Évangile selon Lévi dit Mallhiùt VL
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tiens était un aliéné. Je ne connaissais alors leschou barlossef que par l'ouvrage d'Ernest Renan et je fus surpris plus que je ne puis dire en constatant que le portrait qu'il en avait tracé ne répondait en rien au modèle. Quelle différence en effet entre le charmant philosophe de la Vie de Jésus et le vagabond hautain, farouche et incohérent des évangiles!
Si rapidement que ma conviction se fût faite, elle n'avait rien de commun avec ce que les philosophes idéalistes appellent une intuition. Elle résultait de comparaisons subconscientes, préparées elles-mêmes par mes travaux antérieurs. Â mesure que je lisais ces biographies s'éveillait, au fond de ma mémoire, le souvenir d'observations psycho-pathologiques que j'avais méditées au cours de mes études sur les religieuses de Port- Royal.
Le fait ne vaut et je ne le signale que parce qu'il constitue une preuve nouvelle en faveur de la thèse que je défends.
Sans avoir lu Paul Dîetrich, David Strauss, Jean Michon, Ludwig Noack, ni Jules Soury, qui peut-être ne s'étaient pas lu entre eux (le livre de Dietrich, en particulier, est presque inconnu), je suis arrivé, par le seul travail de la raison universelle, aux mêmes conclusions que ces auteurs, sinon en ce qui concerne le diagnostic de la psychose du Fils de l'Homme, diagnostic qu'il m'a fallu réformer, du moins en ce qui concerne la nature pathologique de son état mental. J'ai donné cette idée « comme la vigne donne sa grappe ». Elle est sortie des profondeurs de moi-même.
Au surplus je vais faire l'historique des processus à la suite desquels cet ouvrage est né. Rien n'est plus propre à inspirer confiance aux pionniers de l'avenir^ Il n'est pas indifférent qu'on sache que la découverte est
un phénomène simple, qui demande plus de patience que de capacité et plus de travail que de génie.
Je n'eus pas la malechance d'Ernest Renan, je fis mes études dans un lycée, avec une bourse du gouvernement de la République.
Mes goûts me portèrent d'abord vers les poètes, les romanciers, les dramaturges, les sculpteurs, les peintres^ les musiciens; je fus dilettante à souhait et, aujourd'hui encore, quand je relis ou contemple les chefs-d'œuvre, je maudis le sort qui m'empêcha de consacrer ma vie aux choses de la littérature et de l'art.
La littérature et l'art sont le luxe de la pensée. Ils exigent, pour les productions de longue haleine, un capital que je n'avais pas. Il me fallut donc refouler en moi-même mes aspirations vers l'idéal.
Les sciences naturelles occupaient le second plan dans mes préférences. Je résolus d'être naturaliste. Or il n'est, présentement, qu'un moyen d'être un naturaliste complet, c'est d'être médecin. Le médecin va du protozoaire au cerveau de l'homme.
Quelle chose prodigieuse que le cerveau de l'homme 1 Par sa constitution et son mécanisme, par les phénomènes dont il est le lieu, par l'énergie qu'il peut contenir, par l'effort d'adaptation qu'il représente, par les possibilités qui y sont incluses, il mérite l'attention passionnée, non seulement de l'anatomiste, du physiologiste, du psychologue, du médecin, mais de l'ingénieur, du chimiste, de l'historien, de l'artiste. Il résume l'histoire de l'espèce et du règne. Il contient les résidus du passé et les germes de l'avenir.
Une fois arrivé là, je n'en suis plus sorti. Comment produire le beau cerveau, le puissant cerveau, le cerveau créateur, le cerveau qui enfante, qui ordonne, qui civilise et qui fait de la vie terrestre un véritable paradis. On
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créait de si belles fleurs, de si beaux fruits, de si belles races de chevaux. Comment créer Thomme robuste, sain, intelligent, véridique et bon ? Par quels croisements habiles? De quels hommes, de quelles femmes sortaient les hommes de génie ?
J'écrivis La Méthode en anthropologie surnormale * et crus pouvoir, en suivant les règles que j'avais posées, atteindre aux lois de Teugénétique.
Ce fut un labeur énorme. J'ai là, près de moi, classées par lettres alphabétiques, vingt volumes de notes sur les hommes supérieurs. Labeur vain. Je n'ai point pénétré le secret des hérédités cérébrales et j'ai dû renoncer à le pénétrer avec les documents historiques dont nous disposons. Il faudrait, pour chaque créateur, les observations complètes et détaillées de ses ascendants pendant plusieurs siècles. Ces observations, nous ne les possédons pas. Nous ne sommes pas mûrs pour le haras d'hommes: ce sera l'œuvre de demain.
Mais, au cours de ces recherches, une chose attira mon attention. Depuis Tâge de raison, j'étais complètement libéré de toute croyance. Aucune idée religieuse ne me paraissait mériter l'examen d'un homme intelligent. Du diable à Dieu tout me paraissait absurde et j'ajoute qu'il en était de même de beaucoup d'idées et de règles faisant partie de la métaphysique et de la morale officielles.
Or je constatais que ces idées puériles et incohérentes avaient été acceptées, comme articles de foi, par des hommes qu'on pouvait, à d'autres égards, qualifier d'éminents. Je résolus de creuser ce problème et me mis à étudier les phénomènes de suggestion.
Je donnai successivement à la « Revue de l'hypnotisme ^ »
1. Binet-Sanglé. L anthropologie surnormale. « Revue encyclopédique », 1896. La mélhode en anthropologie surnormale. « Anjou médical », 1897.