‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 148 sur 298 · Ibidem, p · texte numérisé non relu

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VI. Un homme, atteint de théomanie, communique son délire à son frère, puis lui tranche la tête et déclare : a La volonté du Père céleste est accomplie. »

leschou bar-Iossef se livra, lui aussi, à un acte de ce genre. Il frappa à coups de cordes les marchands d'offrandes et les changeurs du temple de Hiérusalem^

1. Les auteurs des évangiles apocryphes nous rapportent certains actes de leschou bar-Iossef enfant qui cadrent parfaitement avec ceux qui sont relatés dans les évangiles canoniques.

Le petit dégénéré qui musarde devant l'atelier d*une vieille potière et réduit ses maquettes en boules, qui s^échappe de la maison paternelle pour saccager une tuilerie et rentre, à la nuit noire, sans avoir rien mangé, qui brûle les draps et mélange les couleurs du teinturier, est bien le même qui, plus tard, obligera sa mère et ses frères à l'aller chercher à Caphamaûm et renversera les cages des marchands et les tables des changeurs du temple.

Mais laissons parler VEnfance de Notre-Seigneur, ouvrage du quinzième siècle, qui se fait l'écho d'anciennes traditions.

Il « advint que Notre-Seigneur regardait une vieille qui faisait doutes {tic} et pots de terre, laquelle vieille lui parla moult rudement disant :

« Va t'en d'ici, garçon mauvais, n'as-tu pas honte de muser ici ? »

Et, quand la vieille fut ôtée de là, Notre-Seigneur prit les doutes qui n'étaient pas cuites et les mit en pures pelottes; et, quand la vieille revint à son ouvroir, elle fut moult ébahie, et spécialement quand elle vit l'ouvrage, qui était gâté, de PEnfant-Jésus. Si s'en alla à Notre-Dame, criant et braillant comme une folle :

m Eh l Madame Marie, dit la vieille, votre fils Jésus m'a fait un très grand dommage I »

Le Yoici maintenant dans la tuilerie :

• Quand les ouvriers se furent éloignés, il se mit à briser tout le travail qui avait été fait depuis quatre ou cinq jours. Marmites, tuiles et pots, rien ne resta entier et Jésus, ayant tout cassé, s'en alla en sa maison.

Or Joseph cherchait son enfant et il avait grand peur à son égard, car la nuit était déjà noire et il ne pouvait pas le trouvera Joseph pleurait amèrement et il disait :

K Qu'est-ce que je ferai, malheureux que je suis ? Où trouverai-je cet enfant? •

Et, après l'avoir beaucoup cherché, comme il était accablé de fatigue, il aperçut TEnfant-Jésus qui revenait vers sa maison, et il le prit et l'emmena avec lui. Et, quand Notre-Dame vit Joseph qui ramenait son enfant chéri, elle éprouva une très grande joie. Et puis Notre-Dame lui demanda doucement et en grande humilité :

« Mon fils, voudrais-tu te reposer ? »

Et il répondit :

• Je voudrais dîner, car je n'ai rien mangé de toute la journée. • Notre-Dame dit alors :

La thora exigeait qu'on n'offrit à lahvé que des choses pures. De là la nécessité de tenir à la disposition desoblateurs, à proximité de rautel,des offrandes dont les cohanim pussent garantir la pureté.

La thora réprouvait la reproduction de la forme humaine et exigeait que les Béné-lsraêl ne fissent acte de soumission qu'à l'égard de lahvé ou de ses représentants. De là la nécessité d'avoir, à proximité des troncs où les Israélites jetaient l'impôt du temple, des changeurs qui leur remissent, contre la monnaie courante, le demi-schekel, pur de l'effigie des césars divinisés.

Marchands et changeurs se tenaient dans l'Âzarath

« Mon flis, ceux que tu as aidés aujourd'hui sont gens bien grossiers. puisqu'ils ne Vont rien donné. »

Jésus répondit :

« Ils ne m'ont rien donné et ils ne m'ont pas offert à diner. »

Et TEnfant-Jésus but et mangea, il alla ensuite se coucher.

Le voici enfln chez le teinturier :

« L'Enfant Jésus s'en alla en la boutique du teinturier et prit tons les draps qu'il trouva et les mit tous dedans une chaudière, qui était pleine de teinture noire, et fit si grand feu que tout fut ars et bruslé. Fuis il prit toutes les couleurs, comme graine d'écarlate, brélitz vert, perse, inde, rouge, azuré, vermillon, minin, encre, blanc de puUe, allumet suscet, et va mettre tout ensemble dans une chaudière, puis s'en alla. •

Après de pareilles algarades, on 'comprend que les Nazaréens aient fait mine de le précipiter du haut d'un rocher lorsqu'il s'avisa de leur déclarer, en pleine synagogue, qu'il était le Maschiah annoncé par les prophètes. La scène dut être particulièrement orageuse si la vieille poUère, le patron de la tuilerie et le teinturier se trouvaient au nombre des auditeurs 1

Georges Lafarge a recueilli l'observation d'un dégénéré de Bicètre qui rappelle singulièrement le leschou bar-Iossef de VEnfance de Holre- Seigneur.

Marc François « va à l'école où on ne peut le garder ; il dérange les autres, fait des tours... Il quitte souvent le toit maternel... Un jour, par malice, il a pris un livre de compte qu'il a Jeté dans le ruisseau. Dans la rue, il quitte sa mère et va de tous les côtés »... Un jour « il a mis le fea à une coupe de bois... Il est menteur. Placé chez un prêtre, on Va trouoé une fois agenouillé dévotement après auoir allumé tous les cierges de la chapelle. Il est clastomane. Au lieu de venir aider sa mère aux Halles, où elle vend des fleurs, il est allé un jour à Bicétre, est resté une heure avec les autres enfants, puis est reparti pour la fête de Gentilly... 11 a couché sur le talus des fortifications. » Georges Lafarge. Une consultation à Bicétre. Thèse de Paris, 1904.

go!m. Les premiers offraient aux pèlerins des bœufs, des agneaux, des oiseaux dans leur cage, pigeons et colombes, du blé, de l'huile, du vin et de l'encens.

Les seconds étaient assis devant des tables supportant des corbeilles de numéraire.

Or, le 3 avril de l'an 31 ^ leschou bar-Iossef, ramassant un paquet de cordes, se mit à frapper ces paisibles commerçants. Voici comment les évangélistes nous racontent la scène :

« Quand leschou fut entré dans le temple'^ », « il trouva des gens qui vendaient des bœufs^ des moutons et des pigeons et les changeurs à leurs tables. S' étant fait un fditet^ de cordes y il les jeta tous dehors ainsi que les moutons et les bœufs. Il sema par terre la monnaie des changeeurs et renversa leurs tables^ » (« et les sièges de ceux qui vendaient des pigeons'^ ») et à ceux-ci il cria :

ff Emportez cela d'ici! Ne faites pas de la maison démon père une maison de marché^! » Et, se substituant aux schottérim, « il ne permettait pas que personne portât un ustensile à travers le temple'^ ».

Il fallait que l'accès fut vraiment terrible pour que les marchands et les changeurs se fussent dispersés devant cet homme chétif. Or de tels accès ne se rencontrent que chez les aliénés. C'était, en l'espèce, le syndrome épisodique de la fureur maniaque au cours d'une folie systématisée.

L'acte en lui-même était « absurde ^ ».

1. leschou bar-Iossef naquit deux ans avant l'an 1 de l'ère vulgaire.

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