AFFECTIONS SE TRADUISANT PAR DES TROUBLES MORAUX ET NERVEUX
Après avoir étudié les affections d'ordre purement nerveux et les affections d'ordre purement moral, il nous reste à voir celles qui participent à la fois de ces deux ordres.
La plus importante de toutes, celle qui pourrait en quelque sorte être proposée comme type, est sans contredit V hystérie.
Certains auteurs, établissent une distinction capitale entre les hystériques et les divisent en deux ■classes : les hystériques simplês et les hystériques aliénés. Or, cette distinction est subtile et basée surtout sur des motifs d'ordre administratif.
La science ne doit pas entrer dans de semblables considérations : elle doit rester dans les sphères «levées de l'observation clinique : les hystériques, en effet, quels qu'ils soient, mais à des degrés variables, présentent tous des modifications notables de caractère (i). Tous par conséquent sont donc atteints, outre leurs accès convulsifs, de désordres mentaux plus ou moins prononcés, si l'on veut, mais cependant réels, et présentant des caractères propres.
Hystérie. — L'hystérie existe dans les deux sexes : c'est là aujourd'hui un fait qui n'est plus à démontrer.
Briquet (1859) marque les débuts de l'étude de l'hystérie chez l'homme, étude reprise depuis par
(i) Moreau de Tours. De la folie névropathique : vulgo hystérique. Paris, 1869.
HYSTÉRIE
de nombreux auteurs (i), parmi lesquels il faut mentionner plus spécialement l'Ecole de la Salpêtrière.
Une des conséquences de la suppression de la théorie utérine, a été l'existence de l'hystérie dans le jeune âge.
Landouzy (2) sur 52 cas d'hystérie en cite 4 avant 10 ans et 48, de 10 à 15,
Briquet, dans ses 87 observations expose le tableau suivant relatif à l'époque du début des accidents :
31 dans l'enfance.
3 à l'âge de 6 »
5 ans.
10 à II
Le même auteur ajoute plus loin que les enfants hystériques représentent numériquement le quart ou le tiers du nombre total des hystériques
Georget relate un cas à 9 ans, un autre à ri. Beau, 6 cas de 10 à 15 ans.
Pâris (3) relève :
ans.
3 à l'âge de 7 à
(1) Voyez entre autres, l'article Hystérie par Bernntz,Dicfon de mcdecme et de chirurgie de Jaccoud, les mémoires et thèses de Cassaubon, Klein, (1880; Greffier. Peugniez, Pâris etc
(2) Ces données statistiques sont relevées d'après il thèse de M. Pengniez, Hystérie che^ les enfants. Paris, 1885.
(3) Pâris, de l'hystérie che^ les petites filles, considérée dans ses causes, ses caractères, son traitement, thèse de Paris 1880. '
P. MonKAu de Tours. Folie. o'^
354 FORMES PUREMENT PSYCHIQJJES
I » 10 à II
I » II à 12
Greffier (i) sur 23 cas rapporte :
3 àl
âge de 8 ans.
II et II 1/2
« Que conclure de tous ces chiffres ? dit Peugniez ? C'est qu'il nous est impossible de fixer un âge de prédilection pour le début des accidents hystériques chez l'enfant. Tout ce qu'il nous est permis d'affirmer, c'est que les symptômes de la névrose apparaissent rarement avant l'âge de 6 à 8 ans et que pour les filles, l'influence de la menstruation est presque nulle sur le développement 'des accidents. C'est là, du reste, la conclusion à laquelle Greffier était arrivé dans son mémoire quand il disait : « L'influence de la menstruation ne paraît pas avoir une importance majeure sur le développement de l'hystérie. »
Ce que nous avons dit au début de cet ouvrage sur les causes des affections mentales et nerveuses, nous permettra de rappeler seulement ici les points principaux.
Les causes sont, on l'a vu, subjectives et objectives. Parmi les premières la plus importante est l'hérédité, parmi les secondes il convient de s'appesantir plus spécialement sur la mauvaise
(i) Greffier. Arch. gèn. de Méd. 1882, p. 405.
HYSTÉRIE ^tyly
éducation , l'onanisme , les impressions morales vives (chagrin, frayeur...) les traumatismes...,etc...
Hérédité. — S'il est une affection où l'hérédité doive être comprise dans son sens le plus large, c'est bien lorsqu'il s'agit d'hystérie. Ce n'est pas en effet la maladie dpnt le sujet est frappé qu'il faut rechercher chez les ascendants et les collatéraux ; la névropathie peut s'être transformée en passant d'une génération à une autre. Mais néanmoins, de toutes les maladies nerveuses qui existent chez les parents, et peuvent déterminer l'hystérie chez Fenfant, celle que l'on rencontre le plus fréquemment est l'hystérie chez la mère.
Le père paraît avoir moins d'influence sous le rapport de la transmission à l'hystérie. Cependant il ne faut pas oublier que l'épilepsie du père crée une prédisposition spéciale à l'hystérie chez les enfants.
D'un autre côté, la mère saine d'esprit, peut être douée d'un caractère éminemment féminin, c'està-dire, être très impressionnable, très vive. Dans ces conditions elle pourra transmettre à ses enfants un tempérament analogue, aggravé sans doute et constituant une aptitude spéciale, une prédisposition naturelle, pour ainsi dire, à contracter la maladie sous une influence extérieure quelconque. C'est un véritable terrain préparé où le germe n'attendra qu'une occasion favorable pour se développer. Cet état est bien ce qu'on pourrait appeler les frontières de l'hérédité morbide.
« Les névroses, écrivait Axenfeld (i) sont souvent des maladies héréditaires. »
(t.) Axenfeld, Névroses.
FORMES PUREMENT PSYCHICLUES
Cette opinion du reste ne lui était pas personnelle et était partagée par d'autres cliniciens. Le regretté professeur admettait de plus leur hérédité homologue, que cette hérédité soit alternante ou continue dans la filiation généalogique. C'était reconnaître l'existence de ces familles de migraineux ^d'hystériques^ dépileptiques, dont une névrose toujours similaire constitue le patrimoine et la tarehéréditaire.Il admettait encore que les névroses sont aussi « héréditaires par transmission d'une disposition inconnue en elle-même et en vertu de laquelle on voit se développer des maladies nerveuses de formes diverses et des parents sujets aux névralgies ou à l'hystérie, donner le jour à des enfants atteints d'épilepsie ou de chorée... » Dans cette hérédité hétérologue, ce dont on hérite « ce n'est pas précisément telle ou telle névrose ; ce n'est pas un germe d'hystérie ou d'épilepsie, mais bien une condition de l'organisme favorable au développement d'une maladie nerveuse qui pourra être identique ou analogue à celle des parents. »
Ailleurs il enregistre la transmission des névroses convul s ive s, so\t par hérédité directe ou collatérale, soit par substitution de la manifestation convulsive des descendants à la névrose convulsive de l'ascendant... Enfin, il entrevoit le rôle que l'état névropathique est appelé à jouer dans cette question. « Les conditions de mobilité nerveuse sont aussi celles qu'on trouve dans l'étiologie d'une foule de névroses. Il en résulte que la migraine, la chorée, l'hystérie, lorsqu'elles précédent l'épilepsie, sont enregistrées comme autant de causes de cette dernière maladie , alors qu'elles ne sont en réalité
HYSTÉRIE
toutes, y compris l'épilepsie, que les expressions pathologiques d'une même manière d'être de l'organisme, (i) »
Autres causes. — Nous serons brefs sur ce point et nous renvoyons au chapitre des causes générales. Nous mentionnerons seulement ici parmi les plus importantes, l'éducation, l'influence morale, les conditions sociales... etc.
L'enfant « gâté» habitué à voir tout lui céder, lorsqu'il commencera, de par les exigences de la -vie à subir des froissements ou des chocs aux- -quels il n^a pas été accoutumé, en ressentira des émotions pénibles d'une intensité hors de propor- •tion avec les causes qui les auront fait naître, et cet état de sensiblerie constituera chez lui une prédisposition à l'hystérie.
Il est inutile d'insister sur le triste effet produit -dans certaines imaginations parles contes absurdes de voleurs, de revenants, de croquemitaines... C'est là un fait trop connu et contre lequel on a malheureusement bien de la peine à réagir, même dans les classes éclairées de la société.
