‹ La folie chez les enfantsChapitre 8 sur 64 · DÉGÉNÉRESCENCE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉRESCENCE

tance pour mettre en présence le père et le fils. Ce dernier reste impassible devant l'auteur de ses jours. Le souvenir qu'il aurait pu en conserver ne pouvait être effacé par les années puisqu'il était venu le voir il y a quelques mois à peine et avait demandé à l'administration une place d'infirmier. Son état mental en présence de son père ne subit aucune modification et depuis 5 mois que celui-ci a désiré le conserver sous sa garde spéciale nous observons les mêmes phénomènes de stupeur et d'insensibilité, tant au physique qu'au moral.

Le pronostic de cette affection, si on le notait, des causes qui l'ont amenée, serait difficile à établir, mais il acquiert une singulière signification si on le rattache aux antécédents de la malheureuse famille du jeune aliéné.

Son trisaïeul habitait dans les montagnes des Vosges et les tendances aux excès alcooliques si communs dans ces pays avaient atteint chez cet homme une forme maladive. C'était un dipsomane dans tcute la force de cette expression. Il fut tué dans une querelle qui avait pris naissance au cabaret. Ce triste exemple ne corrigea pas son fils. Ce dernier devenu maniaque fut amené à l'asile. Après une première sortie, il fiit réintégré et mourut des suites d'une paralysie générale. Il est le père du malade que nous avons depuis 12 ans. Celui-ci eut des habitudes plus sobres que celles de ses ascendants, mais les dispositions héréditaires ont favorisé chez lui l'évolution d' un délire des persécutions. Quant à son fils, le jeune malade en question, il fut atteint il y a 8 mois et sans cause connue d'un accès de manie et tout nous fiiit craindre que cet état ne soit la transition à l'idiotisme consécutif.

En suivant la succession des faits qui ont amené l'extinction de cette famille, nous remarquons :

A la ife génération ; Immoralité, dépravation, excès alcooliques, abrutissement moral.

A la 28 — Ivrognerie héréditaire. Accès maniaques. Paralysie générale.

A la 36 — Sobriété. Tendances hypochondriaques.

Lypémanie, idées systématisées de persécution, tendances homicides.

P. MoRKAD de Tours. Folie. 3

CAUSES MORALES

A la 48 génération : Intelligence peu développée, premier accès de manie à 16 ans, stupidité, transition à l'idiotisme et en définitive extinction probable de la race.

Ayant pu compléter, par les faits nouveaux qui se sont passés depuis cette époque, cette observation si instructive, Morel ajoute :

« L'observation ultérieure a parfaitement justifié le pronostic énoncé plus haut. Le jeune malade est tombé dans un idiotisme complet et irrémédiable. Frappé depuis son séjour ici d'une de ces affections incidentes qui déterminent parfois une crise salutaire dans le cas d'aliénation mentale, son état s'est empiré, la nature n'ayant pu trouver dans sa constitution dégénérée les éléments d'une rénovation intellectuelle, physique et morale. L'idiotisme a suivi une marche ascensionnelle, et ce malheureux qui au point de vue des fonctions génératrices n'est pas plus avancé qu'un enfant de 12 ans, dont la tête est petite et mal conformée, et dont la figure imberbe ne rév&le aucune expression de virilité, devait être indépendamment de son affection mentale intercurrente le dernier descendant de sa famille.

Pour compléter ce tableau, ajoutons que les deux sœurs de cet être dégénéré, âgées de 22 et 24 ans, sont de ces arriérées au physique et au moral que nous classons parmi les simples d'esprit. Enfin la mère de notre malade est accouchée depuis l'isolement de son mari à l'asile. L'enfant qui doit le jour à une union illégitime, est, m'assure-t-on, dans des conditions très différentes, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral et ne présente aucun caractère de dégénérescence. »

Les observations analogues sont hélas nombreuses et chacun de nous a présent à la mémoire des faits de ce genre. Les quelques mots qui précèdent suffisent pour faire pressentir le rôle important qui est réservé à cette cause étiologique et la valeur qui lui est dévolue dans la production

ARRIÉRÉS

du délire dans le jeune âge. La présence, la constatation de l'existence de la dégénérescence dans les antécédents du malade a en outre une valeur considérable au point de vue du pronostic. Telle forme en effet, qui serait susceptible de guérison, ■en toute autre circonstance comportera un pronostic fatal chez un dégénéré. Il y a là un fait d'observation dont la valeur clinique est absolue.

De plus les dégénérés sont plus que tout autres susceptibles d'être frappés de délire à une époque plus ou moins éloignée, sous la cause la plus futile en apparence, alors même que rien jusqu'au moment oij la maladie éclata n'avait révélé à son entourage l'existence possible d'un état morbide. Souvent même au contraire, l'enfant s'était fait remarquer par des aptitudes spéciales, par des facultés brillantes qui ont pu donner le change sur l'avenir de ces individus et faire espérer qu'ils pouraient échapper à la loi qui les, tient sous sa puissance : il n'en est rien cependant car leur existence intellectuelle est circonscrite dans certaines limites qu'il n'ont pu franchir. Tôt ou tard ils paieront leur tribut.

