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V... fut envoyé à Bicêtre

En janvier 184I , le sieur H..., en proie à une vive surexcitation cérébrale survenue à la suite d'une attaque d'épilepsie, se précipite par la fenêtre d'un deuxième éta^^e. Transféré dans une maison de santé, il en sortit au bout de onze mois, et reprit J'administration, de ses biens. Bientôt on remarqua que H... avait de nouveaux accès d'aliénation mentale. Un jour il menaça sa domestique, et voulut même lui porter des coups de couteau. Un autre jour, il veut récompenser le plus léger service par u)i billet de mille francs. Enfin, il prend son uniforme de garde national, et va se promener, avec sa giberne et son fusil, dans la plaine de Saint-Denis.

DE L'EPILEI'SIE. 447

A la suite de ces faits, la famille de H .. demande et obtient son interdiction.

H... appela de ce jugement devant la cour. Son avocat soutint que H... jouissait de sa raison, et que, dans tous les cas, l'épilepsie ne pouvait suffire pour faire prononcer l'interdiction.

Le jugement a été confirmé.

François M.,., désolé d'être en proie à des attaques d'épilepsie qui l'empêchaient de suivre la carrière commerciale à laquelle il se destinait, chercha à se tuer, le il décembre 1841, avec un instrument tranchant, au moyen duquel il divisa la partie supérieure de la verge, amputa les deux testicules et ouvrit la partie supérieure de la trachée. Les deux premières plaies se cicatrisèrent promptement, mais celle de la trachée se convertit en une fistule eUiptique,dela longueur d'un demi pouce. Les accès d'épilepsie, compliqués d'un délire souvent furieux et de la pensée criminelle de mourir, rendirent vains les efforts qu'on fit pour obtenir la guérison. Le 21 juillet 1842, le malade n'ayant plus de fièvre et prenant de la nourriture, mais conservant ses idées de suicide, fut transporté à l'asile de la Senavra. Jusqu'à la mort qui eut lieu le 22 juin 1845, ce malade conserva sa fistule, et ses attaques d'épilepsie ne furent aucunement modifiées ^

De la tâche du médecin expert. — Un épileptique

étant donné, le médecin légiste doit procéder absolument comme s'il avait sous les yeux un cas d'affection mentale et juger d'après l'ensemble des symptômes et non d'après un seul : il faut qu'il retrouve en quelque sorte, dans le fait qu'il est chargé d'examiner, le tableau géné-

• Docteur Andréa Ycrca.

448 LA FOLIE DEVAiNT LES TU1BL>;AU.\..

rai de la maladie tel que nous l'avons esquissé dans ce chapitre.

Suivant M. Jules Falret, dont le nom fait autorité en matière d'épilepsie, l'expert qui veut discerner l'état mental d'un épileptique.doit puiser à trois sources dilférentes :

1" il s'appuiera sur les caractères et la marche des accès de délire, dans leurs rapports avec les accidents physiques de l'épilepsie. Ainsi il constatera que le délire s'est produit sous forme d'accès survenus sans convulsions et sans vertiges, ou bien en rapport direct avec ces symptômes physiques ; que ces accès ont été relativement courts ; qu'ils ont eu une invasion et une cessation rapides ; enfin qu'ils se sont reproduits à intervalles plus ou moins rapprochés dans la vie antérieure du malade ou bien dans la prison.

2" Il se fondera sur les caractères physiques et moraux des accès, et qui consistent principalement dans le vague et l'obtusion des idées, la production d'impulsions violentes et instantanées, le besoin de marcher sans but, de frapper ou de briser sans motifs, et la confusion extrême des souvenirs après la disparition du délire.

3° Enfin il se basera sur les caractères des actes euxmêmes accomplis pendant ces accès, caractères que l'on peut résumer en disant que ces actes sont violents, automatiques, instantanés, et non motivés.

« C'est en s'appuyant sur cette triple base clinique, dit M. Jules Falret, que le médecin légiste peut trouver dans sa science spéciale les moyens d'éclairer la justice dans les cas d'actes violents commis par des épilepti-

ques. En procédant ainsi, il sépare du groupe si vague et si mal délini des folies transitoires, folies instantanées ou folies des actes, admises jusqu'à présent dans les traités de médecine légale, une catégorie bien distincte de faits ayant ses caractères particuliers et décrits à l'avance d'après des observations prises dans des conditions où les malades n'avaient aucun intérêt à simuler ou à dissimuler la folie. »

De la capacité civile. — 11 n'cst pcut-être pas de qucslion médico-légale plus difficile à résoudre que celle de la capacité civile des épileptiques. Ces malades, en effet, observés dans les armistices de leur cruelle névrose, achètent, donnent, vendent, signent des baux, font des contrats, concluent des marchés ou dressent leurs dernières volontés. Or, ces actes sont-ils valables? Un certain abbé Gattus, peu de temps après une série d'attaques épileptiques, souscrivit une obligation onéreuse : Zacchias fut consulté, et il conclut à l'annulation de l'acte. Mais ce précédent doit-il être imité?

