‹ La folie de Jésus (volume 2)Chapitre 95 sur 298 · Talmud de Hiérusalem, Biccurim, I · texte numérisé non relu

Talmud de Hiérusalem, Biccurim, I

Les plaines étroites qui séparent le lac des montagnes et où Ton ne rencontre plus aujourd'hui, parmi les coulées de lave durcie et les blocs de basalte noir, que le tamaris, le laurier-rose, le câprier épineux, le buis et les roseaux, ces plaines sauvages où errent des troupeaux de buffles, étaient couvertes de champs, de vergers, de jardins et de vignes arborescentes. A Tibérias, on mangeait des figues et des raisins pendant dix mois de l'année et les melons y mûrissaient un mois plutôt qu'à Damascus et à Ptolémaïs.

Plus nombreux qu'aujourd'hui, les cygnes, les pélicans gris, les canards sauvages, les grèbes, les céryles mantelés de blanc et de noir se jouaient au-dessus des eaux, plongeaient ou se posaient par bandes sur les écueils. Là où Ton n'entend plus que le roucoulement de la tourterelle et le bourdonnement des moustiques, on entendait la chanson du laboureur, le bruit de la rame et de l'épervier.

Dans ce lac charmant, en forme de cithare, long comme le lac de Lugano, large comme le lac de Garde et qui étale, à 212 mètres au-dessous du niveau de la mer et sur une profondeur moyenne de 45 mètres, ses eaux transparentes, ici célestement azurées, là d'un bleu grisâtre et moiré comme celles du lac de Neufchâtel, on péchait abondamment le Capoeta damascina^ le Barbus Beddomiij (une sorte de carpe,) le Chroniis SUnonis et le Chromis Andrœ^ deux variétés de perches, dont l'une, dite pater familiaSy porte ses œufs et ses petits dans sa gueule, enfin le Clarias macracanthus^ qu'on appelait communément « le poisson qui crie ».

Aujourd'hui le chacal a remplacé l'homme des champs, l'alcyon a remplacé le pêcheur.

En quittant Nazareth pour Capharnaûm leschou barlossef obéissait à deux sentiments.

LE VAGABOIYDAGE ET LES FUGUES CHEZ lESGHOU 139

Le premier est analogue à celui que nous signale Biaute chez un vagabond qui, après avoir parcouru le Morbihan, Tllle-et- Vilaine, la Mayenne, la Sarthe et la Loire- Inférieure, était venu échouer dans son asile : « Il devint un sujet de moqueries et de tracasseries constantes de la part des gens de son pays. C'est ce qui l'engagea à partir de chez lui et à prendre les grands chemins... Ses parents se sont lassés de lui pour sa conduite incohérente, pour son inaptitude au travail ^ »

Le second sentiment était le besoin de faire des prosélytes, d'attirer la multitude, de trouver de nombreux adorateurs. Or le pourtour du lac de Tibérias était la région la plus peuplée de la Galilœa.

Longtemps, du haut des cc^lines, il dut contempler le spectacle qui s'offrait à ses yeux. Il était plein d'un espoir sans bornes. Cependant que les alouettes se levaient sous ses pas, cependant qu'elles lançaient en plein azur leur ariette de joie délirante, il dut être soulevé par l'enthousiasme des (c Béatitudes ». La même émotion qui avait fait apparaître devant lui, dans le désert de Judœa, « tous les royaumes de la terre » lui fit peut-être étendre les bras au-dessus des agglomérations riveraines, en criant à lahvé, son père :

« Voici ton royaume et il est à moi ! »

Il s'engagea sur les pentes ombreuses, parmi les affleurements de basalte et, à mesure qu'il descendait, Tibérias, la résidence du tétrarque, se précisait à ses yeux, avec ses épaisses murailles, son palais et ses jardins.

Cette ville, construite sur une nécropole dont on avait bouleversé les tombeaux, inspirait de la répugnance aux orthodoxes. Elle n'était guère habitée que par des cour-

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