Évangile $elon Lévi dit Malthia, VU
LES ACCÈS INTBLLBCTUELS IBl
une assemblée comme la Chambre française permet de comprendre ce phénomène.
11 s'y trouveacluellement* trois grands orateurs, Georges Clemenceau, Aristide Briand, Jean Jaurès.
S'ils occupent le premier rang dans le monde parlementaire, ce n'est point, si grande qu'elle puisse être, en raison de leur intelligence* Il est des députés qui n'ont pas moins d'esprit que Clemenceau, pas moins d*habileté que Briand, pas moins de profondeur que Jaurès.
Qu'est-ce donc qui fait la distinction oratoire de ces trois hommes ?
C'est qu'ils joignent à leurs qualités intellectuelles de rares qualités émotives et sentimentales^.
Il faut entendre la voix âpre, mordante, impérieuse de Clemenceau aller de Tinsinuation malicieuse à l'interrogation inopportune et à l'exclamation impertinente. Il faut voir étinceler ses prunelles dans son masque éburnéen. Il faut le voir pétrir l'argument entre ses doigts nerveux, écarter les bras comme pour s'offrir tout entier à l'objection impossible, se ramasser sous l'attaque, tel un dogue prêt à bondir. Il faut le voir, après la mêlée, chercher du regard Tennemi silencieux et, cependant qu'une ironie triomphante soulève sa moustache mongole, retenir entre ses dents et tremper dans je ne sais quel curare le mot aigu et décisif.
Il faut entendre la voix grave, profonde, musicale, veloutée d'Aristide Briand répandant sur la aalle hostile ou irritée la résignation et la quiétude. Il faut le voir, la tête inclinée, se promener derrière la tribune, avec la lassitude et la sérénité d'un vieil amiral sur la dunette d'un vaisseau de haut bord. Il faut le voir écouter les bruits de l'assem-