‹ La folie de Jésus (volume 3)Chapitre 46 sur 410 · V çoXaxîj · texte numérisé non relu

V çoXaxîj

14. Soleiman Nagaty. Contribution à Cétude de la folie religieuse. Thèse de Paris, 1886.

En effet :

1® Elles ne présentent point le caractère de la baltologie des illettrés ;

2® Elles ne se rencontrent pas dans la partie narretive des évangiles, alors qu'elles abondent dans les discours de leschou bar-Iossef, aussi bien dans ceux qui nous ont été rapportés par les évangélistes selon lohanan dit Markos et Lévi dit Matthia, que dans ceux que transcrivit le « disciple aimé ».

Quoi! dira-t-on, les évangélistes auraient sténographié les discours du mégalothéomane ! Sténographié, je ne vais point jusque-là. Mais je suis convaincu qu'ils ont écrit sur rheure certaines phrases de ses discours. Cette notation immédiate, servie par une mémoire incomparable, devait être dans les habitudes des Juifs. On ne voit guère, sans cela, comment ils eussent pu recueillir les argumentations méticuleuses de la Mischnâ, des targoumim et des guémarâs. Qu'un disciple fervent, que lohanan bar-Zébadya, par exemple, se soit fait le secrétaire du Fils d'Élohim, cela ne cadre-t-il point avec la nature admirative et passionnée des mystiques? Ne les avons-nous point vu, depuis lors, reproduire fidèlement les extases parlantes de Juana dite de la Croix et de Maddalena dei Pazzi et d'Élie Marion ? N'avonsnous point vu les dévots du vingtième siècle publier, mot pour mot, les vers amorphes d'Henriette Couesdon récités pourtant avec une hâte fébrile ?

Qu'on songe, au surplus, aux rabâchages incessants des paranoïaques qui, parvenus à la période d'état, vont répétant sans cesse les mêmes propos, et l'authenticité des discours rapportés par les évangélistes paraîtra moins improbable.

Quant à moi, ma conviction est faite. La logorrhée écholalique prêtée à leschou bar-Iossef par ses biographes est tellement caractéristique, elle est si parfaitement sem-

l'association des représentations 55

blable à celle dont les mégalothéomanes assaillent leurs inlerlocu leurs et surtout leurs adversaires, que je considère les passages cités plus haut comme la reproduction intégrale des propos du Nazaréen.

Sur ces treize accès d'écholalie :

le premier, le deuxième et le troisième éclatèrent dans un moment d'émotion que trahissent les paroles elles-mêmes;

le cinquième et le treizième furent provoqués par les Hiérusalémites orthodoxes, qui le menaçaient de mort, parce qu'il avait violé le Schabbath et se disait le fils de lahvé ;

le sixième, le septième et le quinzième apparurent pendant la crise d'excitation qui marqua son dernier séjour à Hiérusalem, où il sentait son arrestation imminente et où il 8*épuisait en vains discours ;

le huitième fut provoqué par les sophérim et les pérouschim, qui lui réclamaient un signe du ciel attestant sa messianité;

le neuvième par une observation de Schiraéôn bar-Iona qui lui rappelait, peu de temps avant sa tentative désespérée sur la capitale juive, que les apôtres avaient tout abandonné pour se joindre à lui ;

le dixième eut lieu pendant la visite nocturne de Nikodémos bèn-Gorion, membre du grand sanhédrin.

Tout ceci concorde avec les données de la clinique. Les accès d'écholalie éclatent sous Tinfluence de la fatigue et des émotions, en particulier de l'inquiétude, de l'angoisse, de la terreur, de la tristesse, du découragement et du désespoir.

L'incohérence.

Chez les hommes normaux les idées s'associent d'une façon presque identique. La pensée va, par exemple, du coq

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à la plume (rapport de subordination), ou du coq à la bassecour (rapport de surordination), ou du coq à la pintade, à la rigueur du coq à Tâne (rapports de coordination); elle ne va point du coq à Saturne ou à Vénus.

L'homme chez qui la pensée fait de pareils sauts est atteint d'incohérence.

L'incohérence peut exister dans le langage, sans exister dans la pensée. Il en est ainsi chez les aprosexiques, qui oublient d'exprimer certaines de leurs idées, et chez les maniaques, dont la pensée est si rapide que le langage ne peut la suivre et doit couper au plus court.

Il importe donc de distinguer Vincohérence apparente ou par élision et Vincohérence vraie^ due au non-développement, à Tobnubilation ou à la destruction d'un certain nombre de neurones mnésiques.

Ces deux sortes d'incohérences se rencontrent chez les paranoïaques religieux, qui sont, pour la plupart, des plagiocéphales, des porencéphaliques, des cicatriciels du cerveau.

Dans l'étude qui va suivre, les vides du langage sont marqués par le signe Q et les vides de la pensée par le signe m. J'appelle ces signes points d'incohérence.

LES INCOHÉRENCES PRÊTÉES A lESCHOU BAR-IOSSEF

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