‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 262 sur 410 · Évangile de lohanan bar-Zébadya, II · texte numérisé non relu

Évangile de lohanan bar-Zébadya, II

Selon lui, le Ti i(x.o{ xal <x.o{ de Tévangéliste lohanan bar-Zébadya signifie : « Qu'est-ce que cela te fait et à moi aussi? »

M. Emile Faguet, qui représente à TAcadémie française Torlhodoxie catholique, n'hésite point à appeler à la rescousse le directeur de conscience de Messieurs de Porl- Royal.

Ce dut être, pour Fombre de Le Maistre de Saci, une bien grande surprise que d'être ainsi évoquée, à trois siècles de distance, par un académicien polygraphe, polychresthe et mondain.

« Qu'y a-t-il entre toi et moi ? » eût-il pu dire à M. Emile Faguet, à moins que, dépouillant tout h coup sa gravité janséniste, il ne lui criât avec un rire macabre :

a Qu'est-ce que cela te fait et à moi aussi?»

Je succomberais sous la double attaque du solitaire et de sa pythonisse, si je n'avais pour moi des gens aussi redoutables et non moins austères que Le Maistre de Saci et que M. Emile Faguet.

Aujourd'hui tous les exégëtes traduisent comme Eugène Ledrain Ta traduite la phrase incriminée, et cette phrase, ils la connaissent bien, ils la retrouvent, avec le même sens irrité, en divers endroits de l'Ancien Testament. M. Emile Faguet, qui discute volontiers de omni re scibili et quibus^ dam aliisy veut-il me permettre de le conduire à travers cette littérature hébraïque qu'il ne parait pas mieux connaître que les Commentaires de César?

Dans les Juges, Iphtah envoie des messagers au roi des Bénê-Ammon, avec ces mots : « Qu'y a-t-il entre toi et moi pour que tu viennes me combattre dans mon propre pays ^ ? »

Dans Schémouël, Abischaï bén-Çérouya, ayant manifesté son intention de décapiter un certain Schimeî, qui injuriait

X* Juges f XI.

David, le roi calma en ces termes son zèle intempestif :

« Qu'y a-t-il entre vous et moi, ô les benê-Çérouya ? S'il m'injurie, c'est que lahvé lui a donné cet ordre : « Injurie David * ! »

Le prophète Éliyahou s'installe chez une veuve de Çarépha, dont le Tils, peu après, tombe gravement malade :

« Qu'y a-t-il entre nous, ô homme d'Élohim? disait la mère au nabi. Tu serais donc venu chez moi pour me punir de mon péché et pour faire mourir mon fils^ ! »

Dès lors on comprend que le bon Godet, chrétien fervent et apologiste convaincu du Nazaréen, écrive, après Bœumlein, au sujet de l'apostrophe de Kana : « Jésus se voit dans le cas de repousser Tinfluence que sa mère prétend exercer sur lui ^ ».

Ce h quoi Luthardt ajoute, non sans mélancolie :

« C'est pour elle le commencement d'une douloureuse éducation. »

Quant au mot pvai (femme), qui est le centre et la pointe de l'apostrophe, M. Emile Faguet n'en fait aucune mention. Ce n'est pourtant point ainsi, j'imagine, qu'on traite sa maman sur le quai Conti.

a Le sens de la phrase, dit Alfred Loisy, locution hébraïque dont il y a nombre d'exemples dans les deux Testaments, est très net : Jésus dit à sa mère qu'il n'y a rien de commun entre eux^. a

La locution hébraïque à laquelle Alfred Loisy fait allusion est nMah H vâlâk l » On peut la traduire par une des suivantes : « Ce n'est pas ton affaire I » c< Mêle-toi de ce qui te regarde "* ! » ce Laisse-moi tranquille ! » « Fiche-moi la paix ! »

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