Les causes objectives, déterminantes, sont variées et multiples. Outre les phénomènes physiques de l'établissement de la puberté qui vient toujours jeter un certain trouble dans l'état général des jeunes enfants, il faut compter les peurs, les émotions morales vives, les mauvais traitements enfin et surtout l'imitation sur laquelle nous aurons d'ailleurs à revenir lorsque nous traiterons des épidémies convulsives.
(i) Eloy. Bii rôle des névroses dans Vhérédité. Union mèdi- ■cale, I Mai 1886.
i-ORMl-S PUREMENT PSYCHIQ.UES
Ceci dit, nous arrivons à l'étude réellement importante des symptômes.
Symptômatologie. — Comme chez l'adulte, l'hystérie chez l'enfant peut se présenter soit sous la forme convulsive, soit sous la forme non convulsive. Tantôt elle débute brusquement par une attaque ; c'est le cas le plus rare.Tantôt,au contraire, elle débute par un état psychique spécial, par des désordres intellectuels et par des troubles variés de la sensibilité et du mouvement. — Le cas le plus simple et le plus fréquent, d'autant plus que souvent il passe inaperçu, est la forme non convulsive. L'enfant, atteint de ce genre d'hystérie, présente un faciès spécial, un habitus particulier qui le font distinguer parun œil quelque peu exercé. Greffier a bien résumé ces caractères : (i)
« Ce sont des enfants à mine éveillée (les filles forment la règle) d'une intelligence et d'une imagination vives, coquettes, maniérées, menteuses, cherchant à attirer l'attention par la description souvent exagérée de leurs souffrances, description empruntée fort souvent à la mère qui est ellemême hystérique. Toutes sont d'une impressionnabilité extrême : les rires, les pleurs sont provoqués chez elles par la cause la plus futile. Ces enfants très intelligentes ont beaucoup de dispositions pour les arts, mais leur attention se fatigue rapidement ; elles sont incapables d'études un peu sérieuses et se laissent parfois dominer par une tristesse profonde et sans cause.
(i) Greffier, de Vhystcrie précoce.
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Chez ces enfants la volonté est également atteinte; l'enfant veut avec fureur pendant quelques instants puis y renonce soit par fatigue, soit par indifférence, soit par oubli.
Lorsque l'hystérie se présente chez des garçons nous trouvons ici un symptôme nouveau et spécial. L'enfant se féminise. Le jeune garçon devient craintif, il se trouble aux questions qu^on lui pose, rougit, baisse les yeux. Le regard est presque vague, rêveur ; l'enfant est coquet, passe des heui-es à sa toilette, n'éprouve même aucun plaisir aux travaux manuels : il fuit les jeux auxquels se plaisent les garçons de son âge et joue de préférence à des jeux de petite fille, recherche les poupées, les chiffons, les rubans.
L'observation citée par le professeur Charcot peut être considérée comme un type de ce genre :
« Au mois d'août 1877, on vint me prier d'aller voir le jeune X... atteint d'une maladie nerveuse que le médecin traitant mettait sur le compte d'une tumeur cérébrale ou qu'il rattachait pour le moins à l'épilepsie. Le jeune malade avait des crises depuis plusieurs mois dans lesquelles à la perte de connaissance se joignaient des convulsions plus ou moins intenses.
En arrivant à la demeure du jeune X... je trouve à ma rencontre le médecin traitant qui m'annonce que le malade est justement dans ses crises et que je pourrai facilement constater que ce n'est pas de l'épilepsie.
J'entre et je vois en effet un enfant qui venait de tomber en état de crise. Pour le moment il était en attitude d'arc de cercle parfait : tout le corps était incurvé en arrière et la tête et les pieds reposaient seuls sur le lit. Les yeux ouverts étaient en strabisme convergent. J'appliquai la main sur l'abdomen de l'enfant et j'y découvris une plaque d'hypéresthésie du côté gauche. En pressant sur ce point, le petit malade quitta brusquement l'arc de cercle et se mit à sauter comme un ver, puis il ne tarda pas à reprendre la position première qu'il garda sept
à huit minutes. On m'a dit que dans ces crises l'arc de cercle était précédé de convulsions épileptiformes, et cela plusieurs fois par jour. Son caractère s'était considérablement modifié. Je remarquai dans la chambre où nous nous trouvions et qui était celle que l'enfant occupait habituellement, tout un étalage de joujoux de fillette, des ménages, un petit salon, des poupées. Comme je demandais à la mère si elle n'avait pas d'autres enfants, elle me répondit négativement et déclara que son enfant qui était un vrai garçon auparavant, avait pris des goûts féminins depuis qu'il était malade et s'était mis à jouer comme une petite fille.
Il était facile, d'après la forme des convulsions et d'après ces quelques renseignements, de reconnaître qu'il s'agissait de phénomènes hystériques et nullement d'épilepsie. Je conseillai de mettre l'enfant entre les mains d'un précepteur et tout d'abord de l'éloigner de son père et de sa mère, puis de le soumettre pendant trois ou quatre mois au moins aux pratiques de l'hydrothérapie méthodique, ( douches froides brisées matin et soir. ) J'ajoutai un peu d'exercices gymnastiques et du fer à l'intérieur.
L'enfant était un peu anémique, d'apparence délicate et féminine. Il n'y avait aucune anomalie des organes génitaux. Au bout de quinze jours les crises devinrent plus rares. Au deuxième mois elles avaient complètement cessé. Enfin la guérison pouvait être considérée comme complète après le troisième mois du traitement. L'hj'^drothérapie n'en fut pas moins continuée pendant sept à huit mois. Depuis l'enfant n'a plus éprouvé aucun malaise.
Cette observation si intéressante est complétée par celle du Di' Pascal, à l'établissement duquel fut suivi le traitement.
« Le i^r octobre 1877, MX... venait à l'institut hydrothérapique de Passy, conduire son fils pour l'y soumettre à la médication hydrothérapique.
Le jeune X... est âgé de 12 ans, d'un tempérament lymphatico-nerveux : sa taille est à peine celle des garçons de son âge-
Depuis huit mois le malade a complètement perdu la faculté du travail ; tout effort d'attention le fatigue et le brise. Il a perdu l'appétit, il est devenu taquin, plein de caprices ; chaque jour il faut le conduire au bazard et satisfaire ses bizarreries.
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Le sommeil fait également défaut : l'anémie est profonde. Pour compléter ce tableau, des crises nerveuses avec perte de connaissance sont survenues et avec ces crises une véritable manie de destruction. Un jour il ouvrira les robinets pour inonder l'appartement, un autre jour ce sont les tapis du salon qu'il arrosera avec de l'huile.
Et, ceci est à noter, lorsque la chose est faite, il fait chorus avec ceux qui la déplorent, si bien que, sans ses confidences imprudentes, on ne se douterait pas qu'il est l'auteur du méfait. Pendant cette phase de la maladie, le jeune X... avait des hallucinations ; il voyait des animaux, des chiens, des chats... il eut même des accès de sommambulisme, à deux reprises différentes ; après avoir été mis au lit,on le trouvait habillé ayant allumé des bougies.
Les amusements de ses camarades n'ont plus d'attrait pour lui ; ce qui lui plaît ce sont les poupées : il prend tous les goûts des jeunes filles. Sur le conseil du médecin delà famille qui croyait à une affection grave du cerveau, on s'en alla 'passer une saison à la campagne. Six mois après, nulle amélioration n'étant survenue, les crises continuant, la famille demande que le professeur Charcot fût appelé en consultation.
Après l'examen du malade et sur les renseignements qui lui furent donnés, M. Charcot conclut à une affection nerveuse, purement hystérique, parfaitement curable par un traitement hydrothérapique bien dirigé.
Le traitement fut donc institué et régulièrement suivi pendant six mois.
Lorsque les forces furent revenues, on mit le jeune malade à la gymmastique, plus tard, on lui fit faire de l'équitation, de l'escrime. Le traitement consistait en deux douches par jour ; à l'intérieur, teinture de mars tartarisée, 8 gouttes, matin et soir. Vin de Colombo, un petit verre avant chaque repas.
Au bout de deux mois, on lui donna un précepteur pour le remettre au travail, et à mesure que la santé revenait, les progrès intellectuels étaient aussi plus marqués.
Après six mois de traitement, le jeune X... a grandi, s'est développé. Il a gagné en poids 7 kgs. Sa famille l'emmène à la campagne. Au mois de novembre nous le voyons ; l'action consécutive du traitement a porté ses fruits. Il est méconnaissable : grand, fort, apte aux études qui sont définitivement
reprises. Il est maintenant bien plus avancé que ses jeunes contemporains.
