PÈRE
malmener les personnes et les choses.
; Faible de caractère, orgueilleux, violent ■ par accès, ses pensées sont vagues, ra- 1. res et fort lentes, aime la boisson.
MERE ( Très intelligente, douce laborieuse.
/' r" AiNÉ ) non communicatif, peu iutelli-
Q j ) g'^^i} simple d'esprit.
I Notre malade.
/ Très doux de caractère, douceur cono I ) trastant vivement avec la méchanceté
g / J de la plupart des membres de la fa-
§ i l mille.
Celui-là est le portrait identique de notre malade, mais n'a pas encore eu M f ' d'accès.
j Fille intelligente, mais bizarre dans ses j goûts.
Jusqu'à l'âge de lo ans, B... ne donna aucun signe qui pût faire prévoir la maladie dont il est atteint aujourd'hui, son intelligence était même assez développée. Un jour il entra dans une vigne pour voler quelques raisins. Surpris par le garde champêtre, il fut conduit au propriétaire dont les re-
HÉRÉDITÉ
montrances produisirent un tel effet sur son imagination qu'à partir de ce moment, il commença à donner quelques signes d'aliénation. Il courait tout nu dans les rues, s'armait de son bâton pour frapper sans motif les enfants... Ne pouvant plus s'en rendre maîtres, ses parents l'envoyèrent à l'école, mais il montra une paresse si grande et un esprit si dissipé que l'instituteur le renvoya chez lui. Alors on le fit admettre dans une maison ; trompant au bout de quelques jours la vigilance de ses gardiens, il revint à la maison paternelle où son arrivée fut annoncée par l'incendie d'un tas de paille auquel B... avait mis le feu. Le lendemain ou -le surlendemain il jeta à l'eau un de ses camarades dans l'intention de le noyer. Ces actes de violence motivèrent sa séquestration.
Cette observation montre bien clairement que l'influence seule de l'hérédité quelle qu'elle soit avait semé en B... le germe fatal. Une petite cause occasionnelle insignifiante en réalité, suffît pour faire éclater un délire qui se manifeste par les actes les plus redoutables. Et certes nul ne -peut accuser les parents de B... de folie dans le sens vulgaire du mot. Ce sont des gens difficiles à vivre, désagréables, quinteux, mais cependant tenant leur place dans la société tout comme d'autres. Mais pour le médecin, mais au point de vue psychique, il y a en eux quelque chose d'anormal. Une exaltation générale du système nerveux, exaltation qui n'eût demandé qu'une occasion pour éclater et dégénérer en véritable aliénation. B... a récolté en quelque sorte ces prédispositions diverses et si l'on veut nous permettre cette expression, a payé pour les autres.
Nous n'avons fait qu'ébaucher ici la question si importante de l'hérédité. On comprend que nous ne puissions dans un travail comme celui-ci entrer dans la discussion approfondie de ses lois. Nous
CAUSES MORALES
avons voulu seulement faire pressentir le rôle important qu'elle joue dans la transmission aux produits des phénomènes nerveux et mentaux. Nous avons tenu surtout à indiquer que le mot hérédité ne doit pas être pris dans un sens restreint, car comprise de la sorte elle serait incomplète, tronquée et ne rendrait le plus souvent qu'un compte imparfait des phénomènes qu'elle doit expliquer. L'hérédité doit être considérée dans son sens le plus large : pour nous, et nous avons insisté sur ce point dans d'autres travaux, il suffit que nonseulement les ascendants aient présenté des troubles intellectuels, affectifs, névrosiques, pour que les descendants présentent à leur tour des troubles de même nature, quant au fond, variables quant à leurs manifestations.
