Évangile de lohanan bar-Zébadya^ II
bois de nopals, descendit, par un sentier abrupt, dans une vallée entourée de collines plantées d'oliviers, où des daims s'enfuient à l'approche du voyageur^ suivit, entre des rochers calcaires, un chemin tortueux et, ayant ainsi franchi six kilomètres, arriva à Cana.
Un coteau, une vallée plantée d'orge, et c'est, au bord du chemin, la fontaine du village de Geth, où un autre fou mystique était né, le nabi lona bèn-Amitthaï.
Le voyageur s'élève, par de longues pentes couvertes d'herbages, jusqu'à l'un des points culminants de la Galilœa. Il redescend, par des collines étagées, couvertes de lins roses, de pâquerettes et de marguerites jaune pâle, et plonge jusqu'aux genoux dans l'épaisseur des foins, d'où s'envolent les papillons, les libellules et les sauterelles. « Sous l'infinie floraison rousse des graminées, les lointains ont des tons changeants de gorge de tourterelle et la seule chose éclatante, dans ce pays aux nuances si uniformément discrètes, c'est là-bas, à d'imprécises distances, la tache blanche des neiges de THermon ^ »
Cependant, au-dessus de l'horizon, s'élèvent la chaîne de la Gaulanitis et les croupes de l'Asalmanus, et voici qu'apparaît, dans l'écrin de ses montagnes, le lac de Tibérias.
Dépoli par la brise printanière, il étincelle comme un tapis de turquoises et de diamants. Sur la croupe de ses promontoires et dans l'ombre de ses golfes, parmi les parcs et les jardins qui se confondent, au nord et au sud, avec l'arboie du Jordanes, des « cités charmantes » ^, des bourgs et des villas éclatent sur un fond de verdure bleuâtre, pareilles à des incrustations de nacre dans un cadre de lapis. Plus de deux cents barques sont amarrées dans ses criques ou sillonnent ses eaux.
3. Pierre Loti. La Galilée, Paris, Calmann Lévy, 1896, p. 68. 2. Caïus Piinius Secondus. Histoire Naturelle^ V.
LE VAGABONDAGE ET LES FUGUES CHEZ lESGHOU 435
La Palestine, en ce temps-là, était bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Elle était boisée, feuillue, ombragée, relativement fraîche. Mais il n'est pays si pittoresque qui résiste longtemps à Tégoïsme et à Timprévoyance des sémites ^ Sur les flancs de TAtlas, où j'écris ces lignes, les Arabes ont ravagé la forêt. Ils ont rasé ces superbes montagnes d'aussi près qu'ils se rasent le crâne, que dis-je ? ils les ont épilées comme un pubis de mauresque, car ils fabriquent du charbon avec les racines^ si bien que la terre végétale, n'étant plus retenue par la main profonde de l'arbre, a été emportée dans le lit des oueds. Sans l'occupation française, le pays était voué à la mort: il fut sauvé par nos gardes forestiers.
La Palestine n'eut pas cette chance. Protégée contre les Juifs par ces envahisseurs salutaires qui, en soustrayant la forêt au pillage, provoquèrent cette lamentation de Irmeyahou : « Nous avons payé le bois que nous avons brûlé*! » elle tomba sous l'administration turque. Or les pachas et les baylers-beys se soucient moins de la beauté des paysages que du luxe de leurs maisons fermées. 11 suffit, pour avoir à domicile la fraîcheur du feuillage et de la source, de donner des ordres à la kehaya-cadine accroupie sur le tapis du harem. Qu'importe la parure de la montagne et l'avenir du pays !
a Comme les forêts n'appartiennent à personne, écrit Mislin, celui qui veut faire sa petite provision pour la saison des pluies se rend à la montagne avec un ou deux ânes, il met le feu aux herbes et aux bruyères desséchées par les ardeurs de l'été et laisse courir l'incendie jusqu'à ce qu'il soit arrêté par des torrents ou des rochers. Il
L Qu'on ne me soupçonne pas d'antisémitisme. Je constate, je ne blAme point. Nos frères d'Orient ne sont pas plus responsables de leurs défaut que nous ne le sommes des nôtres.