Toute trace de l'affection diagnostiquée en premier lieu, affection qui avait rendu sa famille si malheureuse, a complètement disparu. »
Dans cette observation si complète dans ses détails, nous voyons nettement indiqués les troubles psychiques.
L'hystérie dans le jeune âge, en effet, n'est pas exempte de ces troubles. Ils ont même une importance capitale, car ils peuvent à eux seuls constituer toute la maladie, et c'est par le fait de leur existence que l'hystérie est confirmée. Ils consistent surtout dans la présence de cauchemars, d'hallucinations de la vue, de l'ouïe,de changement de caractère... etc.
Les hallucinations, sur lesquelles nous n'avons pas à revenir, en ayant fait Tobjet d'un chapitre spécial, revêtent presque sans exception ce caractère terrifiant sur lequel nous avons appelé l'attention : au cours de l'accès, l'enfant voit des animaux fantastiques, avec prédominance de couleur rouge :
M F... âgée de 8 ans, voyait et entendait une mouche rouge qui lui causait une terreur indescriptible.
X... s'imagine voir des animaux généralement rouges ; quelquefois un chat, un chien, quelquefois un scintillement d'étoiles. Ces hallucinations se montrent aussi bien le jour que la nuit, dans l'état de veille comme dans l'état de sommeil.
M... a des hallucinations de l'ouïe . elle entend des personnes qui viennent la prendre : elle est alors en proie à une vive terreur et s'écrie : « maman ils viennent ! »
Les troubles de la sensibilité générale ne sont pas rares et sans parler des phénomènes d'hypéresthésie, des migraines, des rachialgies... etc., l'enfant se plaint de douleurs au niveau de l'estomac sans
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pouvoir les caractériser autrement. Tel est le cas de cette enfant qui se plaignait en pleurant « d'avoir des bêtes dans le ventre. »
Parmi les phénomènes de la sensibilité générale il faut citer l'anesthésie. Rarement elle est complète.
Telle est cependant l'observation de cette enfant que nous avons citée dans un chapitre précédent (i) qui se brûla vive sans manifester la moindre douleur. Elle est le plus souvent limitée à un point ei; doit être soigneusement recherchée
Nous passons sous silence les autres troublesqui peuvent survenir dans la vie de relation. Ces troubles n'ont d'ailleurs qu'un retentissement presque nul sur les facultés intellectuelles. De même aussi laissons-nous absolument de côté la description des phénomènes convulsifs de l'hystérie, et nous ne ferons que signaler pour mention les accidents bizarres que peuvent présenter les hystériques, catalepsie, somnambulisme, léthargie, accidents qui existent chez l'enfant aussi bien que chez l'adulte.
Nous n'insisterons donc pas plus longuement sur l'hystérie dans le jeune âge. Les exemples que nous avons donnés prouvant que l'hystérie existe chez les enfants sans distinction de sexe.
Aucun caractère spécial ne permet d'établir de diflérence entre Thystérie chez la femme ou chez l'enfant, chez la fille ou chez le garçon. Le seul signe qu'on ait relevé est la féininisaiioii du garçon hystérique.
11 nous reste cependant un mot à dire sur la
(i) Voir page 187.
marche et le pronostic. Or encore ici, la marche ne diffère pas de celle observée chez l'adulte. Elle est éminemment capricieuse et il est impossible de lui assigner un ordre qu'elle suivra rigoureusement.
Quant au pronostic, il est variable ; il est rationnel de prévoir qu'un enfant qui présente ces caractères très nets d'hystérie, a beaucoup de chances pour voir sa maladie persister à l'adolescence et à l'âge adulte.
Briquet avait déjà fait remarquer que l'hystérie qui débutait dans le bas âge, persistait toute la vie ; d'après lui un cinquième des hystériques étaient atteintes avant la puberté. — Cependant, le pronostic de l'hystérie chez l'enfant, ne comporte pas un caractère d'aussi grande gravité que chez l'adulte.
« On voit, dit à juste titre Peugniez, quelle est l'importance d'un diagnostic fait de bonne heure. C'est de là que dépend, on peut le dire, non seulement l'avenir pathologique de l'enfant, mais son avenir dans le monde et dans la société. Attaquée de bonne heure, l'hystérie pourra céder. La puberté passée^ elle pourra encore disparaître, mais ce sera au prix d'efforts bien plus rudes, bien plus longs, surtout. Quoi qu'il en soit, la maladie ne menace pas directement la vie de l'enfant. On en fait généralement moins une maladie dangereuse qu^'une affection désagréable. Dangereuse ! en vérité elle l'est bien rarement ; désagréable ! soit, s'il s'agit de ce nervosisme léger qui n'entraîne après lui aucune conséquence ; mais quand l'affection atteint des proportions plus considérables, elle est
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des plus sérieuses, car derrière le nervosisme de l'enfant, il faut voir l'hystérie de la jeune fille, de la femme, de l'homme adulte et alors ce n'est plus seulement une maladie désagréable, c'est une affection toujours digne d'attirer l'attention des médecins et souvent une affection grave. »
Quant au traitement, nous renvoyons au chapitre spécialement consacré à la thérapeutique des affections mentales et nerveuses. — Disons cependant qu'une thérapeutique appropriée peut, dans le plus grand nombre des cas, conduire à un résultat favorable chez le jeune être, la maladie n'a pas encore eu le temps de s'enraciner, de faire corps avec l'organisme, et il est relativement' facile de lutter avec avantage.
Epilepsie. — Les symptômes propres à cette maladie sont trop généralement connus pour que nous nous arrêtions longuement à les décrire (i).
Quoique l'épilepsie ne soit pas une affection spéciale à l'enfance, elle s'y rencontre cependant fréquemment et constitue une maladie des plus graves et des plus redoutables qui puissent atteindre le jeune enfant ; elle altère, quand elle ne les détruit pas, ses facultés intellectuelles, morales et affectives.
Y a-t-il lieu de s'étonner de ce résultat Non, car il faut bien se rappeler que dans l'enfance la prédominance de l'action nerveuse et la mobilité
(i) Voir surtout les travaux d'Esquirol, Tissot, Moreau de Tours {Etiologie de l'épilepsie)'Delasi&\ire {Traité de l'épilepsie Herpin {De l'épilepsie),.. Lasègne... etc. etc..
des mouvements disposent à la multiplication des accès. Cette donnée est tellement vraie, qu'elle avait Irappé les yeux des observateurs anciens, au point de leur faire donner à l'affection convulsive le nom de « maladie, ou plutôt de la mère des enfants. » « Il y avait sans doute, dit Delasiauve, quelqu'exagération dans cette figure, et l'on a pu souvent confondre avec le mal caduc, soit l'éclampsie des nouveaux-nés, qui n'est pour plusieurs médecins qu'une variété épileptique,soit d'autres formes convulsives , habituelles pendant les premières années et signalées par des symptômes spéciaux. »
Dans la deuxième enfance, qui s'étend de 8 à 15 ans, la prédisposition au mal n'est guère moins marquée. A cet âge en effet, prédominent, par suite des progrès de la laculté conceptive et des développements de la pensée, les appréhensions et les terreurs, sources fécondes des accidents spasmodiques.
Cependant il est bon de remarquer que la facilité à devenir épileptique varie beaucoup suivant le tempérament, le sexe, les conditions multiples des milieux... etc. Mais il ne faut pas perdre de vue que les enfants sont d'autant plus susceptibles de cette maladie qu'ils sont plus jeunes.
Nous allons passer très rapidement en revue les causes principales qui peuvent amener l'épilepsie.
VHérddité joue un rôle prépondérant dans l'épilepsie de l'enfance. Mais il ne faut pas seulement comprendre l'hérédité comme on le fait généralement, c'est-à-dire la transmission héréditaire
ÉPILEPSIE
pure et simple d'une maladie semblable des ascendants aux descendants.
On doit tenir le plus grand compte de ce genre ■d'hérédité qui implique la transformation de la maladie.
Cette manière de l'envisager jette un jour plus éclatant sur la question relative aux causes prédisposantes de l'épilepsie.
Il n'est aucun cas de cette maladie, ou du moins infiniment peu, dont on ne puisse faire remonter l'origine à l'hérédité ainsi comprise.
