‹ La folie de JésusChapitre 40 sur 171 · Évangile selon Lucanus, Il · texte numérisé non relu

Évangile selon Lucanus, Il

fondée par Hérodès le Grand en l’honneur de son frère Phasaël, et, en huit heures, atteignaient Hiérichus (Jéricho), + la ville des Palmes ». :

Le quatrième jour, ils allaient en six heures de

Hiérichus à Hiérusalem par une chaleur étouffante, due à la dépression de la vallée du Jordanes. Ce voyage conservait ‘pendant toute sa durée, un caractère religieux. Le joùr on chantait, comme dans les trains de Lourdes, les cantiques des pélerinages (psaumes 120 et 124); le soir, on récitait le psaume 124, qui était l'hymue de ‘la fn du jour. (C est l’origine de nos complies.)

Pas plus qu’à Scythopolis, les pèlerins n'entraient à Hiérichus, ville infectée de païens. Ils campaient dans sa banlieue, parmi les palmeraies, les champs cultivés et les jardins.

De la « Ville des palmes » à Hiérusalem on traversait une longue plaine aride et pierreuse, puis la route s'élevait rapidement et s’enfonçait entre deux murailles presque verticales de rochers. « La montée de plus en plus raide, dit Stapfer, n’était par moments qu’un véritable escalier taillé dans le roc. On était entouré de sommets dénudés et crevassés. De temps à autre, dans un. gouffre béant, à une grande profondeur, se montrait le torrent de Cédron argenté comme un filet d'écume :.»

Dans cette campagne sèche et aride, çà et là, blanchoyaient des tombeaux.

On arrivait ainsi à Béthania. Hiérusalem était

1. Edmond Stapfer, Jésus-Christ avant son ministère. Fischbacher, 1896, p. 63.

LES PÈÊLERINAGES D'IOSSEF ET DE MIRYAM 73

encore cachée par le mont des Oliviers. Mais, dix minutes après, la colline gravie, le splendide panorama de la ville, dominée par son temple gigantesque, se déployait sous les yeux. Une muraille épaisse, haute de 39 mètres et garnie de 60 tours, protégeait la capitale du monde juif qui, bâtie sur des montagnes, sur le Sion et le Moryah, entassait ses cubes de pierre blanche.

Les voyageurs descendaient un sentier oblique, traversaient le vallon de Gethsémani, passaient le Cédron et, cinq minutes plus tard, pénétraient dans la ville par la porte des Brebis.

Hiérusalem était la principale ville de la Judæa,

. province annexée à la Syria et gouvernée par un

procurateur romain, auquel le fanatisme religieux et le tempérament anarchiste des juifs donnaient fort à faire.

Sa population, qui était normalement de 60.000 à 80.000 personnes, s’élevait pendant la paskhâ d'une façon extraordinaire et, bien que les habitants fussent tenus de loger les pèlerins, moyennant la peau des agneaux immolés pendant la fête, bien que les pèlerins s’entassassent jusqu'à vingt dans la même chambre, les nazaréens devaient être souvent obligés d'aller camper au dehors sur le mont des Oliviers.

Le mot hébreu pésakh — les galiléens disaient paskhd, d'où notre nom de pâque — signifie passer outre, épargner. Cette fête avait été primitivement une fête du printemps, des rameaux et des fleurs. Dans la suite, on avait pris l'habitude d’y commémorer une épidémie qui avait décimé les enfants des égyptiens en épargnant ceux des juifs, lesquels

occupaient un ghetto dans le delta, ainsi que leur fuite hors d'Égypte.

La paskh4â durait sept jours, du 14 au 21 nisân (avril).

Les nazaréens devaient s'arranger pour arriver à Hiérusalem le 13 nisân.

Le lendemain, 44, à midi, la fête était annoncée à son de trompe.

Les nazaréens se rendaient alors au temple.

