‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 386 sur 410 · Pactet et Colin. Les aliénés devant la JasUee^ p · texte numérisé non relu

Pactet et Colin. Les aliénés devant la JasUee^ p

l\ffaihe ieschou bar-iossef au prétoire 495

blés discours de révangiie johanique ne peut être rangé parmi les aliénés taciturnes.

Comment donc expliquer son silence au grand sanhédrin, au prétoire, au palais d'Hérodès? Comment expliquer que ce prédicateur inlassable n'ait prononcé qu'une quinzaine de phrases depuis son arrestation jusqu'à son dernier soupir.

L'épanchement pleurétique ne saurait, à lui seul, rendre compte du phénomène. 11 y eut certainement autre chose: Ieschou bar-Iossef a fini dans la stupeur.

La stupeur primitive des aliénés, que Sauvages appelait la « mélancolie de surprise » et Pinel « Tidiotisme » est une complication fréquente des folies systématisées. Elle est provoquée par une émotion violente et soudaine, surtout par la frayeur.

« L'importance des émotions vives, brusques et surtout tristes et effrayantes dans la production de la stupidité, est si remarquable qu'elle a été généralement comprise par tous les artistes qui, voulant représenter la douleur, lui ont donné Tattitude de la stupidité ^ » Une hémorragie ^ ou une maladie microbienne en facilite la production. Elle apparaît souvent à la suite d'une période d'excitation marquée par des hallucinations, des actes absurdes, dcis paroles incohérentes.

Or Ieschou bar-Iossef, atteint d'un épanchement pleurétique vraisemblablement de nature tuberculeuse, venait de traverser une période d'excitation, marquée par son entrée triomphale à Hiérusalem, par des discours inintelligibles, par la malédiction du figuier et par des voies de fait contre les marchands et les changeurs du temple. Il venait d'avoir une attaque d'angoisse avec hématidrose et hallucination,

1. Baillarger. Recherches êur les maladies mentales, Paris, Germer-Baillière, 1890, p. 186.

suivie de toute une série d'émotions violentes. Arrêté dans une bagarre, traîné devant Hanan bèn-Scheth, souffleté par un des schottérim, il a été condamné par le grand sanhédrin, il a été injurié, couvert de crachats, frappé à coups de poing et à coups de bâton par la foule juive. Il a subi Tinterrogatoire impressionnant du procurateur. Le tétrarque de Galilaea l'a fait affubler d'un accoutrement ridicule et il est revenu, sous les huées, au prétoire, où il s'est entendu condamner au supplice de la croix. Vraiment il n'en fallait pas tant pour provoquer chez un fou mystique un accès de stupeur.

La stupeur primitive consiste, selon moi, dans une sorte de dislocation, de désagrégation, d'émiettement fonctionnel de la colonie corticale, dans le tétanos d'un certain nombre de prolongements neuroniens, dans la formation de neuro-diélectriques au sein des conducteurs nerveux. 11 en résulte une altération considérable des fonctions intellectuelles. La sensibilité interne, l'ouïe, la vue sont affaiblies ; le sujet est comme engourdi. Ses images et ses idées sont vagues, confuses, évanescentes. Baillarger rapprochait l'état de stupeur de l'état de rêve ^ Affaiblies également la mémoire, l'association des représentations, la synthèse mentale. Le malade n'a plus conscience du temps, du lieu, des circonstances, des personnes qui l'entourent. Affaiblis, ralentis enfin l'imagination, le raisonnement, l'activité volontaire. Dans Tétat de stupeur, disait un malade d'Esquirol, « mon intelligence est nulle, je ne pense pas, je ne vois et n'entends rien ; si je vois, si j'apprécie les choses, je garde le silence, n'ayant pas le courage de répondre ; mes sensations sont trop faibles pour qu'elles agissent sur ma volonté ^ ».

1 . Baillarger. De Vitat désigné chez le$ eUiénés soui le nom de elupidUé, Annales médico-psychologiques, 1848.

