XI. Et, sur la croix, il s'écrie
« Élohim I Elohim I pourquoi m'us-tu abandonné ^ ! »
Ainsi jusqu'à son dernier jour, ainsi jusqu'à sa dernière heure, le fils du charpentier de Nazareth, abandonné, renié, menacé, arrêté, condamné, flagellé, crucifié, affirme qu'il est le fils, Tenvoyé, le truchement d'un dieu !
Qu'est-ce donc — je le demande — que cette conviction qui résiste à lout et à la mort même, sinon l'idée fixe, des mégalothéomanes, l'erreur primordiale des fous congénitaux et héréditaires, des aliénés constitutionnels et incurables?
Ah ! en dépit des légendes dont les mystiques postérieurs les alourdirent, quels admirables documents que les évangiles ! Quels observateurs que les ignorants, lorsqu'ils sont sincères ! Ici point d'idées préconçues, point d'interprétations tendancieuses, point d'inductions incertaines, des faits, des actes, des paroles, les plus topiques, les plus convaincantes, rapportées en toute simplicité.
Les francs-maçons, les libres penseurs, les gens de lettres et les gens du monde, et, dans Tétat actuel de leurs sciences respectives, les historiens, les exégètes, les linguistes et les psychologues peuvent douter de Thisloricité des évangiles canoniques. Mais, sous peine de renier les travaux de tout un siècle, il est une catégorie de savants que ce doute ne saurait assaillir, ce sont les médecins, ce sont les aliénistes.