‹ La folie de JésusChapitre 13 sur 171 · I. — La paradosis · texte numérisé non relu

I. — La paradosis

La plupart des hommes d'action répugnent à écrire,

Les exaltés et les énergumènes qui prennent part à une campagne religieuse, s'ils songent jamais à rédiger leurs mémoires, ne le font du moins qu'après la bataille ou quand l’âge les oblige au repos. Les disciples d’Ieschou bar-lossef éprouvaient d’autant moins le besoin d’écrire qu'ils croyaient proche la fin du monde.

Aussi, pendant vingt, trente ans peut-être, les actes et les paroles du nazaréen ne furent conservés que dans les mémoires, mais dans ces mémoires exercées d'illettrés que nous transmirent, intacts en leur prosodie, les védas, les poèmes homériques et les poèmes arabes‘, dans ces mémoires sémitiques qui prennent l'empreinte et la gardent comme le rouleau du phonographe, dans ces mémoires de

1. Gieseler. Ueber die Entstehung and die frühesten Schichsale der schüftlichen Evangelien, 1818.

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mystiques impressionnables, pour qui les moindres paroles et les moindres gestes du rabbi avaient la valeur des paroles et des gestes d'un dieu.

Au témoignage de Papias, homme d’esprit médiocre ‘, d’après Eusebios (Eusèbe), et par conséquent peu inventif, homme antique *, d’après Eirénaios (Irénée), c'est-à-dire attaché à la tradition, qui exerçait, dans la première moitié du n° siècle, les fonctions d’évêque en Phrygia, à Hiérapolis, ville où avait résidé l’apôtre Philippos * (Philippe), ce furent les cerveaux des disciples Schimeôn (Simon) dit La Pierre ou Pierre, laäkob (Jacques), Iohanan (Jean), Matthias (Matthieu), Theoma (Thomas), Andréas (André), Philipposlui-même, Aristion et Iohanan le presbytre‘ qui constituèrent la première bibliothèque évangélique. Ce furent ces disciples qui, les premiers, tout en anhonçant, à l’exemple de leur maître, la bonne nouvelle (ëv &yye10v, évangile) du royaume de Dieu, rapportèrent les actes et les paroles d’Ieschou bar-[ossef.

Selon le même Papias, l'évangile oral ou parado-

sis persistait encore de son temps parallèlement aux écritures.

1. cypdëpamtxpoc tov vouv. Eusebios, Histoire ecclésiastique, II, 3.

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