Mischnâ, Aboth, III, 2 ; Zevachim, IX, 3 ; Idioth, II
874 LA POLIB Dl JÉBUB
nim les plus influents de Hiérusalem. Il prit le parti de les* obou biir-IoBsef ;
Nikodémos bèn-Gorion» parouscb puissamment riobe. Il défendit lescbou bar-lossef;
Bën^Kalba^Schéboua, un des trois bommes les plus ricbcfs de Hiérusalem ;
Bèn-Tsitsit Hakkassat, un des trois hommes les plus ricbcs de Hiérusalem, célèbre par son luxe ;
lohanan bèn-Iobanan;
Dorotbéos bën-^Nathanaël ;
Tripbôn bèn-Tbeudion ;
Cornélius bèn-Kéron.
Les frères Lémann, Juifs convertis au cbristianisme et devenus prêtres, voient, dans le grand sanbédrin du temps de lescbou bar-Iossef, une assemblée d'hommes « corrompus ^ », « sans valeur morale ^ » et « indignes de leurs fonctions ^ ». Cette appréciation, qui valut à leurs auteurs, outre la bénédiction du pape Fcrretti, la vente de trois éditions de leur ouvrage, dépasse vraiment toute mesure. Les frères Lémann eux-mêmes consacrent ime notice à chacun des sanhédrinites sur lesquels des renseignements nous sont parvenus. Or ces renseignements, que j*ai fidèlement résumés, ne peuvent être considérés comme défavorables, par les plus rigides de nos moralistes traditionnels, que pour six d'entre eux:
Hanania bèn-Nebedaï, gourmand ;
Iscbmaël bèn-Phabi, efféminé et capricieux;
Hanan bèn-Hanan, sévère dans ses jugements ;
Schémouël Kakkaton et Onkelos, mosaïstes fanatiques ;
Dora, assassin.
De ces six-là, les Lémann concluent aux soixante et
1. 2. 3. Les abbés Lémann. Valeur de rassemblée qui pronoTn:a la peine de mort contre Jésus, Paris, i'ouBaielguc, 1876, pp. 67 et 86.
LBS AOCUtATIORfl W iM JUGES 3TH
onze. C'est là une belle induction I Bt puis, vraiment, un juge ne peut^ii être gourmand, efféminé, capricieux ou sévère, sans être pour cela « corrompu », « sans valeur morale » et a indigne de ses fonctions ? » Si, dans notre Cour de Cassation, on ne rencontre que ces défauts-là et dans la même proportion, nous pouvons nous vanter d*avoir une fameuse magistrature !
En revanche, les frère* Lémann oublient, au moment de formuler leur appréciation, les savants lonathan bèn-Uzziel et Éléâzar bèn-Parta, le sage lohanan bèn-Zakkai, le clairvoyant Hanania, le perspicace Ischmaël bèn-Elischa, le conciliant Hanania bèn-Chiskia, le noble Gamliel !
C'est à croire, comme certains Tont prétendu, que les plus fougueux antisémites se recrutent parmi les Juifs I
IV. La beth-dîn. — Dans le grand sanhédrin, une chambre mixle, composée d'éléments empruntés aux trois sections, la belh-dîn (maison de justice), présidée par le sûgân^ qui prenait pour la circonstance le titre de ab belh^dîn (père de ia maison de justice), élait spécialement chargée des affaires criminelles.
Toutefois les plus importantes d entre elles et tous les crimes religieux étaient jugés par le grand sanhédrin en séance pléniëre. Les peines étaient Texcommunication, la prison, la flagellation et la mort.
Depuis la conquête romaine^ le grand sanhédrin ne pouvait se réunir pour une affaire capitale sans Tassentiment du procurateur ou de son représentant. En cas de condamnation, le procurateur revoyait Taffaire et faisait, s'il le jugeait bon, exécuter la sentence ; on craignait que les juges ne manquassent d'impartialité pour les romanisants.
La populace juive n'attendait pas toujours la décision du magistrat des goïm. C'est ce qui arriva pour laâkob barlossef, frère de leschou, et pour le ieschouite Stéphanos. Ils
furent lapidés immédiatement après le verdict sanhédrinal, et sans que ce verdict eût été rectifiée par le procurateur.
Dès rorigine, la tente où se réunissaient les soixante-dix juges avait étéaccollée à la tente delahvé, à TOêl mohed. Lorsque la peuplade se fixa et que le temple fut construit, le grand sanhédrin siégea dans son enceinte ou à son voisinage, dans le Xystus ou aux Hauouioth.
Les sanhédrins provinciaux.