En thèse générale, les officiers ministériels, lorsqu'ils traitent sciemment des affaires avec un épileptique, ne devraient accepter sa signature qu'autant que l'intelligence leur semble à l'abri de toute atteinte. Dans le doute, leur devoir est de soumettre leurs scrupules au procureur impérial ou à un médecin compétent.

En y réfléchissant, des complications difficiles peuvent se présenter. « S'il s'agissait, par exemple, dit M. Delasiauve, de la résiliation d'un marché, n'est-il pas évident que le besoin de préserver la fortune du malade

LEGR. FOLlt. 2'J

et de sa famille aurait son contre-poids dans les droits également respectables des tiers, qui pourraient avoir contracté sans intention frauduleuse? En pareille occurrence, la principale indication résulterait de la nature môme de l'acte, de son degré de convenance et d'opportunité. Il faudrait envisager ensuite les influences qui ont pu dominer la volonté de l'épileptique, et s'efforcer, par le rapprochement des témoignages, de bien saisir l'état réel de sa raison, de mesurer, pour ainsi dire, son libre arbitre. La direction habituelle de ses idées, le caractère de sa conduite et l'examen de ses écrits sont enfin autant de bases pour l'appréciation et de guides pour la conscience. Si, en effet, la transaction contestée comportait pour lui une lésion sensible, et que le dommage n'eût pu échapper à la partie adverse; si son discernement à l'état normal eût exclu la vraisemblance d'un tel acquiescement; si on l'avait circonvenu par des manœuvres captieuses, non-seulement en l'excitant à boire et en profitant de son ivresse; si l'on avait surtout usé d'une pression plus directe, l'intimidation, certes, il y aurait pour l'acte de sérieux motifs d'invalidité. Des circonstances opposées militeraient naturellement en faveur d'une solution différente'. »

Nous pensons que l'on doit le plus habituellement regarder comme valables tous les actes qui émanent des épileptiques en dehors de leurs crises nerveuses et de leurs accès d'égarement mental. Comment priverait-on de leurs droits civils, comment mettrait-on hors la loi

' De l'épilepsie, p. 5'i2 et b^S.

DE L'ÉPI LEPSIE. 451

;es trente-huit mille malades que la France renferme et dont l'intelligence n'est pour la plupart que passagèrement lésée à des intervalles indéterminés? De grands embarras peuvent surgir sans doute dans l'application de ce principe général, mais tout dépend de l'examen du fait particulier, et la justice, éclairée par la science, saura toujours prendre une décision conforme à la plus loyale équité.

Des séirices et mauvais traitements exercés sur les

enfants épiieptiques. — Le domaine, déjà si vaste et si varié de la médecine légale, s'agrandit constamment. D'ingénieuses recherches scientifiques et d'habiles expertises en reculent chaque jour les limites. C'est ainsi que M. Tardieu est récemment parvenu à éclaircir une question jusque-là restée obscure, et qu'il a doté la science d'un nouveau chapitre médico-légal, non soupçonné ou laissé dans l'oubli *. Nous croyons qu'il est opportun de mentionner à cette place un ordre de faits dont des enfants épiieptiques ont probablement plus à souffrir que d'autres et d'éveiller la sollicitude des médecins sur les cruels procédés dont peuvent les abreuver des parents dénaturés. La loi a laissé à la conscience des jurés le soin de déterminer quels actes doivent être réputés actes de barbarie, mais la société a le droit de compter sur la perspicacité et le dévouement des hommes qui exercent l'art de guérir, lorsqu'elle a besoin de sauvegarder la santé, l'honneur ou la vie de quelques-uns de

* Étude médico-légale sur les sévices et mauvais traitements exercés sur des enfants. {Aitni d'hyg. pub. et de méd. lég,, avril 1860.)

ses membres. Or, sans faire planer d'injustes soupçons sur des familles qui élèvent des enfants atteints du mal comitial , nous dirons qu'il résulte de renseignements positifs qui nous sont transmis que trois petites filles épileptiques ont été "victimes en 1865 de mauvais traitements analogues à ceux qui vont être décrits. Il est donc bon d'être prévenu.