C'était, sur une colline située dans l’enceinte de la ville,une sorte de forteresse entourée d’un formi-

‘ dable mur de défense et dominée par la tour Anto-

n1a, quartier général de la force romaine. Ce temple était neuf et inachevé; sa reconstruction avait été commencée en lan 20 avant l’ère vulgaire par Hérodès le Grand. Une vaste colonnade longeait ses parvis extérieurs pleins de tumulte et de bruit.

Les nazaréens y pénétraient par une grande porte et se trouvaient dans une cour immense, dite cour des goym parce que les non-juifs pouvaient y pénétrer.

Là vociféraient les marchands de victimes, taureaux, brebis, pigeons et tourterelles, celles-ci servant d'offrandes aux femmes relevées de couches, les marchands d'huile et d’encens, les changeurs et les acheteurs. Les lévites du bas clergé assuraient l’ordre, soutenus par un poste de soldats romains commandé par le capitaine du temple. Ils veillaient à ce qu'on ne traversât pas la cour avec un bâton à la main, des chaussures poudreuses, des paquets ou pour abréger le chemin; ils faisaient ouvrir et fermer les portes. Cette cour était limitée par une

balustrade, surmontée de stèles portant des inscriptions en grec et en latin pour empêcher les étrangers de la franchir.

La cour des étrangers traversée, les pèlerins entraient par la Belle Porte dans la partie du temple réservée aux Bené-Israël.

C'était d’abord la Cour des femmes, que les femmes ne pouvaient dépasser et qui contenait à leur usage des cspaccs réservés, entourés de portiques en bois.

Car la femme était, pour le dévot israélite, un être inférieur, un être impur, dont le contact entraînait dans certains cas la souillure légale. La religion catholique, fille de la religion juive, a conservé cette manière de voir.

C'était ensuite la Cour d'Israël, réservée aux hommes où enseignalent les docteurs de la loi, les rabbis, (origine de nos docteurs en théologie) et où disputaient les Saddoukim (Sadducéens) et les Pharischim (Pharisiens).

Là, du haut d’une estrade, un cohène (prêtre) bénissait les fidèles assemblés. Derrière lui, l’autel des holocaustes famait répandant une odeur infecte.

Au delà s’ouvrait la porte du sanctuaire où, seuls, les sacrificateurs pouvaient pénétrer (c’est l’origine de notre sacristie). Les nazaréens s’inclinaient et adoraient.

Le chef de la famille, en l'espèce lossef, retournait alors dans la Cour des étrangers acheter un agneau. Il le rapportait sur ses épaules et le livrait aux lévites qui l’égorgeaient et répandaient le sang sur l'autel. L’animal était dépouillé et vidé; ses entrailles et sa graisse étaient consumées; puis

l’oblateur emportait la peau, destinée à son hôte, et ce qui restait du corps, destiné au souper pascal.

L'animal était rôti tel quel ; aucun de ses os ne devait être brisé. Ce qui en restait le lendemain était jeté au feu. (Notre art religieux a conservé l’image de l’agneau).

Ce repas de la paskhâ se faisait selon un rituel déterminé. Les incirconcis n’y pouvaient prendre part.

La coupe circulait quatre fois parmi les convives, assis sur des coussins et des tapis à la mode orientale. Après le passage de la première, on apportait des herbes amères au vinaigre, symbole des souffrances endurées en Égypte et au désert, et on les mangeait debout. À ce moment, le fils aîné demandait au père de famille la signification de ce qui se passait sous ses yeux ; il posait deux fois cette question. Le père répondait en racontant la sortie d'Égypte et terminait son récit par ces mots: «Nous devons louer, célébrer, honorer, magnifier celui qui a fait ces grandes et admirables choses à nos pères et qui nous a amenésde la servitude à la liberté, de la douleur à la joie, des ténèbres à une grande lumière. » Disons donc : « Halléluiah ! (mot hébreu conservé dans la liturgie catholique.) Louez le seigneur.» La famille chantait les psaumes 113 et 114. Puis le repas continuait et, après la quatrième et dernière coupe, les convives entonnaient les psaumes 415, 117 et 118. Tout était alors terminé *,

À minuit, les portes du temple se rouvraient et

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