D'après ces données, il faut donc voir une condition de prédisposition héréditaire, non pas seulement dans cet état de surexcitation nerveuse et pour ainsi dire de sensibilité accumulée auquel les iiuteurs modernes ont donné le nom d'état nerveux, dans lequel Willis voyait une sorte de diatlièse spasmodique^diathesis spasmodica, mais dans l'état de simple irritabilité nerveuse, dans cet état particulier qui fait dire aux personnes qui en souffrent « qu'elles sont nerveuses,» c'est-à-dire vives, emportées, promptes à s'émouvoir, à se réjouir ou à s'attrister outre mesure pour les causes les plus insignifiantes.
Nous attachons également une grande importance à ces simples anomalies de la nervosité, aux apparences si légères,si fugaces qu'on pourrait dire qu'elles sont dans l'ordre physiologique ce que sont, dans l'ordre moral, les simples inégalités de caractère. Nous voulons parler de ces mouvements convulsifs des paupières, (clignements d'yeux,) des lèvres, des différents muscles du visage, que l'on désigne communément sous le nom de tics^ de
grimaces, de ces mouvements brusques, saccadés de la tête, de l'une ou l'autre épaule, du tronc, des extrémités : nous pourrions encore comprendre, parmi ces phénomènes, le bégaiement, certains vices de prononciation... etc.
Au point de vue de la prédisposition héréditaire aux affections mentales, ces anomalies, on le sait, jouent un rôle considérable. Il fallait donc s'attendre à leur trouver une importance non moins grande au point de vue des affections nerveuses pures et simples avec lesquelles elles ont bien plus d'analogie.
En résumé, les troubles nerveux, à quelqu'ordre qu'ils appartiennent, sous quelque forme symptômatique qu'ils apparaissent, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, ne prédisposent pas moins à l'épilepsie que l'épilepsie elle-même. De nombreuses observations mettent cette vérité en toute évidence.
Outre l'hérédité qui domine tout, parmi les différentes étiologies qui peuvent causer le résultat, les unes sont d^ordre purement physique, les autres d'ordre purement moral.
Causes physiques. — Parmi les premières, celles que l'on rencontre le plus fréquemment, il convient de citer tout d'abord les malformations du crâne.
Dans une communication faite à l'académie de médecine le 15 mai 1877, le professeur Lasègue exposa succinctement le résultat de recherches persévérantes sur ce point spécial de l'étiologie de l'épilepsie. Pour lui, l'épilepsie peut être le résultat d'une malformation du crâne caractérisée par
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une asymétrie de la région supérieure de la lace, et dont le début répond à l'âge de la vie où se fait la consolidation osseuse (i).
Les traumaiismes, non seulement ceux que l'on pourrait appeler cérébraux, mais encore ceux qu'on pourrait dénommer abdominaux, jouent un rôle indéniable dans Tétiologie de l'épilepsie.
Delasiauve a traité deux enfants qui devinrent épileptiques à la suite de chûte sur le ventre.
L'irritation de quelques organes extérieurs a aussi déterminé le mal caduc.
Van Swieten vit une jeune fille de 10 ans très bien portante et née de parents sains, qui ayant été chatouillée vivement sous la plainte des pieds par quelques-unes de ses compagnes pendant que d'autres la tenaient pour qu'elle ne pût se soustraire à ce badinage, prendre sur le champ une attaque véritable d'épilepsie qui se reproduisait ensuite très aisément : la simple menace de la chatouiller,la plus légère colère, une peur, un peu trop de tension d'esprit, amenaient dans le moment un accès.
Robinson (2) célèbre médecin anglais, avait fait plus de vingt ans auparavant une observation parfaitement semblable, mais plus fâcheuse puisque l'enfant mourut sur le champ dans le premier accès.
Deux enfants cités par Schenckius et un autre par Hildesheim durent leurs crises à une indigestion.
Divers aliments peuvent, en effet, dans certains cas, produire des attaques.
D'après une opinion accréditée, le lait est sus-
(i) Lasègue — T>c Tépilepsic par'^malformation du crâne, knnales médico-psychologiques — Septembre 1877 — 5e série XVIII. ) a) Cité par Tissot, p. 276.
ceptible de devenir un germe d'épilepsie dans l'enfance. « En effet, dit Delasiauve, il n'est pas toujours approprié au tempérament des nourrissons. Trop ténu ou trop riche en aliments nutritifs il peut les indisposer et provoquer même chez eux des affections graves. A plus forte raison si, par suite de maladie, de grossesse, d^accès de colère, d'excès vénériens ou de toute autre circonstance, le lait a subi une altération plus ou moins profonde. Dans ce cas l'enfant est exposé à dépérir ; il éprouve des dérangements intestinaux et fréquemment des convulsions.
« L'affection d'un de nos jeunes épileptiques, L... D..., 9 ans, proviendrait ainsi d'altérations que le chagrin aurait produits dans le lait maternel. Heintock raconte au sujet d'une femme qui venait de se livrer à un emportement frénétique, cette particularité remarquable que n'ayant pas osé présenter le sein à son enfant, elle se fit téter par un chien qui fut immédiatement saisi d'attaqnes.
On trouve enhn dans Portai un fait qu'il tenait de Petit et qui mérite de figurer ici avec quelques détails :
Le général R... avait confié à une nourrice sur lieux un troisième enfant, qui au bout de deux mois tomba subitement dans les convulsions de l'épilepsie. Les ainés élevés de la même façon n'avaient offert rien de semblable, et les accidents ne pouvaient s'expliquer ni par l'hérédité, ni par la dentition, ni par jes vers.On finit par découvrir qu'une sœur de la nourrice était épileptique. Petit conseilla dès lors de remplacer cette dernière, ce qui fut exécuté sans délai, avec un plein succès.
Une autre cause très fréquente dans le jeune âge est due à V affection vermineuse.
EPILEPSIE ^yi
De même en est-il de V onanisme.
Les impressions morales ne jouent pas un rôle moindre. Elles sont même, il faut le dire, infiniment plus actives et plus redoutables. De l'aveu de tous, la plus puissante est la peur.
Ici, les faits abondent : la vue d'un danger menaçanl, d'un spectacle horrible, d'animaux féroces ou iurieux, ne sont que trop souvent le mobile et le point de départ des symptômes.
Chez certains sujets prédisposés, on a vu de simples lectures de romans tragiques suffire à déterminer l'explosion de la maladie.
En voici quelques exemples :
R... à 7 ans est témoin d'un assassinat. Peu de temps après il tombe en attaque cà la vue d'un individu qui en frappait un autre.
M... 5 ans, maintenu au-dessus d'un puits par un mauvais plaisant, est aussitôt pris d^accidents formidables.
Maisonneuve cite le fait d'un enfant de 6 ans qui, effrayé de la vue d'une tête à perruques fui pris d'attaques. '
Van Swieten a vu un enfant si fort effrayé par un grand chien qui lui sauta dessus, qu'il prit aussitôt un accès d'épilepsie qui se renouvelait dans la suite toutes les fois qu'il voyait ou qu'il entendait aboyer un grand chien.
Vimitation n'a pas une action moins redoutable.
Qui n'a vu des enfants, des grandes personnes, même « tomber » pour avoir assisté à une attaque .? Ici les faits sont plus graves, car non seulement ils se transmettent à une personne, mais
37i2 1-ORMES PUREMENT PSYCHIQUES
encore à des groupes d'individus, ainsi que nous aurons occasion de le démontrer lorsque nous parlerons des épidémies convulsives.
L'épilepsie a un fâcheux retentissement sur les facultés intellectuelles. Il est de règle que cellesci soient annihilées ou tout au moins fortement compromises par la répétition des accès. Q.ui ne connaît de plus l'état de fureur, de manie suraigue, que présentent la plupart des infortunés atteints
du mal caduc P
L'état mental des épileptiques a été la préoccupation constante de tous les médecins qui se sont occupés de cette question, dont . l'importance ne saurait être méconnue. ^ ^
Chorce - L'histoire de cette alfection a ete magistralement traitée par Bouteille, Trousseau (i), Roth (2), Bouvier (3), Marcé (4), G. Sée (5), Lannois (6) ., etc. Les symptômes physiques de la chorée sont présents à l'esprit de tous. Les troubles mentaux qui surviennent dans le cours de cette maladie nous arrêteront seuls un peu plus
longuement. ^
La chorée que l'on peut observer à tout âge, est cependant d'une telle fréquence dans 1 enfance,
(1) Trousseau, Cliniques médicales de l'Hôiel-Dieu, ^ édition. Paris, 1885, tome II.
(2) Roth. Histoire de la musculation irrésistible ou de
chorée normale. Paris, 1850. , ^ • . ^ -0,,;= t8-o
(3) Bouvier. De la chorée ou Danse de Sa,nt-Gur.Par s,^S,c), < ) Marcé. De l'état mental dans la chorée. Pans, 1860.
