ERNEST RENAN
(27 février 1823-2 octobre 1892.)
Ernest Renan fit ses premières études au séminaire ecclésiastique de Tréguier. En 1838 (15 ans et demi), il entra comme boursier au petit séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet. En 1842 (19 ans), il passa au séminaire d'Issy et, en 1843 (20 ans), au séminaire de Saint-Sulpice.
En 1845 (22 ans), il renonça à la prêtrise.
En 1860 et 1861 (37 et 38 ans), il composa sa Vie de Jésus. Pendant deux ans, il garda Touvrage en manuscrit, apparemment pour ne pas compromettre son élection au Collège de France.
Le 21 juin 1862 (39 ans), il y fut nommé professeur de langue hébraïque, chaldaïque et syriaque et, dans sa première leçon, qualifia Jésus « un homme incomparable* ». Cette expression eut le don de mécontenter tout le monde. Cléricaux et anticléricaux se livrèrent à de violentes manifestations. C'était le temps où les descendants des vainqueurs de Fleurus présentaient les armes au disque de pain azyme qui recelait, croyait-on, leschou bar-Iossef. Le gouvernement- du troisième Buonaparte suspendit le cours d'Ernest Renan.
1. « Un homme incomparable, si grand que, bien qu'ici tout doive être jugé au point de vue de la science positive, je ne voudrais pas contredire ceux qui, frappés du caractère exceptionnel de son œuvre, l'appellent Dieu. » {De la pari des peuples sémiliques dans V histoire delà civilisation, Paris, Michel Lévy, 1875, p. 31.)
Plus tard il rappellera « un miracle psychologique ». (Études d'histoire religieuse, Paris, Calmann l.évy, 1880, p. 207.)
Quand on songe à ce qu'était leschou bar-Iossef au point de vue intellectuel et moral, on éprouve je ne sais quelle honte à lire ces phrases sous la plume d'un grand écrivain comme Ernest Renan.
DÉCOUVERTE DE LA FOLIE DE lESCHOU BAR-IOSSEF 309
Un an après, le 23 juin 1863 (40 ans), il publiait la Vie de Jésus. L'ouvrage eut un retentissement énorme. Ce n'était pourtant qu'un roman historique, mais un roman soigneusement documenté et écrit dans un style d'une délicatesse exquise.
Ernest Renan faisait de son héros un philosophe idéaliste à la manière de Platon ou de Plôtinos, un péripatéticien de village, enseignant, près des flots et parmi les fleurs, une doctrine imprégnée d'amour et de poésie.
Malgré cette erreur foncière, il soupçonna la folie :
« Quelquefois on eût dit que sa raison se troublait. Il avait comme des agitations intérieures. La grande vision du Royaume de Dieu, sans cesse flamboyant devant ses yeux, lui donnait le vertige. Il faut se rappeler que ses proches, par moments, l'avaient cru fou, que ses ennemis le déclarèrent possédé. Son tempérament, excessivement passionné, le portait à chaque instant hors des bornes de la nature humaine ^. »