Ibidem, p
trich von Holbach, David Strauss, Ernest Renan, Jean Michon et Ludwig Noack avaient affirmé ou soupçonné la folie. Pour la première fois, Jules Soury en énumèrc les symptômes. Qu'il le veuille ou non, c'est là un titre de gloire auquel il n'échappera pas.
Encore qu'il n'ait pu se libérer des suggestions des apologistes et réfréner en lui l'admiration du succès, encore qu'il continuât à faire un homme de génie du pauvre Nazaréen, il y avait, dans son esquisse, tous les éléments nécessaires pour porter un diagnostic et un diagnostic exact. Or, chose curieuse, ce neurologiste qui devait témoigner plus tard, en écrivant Le Système nerveux central^ de l'étendue de ses connaissances en anatomie et en pathologie nerveuses, n'avait pas, avant de composer son livre, étudié, si ce n'est d'une façon superficielle, la pathologie mentale. Aussi en est-il réduit à traduire en langage scientifique les constatations des évangélistes. Il ne les analyse, ni ne les discute ; il ne les compare pas aux observations contemporaines et il croit avoir assez fait (c'était assurément beaucoup) en présentant les phénomènes observés comme des phénomènes de nature pathologique.
Aussi n'est-on pas surpris de le voir commettre une grave erreur de diagnostic.
Ce qu'on appelait alors les monomanies ^ ce que nous appelons aujourd'hui les paranoïas ou les folies partielles ou les folies systématiques, et spécialement la mégalomanie et la théomégalomanie y n'étaient pas inconnues au moment où parut Jésus et les Évangiles» Elles avaient été étudiées en 1838 par Esquirol, en 1845 par Griesinger et EUinger, en 1852 par Morel, en 1863 par Kahlbaum, en 1865 par Schnell, en 1868 par Sander, en 1874 par Semt et, en cette môme année 1878, par Westphall, de Leidesdorf, de Fristh, Schuele, Emminghaus, de Féaux.
DECOUVERTE DE LA FOLIE DE lESCHOU BAR-IOSSEF 317
Bien plus, Baillarger en 1846 ^ Delasiauve en 1851 ', Falret en 1853 3, avaient établi le diagnostic entre la mégalomanie et le délire des grandeurs de la paralysie générale progressive.
Jules Soury ignorait ces travaux. Comment eut-il, sans cela, fait de leschou bar-lossef un paralytique général ?
Si tant est que la syphilis fut connue en Palestine au premier siècle de Fère vulgaire, si tant est que le fils du charpentier de Nazareth eut été infecté par le tréponème de Schaudinn, accident tout à fait improbable chez un homme qui ne pratiquait pas le coït, il est certain que son affection cérébrale n'était pas une méningoencéphalite syphilitique. C'est ce que je vais démontrer.
I. Le délire de la paralysie générale apparaît ordinairement entre trente-cinq et quarante-cinq ans.
— Or c'est à l'âge de douze ans que leschou bar-lossef se proclama pour la première fois le fils d'Élohim.
IL Dira-t-on qu'il s'agissait d'un cas de paralysie générale infantile hérédo-syphilitique ? L'hypothèse est insoutenable. En effet la paralysie générale, maladie mortelle, dure ordinairement de deux à cinq années. La durée maxima est de douze années, durée exceptionnelle, observée chez les seuls adultes.
— Or la folie de leschou bar-lossef dura au moins vingt et une années, de douze à trente-trois ans, et encore son évolution ne fut interrompue que par l'exécution du malade. Au surplus la paralysie générale infantile évolue ordinairement sans délire, sous la forme démentielle.
D'ailleurs si nous analysons la psychose de leschou bar-