Germain Sée. De la chorée, rapports du rhumatisme J des maladies du cœur avec les affections nerveuses et conculsi-
ves. Paris, 1850, in-4». , . -o ■ .m.
[6) Lannois Nosographie des chorees. Pans, 1886.
ÉPILEPSIE
qu'on a puà juste titre la considérer comme une maladie du jeune âge. C'est en effet de 6 à 15 ans qu'elle est le plus fréquent, bien que cependant on puisse, mais exceptionnellement, l'observer audessous de cet âge.
La fille, par son tempérament plus nerveux, sa constitution plus délicate y est plus prédisposée que le garçon. Dans un mémoire lu à l'Académie de médecine (1850), G. Sée a donné la proportion de deux tiers de filles et un tiers de garçons.
Parmi les causes morales les plus importantes, il faut citer l'hérédité, non pas l'hérédité directe, mais bien l'hérédité névropathique :
L'imitation a souvent causé des désordres dans les agglomérations d'enfants.
Les émotions morales vives et surtout la peur, la crainte, l'effroi jouent également un rôle important dans l'étiologie de cette affection.
La chorée est une des maladies les plus faciles à reproduire : aussi la simulation est-elle signalée par tous les auteurs et H. Roger estime que dans les hôpitaux d'enfants, un cinquième des cas doit lui être rapporté.
Parmi les causes physiques, toutes les sources de maladies débilitantes peuvent favoriser le développement de cette affection. On l'observe fréquemment dans la chlorose et à la suite de fièvres typhoïde, scarlatine, rougeole, pneumonie... iMais de toutes ces causes prédisposantes, celle dont Taction est le plus marquée et le plus incontestable, c'est assurément le rhumatisme, et Germain Sée a pu formuler ce principe que presque toujours un individu atteint de chorée a eu des dou-
leurs rhumatismales. Trousseau également en bien des circonstances a prédit que la danse de Saint- Guy affecterait des enfants qu'il voyait atteints de rhumatisme (i). De plus, et réciproquement, il a annoncé que des enfants qu'on lui amenait atteints de danse de Saint-Guy auraient tôt ou tard des rhumatismes. Moynier(2) a cité d'après Trousseau un exemple remarquable qui confirme ce pronostic.
Une jeune fille prend à l'âge de dix ans et idemi une première attaque de chorée et reste hémiplégique. A 14 ans elle a un rhumatisme, et consécutivement une deuxième attaque de danse de S^-Guy, légère. Son frère avait eu, à l'âge de 13 ans, un rhumatisme, el deux mois après, la même attaque convulsive. Ces enfants étaient nés d'un père qui avait eu cinq attaques de rhumatisme articulaire, mais qui n'avait jamais eu de chorée.
Trousseau a donné des soins à un enfant de cinq ans et demi qui le loi" Janvier 1859 est pris d'un rhumatisme qui dure un mois. Le i^^' Février suivant, il eut une danse de S'-Guy qui durait encore le 7 Mars quand il vit le malade et il constata une endocardite caractérisée par un bruit de souffle rude au cœur.
Les symptômes de la maladie se manifestent lentement ; la période prodromique est indéterminée, ses caractères irréguliers et changeants. On note généralement des modifications dans les habitudes, des bizarreries, de l'irritabilité, puis les symptômes convulsiis apparaissent, quelquefois légers d'abord, presque inaperçus, quelquefois au contraire atteignant d'emblée toute leur intensité. Les membres inférieurs et supérieurs sont
(1) Thèse de Paris, 1855.
(2) Trousseau, Cliniques médicales de V Hôtel-Dieu^ 7» édition Pans, 1885, tome II.
ÉPILEPSIE
pris les premiers. Puis les convulsions se généralisent. Les mouvements sont incohérents, l'enfant ne peut, par exemple, porter un verre à sa bouche et n'y arrive que par saccades et avec beaucoup de difficulté. La marche est difficile, elle se fait par sauts. Couché, l'enfant est en proie aux mêmes mouvements qui amènent des excoriations aux parties saillantes. La face est le siège de tics grimaçants, la parole embarrassée; dans quelques cas on observe une toux- convulsive qui simule les aboiements du chien.
La chorée atteint presque toujours les deux côtés du corps. Mais l'agitation est souvent plus marquée d^un côté que de l'autre.
Elle prédomine généralement du côté gauche. Ce n'est qu'exceptionnellement que la maladie est limitée à un seul côté. On a alors l'hémichorée.
xMais chose remarquable, et qui n'a contre elle aucuQ fait contradictoire, ces mouvements convulsifs, quelque désordonnés, quelque violents, quelque persistants qu'ils soient lorsque l'individu est complètement éveillé, sont complètement suspendus par le sommeil, durant lequel le malade est dans une tranquillité aussi parfaite que s'il était bien portant.
A la Salpêtrière, nous avons donné des soins à une petite fille de 6 ans pour une chorée qui, sous l'influence de causes multiples, revêtit rapidement une forme des plus graves et se termina par la mort.
Cette observation présenta ce fait particulier que malgré l'intensité anormale, pour ainsi dire, des
phénomènes convulsifs, l'intelligence était restée intacte. C'est là un fait intéressant à noter, car, ainsi que nous allons le voir, les facultés intellectuelles sont le plus souvent affaiblies et même perverties.
Marcé a, le premier, mis ces phénomènes en évidence.
« Chez les enfants, dit-il, on peut observer tantôt une gaieté insolite, un rire niais qui surviennent à propos des causes les plus futiles. Tantôt de la tristesse, de l'abattement, de la tendance aux pleurs ou bien d'incessantes alternatives d'excitation et de dépression. En même temps le caractère s'altère : les enfants les plus souples, les plus dociles, les plus sympathiques, deviennent irascibles, impatients, disputeurs, ils mentent à tout propos, frappent ceux qui les approchent et sont ingouvernables (i)... »
Puis les troubles intellectuels francs apparaissent : « Ces troubles intellectuels n'existent jamais isolément : toujours, aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte, ils sont associés dans des proportions inégales aux modifications de la sensibilité morale que nous venons de décrire. Ces troubles consistent surtout dans la diminution de la mémoire et de Tattention. Les sujets les plus intelligents perdent le souvenir de ce qu'ils ont appris ; ils comprennent ce qu'on leur dit, mais n'y pensent plus un instant après. L'intelligence se rétablit généralement avec la guérison de la maladie
(i) MarcéjDe l'état mental de la cliorée. (Mémoires de l'Académie de Médeciyie, tome XXIV. Paris. 1860, et tirage à part.>
ÉPILEPSIE
quelquefois cependant les enlants conservent après la chorée un état mental bizarre, difficile à classer dans le cadre des maladies mentales, mais qui peut grandir de façon à attirer l'attention d'une manière à peu près exclusive, tandis qu'au contraire les mouvements choréiques sont tellement peu prononcés qu'ils échappent presque complètement à une observation superficielle.
Les hallucinations ont été aussi notées par Marcé. Ce sont principalement des hallucinations de la vue. Chez l'enfant les hallucinations de l'ouïe, bien que pouvant se présenter, sont excessivement rares. Il n'y a donc pas lieu d'y insister.
Le délire maniaque survient aussi quelquefois. Cette complication, heureusement peu fréquente, mais très redoutable de la chorée, peut se montrer dès le début de la maladie, mais beaucoup plus souvent ne se manifeste qu'au bout de dix à quinze jours. Tantôt c'est un délire aigu avec agitation excessive, tantôt au contraire le délire est subaigu avec conceptions délirantes de nature triste, avec dépression analogue à celle que l'on observe à la suite des fièvres graves.
Lorsque ces phénomènes se produisent, l'état est fort inquiétant et dans plus de la moitié des cas, la mort arrive au milieu de formidables accidents ataxiques et même lorsque la mort ne survient pas, ils laissent après' eux divers troublesintellectuels de' durée variable.
Voici une observation d^hallucination pendant la chorée :
P... 14 ans entrée à l'hôpital des enfants. La mère a eu de
FORMES PUREMEiNT PSYCHiaUES
fréquente attaques de nerfs. Elle-même a éprouvé récemment des accidents spasmodiques qui s'accompagnent de gêne de la respiration et d'envies irrésistibles de rire et de pleurer.
