‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 131 sur 410 · Cette page fut écrite en · texte numérisé non relu

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8, Autrement dit, un orateur e9t, avant tout, un artiste, un mystique : on Ta dit de Gladstone, et c'est bien cela.

blée, lui imposer silence d^un geste de la main et tendre tout à coup vers l'adversaire, dans un mouvement d'une spontanéité admirablement jouée, un long bras indulgent et accusateur.

Il faut entendre la voix de Jaurès, ample, puissante, tumultueuse, murmurant comme le torrent, roulant comme une avalanche, éclatant comme le tonnerre, s'élançant sans savoir où elle se posera, suivant le flot de la pensée, telle une frégate ou un albatros, luttant avec l'ouragan, s'enlevant dans la tempête, se perdant dans Pembrun, la brume et la nuée, et réapparaissant tout à coup, avec un joyau sur chaque plume, dans un rayon de soleil ! Il faut le voir le monstre, comme eût dit Âiskinès *, se pencher vers les ministres, ironique et indiscret, laisser pendre au-dessus de l'hémicycle ses bras nonchalants, offrir à l'assaut son torse athlétique, paralyser du geste les interrupteurs et les sidérer de la voix, échafauder en pleine bataille, comme un palais de rêve, une bastide de raisonnementSy essuyer sur son front, où elle perle sans cesse, la sueur des sublimes genèses, plier sous le faix du monde qu'il conçoit, de la société qu'il imagine, de l'humanité qu'il crée, s'arc-bouter sur la tribune comme Antéios soulevant Atlas, la saisir tout à coup comme pour l'arracher et la jeter sur rassemblée, la battre violemment de ses paumes et de ses poings, puis se redresser, se cambrer, se hausser, s'essorer, lever vers la coupole sa face enflammée et y lancer à pleines mains des périodes éblouissantes ! Spectacle prodigieux, qu'on ne connut même pas au temps des Philippiques et des Catilinaires, et que seule avait pu nous donner jusqu'ici la reine des Révolutions*!

1. Aiskinès parlant de Démosthénès : « Que diriez-vous si vous aviez vu le monstre, etc. ».

2. C'est un orateur de génie, pour le moins égal à Mirabeau et à Danton, mais il faut l'entendre. Les discours imprimés sont des fleurs des-

On se rend compte alors ce qu'est l'éloquence et quel rôle jouent, dans la conquête des foules, le sentiment, rémotion, la passion^ le timbre de la voix, les transformations de la physionomie, la composition des attitudes, la gymnastique affolante du geste, tout ce qu'il reste d*animal et de barbare dans l'humanité.

L'éloquence peut même se passer de la pensée. Que Fémotion, que la passion recouvre Tignorance, l'incohérence, l'absurdité, le délire, ce sera encore de l'éloquence. Ce ne sera plus celle de Clemenceau, de Briand ou de Jaurès, mais ce sera celle de leschou bar-Iossef , de Thomas de Villeneuve, de Vincente Ferrer, de Pierre l'Ermite, ce sera cette éloquence viscérale où, selon l'expression de François de Sales, « le cœur parle au cœur ».

Bêchées, qui ont presque tout perdu de leur couleur et de leur par- Tum.

1. « Lorsque la passion m'entraîne et fait couler à pleins bords le torrent de mes paroles, je ressens physiquement des transports aussi vifs que si je pressais une femme adorée dans mes bras. » Berryer.

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