Arriérés. — Il existe encore une autre catégorie d'enfants tenant leur existence morale et physique de l'hérédité autant que la dégénérescence. Ces êtres, véritablement fous sans folie, délirants sans délire, ont été dépeints d'une façon saisissante par Legrand du Saulle (i)... « Ils sont petits, malingres, lymphatiques, scrofuleux, ou strabi-

(i) Legrand du Saulle, Traité de médecine et jurisprudence médicale... 1874.

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ques : ils ont la tête peu développée outrés grosse^ la poitrine étroite^ la circulation lente : ils ont toujours été en retard soit pour l'évolution dentaire, soit pour la marche et ont eu parfois des convulsions.

Quinteux, irritables, violents et malheureusement peu intelligents, ils sont réfractaires à tout sentiment honnête, indisciplinables, incorrigibles. Les bienfaits de l'éducation, les craintes de la religion, la crainte du châtiment ou la sévérité des punitions n'ont aucune prise sur eux. Ces êtres si tristement nés, ne sont ni aliénés, ni imbéciles, ni idiots, mais ils épouvantent la société et se soustraient néanmoins à toute la rigueur des lois pénales : Ce sont des arriérés. »

Ces enfants ont manqué, la plupart, de la direction si utile dans les premiers pas de la vie : livrés à eux-mêmes ils s'abandonnent à leurs instincts que rien ne vient réfréner : tantôt ils sont fils de vieillards, de consanguins, d'alcoolisés, d'épileptiques ou d'aliénés, tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, ils ne doivent le jour qu'à un père inconnu, à une mère à tempérament épuisé par la maladie ou prostituée. Fatalement prédisposés à un grand nombre de misères pathologiques, inexorablement voués à tous les hasards, ils vagabondent, mendient, s'offrent aux pédérastes, volent, mettent le feu et ne s''arrêtent même pas devant l'assassinat...

Les enfants, sous le coup d'un si terrible passé, sont bien évidemment plus que tout autres prédisposés aux affections mentales et nerveuses. Chez euxla cause occasionnelle la plus minime suffira pour

ARRIÉRÉS

faire éclater un délire qui revêtira les formes les plus graves et dont le pronostic sera irrévocablement fatal.

Nous devons encore signaler une cause tout à fait accidentelle, heureusement, de dégénérescence, sur laquelle Legrand du Saulle (ij a attiré l'attention. Nous voulons parler de ces enfants nés au milieu des guerres et des troubles civils. L'influence pathogénique des événements du siège de Paris et de la Commune, a été très marquée sur le développement d'un grand nombre d'enfants conçus à cette époque. Les troubles d'évolution si nombreux observés chez les enfants nés pendant les derniers mois de 1871, et nous pourrions ajouter la mortalité exceptionnelle observée chez ces sujets, les a fait désigner dans la population ouvrière sous le nom ^Enfants du siège, devenu synonyme d'enfant mal formés et voués à un sort fatal.

Legrand du Saulle a vérifié scientifiquement cette opinion populaire et sur 92 enfants conçus pendant le siège, il a trouvé 64 fois des anomalies physiques, intellectuelles ou affectives, les 28 autres sujets étaient en général petits et malingres. Sur ces 64 sujets, 35 offraient des anomalies physiques, des malformations ou troubles de la nutrition, 2 présentaient des troubles intellectuels, (enfants arriérés, imbéciles ou idiots) 8 étaient atteints de troubles de l'ordre affectif et moral. Des notes fournies par MM. Bourneville et Ladreit de la Charrière, viennent à l'appui des observations per-

(i) Legrand du Saulle, Leçon professée à laSalpêtrière, 5 mai 1884. : .-

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sonnelles de M. Legrand du Saulle et pour notre part nous pouvons aussi en joindre un certain nombre.

Ainsi, c'est un fait qui semble acquis : un certain nombre d'enfants du siège offrent des trou- .bles physiques, intellectuels et moraux. Mais sous quelle influence pathogénique ces troubles se sont«ils développés.? M. Legrand du Saulle admet une étiologie complexe dont les éléments principaux sont l'alcoolisme, l'inanition et l'état psychique déterminé par le choc moral, dans des circonstances particulièrement dramatiques.

Mais outre la part de l'hérédité morbide qui reste à déterminer, il conviendrait de spécifier à quel moment ont agi ces causes : Est-ce au moment de •la conception ? Est-ce pendant la gestation et à .quelle époque Il est a présumer en effet que chaque malformation ne peut être produite qu'à une époque déterminée de l'évolution de l'embryon.

Chez les sujets observés à l'hôpital ces distinc- •tions sont difficiles à établir : il s'agit, en effet, d'individus dont les générateurs ont été soumis à des influences complexes : les classes pauvres ont été exposées à la fois à l'inanition, à l'abus des alcools et à un état psychique spécial déterminé par les circonstances. Or, c'est certainement l'influence psychique qui, bien que déjà indiquée par les anciens, est la moins connue et la plus intéressante à étudier.

Voici un autre fait qui, par le milieu où il a été ■observé, la précision des détails qu'il renferme, offre une importance que l'on ne saurait méconnaître :

ARRIÉRÉS

On nous présente, dit Legrand du Saulle, une jeune fille de 13 ans, assez bien conformée et dont le crâne semble régulier : elle a toutefois été opérée d'un bec de lièvre latéral gauche. Cette jeune fille est affectée d'un tic des paupières, elle parle avec beaucoup de difficulté, et ce n'est d'ailleurs que vers l'âge de 6 ans qu'elle a commencé à se faire comprendre ; elle a encore de temps en temps de l'incontinence nocturne d'urine : elle lit très mal et écrit à peine, bien qu'on se soit occupé avec grand soin de son éducation ; elle est toujours somnolente, taciturne, et paraît avoir de temps en temps des accès vertigineux pendant lesquels elle laisse tomber ce qu'elle tient.

Son père est bien portant et sobre, sans antécédents nerveux : un oncle et une tante paternels sont également indemnes ; le grand'père était goutteux. Sa mère est un peu romanesque, mais n'a jamais éprouvé d'accidents nerveux caractérisés ;une tante maternelle a été atteinte de chorée à plusieurs reprises, sans rhumatismes. Aucun autre antécédent nerveux.

Trois enfants nés avant cette jeune fille n'ont jamais éprouvé de troubles nerveux et n'offrent aucune difformité. D'ailleurs le père, qui est avocat, est un peu au courant de la question d'hérédité et s'est livré à une enquête sérieuse : il n'a rien trouvé de plus. Mais voici ce qu'il raconte : tout le porte à croire que la conception de cette enfant eut lieu le 2 mai 1871, vers 7 heures du matin, et une demi-heure après une troupe de gardes nationaux fit irruption dans son appartement pour faire une perquisition ; sa femme extrêmement effrayée fut prise immédiatement de vomissements et fut plusieurs jours à se remettre de son émotion : le ménage put alors quitter Paris et la grossesse s'est accomplie sans événement particulier.

Ici, ni l'inanition, ni l'alcoolisme ne peuvent être mis en cause, et l'état psychique semble devoir être seul accusé : pourtant l'existence d'une tante choréique pourrait indiquer une certaine tendance névropathique de la mère, et rendre compte de l'émotivité excessive qui a eu une influence si fâcheuse sur le développement de cette enfant de la Commune. »

CAUSES MORALES

Il ne faudrait pas croire cependant que les sujets nés ou conçus en 1870-1871, se trouvent tous dans les conditions ci-dessus énoncées : les enfants que M. Legrand du Saulle a vu à la préfecture doivent le jour à ces malheureux qui, restés sous le drapeau de la Commune, cherchèrent dans l'absinthismeune excitation nécessaire au rôle qu'on leur faisait jouer. Ces maladies et notamment la ménin-. gite ont fait périr un grand nombre de ces enfants: ceux qui restent sont chétifs, névropathes, mal équilibrés : ils portent réellement, ceux-là, les indélébiles stigmates du siège.

Il serait imprudent de conclure de quelques cas particuliers à une règle générale. Si dans les rangs de l'armée nationale il y avait des misérables, des ouvriers oisifs qui s'alcoolisaient, la grande majorité des Parisiens était digne d'admiration :

« Comment donc, s'écrie le D"^ Dupouy dans une réfutation des théories de Legrand du Saulle (i), Comment donc les enfants de tels hommes, les fils de ces braves gens seraient-ils dégénérés ?

Ils sont aujourd'hui dans leur 14e année. Ils tiennent bien leur place dans les bataillons scolaires de la ville, dans les écoles, dans les lycées. J'ai interrogé plusieurs de leurs professeurs, ceux qui les ont vus en 7% en 6% en 5% ceux qui les ont aujourd'hui en 4e. Non seulement ils ne les trouvent pas inférieurs à leurs anciens, mais ils les considèrent comme une génération ardente, nerveuse, intelligente, patriotique. J'ai lu des compositions françaises faites par ces enfants, et j'ai été étonné

(i) Moniteur de la policlinique, 3 mai, 1885.

IMITATION

de la profondeur des idées, de l'énergie des expressions, de la virilité des pensées. Qui donc d'ailleurs pourrait dire que leurs mères tremblaient en entendant tomber les obus prussiens, au bruit des clairons qui sonnaient toutes les nuits, au roulement du tambour qui annonçait le départ aux avant-postes

Nous n'insisterons pas plus longuement sur ce point : Si la vérité est loin d'être dégagée, on doit cependant reconnaître le rôle actif de ces influences éminemment funestes dans la production de l'aliénation mentale du jeune âge. A l'avenir de nous apprendre le sort qui est réservé à ces enfants.

Imitation. — Essentiellement imitateur, l'homme est d'autant plus porté à se livrer à ce penchant, qu'il est plus près de l'enfance. Les enfants modèlent leurs actions sur celles des personnes avec lesquelles ils vivent ordinairement. Il n'est point d'habitudes morales ou physiques qu'ils ne soient disposés à contracter de cette manière, et ces habitudes auxquelles ils n'auront fait d'abord aucune attention, deviendront plus tard le guide obligé de toutes leurs actions.

Le rôle de l'imitation dans la pathogénie des affections mentales de Fenfance n'est pas sans importance. Mais ici encore il faut le reconnaître, cette cause n'agira efficacement que si elle rencontre un terrain prédisposé, un terrain préparé à recevoir son empreinte (i).

(1) Dans tous les faits d'imitation il y a au fond, in radice, une impression morale, une secousse, un ictus. Il y a en plus ce

CAUSES MORALES

Il faut craindre les effets de l'imitation chez les enfants dont l'organisation est si flexible, si docile à toutes les influences extérieures et dont le caractère se plaît avec tant de facilité à suivre tous les penchants vicieux, à copier fidèlement tous les

que l'on est convenu d'appeler Imitation, c'est-à-dire, copie du tableau introduite dans le cerveau par l'idée, des phénomènes extérieurs, somatiques, physiques, que l'on a sous les yeux.

Voilà en deux mots à quoi se réduit psychiquement l'imitation. Nous disons imitation et non contagion, mot détestable puisqu'il s'agit ici d'un phénomène de causalité parfaitement ordinaire : Ici comme toujours, il faut considérer le fait préexistant de l'hérédité, impression brusque, vive, déprimante, etc.. comme dans tous les autres cas, d'où part la cause immédiate, le fait morbide, le fait névrose, puis généralement et sans acception de formes quelconques, et qui peut-être suivant la prédisposition du sujet, folie, hystérie, épilepsie... etc.

Puis, en second lieu, imitation, copie involontaire, instinctive de la forme névrosique que le sujet a sous les yeux.

Ainsi en fait de folie : de même se passent les délires entachés de la couleur locale, d'empreintes du milieu moral dans lequel ils se développent.

Au moyen âge : le délire revêt la forme religieuse : prédisposition, puis couleur religieuse, deux éléments nécessaires de folie.

A une autre époque, alors que l'Europe était en armes, les aliénés ne sont plus qu'empereurs, généraux, rois. Sous la restauration, les délirants ne voient que sociétés secrètes, police. .

C'est par le même processus qu'on devient épileptique par la vue d'un accès d'épilepsie : i» par suite de prédisposition innée qui constitue à l'état un état névropathique sans forme déterminée et qui n'attend qu'une occasion pour éclater.

2° Par suite de ce que l'on a sous les yeux : on serait devenu fou, si un aliéné eût été le modèle à copier.

En résumé, deux éléments constitutifs des névroses physiques

IMITATION

actes physiques et moraux et même les actes morbides qui s'offrent à leur imitation. Il est, par exemple, de connaissance vulgaire,que la difficulté que les personnes bègues éprouvent naturellement à prononcer certaines syllabes produit chez les enfants une impression telle qu'ils s'habitueraient à bégayer si l'on n'avait le soin de les détourner de cette propension vicieuse à l'imitation.

De tous temps signalée à l'attention publique,, disons-nous dans notre mémoire sur l'homicide commis par les enfants, cette histoire de la contagion imitative n'est plus à faire, et on ne peut que se borner à en rapporter l'existence, tout en insistant plus que jamais sur son importance.

Van Swieten rapporte l'observation de mouvements convulsifs manifestés chez un certain nombre d'enfants et répétés par tous ceux qui avaient eu le malheur d'en être témoins.

L'impression que produisent les convulsions épileptiques sur l'esprit des enfants, des jeunes personnes surtout, détermine très souvent des accidents analogues à ceux qu'éprouve celui qui en est primitivement affecté, que cette affection soit originelle ou accidentelle. On se rappelle qu'il y a plusieurs années, à l'église St-Roch, au moment où les enfants réunies faisaient leur première communion, l'une d'elles fut atteinte de convulsions pendant l'office et en moins d'une demi-heure,.

et morales, i" Prédisposition héréditaire, névroses de toutessortes en puissance, en virtualité.

2» Formes à imiter qui donnent la couleur aux névroses, comme aux folies.

CAUSES MORALES

toutes ou à peu près furent prises de convulsions semblables.

« Dans tme école de jeunes filles âgées de 14 ans au plus, un premier accès de convulsions épileptiformes eut lieu chez une enfant de 4 ans : Bientôt après quelques-unes de ses compagnes furent prises de convulsions analogues. On accusa d'abord les circonstances hygiéniques de l'école, et en conséquence on ne se borna pas à éloigner les petites convulsionnaires : on fit plus : on ferma l'école pour y faire des réparations crues nécessaires. Mais l'invasion du mal ne s'arrêta pas : dans leurs maisons, dans leurs jardins, les jeunes filles épar- .gnées jusque-là payèrent leur tribut à l'affection commune malgré la différence des circonstances dans lesquelles elles se trouvaient (i). »

Le D' Casanova parvint à prévenir quelques accès en imitant le procédé employé par Boerhaave (2) à Harlem.

Notons aussi qu'on a vu des cas où la névrose imitative s'était transmise d'un animal à un enfant. Le Gaube, du Gers, rapporte une observation bien curieuse (3) à cet égard.

Comme une cloche frappée fait vibrer les autres cloches qui sont en consonnance, ou comme une corde pincée fait résonner celles qui sont tendues ■à. son unisson, de même il suffit de mettre ces rapports d'égalité ou de proportion entre des individus pour qu'ils participent aux mêmes affections.

(i) Ga^^etta mèdica di Milaiio. Aprile 1844.

{2) Boerhaave avait fait apporter au milieu d'une salle des réchauds et des fers rouges, menaçant de brûler toute malade qui aurait un accès convulsif. Cette mise en scène avait suffi pour réprimer l'épidémie. Cette observation est reproduite plus loin au chapitre : de l'Epilepsie.

(3) Courrier médical, 2 décembre 1882.

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Cette imitation est si naturelle qu'elle est même indépendante de la volonté. Notre cerveau s'impreigne facilement des manières et des mouvements d'autrui ; chacun sait, par exemple, qu'un visage riant nous engage à sourire, un air triste nous rend sérieux. En voyant danser, manger ou bâiller, nos facultés nerveuses sont entraînées à faire de même. En parlant on s'excite à parler, on se tait avec les taciturnes, on accompagne sans y songer la chanson que l'on entend.

Cette assimilation est impérieuse chez certains individus, qui ne peuvent presque considérer aucune action, ni entendre aucun son sans être disposés à les imiter.

Au nombre des personnes les plus facilement entraînées, il faut compter les femmes et les enfants, dont la nature est délicate et nerveuse ; il suffit d'observer un instant un enfant pour se convaincre dans quelle immense proportion le nombre des idées développées ou reçues par imitation surpasse la somme des idées spontanées ou réfléchies.

Ici, l'imitation c'est l'exemple : on sait combien sont soumises à la loi d'imitation les névroses convulsives, hystérie^ chorée, épilepsie... etc.

Des affections nerveuses l'imitation passe aux. facultés mentales.

Parmi les imitations les plus redoutables, il convient de citer le suicide et l'homicide. Dans notre thèse (i) et dans notre mémoire sur l'homicide-

(i) P. Moreau de Tours, De la contagion du suicide à propos de l'épidémie actuelle, Paris, 1875.

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commis par les enfants, nous nous sommes appesantis sur cette question et avons démontré le rôle considérable de cette cause étiologique sur le développement de ces crimes. Nous ne nous y arrêterons que fort peu ici, devant y revenir plus tard, mais il est indispensable toutefois de citer maintenant au moins un exemple de suicide véritablement imitatif.

« Un enfant de 14 ans, P. Cli... était d'un caractère vif et gai. Le jour même où il s'est donné la mort, il s'était montré très content ; il était d'ailleurs très bien traité par ses parents qui n'avaient qu'un autre jeuQe fils.

« Quelque temps avant, il avait assisté comme enfant de chœur à l'enterrement d'un camarade qui s'était suicidé, et on lui avait entendu dire en plaisantant, « il faudra que je me tue aussi, moi... » Il était venu pour se rafraîchir dans l'endroit même où son ami s'était suicidé. La vue d'une corde, la conformité des lieux, lui auraient rappelé et fait réaliser la funeste idée qu'il avait exprimée. »

Le penchant homicide ou pour mieux dire le penchant à verser le sang est contagieux : il est un des plus esclaves de la loi d'imitation : nombreux sont les exemples que nous pourrons citer 3. cet égard.

C'est ainsi que le spectacle cruel et sanguinaire des courses de taureaux développe parfois chez de jeunes enfants l'amour du sang : au mois de juillet 1865, dans l'arène de Mont-de-Marsan, on vit un enfant de lo ans s'acharner sur trois taureaux à -demi-morts,les égorgiller et les tueràcoups d'épée.

A Murcie, dans la Péninsule, on a vu mieux encore : on a vu des jeunes filles descendre dans l'arène et remplir le rôle de matador (i).

(i) Blatin, Nos cruautés envers les animaux, Hachette 1867.

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Un idiot, dit Gall, après avoir vu tuer un cochon, crut pouvoir égorger un homme et l'égorgea (i).

Un jeune garçon de i8 ans, lut, en 1846, condamné par le tribunal de Deux-Ponts à 20 ans de travaux forcés pour avoir voulu, dit la sentence, se donner le plaisir de saigner une petite fille de 4 a7is, à l'instar du boucher qui tue un porc. Il l'avait suspendue au crochet d'une poulie, les yeux bandés, et sans s'émouvoir ni de ses cris, ni des contractions convulsives de sa victime, il avait procédé d'une main calme à l'égorgement qui fut suivi de mort.

D'autre part, la grande publicité donnée aux faits de ce genre, constitue une des causes les plus puissantes de la propagation au meurtre, et il suffit de se repvorter aux feuilles publiques pour remarquer que c'est par séries qu'on enregistre les homicides.

II est des spectacles autres que la vue réelle du sang qui chez les enfants suffisent pour provoquer par imitation des actes homicides. Prosper Lucas cite l'exemple d'un enfant de 6 à 8 ans qui étouffa son plus jeune frère. Le père et la mère rentrant reconnaissent le crime ainsi que l'auteur. L'enfant se jette dans leurs bras en pleurant et répond qu'il ne l'a fait que pour imiter le diable qu'il avait vu étrangler Polichinelle (2).

Sans vouloir anticiper ici sur le chapitre du traitement préventif, nous croyons bon de signaler dès

(1) Gall, Fonctions du cerveau, Paris, tome IV, p. 99.

(2) Prosper Lucas, Traité de l'hérédité naturelle, Paris, tome II, p. 23, J. B. Baillière, 1847-1850.

CAUSES MORALES

maintenant toute l'utilité qu'il y a à surveiller les premières actions des enfants, de leur imprimer une sage direction, et nous rappellerons ce passage de Montaigne : « C'est passe-temps aux mères de veoir un enfant tordre le col à un poulet et s'esbattre à blécer un chien et un chat ; et tel père est si sot de prendre à bon augure d''une âme martiale, quand il veoit son fils gouverner injurieusement un païsan ou un laquay qui ne se deffend point ; et a gentillesse quand il le veoit affiner son compaignon par quelques malicieuses desloyauté et tromperie. Ce sont pourtant là les vraies semences de la cruauté, de la tyrannie, de la trahison ; elles se germent là et s'eslèvent après gaillardement et proufitent à force entre les mains de la coustume (i). »

Influence DES MœuRS. — Les Mœurs considérées aux diverses époques de la société, n'ont-elles pas eu et n'ont-elles pas encore une influence marquée sur l'éducation de Tenfant et par contre sur le développement de ses facultés ?

N''empruntent-elles pas à l'imitation la plus grande partie de leur mode d'action ?

A cela nous répondrons sans hésitation par l'affirmative. Certains auteurs n'ont pas craint d'avancer que la production de l'aliénation mentale dans un pays, est en rapport avec la dissolution des mœurs. Mais sans vouloir aller aussi loin, observons seulement ce qui se passe autour de nous : considérons les malheureux enfants que le sort a

(i) Montaigne, Essais, Livre I, cli. 22.

ÉDUCATION

fait naître dans les classes infîmes de la société : •que trouvons-nous ? Tout en laissant de côté la part des lois de l'hérédité et de la dégénérescence dont l'action nocive est hors de doute^ ne voyonsnous pas ces enfants dès leur plus jeune âge livrés à eux-mêmes ? entraînés par force majeure, en -quelque sorte, au vagabondage, à la mendicité, au vol ? n^ayant sans cesse sous les yeux que les exemples les plus dépravés, les plus malsains, élevés dans l'abjection, dans l'ignorance et dans la débauche la plus éhontée, la vie animale n'est en quelque sorte que la seule qu'ils connaissent.

Ceux-là sont de véritables candidats à la folie : leur cerveau mal équilibré ne saura résister aux impressions violentes qui Tassailleront, et, au moindre choc, il déraillera

Nous verrons d'ailleurs plus loin l'influence désastreuse des mœurs, aux temps de troubles et de révolutions sociales.

Education. — Si excellente qu'elle soit, l'éducation ne prévient pas toujours l'égarement. Dans la vie ordinaire, alors que les individus sont soumis au même enseignement, quelle différence de résultats !

L'un est doux, bon, affectueux : l'autre violent, méchant, haineux. Celui-ci prévenant, ouvert, celui-là sombre, hargneux, menteur. Par contre il en est qui échappent à la contagion des milieux les plus détestables. N'y a-t-il pas là une prédestination évidente .? L'observation est le meilleur critérium des doctrines. Elle montre, si nous ne nous trompons, qu'une éducation vicipuse peut se-

CAUSES MORALliS

onder les mauvaises dispositions, mais ne les crée pas. Celles-ci ont notoirement leur source dans des conditions organiques préexistantes à la naissance, coïncidant à la vie intra-utérine ou survenues ultérieurement.

En effet, les conseils de quelque nature qu'ils soient, bons ou mauvais, donnés à plusieurs enfants du même âge, produiront des résultats différents : les enfants bien nés, qui n'ont aucune disposition pour le mal, résisteront toujours à toutes les imitations, à toute éducation vicieuse et malsaine.

Nous en avons cité des exemples dans notre homicide (i).

Mais les médecins qui ont eu l'occasion de traiter les diverses maladies des enfants, ont pu observer que beaucoup d'entre elles ont leur origine dans une éducation physique mal entendue. Ici c'est une mère qui craignant de perdre un fils unique d'une complexion délicate, rend cette constitution plus délicate encore par une série de précautions aussi ridicules que nuisibles.

La puberté arrive : les passion-; se prononcent avec énergie, quelques études fatiguent inutilement et usent l'intelligence et bientôt il ne reste qu'une dégoûtante stupidité de toutes les espérances qu'avait conçues une mère dont la tendresse aurait dû être éclairée par plus de jugement. Là, une faiblesse analogue a les mêmes conséquences chez un enfant dont la constitution efféminée a détruit tonte énergie physique et intellectuelle.

(i) Moreau de Tours, de l'homicide commis par les en fants, Paris, 1883, p. 52.

ÉDUCATION 51

La vie molle, sédentaire ou fiiondaine à laquelle on astreint les jeunes filles dans certaines classes de la société, leur est tout aussi funeste qu'aïax enfants de l'autre sexe ; on comprime l'enjouement et la naïveté de leur âge, on prend un soin extrême à détruire les qualités dont les a douées la nature, on leur donne un air guindé, on stimule ainsi par ce système oppressif une sensibilité naturellement très vive. On en a fait des demoiselles avant le temps, et aux approches de la puberté, époque si difficile, que de maux viennent assaillir cet être délicat venu en serre chaude et peu préparé aux modifications importantes que va subir sa constitution !

Dans les campagnes, au contraire, on tombe peut-être quelques fois dans un excès opposé en exigeant de la jeune fille des exercices trop violents, peu appropriés à sa constitution et en développant trop sa force musculaire on diminue la part de sensibilité que la nature a dévolu à son sexe. On en fait ainsi une sorte de monstruosité qui n'a plus aucun des attributs de la femme. C'est en partie à l'action de cette cause qu'il faut attribuer l'aliénation d'une jeune fille de la campagne dont Renîiudin donne l'observation fi) à l'appui des réflexions précédentes. Cette jeune fille joignait à un£ irritabilité excessive une perversion complète des sentiments afî'ectifs et une incohé- ' rence manifeste dans les actions : rien ne pouvait vaincre sa ténacité, et n'était pour ainsi dire animée que d'un mouvement instinctif et irrégu-

(i) Renaudin, rapports, 1843-1844, p. 92.

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lier. Tantôt elle jetait des cris perçants, tantôt elle retombait dans un état de profonde prostration, tantôt elle refusait tout aliment : turbulente pendant la nuit, elle eût voulu garder le lit toute la journée : elle ne supportait enfin ni le mouvement ni le repos dès qu'ils se rapportaient à quelque habitude d'ordre. Si l'on joint à cela quelques hallucinations passagères et variables, ainsi que de nombreuses erreurs de perception et de jugement, on aura une idée sommaire des principaux symptômes de cette affection dont la prédisposition remonte au premier âge Pour des parents clairvoyants, il n'y aurait eu d'abord que quelques penchants à réprimer; d'autres instincts auraient dû recevoir une autre direction ; mais au contraire, cette jeune fille a été mal élevée, ou plutôt elle n'a pas été élevée. Livrée de bonne heure à un travail mécanique, elle s'est pour ainsi dire matérialisée et une puberté tardive et difficile a concouru à développer les symptômes d'une aliénation mentale qui outre les indications d'une maladie difficile à guérir présente encore celles d'une éducation à faire.

On n'a pas oublié la remarquable communication de notre savant confrère, le Daily, à la société Médico-psychologique (i) sur Vinfluence de la première éducation dans l'évolution des désordres mentaux.

Il n'hésite pas à placer à côté des causes nombreuses qui peuvent déterminer l'aliénation mentale, hérédité, traumatismes, maladies constitu-

('i) Séance du 28 juin 1878.

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tionnelles, chagrins lents et violents... etc.. l'influence puissante de la première éducation, des premiers enseignements, des premiers raisonnements, de la tendance à l'imitation, des premières lectures, de la première impulsion du moment, donnée au dynamisme cérébral. «... Je signale donc, l'habitude de penser, de raisonner, sans avoir ni vu, ni pesé, comme prédisposant à la déraison et cela pour un double motif : d'abord on pense faux, ensuite on localise dans le cerveau un travail dont la durée devrait être répartie entre les nerfs, la moelle et le cerveau, d'où il résulte une surexcitation manifeste chez les enfants surmenés par la grammaire (science fictive s'il en fût), le calcul, la théologie et l'histoire... Il est rare que les brillants sujets de l'enfance deviennent des hommes de vrai mérite »

« Les premiers exemples sont d'une grande puissance pour qui connaît les mœurs privées d'une puissance fréquemment déplorable. Dans toutes les classes de la société, les enfants assistent aux querelles et souvent aux rixes conjugales, parfois aux épanchements d'une autre nature. Les scènes alcooliques sont aussi très fréquentes : Qui n'a été témoin du lamentable spectacle d'enfants ramenant au logis leurs parents abrutis et chancelants ?... Les marchands de vin refusent très fréquemment de l'eau de vie à de jeunes garçons qui voudraient dépenser leurs gros sous en petits verres.

L'idéal de bien des adolescents c'est d'avoir un jour d'ivresse, non seulement parmi les apprentis, mais parmi les collégiens et les étudiants.

Toutes les formes du libertinage sont aussi

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l'objet d'une irrésistible imitation qui se traduit par la culture toujours croissante des vices qui tendent à altérer les fonctions cérébrales. Les rapports de la masturbation et de la mélancolie sont notoires.

La colère, la violence, l'habitude de frapper et de recevoir des coups constituent au sein de la famille comme au collège une sorte de préparation non à la guerre qui ne se fait plus à l'aide de combats individuels, mais à la cruauté, aux attentats contre les personnes, qui sont souvent l'unique expression d'un délire chronique.

Tous ces spectacles, toutes ces images, toutes ces façons d'agir et de penser sont les éléments à l'aide desquels va fonctionner l'organe cérébral qui a recueilli tout ce qu''il pouvait recueillir d'impressions détestables. »

Voici deux exemples de ce que peut produire une éducation vicieuse :

Un jeune homme dont les parents sont doués d'une vigueur intellectuelle remarquable, est élevé de telle sorte que dès la plus tendre enfance, il se croyait doué des plus hautes facultés. Il ne parvint pas cependant à subir les examens classiques : il fait quelques mauvais vers ; il se présente à l'Institut à 20 ans ! il accable les académiciens de lettres injurieuses, se croit l'objet de persécutions systématiques de plusieurs écrivains ■ célèbres, répond à des articles de critique diffamatoire qui n'avaient jamais été écrits et se fut vraijemblablement porté à des actes de violence si son extrême faiblesse lui eût permis.

M'is N... est née d'un père parfaitement sain et d'une mère atteinte de délire de persécution. Séparée de son mari qui habitait l'Afrique avec son fils, M™» ... éleva sa fille, d'un naturel charmant dans la plus profonde ignorance et dans la

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conviction qu'on les recherchait toutes deux pour les enfermer au harem du grand sultan. MU" N... parvenue à l'âge 14 ans, grande et belle fille, offrait une paifaite image du délire des persécutions : incohérence de langage, sauvagerie : en même temps elle avait envers sa mère une soumission absolue. Tirée de ses mains elle est depuis 4 ans en Afrique et s'est assez développée pour écrire correctement et jouer du piano.

En résumé, en considérant l'éducation intellectuelle et morale comme cause étiologique des affections mentales, il faut entendre le travail intellectuel exagéré qui entraîne un développement précoce de l'intelligence au détriment de celui du corps, qui surexcite le cerveau et le prédispose à la maladie et un affaiblissement ultérieur. Les vices d'éducation qui ont pour eiïet de modifier et de pervertir les sentiments et la volonté des enfants, ont une influence beaucoup plus grave encore.

Ainsi, dans les cas ou ime dureté exagérée, une grande froideur, une certaine répugnance que les parents témoignent à l'un de leurs enfants, une profonde humiliation, une vexation qu'on leur fait subir, en un mot une mauvaise direction donnée aux sentiments, s'opposent au développement de bons penchants naturels et donnent aux enfants une sensibilité exagérée, il en résulte pour ces enfants un état constant de contradiction pénible avec le monde extérieur, et il semble en particulier que chez certaines natures, chez qui les bons instincts n'ont pu se développer et que le défaut d'affection a forcées à se réfugier dans un monde imaginaire, ces circonstances aient pour résultat de donner à ces individus un caractère déplorable, une humeur capricieuse et bizarre, allant parfois

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jusqu'à là folie. Il est peut-être fâcheux encore pour un enfant que ses parents aient pour lui trop de faiblesse, lui permettent de faire absolument toutes ses volontés, de se livrer à tous ses instincts, à tous ses caprices. On ne lui apprend pas à supporter la moindre douleur et il ne prend aucun empire sur lui-même, son caractère s'affaiblit et s'amollit de plus en plus. Or il est impossible que tôt ou tard il ne rencontre pas dans la vie un obstacle sérieux : il ne pourra échapper alors à l'action funeste des passions et des émotions violentes auxquelles sa raison succombera.

Après cet aperçu des causes morales sréne'raleSy qui peuvent influer sur tous, nous arrivons à l'examen des causes morales particulières, dont l'action sera limitée à tel ou tel individu suivant les prédispositions qu'il pourra présenter, causes qui agiront sur un sujet et non sur un autre, en vertu de raisons multiples, hérédité, c'est-à-dire, nature des phénomènes héréditaires qu'il présentera dans son passé, suivant sa constitution, son tempérament, sa disposition psychique au moment où la cause agira, causes multiples, variables suivant chacun.

Les énumérer toutes est, on le conçoit aisément, chose impossible : nous ne nous arrêterons que sur les plus importantes, sur celles qui se rencontrent le plus communément.

2° Causes morales particulières.

Caractère. — Etant donnée la nature éminemment nerveuse de l'enfant, on peut pressentir le

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