Évangile selon Lucanus, VIII
En ce temps-là, il y avait, au fond de la province, un fils de la bourgeoisie qui, se croyant inspiré” des Muses, décida de se faire poète symboliste. Toute sa famille fut dans la consternation. Son père, le conservateur des hypothèques, son oncle, le vérificateur des poids et mesures, son frère aîné, le surnuméraire de l’enregistrement, et son cousin germain, le commis des contributions indirectes, s’accordèrent à penser que le pauvre garçon avait la cervelle troublée et finirait aux Petites- Maisons.
Bien que des gens férus de poésie symboliste leur affirmassent avec force qu’il avait un talent divin, ils ne voulaient pas en démordre, à cause de l’obscurité du symbole et de la détresse du poète.
Mais il arriva qu’un critique influent lui consacra deux colonies dans un grand journal et, du jour au lendemain, il atteignit à la gloire.
Aussitôt ces personnes qui font métier d’entendre le silence louèrent ses poèmes apocalyptiques avec des soupirs et des pâmoisons et des multtudes entières, craignant qu'on ne méprisât leur intelligence, firent incontinent chorus. Les plus stupides défaillaient avec éclat, afin d’emporter la conviction de leur clairvoyance.
Alors le conservateur des hypothèques absout l'enfant prodigue, le vérificateur des poids et mesures s’enorgueillit de sa parenté, le surnuméraire de l'enregistrement lui emprunta de menues sommes et le commis des contributions indirectes l'employa à son avancement : toute la famille reçut les palmes académiques. Tous connurent que leur
parent était un homme admirable et comprirent instantanément la poésie symboliste.
Cette parabole est la Parabole de l'homme arrivé, et c’est l’histoire d'Ieschou de Nazareth.
Après l’avoir traité en aliéné, sa mère et ses frères, impressionnés par ses cures réputées miraculeuses, par le nombre de ses disciples, par l'enthousiasme des foules, par l'assurance et l’autorité que lui donnait son succès, se mirent à partager sa vle errante.
Tout d’abord nous trouvons Miryam à Cana, village pittoresque situé entre les montagnes de Séphoris et celles de Nazareth.
« Il y eut une noce à Cana en Galilæa, et la mère d’Ieschou était là. leschou fut aussi convié à cette noce ainsi que ses disciples. Le vin manquant, la mère d'leschou lui dit : « Ils n’ont point de vin. » — « Qu’y a-t-il, femme, répondit leschou, entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue. » Mais la mère dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu'il vous commandera ‘. »
M. René Maluski* suppose que l’évangéliste selon Iohanan n’a pas rapporté intégralement les paroles de Miryam. D’après lui, cette bonne femme, ne sachant trop que penser de la qualité de Meschiach que son fils s’octroyait et impressionnée par la foi de ses disciples (comme les mères des curés de campagne sont impressionnées par la vénération des