M. Tardieu a été frappé devoir se multiplier les cas de cruels sévices exercés sur de jeunes êtres qui ont eu à subir des tortures devant lesquelles recule l'imagination, surtout si l'on songe que dans la grande majorité de ces crimes les parents eux-mêmes ont été les bourreaux! « Les sévices et les mauvais traitements exercés sur des enfants, dit-il, sont extrêmement variés, et il est impossible d'en décrire les formes et les instruments divers. Depuis les coups portés avec les mains, les soufflets, les coups de poing, les coups He pied, de souliers ou de sabots, la fustigation avec des verges, des baguettes, jusqu'aux coups de bâton, de corde, de fouet, de fourche, d'épines, de pelle, de pincettes, on peut rencontrer des contusions faites avec toute espèce d'instruments vulnérants. On voit encore des enfants jetés à terre, tirés en tous sens, pinces et déchirés. Mais ce n'est pas seulement à l'aide de ces moyens directs, en quelque sorte, que les enfants sont maltraités; ils sont soumis à des privations de tous genres : défaut desoins, alimentation insuffisante ou grossière, séquestration dans des lieux obscurs, dans d'étroits cachots, manque d'exercice, exposition au froid ; enfin les tortures, poussées à l'extrême, consistent en brûlures répétées à l'aide de fers rougis,

de charbons ardents, de liquides corrosifs, mutilations, écrasement de doigts, arrachement des cheveux et des oreilles, étouffement par l'introduction violente d'une trop grande quantité d'aliments; enfin, souillures de toute sorte, qui vont jusqu'à l'ingestion forcée des excréments. »

Après ces révélations, on se sent porté à faire un rapprochement qui n'a rien de forcé et qui emprunte quelques traits à ces pâles figures d'enfants épuisés par le travail des mines ou des manufactures, à l'occasion desquels les enquêtes poursuivies en Angleterre ont fait surgir de si tristes détails : « Pour tenir les enfants éveillés et stimuler leurs efforts, disait M. Sadler dans le sein du parlement anglais ', on emploie des moyens qui sont contraires à tous les sentiments de l'humanité, et qui montrent le système de dégradation à laquelle les ouvriers dans ces fabriques sont réduits. On aura peine à croire que l'on frappe les enfants avec des fouets faits exprès pour cet usage. »

Et comme pour ajouter plus de force à son interpellation, l'honorable député , saisissant un de ces fouets, c'est-à-dire un tissu de courroies fixées à un bâton, en frappa sur le bureau un coup qui retentit douloureusement dans toute la Chambre des communes.

Sans doute les caractères si souvent inattendus des sévices et la grande diversité des moyens mis en œuvre, et que M. Tardieu a énumérés, doivent laisser sur le corps des victimes des stigmates variés à l'infini ; cependant il

* Ami. (l'hyg. et deméd. lêg., t. XII, p. 288; 18"4.

existe quelques indices généraux que l'on retrouve dans la grande majorité des cas. Il est important de bien les connaître. On est tout d'abord frappé de la physionomie et de l'apparence de ces pauvres enfants : habituellement pâles, d'une maigreur extrême et parfois squelettique, ils présentent les signes d'une décrépitude hâtive. La timidité, la tristesse et la crainte se reflètent sur leur visage; l'œi! estinorne, éteint, et quelquefois les rayons d'une précoce intelligence ne se devinent qu'au feu sombre du regard. Mais, particularité digne d'intérêt, changez brusquement ces jeunes èlres de milieu, enlevez-les à la domination brutale qui les étreint, confiez-les à la garde de la charité publique, abritez-les sous l'égide de la justice, et non-seulement l'expression du visage redeviendra meilleure, mais l'altération constitutionnelle entrera dans une voie sérieuse d'amendements successifs.

« Les traces laissées sur le corps par les mauvais traitements, dit M. Tardieu, sont surtout remarquables par leur multiplicité. Ce sont, le plus souvent , des ecchymoses, des meurtrissures, des excoriations disséminées sur toute la surface du corps, qui en est comme marbrée. Ces ecchymoses, dont la coloration variée atteste la succession des coups, siègent principalement au visage, sur les membres, à la partie postérieure du tronc ; mais elles offrent ce caractère de ne pas occuper de préférence les points les plus saillants sur lesquels portent presque exclusivement les cimles.- Leur forme est souvent significative et reproduit visiblement l'empreinte soit des doigts appliqués ou des ongles, soit des clous d'une semelle de soulier ou de talon de botte et de sabot. J'ai

noté les meurtrissures rougeâtres ovalaires provenant de pincements; les vergetures linéaires, le double sillon bleuâtre, formés par une étroite baguette, par des verges ou par des lanières avec lesquelles les coups avaient été cinglés.