3. Esquirol. Des maladies mentales, Paris, Baillière, 1838, t. ii, p. 227.

l'affaire ieschou bar-iossef au prétoire 497

« Tout est marqué chez le plus grand nombre des malades au coin de la confusion et de Tobtusion intellectuelle, écrit Dagonet, et si le délire existe, ce n'en sont, pour ainsi dire, que les germes et les éléments ; on ne l'observe, en un mot, qu'à l'état informe K »

Le stupide « conçoit avec difficulté les questions qu*on lui fait et n'y répond qu^avec peine ou pas du tout... Il ne paraît prendre aucun intérêt à ce qui se passe autour de lui ^. »

Parfois ce désintéressement est dû à ce que le malade est absorbé par des idées délirantes, des illusions ou des hallucinations confuses. « Quelques éclairs de réaction craintive sillonnent cette atmosphère ténébreuse ^. »

Les yeux sont grands ouverts et fixes, les pupilles dilatées, le regard atone, inexpressif, flottant, le visage pâle et flasque, la physionomie étonnée, inerte, hébétée, abrutie, la respiration etle pouls diminués, la température abaissée, les mouvements faibles ou nuls, la parole hésitante, les réponses le plus souvent monosyllabiques.

Figé dans une attitude immuable, le sujet obéit sans résistance et en chancelant aux mouvements qu'on lui imprime, mais il ne répond pas aux excitations ^. On dirait, écrit Delasiauve, un homme qui assiste «en automate à une bataille ou à un spectacle ^ ». La peau peut être complètement insensible.

La stupeur est fréquente chez les paranoïaques.

« Chez les monomaniaques, écrit Etoc-Demazy, la stupidité ajoute à leur immobilité ordinaire, à leur indifférence

1. Dagonet. De la êtupeur dans /es maladies mentales. Annales médicopsychologiques, 1872, 6* série, t. vn, p. 170.

3. Louyer-Villermay, Article Slupiditi du DicUonnaire des sciences médicales, LUI, 67.

8. Delasiauve.S/ap/d/Zé. Journal de médecine mentale,1861 ,t.I,pp. 904 et 387.

4. Dagonet. De la stupeur dans les maladies mentales. Annales médicopsychologiques, 1872, t. VII, p. 161.

6. Delasiauve. Du diagnostic différentiel de la lypimanie. Annales médico* psychologiques, 1861, p. 889i

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pour Ie<) choses étrangères âux idées qui dominent dans leur pensée. Quelquefois leur attention parait recouvrer la faculté de se fixer sur l'objet de leur délire ; ils semblent faire des efforts pour rompre le lien qui arrête leur intelligence ; ils laissent échapper quelques mots et retombent dans leur inertie habituelle K »

C'est ainsi que je me représente leschou bar-Iossef devant le grand sanhédrin et devant le procurateur. Et je ne suis pas le seul. Avec une clairvoyance singulière, le Père Ollivier décrit en ces termes THomme-^Dieu devant ses juges :

« Replié sur lui-môme, il ne voyait ni n'entendait rien, et, bien qu'il eût momentânémetit les mains libres, suivait sans résistance les mouvements qu'on lui imprimait, véritable agneau conduite la boucherie^. »

Voici quelques observations de stupeur primitive :

I. Une jeune fille do vingt-deux ans, à la suite d'une commotion morale, entre à la Salpétrière avec les symptômes suivants : « pâleur générale, Air hébété, nuUe réponse aux questions qu'on lui fait, indifférence pour les personnes et les objets environnants. » L'accès passé, « elle dit qu'elle entendait bien les questions qu'on lui adressait, mais que ses idées venaient en si grand nombre et si confusément qu'il lui était impossible d'en rendre aucune^. »

II. Pendant la Commune de Paris, un homme, soupçonné d'espionnage pour le compte des Versaillais, est arrêté par les fédérés. Il craint d'être fusillé et sombre dans la stupeur, il est incapable de tout effort et répond bravement aux questions qu'on lui pose *.

1. Etoc-Demazy. De la êlupidité considérée chez les aliénés. Thèse de Paris, 1835.

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