Outre le grand sanhédrin, il existait :
1® dans la principale ville de chaque tribu, un sanhédrin de vingt-trois membres, dont onze devaient appartenir à des professions différentes;
2<* dans chaque bourg d'au moins cent vingt familles, un sanhédrin de sept membres assisté de deux benê-Lévi ;
3"* dans les petits villages, un sanhédrin de trois membres.
Les sanhédrinites des provinces étaient choisis ou ratifiés par le grand sanhédrin, qui envoyait trois de ses membres leur donner Tinvestilure par l'imposition des mains. Ce geste, que l'Eglise a conservé, passait pour infuser la Rouah d'Élohim.
Les sanhédrins provinciaux étaient présidés par le chef de la synagogue, représentant le cohen ha gadol. Ils administraient celle-ci, ainsi que le municipe. Assistés de greffiers et de policiers, ils jugaient, à l'entrée principale de Taggloméralion, les affaires religieuses, fiscales, commerciales ou correctionnelles de leur circonscription et condamnaient à la fustigation ou à Tamende.
Dans les cas litigieux, les juges en appelaient du sanhédrin du bourg à celui de la tribu et du sanhédrin de la tribu au grand sanhédrin.
Letétrarque de Galilœa, Hérodès Antipas.
Après la mort d'Hérodès le Grand, la Palestina, devenue pays de protectorat romain, avait été divisée en quatre petits royaumes sémitiques ou tétrarchies, dont trois avaient été confiés à des fils de Tlduméen.
Au temps de leschou bar-Iossef, la Galilœa-Péraea, qui rapportait deux cents talents (un million cinquante-six mille francs), était gouvernée par Hérodès Antipas, fils d'Hérodës le Grand et de la Samaritaine Malthakeh.
Hérodès Antipas était un homme faible, paresseux, cauteleux, voluptueux et cruel. Sa situation dépendait des Romains, qui le protégeaient contre les incursions des Arabes. Aussi leur prodiguait-il les marques d'un dévouement qui allait jusqu'à la bassesse et à la servilité. De sa capitale, Kinnéreth, il av«iit fait une ville païenne et lui avait donné le nom de Tibérias, pour flatter Timpérator.
Les chefs des pérouschim n'en jouissaient pas moins d'un grand crédit à sa cour, le tétrarque ne pouvant que favoriser des gens qui détournaient ses administrés de toute préoccupation temporelle.
En revanche, il voyait d'un mauvais œil les prédicateurs errants. Instruit par l'insurrection galiléenne de lehouda (de Gamala), il n*hésitait pas à les faire emprisonner ou mettre à mort. C'est ainsi que lohanan le Baptiseur tomba sous le cimeterre d'un de ses bourreaux. Des espions bénévoles, les hérodiens^ intéressés au maintien de la tétrarchie, se chargeaient de surveiller ces perturbateurs.
378 LA FOUS Dt jrtetts
Le procurateur de Judœa, Pontius dit Pilatus.
La Judtea ne resla pas longtemps dans la famille d'Hérodès le Grand. Les Romains, s'étant sans doute aperçus que le plus sûr moyen d^assurer la paix palestinienne était <l*exercer une surveillance étroite sur la ville sainte et sur son temple, transformèrent cette province en province romaine*
Dès lors, jointe à la Samariaetàridumœa, elle futadmi^ nistrée par un procuraior cœsaris^ magistrat de Tordre équestre, placé sous Tautorité du légat de Syria, et résidant César8ea*-de-la-mer.
Le procurateur était une sorte de vice-roi, à la fois trésorier général) commandant militaire et préteur. La première de ces fonctions était la plus importante. Il surveillait la tenue du cadastre et des listes de cens, concluait avec les sociétés de publicains les contrats pour la ferme des impôts, remplissait les fonctions d'inspecteur et de receveur de la ferme, payait ses employés et ses soldats, se payait lui-même et envoyait à Roma la différence.
Des troupes asiatiques, mais non juives, des troupes syriennes ou iduméennes, encadrées par des officiers asia^ tiques, cinq cohortes et une ala de cavalerie, environ trois mille hommes, veillaient à oe que rien ne troublât ces Opérations.
L'une des cohortes tenait garnison à Hiérusalem, dans la forteresse Antonia, d'où elle surveillait le temple. Les contribuables récalcitrants, les iahvéisles fanatiques, les nationalistes irréductibles, les prétendants au trône de David et les anarchistes en un mot les kanalm étaient déférés au prétoire. Le procurateur se chargeait de les
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mettre à la raison. C'était à cela que ae réduisait ses fonctions déjuge.
Pour le reste, il s*ea remettait aux tribunaux juifs.
