‹ La folie chez les enfantsChapitre 61 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PRONOSTIC

Que deviendra le malade ? guérira-t-il ? n''y at-il aucune crainte de rechûte?... telles sont les questions que le médecin s'entend journellement adresser.

Si le pronostic a une grande importance lorsqu'il s'agit de pathologie générale, cette importance cependant est, on pourrait dire, peu de chose, si on la compare à celle qu'elle acquiert lorsqu'on se trouve en présence d'un cas de pathologie mentale. Ici ce n'est plus l'existence végétative qui est en jeu, c'est l'existence morale du sujet. Chez l'enfant, le pronostic a une importance plus grande encore. Quel intérêt n'y a-t-il pas à connaître, ou tout au moins à présumer ce que peut devenir dans l'avenir un individu qui, dans son enfance, aura présenté des accidents psychiques ou nerveux de diverses natures ? que de fois n'est-on pas consulté à cet égard par des parents désolés ?

A part quelques considérations générales et timides qu'on rencontre dans les auteurs qui se sont le plus occupé des affections mentales, il n'existe pas à notre connaissance d'étude spéciale sur le pronostic de la folie.

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Il était réservé au D' Lagardelle (i), de combler cette lacune et de présenter un tableau d'ensemble sur le pronostic de la folie.

En général, chez l'enfant, les accès aigus, francs, de délire se terminent favorablement. Ici donc pas d'hésitation, pas d'embarras. Mais là où le pronostic devient plus délicat, plus méticuleux, là où l'embarras est le plus grand et jette dans une vive perplexité, c'est lorsque se pose menaçante la question de l'avenir. Là, en effet, plus de règles fixes, plus de jalons pour vous guider, plus de points de repères qui puissent vous permettre d'affirmer que l'enfant sera à tout jamais indemne d'affection mentale, ou au contraire sera un candidat perpétuel à la folie, que la moindre cause occasionnelle fera dérailler et sera l'étincelle qui fera éclater l'incendie qui couve sous la cendre. Que d'éléments multiples et divers entrent en jeu dans la solution de la question ainsi posée ! Que ,de considérations de toutes natures n'y a-t-il pas à peser, à juger ! C'est au médecin, au clinicien à se baser sur les faits dont il a été chaque jour témoin pendant la maladie, à s'entourer de tous les renseignements qu'il lui sera possible de recueillir pour établir son pronostic.

Cependant nous signalerons quelques points qui pourront, chez l'enfant, servir à élucider cette question délicate.

Dans un premier groupe on trouve des affections dont les suites seront généralement simples, sans

(i) Lagardelle, Pronostic de l'aliénation mentale. Paris, 1879, broch. in-80.

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aucun retentissement pour l'avenir, malgré la gravité des accidents cérébraux pendant le cours de la maladie (délire traumatique). Dans d'autres cas, au contraire, des accidents cérébraux peu intenses peuvent jeter des germes terribles pour l'avenir (fièvres à formes adynamique, ataxique...)

D'autres affections physiques, congénitales ou acquises, ont une marche plus lente, plus insidieuse, mais dont le résultat n'est pas moins grave.

Sans parler des malformations du crâne qui se traduisent par une diminution ou une augmentation de la capacité crânienne, et dont le résultat est un affaiblissement ou un arrêt de l'intelligence, il faut tenir un grand compte de certaines affections physiques générales qui par leur retentissement sur l'organisme jettent un trouble profond dans les fonctions psychiques.

Ici, plus de ces délires qui éclatent au cours d'une affection aiguë : non ; Tentant n'est pas ce qu'on appelle malade : sa santé est délicate, il est faible de constitution, un rien l'abat, le fatigue. Si dans ces conditions mauvaises l'enfant se livre à des excès (onanisme pi-incipalement) on verra l'intelligence s'affaiblir, les notions acquises devenir de moins en moins nettes et l'individu tomber dans un de ces états qui simulent l'imbécillité, l'idiotie, la démence. Dans ces cas, évidemment, le pronostic doit être très réservé. 11 dépendra en effet du succès du traitement institué, du résultat obtenu : que les mauvaises habitudes cessent, que la santé revienne, l'hébétude disparaîtra et rien ne viendra décéler l'état fâcheux dans lequel se trouvait le malade.

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Le pronostic des accidents dus à des causes d'ordre général, présente de bien plus grandes difficultés ; ici, plus encore que dans les cas précédents, il faut tenir un compte considérable du rôle de l'hérédité. Le pronostic ne sera pas le même si le délire survenu à la suite d'une cause fortuite, une impression morale vive, par exemple, se déclare chez un sujet absolument indemne de toute tare héréditaire, ou au contraire chez un sujet né de parents aliénés ou névropathiques. Chez l'un, le pronostic sera presque toujours favorable, chez l'autre, au contraire, il devra être très réservé.

