants sont ou étaient goitreux, moins celui qui nous occupe : celui-là n'a le corps thyroïde aucunement développé.

N... a l'aspect d'un enfant de 6 ans, d'un développement ordinaire. Il comprend une partie de ce qu'on lui dit et y répond par signes. Il ne parle pas, mais il n'est pas sourd. Lorsqu'on lui dit le contraire il s'agite et ne prononce que la syllabe Ah ! Ah ! il manifeste une grande joie quand on lui donne quelques pièces de monnaie.

.Débarrassé de ses vêtements, on constate qu'il a la tête très grosse, hors de proportion avec le reste de son corps, que ses cHeveux sont châtains, qu'il est teigneux, qu'il a le front peu

CRÉTINISME 349

développé, fuyant, les yeux écartés, le nez aplati, la bouche très grande, les lèvres grosses et la peau du visage d'une teinte bistre, terreuse.

Il a une poitrine de rachitique, le sternum est bombé et les côtes noueuses. Il a l'abdomen extrêmement volumineux, semblable à celui d'un enfant qui a le carreau. La verge est très petite, semblable à celle d'un enfant de 6 ans. Il y a phimosis. Ses parents n'ont "jamais constaté d'érection. Les membres supérieurs sont longs et grêles, allant jusqu'aux genoux lorsque les mains sont étendues, les membres inférieurs sont un peu cagneux et les pieds sont plats.

Les dimensions de la tête, prises au compas d'épaisseur, sont les suivantes :

' Antéro-postérieur 22 centimètres.

Diamètre J Bi-pariétal 13 »

' Sous occipito-bregmatiqne 21 »

Sa taille est d'un mètre 5 centimètres. Sou poids total 17 kilogrammes. Dix dents seulement composent sa dentition. Cinq, à chaque mâchoire ; en bas il a trois incisives de la deuxième dentition, à gauche et à droite une seule petite molaire de la première. En haut deux incisives seulement, à gauche deux molaires, l'une petite de la deuxième dentition, l'autre grosse de la première.

Les organes fonctionnent régulièrement. La percussion, l'auscultation, l'examen le plus minutieux ne révèlent aucune anomalie. Enfin N... est gâteux.

Dès sa naissance, N... s'est présenté avec les phénomènes que nous relatons ici... C'est donc un véritable crétin de naissance.

Marguerite B... 14 ans, est crétine de naissance. Comme hérédité on trouve un grand-père paternel idiot. De plus la famille entière, ligne paternelle et ligne maternelle, est goitreuse. Son père a une intelligence ordinaire. Il vit du travail des champs. La mère est morte. Lorsque le père est absent, Marguerite erre dans le village et les voisins se chargent de lui donner à manger.

Déshabillée, on constate une face complètement crétine. Le front est fort peu marqué, les yeux éloignés, les cils et les

35° FORMES PUREMENT PSYCHiaUES

ourcils rares, les paupières gonflées : le nez épaté, les lèvres grosses, la bouche grande et le menton fuyant. Cheveux filasse : a la teigne. Les diamètres de la tête sont ;

Antéro postérieur centimètres.

Bi-pariétal „ Sous occipito-bregmatique iç) »

Elle a les seins très peu développé* le ventre gros, le pénil sans poils, les organes génitaux comme un enfant de 5 à 6 ans,

Sa taille est de 96 centimètres. Elle pèse 18 kilogrammes : elle a 17 dents, dont 6 sont encore de la première dentition; en bas, il n'y a que les incisives, les canines, et une seule petite molaire qui est à droite. En haut il n'y a que les deux dernières molaires. A cette mâchoire comme à l'autre, les incisives et les canines sont ce qu'elles doivent être... M... est gâteuse.

11 n'est pas besoin de faire ressortir plus longuement les caractères si tranchés qu'offrent les individus dont nous venons de tracer le tableau. Ces caractères sont ceux qui ont été indiqués dans le mémoire de notre savant maître Baillarger. Ils se rapportent surtout à la puberté, à la dentition, au développement général du corps qui reste à l'état d'enfance. Il est à remarquer d'ailleurs que l'intelligence, les manières, les habitudes des crétins sont en rapport avec la période d'évolution à laquelle s'est arrêtée leur constitution et rappelle l'état des très jeunes enfants (i).

Idiotie endémique. — Cette affection est beau-

(i) Bail. Observation remarquable d'un type de crètinisme sporadiqiie ; le sujet est né à Paris, d'mie famille qui y est fixée depuis de lo7igues années, publiée par YEncéphale, 1882. Sous ce titre : le Crétin des Batignolles. Deux photographies à l'appui.

IDIOTIE ENDÉMIQ.UE

coup plus fréquente que le crétinisme. Elle existe même dans certaines localités où les crétins ont disparu. Ce qui distingue l'idiotie du crétinisme est, nous l'avons déjà dit, le développement du corps, l'élargissement de la poitrine, la force musculaire, la puberté, la dentition, le changement de la voix, le développement du système pileux..., etc.

Quand on voit ces individus, on se demande avec étonnement comment on a pu les confondre si longtemps avec ces petits êtres dont l'état est essentiellement caractérisé par la prolongation indéfinie de l'enfance et qui restent toute leur vie incapables de se reproduire.

V... i6 ans : idiot et goitreux. Son père est goitreux, mais de belle taille et bien constitué. Sa mère est petite et goitreuse.

V... est bien conformé ; sa taille sans être grande (148 cent.) est assez bien prise, sa dentition est normale ; mais chez lui l'intelligence fait défaut en grande partie. C'est ainsi qu'il ne parle presque pas : grogne pour indiquer ses besoins, se met facilement en colère et est assez violent. On a pu cependant l'utiliser à conduire les vaches aux champs et à les y garder.

Cependant il est à remarquer qu'il existe des cas où la distinction entre le crétinisme et l'idiotie endémique n'est pas aussi tranchée que pourrait le laisser supposer ce que nous venons de dire. Il y a des faits intermédiaires difficiles à classer ; on trouve en effet des êtres à développement incomplet, offrant les signes d'une puberté douteuse et qu'on ne peut ranger d'une manière absolue parmi les crétins ou les idiots.

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