‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 71 sur 298 · Florian et Cavalieri. Vagabonds. Torino, Boccia · texte numérisé non relu

Florian et Cavalieri. Vagabonds. Torino, Boccia

l'ambulomanie chez les dégénérés 87

Au point de vue de Tâge, il y a trois acmés dans le vagabondage :

1® La période qui s'étend de 16 à 20 ans,

2° La période qui s'étend de 25 à 30 ans,

3* La période qui s'étend de 35 à 40 ans.

Chez certains sujets, Tambulomanie survient par accès et présente une certaine périodicité.

Au point de vue des symptômes concomitants, on observe, chez la plupart des vagabonds, Torgueil morbide, le raisonnement enfantin et l'insociabilité ^ 60 pour 100 d'entre eux sont des alcooliques. Beaucoup sont des criminels : 78 pour 100 des récidivistes français de l'année 1890 avaient été condamnés pour vagabondage.

Six pour 100 deviennent des aliénés. Leur prédisposition à l'aliénation mentale se révèle dans leur amour de la solitude : les vagabonds n'ont pas d'amis.

Au point de vue social, on peut distinguer parmi eux le galefretier des villes, décrit par Maxime Gorki, couchant sur les bancs, sous les ponts, dans les carrières ou dans les fours à plâtre, et le vagabond des campagnes chanté par Jean Richepin,

« Roulant en vagabond la grand'route et l'aimant, Travaillant pour manger tout juste et qui préfère, Quand c'est son goût, ne rien manger mais ne rien

[faire 2. »

Manger en ne rien faisant est encore plus de son goût.

Problème difficile à résoudre, mais qui ne rebute point

son ingéniosité naturelle. Et ici nous voyons le besoii^i

de vivre suppléer aux sentiments altriystes et créer de

toutes pièces la solidarité sociale.

1. Mairet. Le vagabondage conslilutionnel. Annales médico-psychologiques, 9* série, tome XIV, 1911, p. 215.

2. Jean Richepin. Le Chemineau, Paris, Fasquelle, 1912, p. 21.

En dépit de leur caractère farouche, les vagabonds ont institué dans les campagnes une franc-maçonnerie errante. Par quelques mots échangés sur le chemin, par quelque graphite laissé sur une porte ou sur un mur, ils se renseignent sur les routes à suivre, les villages hospitaliers, le logis des gens charitables et les mauvais coups.

Le dégénéré ambulomane se retrouve dans les classes riches sous les espèces du « noctambule » et du « globetrotter ».

Marie et Meunier parlent d'un de leurs amis qui, à la façon du « Peer Gynt » d'Ibsen, déambule à travers le monde à la recherche du printemps ou de la neige, suivant son caprice du moment. « Ce vagabond extra-légal, et non moins vagabond pour cela, s'intitule du reste en plaisantant : (c Citoyen de la République internationale des wagons-lits *. » « Plus pauvre, disait l'avocat Laguerre,

j'aurais été vagabond ; plus riche, j'aurais été explorateur 2. »

Le vagabondage est fréquent chez les artistes. Le moyen âge connut les jongleurs, les ménestrels et les troubadours ; le quatorzième siècle, François Villon ; le dixseptième siècle, Charles Coypeau d'Assouci et l'Orphée du Pont-Neuf; le dix-huitième siècle, Nicolas Restif; le dix-neuvième siècle, Paul Verlaine, Maxime Gorki et le chansonnier Yvanoff. Yvanoff, que j'ai beaucoup connu, était un « ambulant de nuit » ; il se levait au crépuscule et errait dans Paris jusqu'à l'aurore. Son visage, qui voyait rarement le soleil, avait pris un ton de vieil ivoire, le teint des prisonniers et des cénobites, et j'ai retrouvé, chez les moines de Zurbaran, la physionomie de mon ami YvanofT.

1. Marie et Meunier. Les vagabonds. Giard etBrière, 1908, p. 22.

2. Mairet. Le vagabondage conslUutionneL Annales médico-psychologiques, 9» série, tome XIV, 1911.

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Un de ces bohèmes, le lyonnais Onésime Loye, comparaissant devant le tribunal de La Châtre sous l'inculpation de vagabondage, répondit en vers aux questions du président :

« Votre nom ? »

— « Ouésime Loye, c'est ainsi qu'on me nomme. »

— « Votre âge ? »

— « Voilà bien cinquante ans que je suis honnête

[homme.»

— « Votre domicile ? »

— « La terre est mon seul lit, mon rideau le ciel bleu. »

— « Votre profession ? »

— « Aimer, chanter, prier, croire, espérer en Dieu. »

— « Vous êtes un homme instruit ; pourquoi n'écrivezvous pas comme vous parlez ? »

— « Hélas ! les éditeurs sont de terribles gens,

<c Qui se montrent pour nous assez peu complaisants. « Quand vous serez célèbre, ont-ils dit, mon cher maître, « Nous nous occuperons de vous faire connaître ! »

Condamné à vingt-quatre heures de prison, Onésime Loye remercia le président dans la langue des dieux :

« O magistrat, merci ! Ton arrêt me sourit.

Car pendant un grand jour je vais être nourri * ! »

Beaucoup de vagabonds sont en même temps des mystiques ou, si l'on veut, beaucoup de mystiques aiment à mener la vie des vagabonds. C'est même à ce goût qu'est dû, en partie, le succès des pèlerinages.

Les moines brahmaniques et bouddhiques, les essénîens, les évangélisateurs, Constantinos en Russie, Winfried en Germanie, Dyonisus II dans les Gaules, Augustinus II en Grande Bretagne, les gyrovagues, les sara-

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