‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 145 sur 298 · LA MALEDICTION DU FIGUIER · texte numérisé non relu

LA MALEDICTION DU FIGUIER

souffrances et dans les contre-temps qu'il rencontre ! Si c'était vraiment son caractère, fallait-il qu'il s'emportât si fort, parce qu'il n'avait pas trouvé quelques figues pour apaiser sa faim? Maudire ce figuier pour cette raison était un acte de violence et d'emportement aussi déraisonnable que serait celui d'un homme qui jetterait ses meubles par la fenêtre parce qu'il n'aurait pas trouvé son dîner prêt au moment qu'il en aurait besoin ou à l'heure qu'il aurait coutume de le manger.

« Mais, dira quelqu'un, il avait faim et il n'a pu résister à un moment de violence. » Fort bien, en ce cas il devait pourvoir à son dîner pour le temps à peu près qu'il prévoyait qu'il aurait besoin de manger.

« Où était alors Judas, son intendant et son maître d'hôtel, avec son sac d'argent et ses provisions de vivres ? Il fallait qu'il y eut bien peu d'économie dans l'intendant et dans le maître pour que celui-ci eut fondé un déjeuner sur un figuier qu'il voyait de loin. Quoi ! parce qu'il se voyait privé d'un repas de figues sur lequel il avait compté, fallait-il qu'il se vengeât sur un arbre qui n'était pas la cause de son défaut de prévoyance ? Etait-ce parce qu'il était obligé de souffrir la faim plus longtemps qu'il n'avait coutume ? C'est ce que jene saurais croire. Je serais même fâché que ce fut pour cette raison. Les anges ne pouvaient-ils point lui apporter à manger, s'il se trouvait dans un lieu où il ne pouvait en avoir ? D'ailleurs ne pouvait-il pas créer du pain pour lui et pour toute sa suite de même qu*il avait multiplié les cinq pains pour des milliers de personnes qui l'avaient suivi dans le désert? Quelle raison avait-il donc de s^emporter si fort pour n'avoir pas trouvé de quoi manger ? Puisqu'il ne tenait qu'à lui de pourvoir sur-le-champ à la nourriture des autres, il auraijt bien dû pourvoir à la sienne, au lieu d'être si prompt et de se laisser emporter à une telle vio-

lence. Ce qu'il y a de plus fâcheux dans cette circonstance, c'est que ce n'était pas la saison des figues. Jésus devait le savoir avant de s'approcher de l'arbre; s'il eût eu de la raison, il ne se serait pas attendu d'y trouver du fruit; s'il eût eu quelque égard à sa réputation, il aurait eu la prudence de ne pas montrer sa mauvaise humeur pour n'y en avoir pas trouvé. C'était au temps de Pâques que Jésus allait pour cueillir ces figues. Un paysan de la province de Kent s'aviserait-il, dans le temps de Pâques, d'aller chercher des pommes sur les arbres de son jardin ? Si, faute d'en trouver, il était assez sot pour se mettre en colère contre ses arbres et pour les couper, qu'est-ce que ses voisins diraient de lui ? Le moins qu'ils pourraient lui faire serait de lui rire au nez et de le regarder comme un insensé. Si une histoire semblable était mise dans la gazette, un tel honme deviendrait l'objet de la risée publique. Je ne conçois pas comment une action si extravagante de Jésus ne le perdit pas de réputation dans le pays et ne lui attirât pas quelques railleries de la part des Scribes et des Pharisiens; moi-même je ne puis lire cette histoire de sang-froid et un de mes grands étonnements c'est que le peuple n'éclate pas de rire devant nos prêtres et ne démonte leur gravité lorsqu'ils lui racontent ce miracle en chaire et quand ils le lui proposent comme un objet d'admiration ^ »

1. Dietrich von Holbach. Discours sur les miracles de Jésus-^Chrisi, l. U p. 184.

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