Toute la politique romaine tient dans ces fonctions du procurateur. Elle se résumait en ceci : Faire rentrer le tribut sans complications. Quant à la justice intégrale, comment s*cn serait-elle inquiétée cette nation qui vivait de la conquête, c*est-à*dire du vol à main armée et en grand ?
Pour ménageries susceptibilités des Juifs en ce qui con^ cernait la ville sainte, le siège du gouvernement avait été fixé h Césarsea-de^la-mer. Mais le procurateur avait soin de se rendre à Hiérusalem, avec son escorte, pour les trois grandes fêtes de Tannée, tout au moins pour la Paskhâ. Sa présence y était alors absolument nécessaire. De même qu'en Algérie, pendant les premiers temps de Toccupation française, chaque printemps voyait éclore des illuminés envoyés par Allah pour chasser les Boumis, de môme chaque Paskhâ attirait à Hiérusalem des envoyés de lahvé prêts à jeter les Romains à la mer. Ceux-ci prenaient alors les mêmes précautions que prennent aujourd'hui les Turcs à la Mecque et les Anglais à Bénarès. La police secrète, les « explorateurs » redoublaient de vigilance, des piquets étaient placés à chaque entrée de Taire sacrée, le gros des troupes était consigné dans TAntonia, et le procurateur, logé au centre même de la forteresse, dans le palais d*IIcrodès le Grand, sous la protection de ses légionnaires, faisait préparer des instruments de supplice. C'était, en effet, au moment delà Paskhâ qu'on exécutait les condamnés à mort, toute condamnation de ce genre devant être ratifiée par le procuraior cxsaris.
Lors de la Paskhâ de Tan 33, Tempereur des Romains était Tibérius Claudius Néro, le légat de Syria Pomponius FiaccuB, le procurateur de Judœa Pontius dit Pilatus.
380 LA Fpl.IE DE JÉSUS,
Pontius dit Pilatus (rhomme au pilum), appartenait à une de ces vieilles familles du Samnium — la gens Ponlia — qui constituaient, à côté de l'aristocratie romaine, une noblesse de second rang où se recrutaient les comités ou amis du césar, les équités ittustriores, qui venaient immédiatement après les patriciens, et de hauts magistrats, comme les procurateurs. Pontius portait le titre de praeses, qu'on réservait aux personnages consulaires.
C^était un homme sensé, énergique, respectueux de la raison et de la justice, ayant le sentiment très vif des responsabilités de sa charge, sans aucune méchanceté, mais autoritaire, violent, brutal, opiniâtre, un administrateur au tempérament de soldat, comme Rome en voulait et en avait besoin aux marches de son empire.
Il méprisait profondément les Juifs. Leurs dogmes, leurs rites, leurs superstitions, leurs querelles religieuses lui paraissaient complètement absurdes. Il les redoutait plus encore, connaissant par expérience leur tempérament anarchiquc, leur insolence et leur entêtement, connaissant aussi la richesse et la puissance des huit mille « iahoudis » installés à Roma, dans le Suburra et le Translévérus.
Ces gens, aptes à tout vendre, étaient capables de tout acheter. Intelligents, astucieux, patients, sachant flatter les gouvernements et les dominer, dédaigneux des morales aryennes, libres des préjugés qui affaiblissaient le Romain, ils constituaient, dans la capitale de l'immense empire, une force mystérieuse et redoutable, contre laquelle on ne pouvait rien, et avec laquelle Timpéralor lui-même était obligé de compter.
Pontius n'aimait pas venir à Hiérusalem. D'ailleurs il devait sa carrière à l'antisémite Séjanus, favori de l'empereur.
Gouverneur sans bienveillance, il était aussi sans clairvoyance et sans habileté.
Une nuit, il fait entrer ses troupes dans Hiérusalem avec
leurs enseignes ornées du médaillon deTibérius découvert, et les fait fixer telles quelles aux murs des casernements de TAntonia. Or, il était d'usage de voiler, dans la ville sainte, afin de ménager les susceptibilités des Juifs, ces médaillons auxquels les soldats romains offraient des sacrifices et des libations.
