Hérodotès, III, p
° 2. Justus Lipsius, De la croix, II, VIL
« On l’attache, dit La Condamine, avec des lisières à la ceinture, au-dessous des genoux et vers la cheville du pied ; on lui lave la main gauche avec un petit linge trempé dans de l’eau qu’on dit être de saint Pâris. J’observe que les cicatrices de ses mains, qui m’avaient paru récentes au mois d'octobre dernier, sont aujourd'hui bien fermées. On essuie la main gauche, après l’avoir humectée et touchée avec une petite croix de saint Pâris, et le directeur (le père Timothée) enfonce, en quatre ou cinq coups de marteau, un clou de fer carré de deux pouces et demi de long au milieu de la paume de la main entre les deux os du métacarpe qui répondent aux phalanges des troisième et quatrième doigts. Le clou entre de plusieurs lignes dans le bois, ce que j’ai vérifié en sondant la profondeur du trou.
« Après un intervalle de deux minutes, le même prêtre cloue de la même manière la main droite, qu'on mouille ensuite avec la même eau.
< Françoise paraît souffrir beaucoup, surtout de la : main droite, mais sans faire un soupir ni aucun gémissement ;.… elle s’agite, et la douleur est peinte sur son visage. On lui passe”plusieurs livres et une petite planche sous le bas pour le lui soutenir à différents endroits et aussi la tête ; on lui met un inanchon dans le dos.
« A7 h.1/2, on cloue les deux pieds sur le marchepied. avec des clous carrés de plus de trois pouces de long. Ce marchepied est soutenu par des consoles ; il ne coule point de sang des blessures faites aux mains, mais seulement d’un des pieds et en petite quantité. Les clous bouchent la plaie.
< A7 h. 3/4, on soulève la tête de la croix à trois ou quatre pieds de hauteur ; quatre personnes la soutiennent ainsi pendant quelque temps ; on la baisse ensuite et on appuie le haut de la croix sur le siège d’une chaise, le pied de la croix restant à terre.
« A7 h. 45,on élève la tête de la croix plus haut, en l’appuyant contre le mur, à la hauteur de quatre pieds ou quatre pieds et demi au plus.
« À 8 h. 1/4, on retourne la croix de haut en bas, et on l’incline en appuyant le pied de la croix contre la muraille à la hauteur de trois pieds seulement, la tête de la croix posant sur le plancher... Cette situation a duré un quart d'heure.
«A8 h. 1/2, on couche la croix à plat, on délie les sangles et les bandes de lisières dont le corps de Françoise était serré dans la précédente situation, apparemment pour que le poids de son corps ne portât pas sur les clous des bras; on lui soutient la
tête et le dos avec des livres. Tous ces change- "ments se font à mesure qu’elle les demande. > — Elle délire et parle avec volubilité.
« À 8h. 3/4, elle fait relever sa croix, la tête appuyée contre le mur, à peu près de quatre pieds à quatre pieds et demi. » Elle se plaint de souffrir de la main droite.
« À 9h.20,elle fait reposer sa croix à plate terre.
« À 9 h. 40, elle la fait relever contre le mur, le pied en avant, à quatre pieds de distance.
« À 10 heures, on couche Françoise attachée à sa croix, on lui ôte les clous des mains, on les arrache avec une tenaille ; la douleur lui fait grincer les dents; elle tressaille sans jeter de cri. Les clous dont
on s'était servi jusqu'ici pour cette opération étaient très aigus, ronds, lisses et déliés. Aujourd’hui, pour la première fois, c’étaient des clous carrés ordinaires... Les mains, surtout la droitesaignent beaucoup...
« À 10 h. 12,on élève la croix de Françoise dont les pieds étaient encore cloués ; on l’appuie contre la muraille plus haute qu'elle ne l’avait encore été, et presque debout. J’ai déjà dit que les bras étaient détachés. Les pieds portaient à plat sur le marchepied... |
« À 27 minutes, Françoise demande à boire; on lui donne du vinaigre avec des cendres qu’elle avale.
« À 35 minutes, on la recouche avec la croix : il y avait plus de trois heures et demie qu'elle y avait été attachée. »
Lorsqu'on arrache les clous des pieds, elle « éprouve les mêmes symptômes de douleur que lorsqu'on lui a décloué les mains. »
L'autre convulsionnaire, la sœur Marie, avait été déjà crucifiée une fois.
« Les cicatrices sont bien fermées et à peine apparentes. On la couche sur la croix, elle dit qu’elle a peur ; on voit qu’elle retient ses larmes ; elle souffre cependant avec courage qu’on lui cloue les mains. Au second clou des pieds et au second coup de marteau, elle dit: « Assez. » On n'enfonce pas le clou plus avant. Les clous bouchent la blessure ; on ne voit point de sang couler.
« A9h. 25, on incline sa croix en l’appuyant contre le mur à la hauteur de quatre pieds...
« A 9h. 46,sa voix s’affaiblit, ses yeux s’éteignent, elle pâlit et dit : « Je me meurs, ôtez-moi vite. » Tout le monde paraît effrayé. Elle se fait ôter les clous des pieds, le sang coule ;on l’étendà terreeton ôte les clous des mains.On dit qu’elle a la colique ; on l’emmène hors de la chambre. Elle était restée attachée à la croix environ vingt-cinq minutes. J'ai remarqué qu'on ne l’avait point liée à la croix par le corps, comme Françoise, apparemment parce que cette précautionétait inutile pour Marie, dont la croix ne devait point être retournée de haut en bas. »
Enfin du Doyer de Castel raconte en ces termes le crucifiement d’une troisième convulsionnaire, la sœur Rachel :
La croix « était droite, assez inclinée pour être appuyée contre la muraille. Rachel était en croix depuis un quart d’heure. Elle avait les mains clouées presque horizontalement et les bras assez peu étendus pour que les muscles n’eussent pas une tension fatigante. Elle est laide, petite, brune et âgée de trente-trois ans ; ses pieds et ses mains rendaient un peu de sang ; sa tête était penchée, ses yeux fermés ; la pâleur de la mort peinte sur son visage. Les spectateurs voyaient couler une sueur froide qui les effrayait... Je m'approchai de Rachel, et je lui demandai pourquoi elle fermait les yeux ; elle me répondit qu'elle faisait dodo. Cet état de crise dura un quart d'heure ; peu à peu la sueur se dissipa ainsi que la pâleur. Les yeux de Rachel s'ouvrirent : elle nous regarda d’un air riant, bégaya quelques