« On trouve parfois les nœuds de la corde ou les épines du bâton imprimés dans les chairs. Il est trèsfréquent de trouver les oreilles déchirées, les cheveux arrachés, les doigts écrasés. Des blessures d'un autre ordre peuvent se rencontrer en même temps sur diverses parties du corps sans offrir des caractères aussi spéciaux. Telles sont les plaies de tête, les fractures dont j'ai rencontré des exemples; telles sont aussi les brûlures à des degrés différents, produites soit par l'application de pelles ou de fers rougis, soit par des charbons ardents, soit par des liquides corrosifs', ainsi qu'on l'a vu dans ces cas extraordinaires de tortures infligées avec un raffinement de barbarie à de pauvres jeunes filles. »

Lorsque les mauvais traitements ont consisté à attacher les enfants parles mains, la taille ou le cou, à les maintenir dans la position assise sur le sol ou sur un escabeau, à les emprisonner dans un caveau, une niche ou une boîte, les liens laissent d'ordinaire les empreintes

* L'auteur fait cerlaiiiement allusion ici à la mulheureuse Adeliiia Defert. âgée de dix-sept ans, dont les Irés-lai'ges brûlures, pratiquées avec le feu ou des fers rouges, étaient immédiatement inondées tlacide nitrique. Cette même jeune fille fut déllorée, à l'aide d'une baguetle de sureau, par son père et sa mère. Le [irocés s'est déroulé le 3 décembre 1859 devant la cour d'assises de Reims, et les débals en fment si scandaleux, que plusieui's journaux comprirent le danger de livrer ces faits à la publicité.

456 LA FOLIE DEVAM LES TRIBIISAUX.

caractéristiques , et l'attitude gênante, longtemps conservée, peut amener une déformation persistante du squelette.

Sur les trente-deux observations que M. Tardieu a rapportées à la fin de son mémoire, la mort est survenue dix-huit fois. Elle a été tantôt le résultat direct, nécessaiie, d'une violence isolée (fracture du crâne, luxation des vertèbres cervicales, ou suffocation déterminée par le passage dans l'arbre aérien d'aliments ingérés de force) ; tantôt elle a été déterminée par le seul fait de sévices antérieures, sans blessure fatalement mortelle. L'enfant, à la suite d'un ébranlement nerveux considérable, a expiré alors sous la main qui Ta frappé.

Le plus souvent, les privations de toutes sortes, le défaut de soins, joints aux mauvais traitements, ont amené dans toute la constitution une altération graduelle dont la mort est le terme suprême , que celle-ci s'explique soit par l'épuisement complet, soit par une maladie intercurrente, dont la gravité s'est accrue en raison de la faiblesse générale.

Les faits qui précédent, bien que se rapportant à tous les enfants en général, trouvent, d'après nous, une application émouvante à de jeunes êtres affectés d'épilepsie. Le fait qui va suivre, et qui est si loin d'être unique, témoigne assez de la nécessité d'entourer de soins vigilants les petits malades dont on cherche lâchement à amener la mort sans retentissement extérieur.

Le 14 janvier 1848, le parquet de Rambouillet fut informé qu'une jeune fdte de vingt ans, nommée Virginie R..., orphe-

line, faible d'intelligence et sujette à des attaques d'épilepsie, était depuis plus d'un an séquestrée par ses frères. Le procureur du roi, accompagné d'un médecin et d'un gendarme , se transporta au domicile des frères R.... à Saint-Léger, et se fiî. conduire dans la chambre de la jeune fille. Il est impossible de reproduire le spectre qui s'offrit à ses regards : sur un mauvais lit de bois, recouvert de paille ou plutôt de fumier, gisait une malheureuse jeune fille , d'une figure douce et agréable, portant ce cachet de résignation sereine que donnent les longues souffrances et surtout la conscience de l'infériorité physique et intellectuelle; son corps ressemblait à unsqueletle; ses genoux étaient ankylosés, ses jambes arquées et ramenées vers l'épine dorsale; sa peau était labourée en tout sens ■par l'action déchirante de la paille qui lui servait de matelas. Elle était sans chemise, sans draps, sans couverture, accroupie comme un animal dans sa fange ; sur son corps étaient jetés çà et là quelques lambeaux de vêtements dont on n'aurait pu déterminer ni la forme ni le nom primitif. La pièce dans laquelle elle se trouvait ne contenait pas le moindre meuble ; un air froid et humide y arrivait par une lucarne sans châssis et par un tuyau de cheminée, de telle sorte qu'il y existait comme un courant d'air glacial pouvant détruire en peu de temps la plus robuste santé. Cette fille a été transportée à l'hospice de Rambouillet. Son frère qui lui servait de geôlier a été arrêté'.