A l'âge de 8 ans, début subit de la chorée sans cause appréciable. Elle tomba à genoux dans un jardin, dit-elle, presque sans connaissance, puis les mouvements involontaires commencèrent à se manifester. La maladie dura six mois et fut guérie par la gymnastique. Depuis ce temps, la chorée récidive chaque année vers le mois d'octobre. Il y a eu six récidives et la maladie durait chaque fois soit quinze jours, un mois et même deux mois. P... est retombée malade vers novembre dernier et elle l'est depuis plus de six mois. Au moment de sa dernière entrée à l'hôpital, les mouvements choréiques, peu prononcés, prédominants à droite, offrent d'ailleurs l'aspect habituel. La malade peut manger, marcher, s'habiller seule. Elle raconte que pendant les quatre premiers mois de la maladie, elle voyait tous les soirs, au moment de se coucher, un grand fantôme blanc qui se tenait debout devant son lit, sans parler, sans remuer, sans la toucher. Qiiand sur le point de s'endormir elle fermait les yeux, elle voyait encore pendant quelque temps cette apparition;elle fît part à sa mère de cette vision. Celle-ci finit par la rassurer : depuis plus d'un mhis cette hallucination a disparu.
Un traitement approprié a amené la guérison de cette jeune aialade et pendant la convalescence, aucun trouble appréciable de l'intelligence ne s'est produit (i).
Dans l'observation suivante^ l'état mental domine la scène :
M... 14 ans. Entre à la Salpêtrière le 13 juin 1857.
Il y a deux ans, cette enfant eut une fièvre thyphoïde grave, •compliquée de symptômes cérébraux, qui laissa après elle un peu d'affaiblissement intellectuel et un besoin incessant de remuer et d'agir. C'est ainsi qu'après avoir essayé de mettre l'enfant en apprentissage chez une couturière, on fut obligé de renoncer à ce projet, car il lui était impossible de rester assise pour travailler.
Plus tard elle vint à Paris, très sujette à des maux d'estomac et offrant quelque chose de singulier dans son état intellectuel. Une nuit, elle éprouva une grande frayeur; du bruit qu'elle en-
(i) Marcé, loco cit. p, 24.
ÉPILEPSIE
tendit dans une chambre voisine, lui fit rêver que son père tuait sa mère. Elle se réveilla eu sursaut, et dès ce moment des mouvements choréiques se manifestèrent dans le côté gauche ; en même temps, l'état intellectuel se modifia profondément ; elle devient triste et morose. Tout l'affligeait et l'ennuyait; elle pleurait à chaque instant et ne pouvait trouver une occupation qui lui plût ; surviennent aussi des insomnies, et le sommeil était agité. Elle rêvait incessamment batailles et martyrs suppliciés. Elle voyait en songe des lions, des loups qui venaient l'étrangler.
La malade entre une première fois à l'hôpital le 6 novembre. Les mouvements choréiques étaient encore très prononcés, mais elle était mélancolique et parlait peu. Les actions étaient assez raisonnables. Quand elle sortit vers le 19 février, la choré e était beaucoup améliorée, mais l'état mental restait le même. Je n'ai vu la malade qu'au moment de sa seconde entrée. Je trouvai une jeune fille paie, faiblement constituée, non encore réglée, sujette à des maux d'estomac et à des battements de cœur, bien qu'il n'y eût pas de bruit de souffle dans les gros vaisseaux. En l'examinant, je pus constater quelques mouvements choréiques dans l'avant-bras gauche, qui ne pouvait rester en place. Les doigts s'agitaient isolément et remuaient sans cesse quelqu'objet. La malade, nerveuse, impressionnable, tantôt était triste, abattue, tantôt s'excitait, montrait une loquacité intarissable, parlait de se faire actrice... etc. La nuit était souvent troublée par des rêves.
24 juin. Les rêves ont disparu depuis que la malade est à l'hôpital, mais l'état mental est toujours profondément altéré : eUe ne peut ni travailler, ni fairîi son lit. Elle s'ennuie perpétueUement, pleure souvent et sans motif, se tourmente à propos de tout. Les mouvements choréiques sont toujours extrêmement faibles, mais ils sont associés depuis le jour de l'arrivée delà malade à des accès convulsifs qu'elle n'avait jamais éprouvés auparavant et qui ne sont pas autre chose que des accès d'hystérie se répétant deux et trois fois par jour.
Pendant trois semaines, l'état de la malade est resté le même. Le fait le plus saillant était la gravité de l'état mental. En présence du peu d'intensité des mouvements choréiques et de la fréquente répétition des accès d'hystérie, la malade quitta l'hospice sans être complètement rétablie.
La chorée peut revêtir dans ses allures différentes formes qui lui ont fait assigner des noms en rapport avec les mouvements convulsifs. Sont-ce bien des chorées ? certes au premier abord, pour un étranger, on est porté à appeler chorée, ces mouvements bizarres qui frappent les regards. Tout prouve au contraire, à l'examen, que les gens atteints de ces tendances irrésistibles à courir en avant, à sauter^ à tourner ou à faire osciller leur corps, affection que l'on a voulu désigner sous le nom de Chorée festinans, saltatoire, rotatoire, oscillatoire... etc.. tout prouve, disons-uous, que ces malades ne sont pas des choréiques. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire l'observation rapportée par Trousseau (1).
Epidémies convulsives. — Ces phénomènes bizarres qui, véritables épidémies, se présentèrent si souventau moyen âgeetqu'il nous est encore donné d'observer de temps à autres de nos jours, occupent danç le cadre nosologique une place intermédiaire entre les affections convulsives (hystérie, épilepsie, chorée,) et les troubles purement intellectuels. Ils participent en etfet de l'une et del'autre. Leurs symptômes, le plus souvent confondus; font de ces affections des sortes de métis dont la description ne peut à ju-ste titre rentrer dans une des classes précédemment citées. Il faut donc les considérer à part et les étudier séparément.
Nous ne referons pas l'histoire des épidémies convulsives du moyen âge. Calmeil a magistrale-
(ij Cliniques médicales de l'Hôtel-Dieii-j^ édition i88ï,t. IL
ÉPIDÉMIES CONVULSIVES
ment traité cette question (i) et après lui, Brierre de Boismont, Semelaigne, Trousseau, Bouvier, Marcé, pour ne citer que les principaux, ont présenté des études complémentaires du plus grand intérêt.C'est du reste à ces maîtres que nous aurons recours pour mettre en lumière les faits les plus saillants.
L'ensemble des faits, objets de ce chapitre, constitue à nos yeux ce qu'on est convenu d'appeler une épidémie, c'est-à-dire, un fait pathologique parfaitement défini, indiscutable, ayant ses caractères propres, au même titre que telle ou telle maladie susceptible de se communiquer à un nombre indéterminé d'individus, et dont nul ne s'avise de révoquer en doute le caractère contagieux.
Comme toutes les autres, ces épidémies convulsives et morales, reconnaissent des causes prédisposantes et occasionnelles : un début, une marche ascensionnelleet de déclin, une terminaison. Comme le choléra, la fièvre jaune, la peste, le typhus, les fièvres éruptives... etc., elles naissent sur le sol ou bien elles sont importées. Elles ne frappent que sur un nombre déterminé d'individus, sans interrompre les autres maladies qui sévissent d'ordinaire sur les contrées où elles régnent- pendant un temps variable. Enfin elles cèdent à l'emploi de certains moyens déterminés.
Les causes sont objectives et subjectives. Nous n'avons pas à nous y arrêter de nouveau. Nous avons largement traité ce chapitre en général et nous ne pourrions que répéter ici ce que nous
(i) Calmeil. De la folie considérée sous le point de vue pathologique, philosophique, historique et judiciaire. Paris, 1845.
FORMES PUREMKNT PSYCHIQUES
avons déjà dit. Cependant parmi les facteurs les plus puissants, nous rappellerons le rôle important que jouent les prédispositions individuelles, l'influence des idées régnantes, l'influence non moins capitale des révolutions morales, politiqueset religieuses. L'imitation trouve chez les prédisposés par leurs antécédents héréditaires, leur âge, leur sexe, le milieu où ils sont élevés et où ils vivent, un terrain plus propice à son développement et à son épanouissement.
L'imitation, en efî'et, renforce Tincitation des passions. Il y a des épidémies de vices comme il y a des épidémies de vertus. L'empoisonnement, le meurtre, le suicide ont été, même dans le jeune âge, notés par séries, se ressemblant dans les moyens d'exécution, dans le choix du temps et des lieux.... On a vu l'impulsion au crime naître dans les jeunes cerveaux au récit ou à la lecture de la relation d'un autre crime.
