Évangile selon Lévi dit Mallhia^ XXIII
2. Friedlander. Les pharisiens et les gens du peuple. Revue des études juives, 1886, t. XIII, p. 33.
la lutte à outrance contre les Romains et glissant le poignard dans la main des kanaïm ^
Les saddoukim.
Les saddoukim (sadducéens) constituaient, dans la peuplade juive, le parti aristocratique. Ils se groupaient autour de ces vieilles familles, riches et honorées, où se recrutaient les principaux cohanim. Orgueilleux, réservés, méprisants, farouches, ils ne se voyaient qu'entre eux. Il s'en tenaient à la thora, sans les additions des pérouschim. Â leur encontre, ils croyaient au libre arbitre et repoussaient les mythes des anges, de Timmortalité de l'âme, de la résurrection et du jugement dernier. La religion leur paraissait surtout bonne pour le peuple, mais^ comme leur situation reposait sur elle, ils pratiquaient pour donner le bon exemple. Il existe encore, en Anjou et en Bretagne, beaucoup de sadducéens. Ils se conformaient d'ailleurs, dans leur pratique religieuse, et souvent même dans leur activité publique, aux décisions des pérouschim, dont ils reconnaissaient Tinfluence.
Riches, ils veillaient à ce que rien ne vînt compromettre l'autonomie du judaïsme et la paix romaine, également nécessaires à la conservation de leurs honneurs et de leurs biens.
Familiarisés par le pouvoir avec les réalités politiques, ils ne dédaignaient point d'apprendre la langue et d'adopter les mœurs des goïm,et ne demandaient qu'à vivre en bons termes avec les i)rocuraleurs.
1. Cohen. Les Pharisiens. Paris, Calmann-Lévy, 1877. Edouard Montet. Essai sur les origines des partis pharuien et saddtieéen. Pans, Fischbacher, 1883.
368 LA FOUE hZ JÉSUS
De leur côté, les goïm allaient à eux, parce qu'ils étaient la tête de celle peuplade théocratique, où seul le clergé possédait un crédit sufQsant pour entrer en relation avec les souverains étrangers.
Ces orthodoxes, ces opportunistes, ces conservateurs redoutaient — on le conçoit*^ plus que tout au monde, les illuminés qui se disaient « le Maschiah », « le roi des Juifs » ou refusaient de payer le tribut du césar. Ces gens-là suscitaient des émeutes et nécessitaient des répressions où risquait de sombrer la situation des saddoukim. D'ailleurs ils ne croyaient pas au Maschiah et, très durs dans leurs jugements, — les mœurs molles, remarque Montesquieu, sont voisines des mœurs féroces, — se montraient prêts à anéantir qui prétendait Têtre.
« Le Sémite moderne qui ne croit plus qu'à la richesse et qui répète avec TEccIésiaste : « Tout est vanité ! », le banquier israélite qui ne pense qu'à gagner et à jouir, le Juif millionnaire, qui est le roi de la Bourse et de la finance, est un parfait saducéen. Il reprend la tradition antique ; aristocratique et bourgeois tout ensemble, sans foi, sans convictions, sans espérances, il a renié le vieux pharisaïsme de ses pères, et il est Tincarnation moderne du saducéisme triomphante »
Les béné-Liévi.
Moscbé avait confié les fonctions du culte, remplies avant lui par les chefs de famille, à la tribu de Lévi. On distinguait, dans cette tribu, les cohanim (prêtres) et