Dégénérescence. — « La dégénérescence est le résultat d'une influence morbide soit de l'ordre physique, soit de l'ordre moral. — Un des caractères les plus essentiels de la dégénérescence est celui de la transmission héréditaire, mais dans des conditions bien autrement graves que celles qui règlent les lois ordinaires de Thérédité (i). »
Cette définition de xMorel à qui il faut toujours se reporter quand on parle de dégénérescence, fait pressentir le rôle considérable de cette cause dans l'étiologie des maladies mentales du jeune âge. L'état de dégénéi*escence peut reconnaître des origines dififérentes et nombreuses, mais il en est peut-être peu d'aussi active que l'intoxication.
(i) B. A. Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce Jinmaine, J. B. Baillière, 1857.
DÉGliNÈRESCENCE
Dans nos climats, en Europe, les peuples ont leur poison nerveux, qui affaiblit, débilite et tue : C'est l'alcool (i). Dans les climats chauds, l'action de ce poison est plus terrible qu'ailleurs. Sans vouloir discuter une question que tout le monde connaît, rappelons que dans la séance du 3 octobre 1871, au moment où nous sortions de la désastreuse guerre que l'on sait, l'Académie adopta à l'unanimité un avis sur les dangers qu'entraîne l'abus des boissons alcooliques. Cet avis avait été préparé par une Commission qui comprenait nos très éminents maîtres Béclard, Chauffard, Gosselin, Verneuil et Bergeron.
Non contents de rappeler que l'abus des boissons alcooliques peut détruire l'énergie morale et le sentiment de la responsabilité de l'homme, de signaler les troubles physiques et intellectuels pouvant jeter le cerveau dans la prostration et le délire et pousser jusqu'au crime, l'Académie de médecine, elle aussi, n'a-t-elle pas poussé un cri d''alarme et n'a-t-elle pas signalé le fâcheux effet de l'alcoolisme en ces termes : C'est à ce pernicieux usage et à ses progrès rapides depuis un tiers de siècle que l'on est en droit d'attribuer en grande partie un affaissement physique et moral dont nous constatons si cruellement les tristes effetsdans les familles, dans la nation.
Dans les pays asiatiques le poison mortel est l'opium. L'effet funeste de ce poison sur toute une race qui transmet à ses descendants l'abrutissement le plus complet et dont chaque génération se res-
(i) Voy. P.Jolly, Le tabac et l'absinthe. Paris, 1887. — Bergeret, de l'abus des boissons alcooliques, J. B. Baillière. Paris, 1870.
CAUSES MORALES
sent de plus en plus, présentant toujours un effet de plus en plus marqué, a de tous temps été signalé par les moralistes et les physiologistes.
L'influence des causes physiques n'est pas moindre : Né dans des conditions héréditaires fatales, l'enfant peut avoir puisé dans le sein maternel les éléments de sa dégénérescence ultérieure : D'un autre côté, les affections convulsives tuberculeuses ou autres, ainsi que nous le verrons dans des chapitres spéciaux, peuvent jouer le même rôle et amener les mêmes conséquences que l'imbécillité et l'idiotie congéniales.
Un exemple fera bien comprendre l'effet désastreux et terrible de la dégénérescence dans le produit.
« Cette observation, dit iMorel (i), est un des cas les plus complets des diverses formes maladives qu'on remarque dans les facultés soumises aux influences héréditaires. Ici l'alcoolisme est le premier facteur :
«... On 113US amène il y a quelques mois nn jeune malade qui par sa démarche vacillante, la fixité de son regard, l'injection de sa face et la prostration générale du système locomoteur peut également donner l'idée d'un état d'ivresse ou de paralysie.
Lorsqu'on adresse la parole à cet aliéné, il sourit d'une manière stupide : sa figure s'injecte, sa bouche reste entr' ouverte et la salive en découle. Il ne répond que par oui et par non longtemps après la demande qui lui est faite et les signes affîrmatifs ou négatifs de sa pensée sont rarement en rapport avec les questions qui lui sont adressées.
Les renseignements qui accompagnent l'entrée du jeune homme nous apprennent que son père est malade à l'asile depuis douze ans déjà et nous profitons de cette triste circons-
(i) Morel, ouv. cit. p. 124.