Pourquoi s'étonner alors que ce qui se passe dans un autre ordre, en quelque sorte physiologique, ne constitue pas une véritable prédisposition dans l'ordre pathologique On ne saurait méconnaître les sympathies hystériques causées non seulement par la vue des accès, mais même par le récit des phénomènes qui les caractérisent. Les épidémies convulsives dont l'histoire nous a conservé la relation n'ont pas d''autre origine et c'est toujours l'imitation que nous trouvons comme élément propagateur des affections choréïques dont on entend parler de temps à autres. Le fanatisme se renforce par l'imitation, il arrive à l'extase et produit enfin ces hallucinations collectives dont
ÉPIDÉMIES CONVULSIVES 385
toutes les sectes ont offert de nombreux exemples.
Ces épidémies peuvent être de divers ordres : les unes sont purement de l'ordre physique, ou pour mieux dire, dans les unes il y a prédominance des désordres physiques (convulsions de toute nature) dans les autres ce sont au contraire les troubles intellectuels et moraux qui jouent le principal rôle ; d'autres enfin intermédiaires, tiennent à la fois des premières par leurs phénomènes convusifs et des secondes par leurs troubles psychiques.
Si nous voulons réunir dans un tableau les plus importants de ces phénomènes, nous les verrons se présenter dans l'ordre suivant :
/ Convulsives d'ordre [ ^^"^^^
, . . j 1 Hystérie
pnysique predoiui- { ^ .
nant
Epilepsie.
Cliorée.
Suicide.
9 1 T) 1 • T \ Homicide,
c i 1 sycniques : Trou- \
W I • j. 1, i. 1 ' Croisades d'enfants.
• bles intellectuels S „ ,
J Theomanie.
prédominant ; /
( Démonopathie.
V Démonolatrie.
Reprenons donc et passons en revue chacun de ces phénomènes.
Les plus simples de ces phénomènes convulsifs, sontles fies : nous en avons traité. dans un chapitre précédent.
Hystérie. — Puis se présente en seconde ligne r hystérie.
Ce que nous avons dit de cette névrose a pu faire pressentir le rôle important de cette affection dans les épidémies. Les exemples en sont nombreux, nous ne reviendrons pas sur les caractères spé-
ciaux de l'hystérie ; nous ne l'étudierons qu'au point de vue épidémique.
Parmi les épidémies d'hystérie, les unes ont acquis une véritable célébrité historique. Telle est celle dont Kniper a fait connaître les principaux symptômes. Elle survint en 1673 dans la maison des enfants trouvés de Hoorn (1).
Plus près de nous, on a pu assister à une épidémie de ce genre qui éclata de 1857 à 1861 dans la Haute-Savoie et qui est connue sous le nom « d'épidémie de Mor:{ine »
En lisant les faits relatés dans lerapport de M. le Constans, inspecteur général du service des aliénés, qui fut envoyé par le gouvernement pour examiner ces phénomènes, on se croirait transporté en plein moyen âge. On pourra en juger par ces quelques extraits :
Au mois de mai 18,7, des accidents d'apparences extraordinaires se manifestèrent cliez deux petites filles très pieuses, Mondes, malingres, mais cependant jusque-là bien portantes. Les accidents dégénérèrent bientôt en véritables crises convulsives, accompagnées de phénomènes que personne, au dire -des gens de la localité, ne put ni comprendre ni expliquer et ■qui, gagnant de proche en proche, s'emparèrent d'un grand nombre d'enfants, de jeunes filles et de femmes.
D'après témoins, probablement peu dignes de foi, ces enfants pendant leurs crises parlent la langue française avec une facilité surprenante, ou répondent en allemand ou en latin, perdent toute affection de famille, sont d'une insolence inouïe, d'une impiété dépassant toutes les limites, d'une force physique capable d'en imposer à quatre hommes, et on les voit, en un clin d'œil, grimper à la cime des arbres, y faire la culbute
(i) Balth-Bekker. If monde enchanté, t.IV p. 5^3 cité par Calmeil, De la folie considérée sons le f oint de vue pathologique, historique.... t. II p. 155.
ÉPIDÉMIES CONVULSIVES
ou bien sauter de là à un autre arbre éloigné de plusieurs mètres, en descendre la tête en bas, etc.. En sept mois, vingtsept personnes furent atteintes. Sur ce chiffre, dix-sept furent guéries par la vertu des exorcismes. On exorcisa constamment, et partout, à ce point que les animaux malades furent euxmêmes reconnus possédés, puis exorcisés ! L'autorité ecclésiastique était aux abois.
Quelques enfants guérirent spontanément, d'autres cédèrent à des menaces de mort ou à des promesses.
A la fin de l'année 1860, le nombre total des malades a)'ant eu des crises convulsives s'élève à cent dix !
La crise est annoncée par des bâillements, des pandiculations, quelques tressaillements, des mouvements saccadés et choréiformes, des alternatives de dilatation et de contraction des pupilles, et par un certain air effaré ; les cris, les vociférations, les jurements surviennent. La physionomie s'injecte, se revêt de l'expression de la fureur.
La respiration est haletante ; les mouvements, bornés d'abord aux parties supérieures, gagnent successivement le tronc et les extrémités.
L'agression commence : meubles, chaises, tabourets, sont lancés sur les assistants ; puis les convulsionnaires se précipitent sur leurs parents et même les étrangers, les frappent, se frappent elles-mêmes, se meurtrissent la poitrine ou le ventre se tournent, se retournent, se renversent en arrière, et se relèvent comme par une détente de ressort. Aucun érotisme ne se mêle à l'idée de possession démoniaque. Les malades ne profèrent jamais de mots obscènes et ne font point de gestes lubriques. Dans leurs mouvements les plus désordonnés, elles ne se découvrent pas. Cette crise dure de dix à vingt-cinq minutes et pendant ce temps le pouls se concentre, les battements du cœur restent normaux. Les mains sont glacées, les pieds se refroidissent. Vers le déclin de l'accès, le bruit s'apaise, les mouvements deviennent moins rapides, quelques gaz s'échappent par la bouche, les malades promènent avec étonnement les regards autour d'elles, arrangent leurs cheveux, ramassent leur bonnet, boivent quelques gorgées d'eau et reprennent leur ouvrage, tout en déclarant qu'elles n'éprouvent aucune lassitude, et qu'elles ne se souviennent de rien. Cette dernière assertion est toujours loin d'être sincère.
P. MonEAU de TouPif. Folie. 23
« Les possédées de Morzine, dit Constans, entendent et voient parfaitement puisqu'elles répondent aux questions ou reconnaissent les personnes qui les approchent quand leur crise est commencée et ferment les yeux dès qu'elles se croient menacées par un objet quelconque. En général, quand elle se jettent à terre, elles savent très bien choisir l'endroit où elles vont tomber, et j'ai souvent répété l'expérience suivante :
Je feignais de poser mon pied par mégarde sur une de leurs mains, ou bien je poussais une pierre à l'endroit où elles frappaient :
Jamais aucune n'a manqué de retirer sa main ou de frapper à côté de la pierre, et les femmes grosses ont grand soin de ne pas se donner de coups sur le ventre. »
La thérapeutique se borna à la suivante et fut suivie d'un plein succès : changement du curé de Morzine, envoi d'une brigade de gendarmerie et d'un détachement d'infanterie. La population fut intimidée et l'épidémie finit par disparaître.
Se rattachant à l'hystérie et formant partie intégrante de ses symptômes, il nous faut citer encore une autre épidémie dont le signe caractéristique fut les aboiements ; ces faits étranges furent signalés par leD"' H... à Eu, à la société médicale de Rouen.
Trois enfants, deux filles et un garçon, âgés de onze à dixhuit ans, furent pris successivement d'une névrose identique, fort singulière appelée délire des aboyeiirs, à cause des cris imitant l'aboiement que poussent ces malades durant l'accès.
Observés par le docteur H..., ces enfants sont pris simultanément de hoquet, puis d'aboiements rythmés d'abord, saccadés ensuite, précipités, avec des mouvements automatiques, cadencés de la tête et des membres, comme en font les singes et certains idiots. L'accès dure ainsi cinq à six minutes et malgré tout ce désordre physique qui se répète dix à douze fois dans les vingt-quatre heures, le pouls reste calme, l'œil fixe et insensible ; de la transpiration, un peu de lassitude en sont les uniques suites.
