CHAPITRE PREMIER
DIAGNOSTIC
La question du diagnostic n'a pas ici, relativement du moins, et ne peut avoir réellement une importance aussi considérable qu^on pourrait se l'imaginer au premier abord. Certes il est utile, nécessaire même, de connaître chez l'adulte la forme à laquelle il faut rattacher la manifestation délirante en présence de laquelle on se trouve. En est-il de même dans le jeune âge? Nous ne le croyons pas : la difficulté n'est pas ici de diagnostiquer l'état mental actuel, mais bien de connaître la cause, l'étiologie du trouble psychique et physique qu'on est appelé à examiner et à traiter.
L'aliénation tient-elle à une faiblesse originelle de l'entendement ? Tient-elle à l'influence d'une éducation vicieuse, tient-elle à une cause accidentelle, se greffe-t-elle sur un fonds héréditaire, autant de points délicats à juger, importants pour le pronostic et dont l'exemple suivant peut donner une idée :
Il s'agit de deux frères mineurs dont Texamen juridique avait été confié à Pinel.
P. MoBEAD de Tours. Folie. ' ç?
DIAGNOSTIC
« Orphelins dès l'âge le plus tendre deux frères avaient été élevés par un contraste singulier d'un côté daus la mollesse la plus efféminée, par leur gouvernante et de l'autre avec une rudesse extrême par un instituteur d'un caractère dur, emporté et morose. Soit vice d'une éducation pareille, soit disposition primitive, l'entendement de ces deux enfants resta sans se développer et leur corps affaibli fut sujet à des maux variés qui ne laissèrent plus de doute, à l'époque de leur puberté, sur le vrai caractère d'une sorte de démence. Ils étaient l'un et l'autre de la stature ordinaire d'un jeune homme de 20 à 22 ans, mais leur entendement faible, détérioré, semblait les rapprocherde l'instinct d'un enfant de20U3 ans ; mêmes gestes, mêmes propos, mêmes goûts pour les jeux de l'enfance. Le langage de l'un et de l'autre plein de volubilité, ne laissait entendre que les premières syllabes des mots et devenait souvent inintelligible. Ils avaientcoutume, commeparune sorte d'habitude automatique de finir leur journée par une scène attendrissante. Recueillis dansleur chambre, ils rappelaient avec une vive effusion de cœur et au milieu des soupirs et des sanglots, la triste perte qu'ils avaient faite de leurs parents dans un âge si tendre, parlaient avec reconnaissance des soins que leur gouvernante leur avait prodigués, mais ne prononçaient qu'avec un sentiment d'horreur et avec des imprécations le nom odieux de leur instituteur... »
Qu'il s'agisse d'accidents convulsifs, de simples
■ convulsions ou de phénomènes plus graves de chorée, d'hystérie ou d'épilepsie, qui comportent un pronostic différent, il est de la plus haute importance d'établir la nature de l'affection en présence de laquelle on se trouve. Aujourd'hui les symptômes de ces névroses sont connus de tous et il n'est pas de praticien qui ne soit à même de ran-
■ ger l'affection qu'il a sous les yeux dans la classe qui lui convient.
De même en est-il lorsqu'on a affaire à ces arrêts de l'intelligence, désignés sous les noms de : imbécillité, idiotisme, crétinisme. . . Les méfaits que commettent trop souvent les sujets qui en sont at-
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teints et dont ils doivent rendre compte à la justice, motivent la nécessité d'un diagnostic absolu, la responsabilité de l'acte incriminé pouvant être partielle ou nulle.
Quant aux délires dus à une intoxication, ils se distinguent facilement par les symptômes concomitants qu'ils développent.
Par ces données générales, on voit que la connaissance des causes qui ont motivé l'affection que l'on est appelé à déterminer, constitue l'élément essentiel, fondamental du diagnostic. C'est sur elle que devra se porter principalement l'attention, car le plus souvent c'est de cette connaissance que dépendra le pronostic. Quant à la forme extérieure du délire^ elle se déduira naturellement des symptômes et des manifestations qu'il revêtira. En un mot le diagnostic se tire des antécédents et de l'examen direct du malade, il est de plus la base essentielle du pronostic que nous allons examiner.