Mais, sans qu'il y ait délire, sans qu'aucune manifestation éclatante vienne appeler l'attention sur le jeune enfant, il peut présenter des allures bizarres, étranges, qui mettent en éveil la sollicitude de ceux qui l'entourent.

Dans une excellente thèse (i), le Pottier a bien saisi et bien décrit l'état de ces enfants qui tôt ou tard deviendront malades : « Les individus destinés à devenir des aliénés persécutés commencent ordinairement dès l'enfance à présenter des dispositions de caractère spéciales. Ils sont sauvages, enclins à rechercher la solitude et l'isolement, sombres et taciturnes, défiants et soupçonneux, vivant à l'écart de leurs camarades, croyant toujours qu'on se moque d'eux, qu^on les tourne en ridicule et prêts à chercher querelle pour les plus simples prétextes, commençant déjà à interpréter à leur désavantage les faits les plus insignifiants qui se passent autour d'eux.

(i) Paul Pottier, les aliénés persécuteurs, thèse de Paris, 1886.

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Ce tableau n'est point forcé : chacun a été témoin de quelques faits de ce genre ; qui, apprenant plus tard qu'un ancien camarade était devenu fou, ne s'est pas écrié « ça ne m'étonne pas, déjà au collège il était braque ! » Or ce que Pothier dit pour les persécutés, les mêmes réflexions s''appliquent à tous les autres genres de délire vésanique. Les candidats à la folie portent en eux, dès leurs plus jeunes années, un cachet particulier qui ne trompe pas des yeux exercés.

Lorsqu'il existe un germe héréditaire d'une certaine puissance, rien ne peut arrêter son éclosion : aussi quoiqu'on ait dit sur Tinfluence de certains moyens propres à modifier la nature, cette influence ne peut être prise en sérieuse considération. Tel est en particulier le rôle de l'éducation dans laquelle on a voulu voir un moyen infaillible de redressement moral.

Le milieu, les idées religieuses, les événements politiques, les passions, l'imitation... etc.. ne sont donc en réalité que des causes occasionnelles qui amènent l'explosion d'un délire dont la forme est généralement très bénigne, pourvu qu'il n'y ait pas chez le sujet frappé, de tare héréditaire.

A quels signes reconnaî^ra-t-on un héréditaire.''

Ici, nous retrouvons presque tous les symptômes que nous avons eus à étudier dans le cours de cet ouvrage, caractères et stigmates si merv^eilleusement étudiés par Morel.

Parmi ces caractères, les uns sont originels et permanents, les autres accidentels et transitoires.

Les signes permanents sont ceux qu'on remar

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que dès l'enfance et qui tiennent à la configuration physique générale.

Malformation et asymétrie crânienne, déviation de la face, strabisme, tics, bégaiement, disposition et implantation vicieuse des dents, déformation de la voûte palatine, des oreilles, qui sont aplaties ou déplissées, dégénérescences variées, pieds bots... etc. etc..

Mais c'est surtout du côté des organes génitaux que l'on rencontre habituellement des anomalies organiques fréquentes et faciles à constater.

Dans le domaine du caractère, dans l'état de l'intelligence, des sentiments et des penchants, nous retrouvons des signes très tranchés. C'est ainsi que les facultés intellectuelles sont très inégales : presque nulles dans un sens, elles peuvent être très développées dans l'autre, ainsi que nous l'avons déjà signalé précédemment. Des altérations de caractère en font des êtres bizarres, excentriques, irréguliers, indisciplinables et incoercibles.

Ils sont féroces envers les animaux, ne peuvent supporter la vie de famille en commun, n'ont aucun sens moral, se font renvoyer des pensions et des collèges. Ceux-là constituent cette classe d'enfants que nous avons plus spécialement étudiés au chapitre de l'homicide.

Il est facile de préjuger dès lors ce que sera l'avenir d'un enfant sur qui sera suspendue une pareille fatalité. On conçoit toute la gravité que revêtira chez lui le moindre accès.

Sans nous étendre plus longuement sur ce sujet, on peut résumer en quelques mois le pronostic de la folie chez l'enfant :

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L'enfant chez qui éclate un accès de délire est-il indemne de toute hérédité? Pronostic le plus souvent favorable.

Est-il au contraire sous le coup de l'hérédité morbide ? Pronostic le plus souvent fâcheux, surtout pour l'avenir.

Telles sont les grandes lignes qui peuvent servir à établir le pronostic. C'est au médecin à se fixer sur diverses notions tirées de ce qu'il observe chaque jour, sur les renseignements obtenus sur l'état de santé du sujet et de la famille, qu'il devra s'appuyer pour répondre à la question si délicate de ce que deviendra l'enfant dans un avenir plus ou moins éloigné.

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