Autrefois on aurait vu là du mystérieux, de la
ÉPIDÉMIES CONVULSIVES
démononaanie. Aujourd''hui c'est tout simplement une névrose imitative ,ne pour pas dire contagieuse, et il suffit de séparer ces enfants pour la voir cesser.
En 1885 une épidémie des plus complètes éclatait en Bretagne.
Les symptômes observés ressemblent, en tous points, à ceux que l'on constate habituellemeut chez toutes les personnes atteintes d'hystérie majeure.
Si le fait qui s'est joué à Plédran a eu autant de retentissement, il' faut l'attribuer d'abord à la rareté de la grande hystérie dans ces contrées et aussi à l'imagination des habitants qui ont largement amplifié les faits dont ils ont été témoins ou dont ils ont entendu parler.
Ici encore, le diable et les sorciers ne sont pas la cause des troubles décrits : s'ils existent c'est dans l'imagination de ceux qui veulent les chasser du corps de ces enfants que l'on ferait mieux de soumettre à un traitement sérieux et régulier qui ferait plus que prières et exorcismes.
On ne saurait méconnaître qu''on a eu affaire à Tine véritable épidémie d'hystérie.
La nature terrifiante des hallucinations, ces visions d'animaux rouges, du diable, ces auditions de tambour, etc.. confirment une fois de plus la remarque que nous avons faite au chapitre spécial des hallucinations chez les enfants.
Epilepsie. — Avec l'hystérie, l'épilepsie est certainement la névrose sur laquelle l'influence de l'imitation est le mieux démontrée et le plus admise sans conteste. 11 nous paraît hors de doute
que la vue d'un épileptique frappant d'une émotion terrible ceux qui sont sujets à cette maladie et ceux qui y sont prédisposés, devienne par sim-. pie effet d'imitation, la cause occasionnelle, le point de départ d'une série de crises chez la majeure partie des assistants. 11 ne se passe pas de jours que dans les services spéciaux on ne soit à même de vérifier l'exactitude de ce fait, on pourrait même dire que dans ces salles les épidémies nerveuses y sont à Vétat permanent. Sous l'action possible, présumée de certains états atmosphériques ou par l'explosion subite, inattendue d'une attaque chez un des pensionnaires, il est bien rare que plusieurs autres ne soientpas pris de leur mal. Au premier cri initial poussé par un épileptique dans une salle assez grande pour contenir plus de quarante lits, une quantité d'autres font écho à. l'instant même.
L'histoire a conservé le récit de certaines épidémies fameuses parmi lesquelles nous n'en retiendrons que deux:
Le premier fait que nous citerons est dû à Boerhaave et rapporté par son neveu Kaan Boerhaave ;
« Une petite fille qui demeurait à celui des hôpitaux de Harlem où on nourrit les pauvres, ayant eu quelque frayeur, fut attaquée de convulsions qui se renouvelaient à des temps fixés. Dans le nombre des jeunes personnes, tant filles que garçons qui étaient présents et lui donnaient des secours, une fille que ce spectacle frappa, ut prise du même mal. Le deuxième jour, il y en eut une troisième, une quatrième, enfin presque tous les assistants des deux sexes paraissaient épileptiques. Les convulsions des uns en faisaient naître chez les autres. Ce fut sans succès qu'on fit venir les plus habiles praticiens, qui prescrivirent ce que la médecine connaît de plus
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puissant contre l'épilepsie. Enfin on eut recours au savau Boerhaave qui, touché de compassion pour ces pauvres malheureux, se rendit à Harlem, et tandis qu'il prenait connaissance de ce qui s'était passé, un d'eux eut des convulsions, ce qui lui donna l'occasion d'en voir plusieurs autres tourmentés par cette espèce d'épilepsie. Comme d'habiles médecins avaient fait prendre sans succès des remèdes qui sont, pour l'ordinaire, les plus efficaces en pareil cas, et que la maladie paraissait avoir successivement attaqué ces enfants, parce que ce spectacle affreux avait fatalement frappé leur imagination, Boerhaave crut qu'il était possible de les guérir en détournant cette idée de leur esprit, et en leur présentant un objet qui les détournât davantage.
Après avoir prévenu les magistrats municipaux de ce qu'il "voulait faire, et avoir assemblé dans un même lieu tous les ■enfants des deux sexes, il commanda qu'on apportât des j)oëles remplis de charbons ardents, et qu'on y fît rougir des crochets de fer d'une certaine forme : ensuite de quoi il dit à haute voix que puisque tous les moyens mis en usage jusqu'alors pour guérir les convulsions avaient été inutiles, il ne connaissait plus qu'un seul remède à employer, c'était brûler jusqu'à l'os avec un fer rouge, à tel endroit du bras, la première personne, garçon ou fille, qui aurait une attaque de la maladie convulsive. Comme M. Boerhaave avait l'air et le ton imposant, la crainte de ce cruel remède opéra sur ces enfants l'effet le plus marqué ; de manière que quand ils sentaient les approches d'un accès, la grande préoccupation de l'esprit et la crainte d'une brûlure très douloureuse faisaient aux uns et aux autres une impression plus forte que les premiers ébranlements convulsifs, ou que leur cause même, ce ■qui empêchait que les convulsions n'eussent lieu (i) ».
Un autre fait non moins curieux a été consigné par Musset et emprunté par Mayer : il a trait à une épidémie d'épilepsie qui éclata dans les écoles de Bielefîeld, en Allemagne.
Chorée. — La chorée est la névrose qui prédominait dans les formes épidémiques que l'on ob-
(t.) Kaan-Boerhaave, impet. faciens § 406.
serva au moyen âge ous le nom de Danse de Saint-Guy^ on la vit régner à plusieurs reprises, à dater de la fin du xive siècle,en Allemagne; en Italie on la dénommait Tarentisme.
Hecker est un de ceux qui ont le mieux étudié ces épidémies de choréomanie (i). Ce fut en 1374 qu'on les vit se manifester pour la première fois. Aux phénomènes convulsifsse joignaient les troubles intellectuels^ et on constatait en même temps les hallucinations, l'extase. Cette névrose ne s'attaquait pas seulement aux adultes, et « si, dit Hecker, on voyait des troupes de femmes et d'hommes, quitter leurs habits, se couronner de fleurs, se tenir par la main et emportés par leurs sens dont ils n'étaient plus maîtres, danser des heures entières, jusqu'à ce que épuisés ils tombaient à terre, on voyait également des enfants se joindre à cette danse fantastique, subir les mêmes phénomènes. »
VincentdeBeauvais rapporte qu'à Erfurt, en 1237,, plus de cent enfants furent subitement pris de la maladie dansante et allèrent en sautant jusqu'à Arnstadt.
Ces faits cependant sont rares dans le jeune âge et l'exemple que nous citons est le seul que nous ayons pu relever. Calmeil dans son remarquable ouvrage n^en signale pas d'exemples ; celui-là même est passé sous silence. Cependant bien qu'aucune mention nesoitfaite d'enfants dans ces épidémies, il y a tout lieu de penser qu'ils ne res-
(i) Hecker, CJior-'e èpidémique du moyen âge. (Annales d'hy~ giène publique et de médecine légale^ Paris, 1854, t. XII). Voy. aussi Haeser. Epidemische Kranklieiten.
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taient pas étrangers à ces danses et qu'ils y prenaient une part active.
On peut cependant rattacher aux épidémies certains faits où la chorée se communique à plusieurs membres d'une même famille par suite de l'imitation.
Dorfmuller (i) a rapporté une observation de grande chorée qui se communiqua à cinq enfants d'une même famille et à deux domestiques de la maison.
En 1882, Bouzol (2) a observé dans un petit village de l'Ardèche, à Albon, une jeune fille employée comme dévideuse dans une fabrique de soieries, qui présenta pendant quelques temps des phénomènes que l'on peut rapporter à la grande chorée, bien qu'ils fussent assez localisés, et rapidement, quatorze malades, douze jeunes filles de dix à vingt-cinq ans et deux petits garçons furent atteints de la même affection.
Mais ce ne sont pas là, nous le répétons, ces grandes épidémies du moyen âge. Leur existence nous permet seulement de préjuger que les enfants étaient, comme les adultes, en proie à ces phénomènes convulsifs.
Telles sont les principales épidémies que nous avions à signaler, épidémies dans lesquelles il y a prédominance des phénomènes convulsifs.
(i) Hufeland's Journal, Band. XLV, p. 601. [p.) Bouzol, Relation d'une épidémie de phén. hysiérochoréiqucs. (Lyon médical T. LVII, 1884.)