Ibidem, p
L'intoxication des neurones par les poisons de la puberté est une des principales causes de l'accès. Aussi, chez les enfants, la fugue s'accompagne-t-elle fréquemment de masturbation paroxystique.
Voici une observation où Ton retrouve, concurremment à la fugue, le caractère de leschou bar-lossef enfant, tel qu'il nous est décrit dans les évangiles apocryphes.
I. E. D., parisicD, né en 1871, est âgé de i3 ans et demi. Au moment de sa naissance, il était petit et chétif. « Dès Tâge de 2 ans, c'est-à-dire presque aussitôt qu'il commença à marcher et à parler, se manifestèrent des penchants anormaux vers la méchanceté. Il se plaisait à tourmenter ses parents, à les in- . quiéter, se faisant chercher partout, cachant des objets, ameutant les voisins par ses cris quand on ne voulait pas satisfaire ses caprices... Il cherchait à mordre, à égratigner ses parents, les personnes qui rhabillaient ou voulaient l'embrasser. Plus tard, il se battait volontiers avec d'autres enfants de son âge et parfois même s'attaquait à de plus grands. » Il se plaisait à donner des crocs-en-jambe aux passants et jeta un jour, de cette façon, un garde-pêche à la rivière. A Técole, où on le mit à Tâge de 6 ans, tout le monde le redoutait et le maître avait toutes les peines du monde à le maintenir : douceur, fermeté rien n'y faisait.
Dès 7 ans, il commença à manifester des idées d'indépendance. Il flânait au lieu de fréquenter l'école ou en allant faire des commissions. Ses absences devinrent de plus en plus longues et bientôt il fallut aller le chercher le soir dans les rues. Une nuit, à 1 heure, on le ramène d'Alfortville. Quelque temps après, on le découvre, après trois jours de recherche, tel leschou bar-lossef à Hiérusalem, dans un coin de Paris, sale, déguenillé et mourant de faim. Un peu plus tard, il fait une fugue de 38 jours : on le retrouve à Fontainebleau. On finit par l'enfermer dans une maison de correction*.
Dans l'observation suivante, les fugues sont associées
1. Paul Moreau (de Tours). La folie chez les «n/b/z/s. Paris, Baillière, 18S8.
à divers symptômes que j'ai relevés ou relèverai chez leschou bar-Iossef, savoir : la sitiophobie, les hallucinations diaboliques, le mutisme, les impulsions ictomaniaques.
II. X., âgé de 19 ans, entre à la maison de santé de Ville- Evrard, en janvier igoS, avec le diagnostic de « dégénérescence mentale ».
On relève chez lui trois accès de sitiophobie.
C'est un masturbateur invétéré.
D'une intelligence bornée, « il n'a pu faire ses études ni rester chez ses patrons ».
Il est taquin, querelleur, violent, grossier en paroles et en actions.
Dès son enfance, il a fait preuve d'une religiosité intense, passant ses journées dans les églises et s'esquivant pour aller jouer de l'orgue ou sonner les cloches. Il a voulu se faire prêtre.
On relève chez lui des idées persécutives et des hallucinations : il voit le diable, qui lui prédit sa mort prochaine ; il a de& sifflements d'oreilles qu'il explique en disant : « C'est Dieu. »
Il présenta un accès de mutisme qui dura plusieurs mois.
Il est sujet à des impulsions, au cours desquelles il casse les carreaux à coups de poings ou à coups de tête.
Un soir de juillet 1901, après quelques excès sexuels, il part et arrive vers minuit dans une ville située à i5 kilomètres de sa demeure.
Un an après, il repart à pied et fait 20 kilomètres en pleine nuit. On l'arrête au moment où il allait prendre un train. Il explique cette fugue par un accès de colère.
Une autre fois, il passa la nuit à errer dans une forêt.
Il renouvelle à plusieurs reprises cette escapade nocturne, ne rentrant chez lui qu'à 7 heures du malin.
Entin il prend, sans billet, le train pour Rouen, où on le retrouve, quatre jours après, dans un poste de police *.
1. Maurice Ducosté. Les fugues dans les psychoses et les démences. Archivée de neurologie, 1907, pp. 127 et 128.