L'AHBULOHANIE CHEZ LES DÉGÉNÉRÉS
Les vagabonds font partie du déchet social. Leur augmentation est parallèle à l'augmentation de l'alcoolisme.
On en comptait, en France, 2.500 en 1830, 20.000 en 1890, 50.000 en 1899. Il y en aurait aujourd'hui 400.000!
Le progrès du machinisme, invoqué par Alexandre Bérard, ne saurait expliquer une pareille progression. Elle résulte de la dégénérescence de la race sous l'influence de l'alcool. Ce sont les départements où l'on en consomme le plus (Seine, Seine-Inférieure, Nord, départements bretons, sillonnés par les « caqueux », Gironde, Rhône, Bouches-du-'Rhône) qui fournissent le plus de vagabonds; 29 p. 100 d'entre-eux s'avouept fils de buveurs. Ceux qui ne l'avouent ou l'ignorent sont infiniment plus nombreux.
Les vagabonds sont bien des dégénérés. D'après Marty * 27,7 p. 100 auraient une taille inférieure à 1 m. 56.
Sur 400 vagabonds examinés par Bonhôf fer 2, 280 avaient été déclarés impropres au service militaire. Beaucoup sont
1. Marty. Taille et délinquance. Archives d'anthropologie criminelle, 1900, p. S52.
2. BonhOfTer. Leê mendiante et les vagabonds dans les grandes villes. Congrès des médecins aliénistes allemands. Francfori-sur-Mein, 1900.
des hernieux, des variqueux, des débiles intellectuels;, tous, d'après Benedikt, Garafallo et Ferri, des neurasthéniques constitutionnels, des psychasthéniques, des abouliques, des paresseux.
(c Le premier élément constituant du vagabondage, écrit Benedikt, c'est la neurasthénie physique, morale et intellectuelle, qui rend difficile ou impossible aux individus de gagner leur vie par le travail continuel, régulier et spontané. Chez les vagabonds, la neurasthénie morale et principalement la faiblesse de la volonté est dominante *. »
Cette psychasthénie, aggravée par la fatigue et la misère, se traduit par la tristesse, les troubles de la mémoire, l'instabilité mentale, l'incapacité à se livrer à une occupation continue et méthodique ^, incapacité qui se retrouve chez les enfants, les primitifs, les peuplades arriérées, incapacité qui a conduit les Hébreux à employer le même mot assab pour désigner le travail et la douleur et qui fait dire aux Hindous : « Il vaut mieux être assis que debout, couché qu'assis, mort que couché, » et aux Néo-Calédoniens : « Souffrir pour souffrir, mieux vaut mourir que travailler. »
Cette psychasthénie se traduit aussi par la négligence des soins corporels. La peau crasseuse, le poil inculte, les vêtements haillonneux et maculés — univers où le pou, lui aussi, vagabonde — tels sont les vagabonds de nos jours et tel devait être leschou bar-Iossef.
On accepte difficilement dans les usines les gens ainsi accommodés et quand, par hasard, on les y accepte, ils ne tardent pas à reprendre d'eux-mêmes la rue ou la route. La récidive du vagabondage est un phénomène constant.
1. Benedikt. ^/ucfe psychologique el sociologique sur le vagabondage. Son iraiiement. Annales d'hygiène, 1890.