En voyant aux façades du palais de leurs princespontifes rimage de Tempereur-dieu, les adorateurs de l'Unique s'émeuvent, s'indignent, injurient les vexillaires, convoquent les habitants des campagnes et se rendent en foule à Césaraea-de-la-mer, pour lui demander au procurateur de faire disparaître ces icônes, qui sont un outrage pour le dieu des Juifs. Mais Pontius ne veut rien entendre, craignant lui-môme d'ofTenser l'empereur. Ce que voyant, les Juifs décident de ne point quitter la place avant d'avoir fait céder le goï. Pendant six jours, le représentant du césar supporte la présence de leur foule hurlante aux abords de son palais. Enfin, à bout de patience, il leur fait dire de se rendre au cirque, où il va leur faire connaître sa décision. Cette décision était qu'on allait les passer par les armes, s'ils ne retournaient au plus vite à Hiérusalem. De fait, les légionnaires les entourent, tirent leur glaive et se préparent à exécuter les récalcitrants. C'était mal connaître ces gens « à la nuque dure ». Ils se jettent à terre, tendent la gorge et s'écrient qu'ils préfèrent la mort à la violation de leur loi. Abasourdi, Pontius envoie l'ordre d'enlever les médaillons.
Un peu plus tard, en véritable Romain soucieux d'améliorer le pays conquis, il s'avise que Hiérusalem ne reçoit pas assez d'eau et décide de construire un aqueduc de plusieurs centaines de stades, aux frais de la ville. Mais le budget de la ville se confond avec le korban^ le trésor du temple, et l'argent du temple est sacré. Qu'est-ce à dire? Cet argent qui fournit à la table somptueuse du cohen ha
gadol ne pourrait être employé à des travaux d'utilité publique I D^autorité Pontius prélève la somme néces*^ saire,eo schekels sacrés, dans les coffres du dieu des Juifs. Exaspération des cohanim, des bcnô-Lévi, des saddoukim, des pérouschim, du grand sanhédrin, soulèvement populaire. Derechef, les Juifs se rendent en foule à Gésaraea-de la-mer et injurient le procurateur, qui fait disperser les manifestants à coups de bâton.
Une autre fois, il fait suspendre dans le palais de TAn^ tonia, dont il avait fait sa résidence, des boucliers votifs sur lesquels se détachoit, en lettres d'or, le nom de Tibérius, c*est^à^ire consacrés au césar comme à un dieu. Cette fois, les Juifs se plaignirent à Tibérius lui-même qui fit reporter les boucliers à Césarœa-de-Ia-mer.
On dirait, à lire lossef bén-Malthia, que c'était, chez Pontius Pilatus, un dessein arrêté d*abolir la loi juive. Rien de plus faux, évidemment. Pontius se moquait de la loi juive comme de ses premières tablettes. Seulement il ne voulait pas que la loi juive Tempéchât d'appliquer les règlements militaires, de meubler ses résidences comme il l'entendait et de faire ce qu'il croyait être de la bonne administration.
Ce rude homme ne se doutait pas que la bonne administration coloniale consiste essentiellement à tenir compte des préjugés des indigènes.
Cette conception erronée de ses devoirs et de ses droits finit par causer sa perte.
Son protecteur, Séjanus, tomba en disgrâce, puis, le 18 octobre 3i, fut assassiné. Tibérius, qui changeait le moins possible ses gouverneurs, estimant que « les mouches repues sont moins dangereuses $ur le corps d'un blessé », finit par se désintéresser de Pontius Pilatus. Dès lors celui*ci ne pesait plus lourd dans la main de son chef direct. Il était à prévoir qu'au premier incident fâcheux
le légat de Syria se débarrasserait du procurateur de Judœa. Cet incident eut lieu en l'an 36, trois ans après l'exécution de leschou bar-Iossef.
Cette année-là, un fou mystique annonça aux Samaritains qu'il allait leur faire voir des vases enterrés par Mosché sur le Garizim. Il est probable que cette montagne sainte était, comme le Moria, Tobjet d'une surveillance spéciale et que c'était à y assurer Tordre qu'étaient destinés les mercenaires syriens casernes dans le bourg voisin de Tyrabatha. Quoiqu'il en soit, les Samaritains crurent devoir assiéger ce bourg, avant d'aller admirer les vases. Le procurateur ne pouvait qu'intervenir. Mais il le fit avec sa brutalité habituelle. Il lança sa cavalerie et son infanterie sur la montagnei dispersa les fanatiques et Qt tran-> cher la tête aux principaux d'entre eux. Indignés par cette exécution sommaire, les zékénim samaritains se rendirent auprès du légat de Syria, qui releva Pontius de ses fonctions et l'envoya à Roma pour se justifier.
Sur ces entrefaites, Tibérius mourut. Son successeur, Caligula, qui débutait par une réaction accentuée contre les idées et les préférences de son prédécesseurs exila le procurateur de Judaea à Vienne, dans les Gaules.
Ces détails étaient nécessaires pour faire comprendre l'attitude de Pontius Pilatus dans le procès de leschou bar-lossef.
1. Ollivicr. Ponce Pilule el les PonHl. Revue biblique internationale, 1896.