‹ La folie devant les tribunauxChapitre 45 sur 62 · DE LA NULLITÉ DE MARL\GE · texte numérisé non relu

DE LA NULLITÉ DE MARL\GE

un autre médecin, mais sans aucune diminution do la douleur. Pendant la cérémonie civile et religieuse du mariage, L... était abattu et taciturne; il ne dit rien en dehors du simple oui. En quittant l'église, il fut saisi d'une douleur atroce de la tête ; elle fut tellement excessive que dans la maison de son beaupèro il fut obligé de se mettre au lit. La chambre dans laquelle il se trouvait était voisine de celle où l'on préparait le repas de noces. Là il fut saisi d'un accès d'épilepsie furieuse, et tandis que les personnes qui étaient avec lui couraient chercher des cordes pour l'attacher, il se précipita tout nu dans la salle à manger, avec une pelle dont il s'était emparé, poursuivit une femme qui s'enfuit, et la renversa par terre en lui frappant un coup sur la tête. Son beau-père s'interposa; mais, ainsi que les autres, il fut chassé. