Évangile de lohanan bar-Zébadya, VII
lESGHOU BAR-IOSSEF ÉCRIVANT SUR LE SOL i93
leurs auxiliaires pénètrent dans ce cercle avec une femme surprise en flagrant délit d'adultère et posent au prétendu Maschiah une question précise au sujet de la sanction à appliquer à ce délit.
Il est probable que, suivant leur habitude, ils l'enfermèrent dans un dilemme.
S'il répondait « Lapidez! » il condamnait peut-être une femme de sa secte, ou il allait à l'encontre d'une déclaration antérieure, connue de ses disciples.
S'il répondait : a Ne lapidez pas », il était passible des peines applicables à ceux qui conseillent de violer la thora.
Pris une fois de plus entre l'orgueil et la crainte, notre homme est fort embarrassé. Les gens embarrassés qui ne sont pas des dieux traduisent leur embarras par un geste discret. Us se grattent le front ou se mordent la lèvre. leschou bar-Iossef s'accroupit sur le sol.
Il prend devant cette femme, devant ces théologiens une attitude éminemment incorrecte par le besoin qu'elle évoque et se met à dessiner dans la poussière des caractères hébraïques.
Voyez- vous un de nos prédicateurs, voyez- vous par exemple M. Wilfred Monod, interrogé sur le cas de
Mme S 1, s'accroupissant devant le temple de la rue de
la Victoire et écrivant sur le sol une pensée du pasteur Wagner !
On me répondra : « Nous sommes en Orient. » Soit, mais, tout de même, quand on est dieu, on ne s'adapte pas à ce point au sans-gène oriental. Et puis, que je sache, les muftis et les ulémas ne s'accroupissent pas, ceux-ci restant debout, devant leurs interlocuteurs.
L'attitude de leschou bar-Iossef, attitude assez singulière pour que lohanan bar-Zébadya ait pris la peine de nous la décrire, est une attitude vésanique.
i94 LA FOLIE DE JESUS
Les paranoïaques en présentent souvent d'analogues.
I. Darcanne parle d'un certain D., qui se croyait président de la République et qui, pour se faire comprendre de ses subordonnés^ écrivait du doigt dans l'espace ^
Ces attitudes et ces actes répondent ordinairement, comme le fait remarquer Tardieu, à une préoccupation délirante. Ils ont souvent une origine hallucinatoire.
Les paranoïaques mystiques se prosternent en public^ se tiennent immobiles en fixant un point du ciel, font des signaux à Dieu ou au diable.
II. Max Simon parle d'un jeune homme, qui, interné à Tasile de Blois à la suite d'une tentative de suicide, se mettait à genoux pour obéir à une voix qui lui commandait de prendre cette attitude. En même temps que celte voix se faisait entendre, il sentait, disait-il, une force qui lui pliait les jambes et le contraignait à s'agenouiller '.
Selon Nagaty, les fous religieux se plaisent particulièrement aux signes cabalistiques.
1. Darcanne. Coniribuiion à l'étude clinique des monologues chez les aliénés. Archives de neurologie, 1903, t. XIII, p. 479.
2. Max Simon. Crimes el délits dans la folie. Paris, Baillière, 1886, p. 48.