Conclusion** générales. — Après leS longS dévcloppc-

nfieats dans lesquels nous avons cru devoir entrer relativement à la question si émouvante et encore si peu connue de la médecine légale de l'épilepsie, nous résumons notre manière de voir dans la série de propositions qui va suivre.

* Annales médico-psychologiques, 1848.

458 I.A FOLIE DEVAM L!^S TniBUNAUX.

1" L'attaque d'épilepsie et le vertige épileptique retentissent d'une façon déterminée et assez facile à reconnaître sur les facultés intellectuelles, morales et affectives ;

2" Le caractère et les habitudes des malades, fertiles en anomalies étranges, présentent des contrastes trèssaisissables et se distinguent par l'imprévu et la soudaineté des impulsions ;

3" L'influence du mariage sur la marche de l'épilepsie est fâcheuse, et la maladie peut, d'autre part, se transmettre par la voie généra tive ;

4° Tout épileptique, sans être un aliéné, est volontiers un candidat à la folie ;

. 5° Le crime non justifiable commis sous l'empire évident d'une crise épileptique entraine l'irresponsabilité absolue ;

6° Le malade qui a bien manifestement commis un attentat en dehors de l'attaque nerveuse est partiellement responsable ; mais il a droit, d'après l'examen de son état mental, à une pénalité sensiblement atténuée et en quelque sorte proportionnelle au degré de résistance morale qui a pu être opposé ;

7° Lorsque le crime a été froidement calculé et qu'il porte avec lui son explication, l'auteur est responsable, surtout si les accès d'épilepsie sont rares et s'ils n'ont point encore compromis le libre jeu de l'entendement;

8" Lorsqu'un crime tout à fait inexplicable et en complet désaccord avec les anîécédents d'un prévenu qui n'est réputé ni épileptique, ni aliéné, vient à être accompli avec une instantanéité insolite, il y a lieu de

se demander et l'on doit rechercher s'il n'existerait pas des accès nocturnes et méconnus d'épilepsie ;

9° Il importe de s'enquérir désormais si certains enfants aux instincts pervers, méchants ou féroces, ne seraient pas quelquefois affectés d'épilepsie nocturne;

10'' L'épi lepsie ne peut être confondue ni avec l'hystérie, ni avec la catalepsie ;

41" L'épilepsie a des caractères inimitables. Tout médecin compétent peut démasquer la simulation ;

12° Le médecin expert chargé de discerner l'état mental d'un épileptique doit s'appuyer sur les caractères et la marche des accès du délire, sur les caractères physiques et moraux des accès et sur les caractères des actes eux-mêmes accomplis pendant ces accès.

13° Les actes civils qui émanent des épileptiques non séquestrés et qui ont été consentis en dehors de toute crise nerveuse, de tout accès d'égarement mental, doivent le plus habituellement être regardés comme valables;

14° Il y a lieu de reciiercher si les enfants épileptiques ne sont pas plus particulièrement exposés à des sévices et à de lâches brutalités.

En terminant, que nos confrères nous permettent de leur rappeler que dans leurs rapports avec les épileptiques ils doivent constamment se montrer polis, justes, dignes et fermes. Nous savons combien la patience du médecin est poussée à bout par les obséquiosités, les mensonges, les récriminations et les injures de ces malades; mais toujours maître de lui , il faut que l'homme de l'art, en face de ces débordements maladifs, reste calme

et bon. S'il heuile ces malheureux dans leurs prétentions, s'il froisse leur amour-propre, il allume des désirs de vengeance et se prépare peut-être une fin cruelle. D'ailleurs, c'est déjà bien assez que nous ne puissions leur restituer la santé et la lumière de la raison sans avoir à les chagriner encore. Accueillons donc avec intérêt leur grande infortune, compatissons généreusement à leurs souffrances, et nous pourrons alors, à propos d'épilepsie, répéter ces paroles du général Foy : « Ce n'est pas le succès, mais c'est le dévouement qui fait la gloire.»

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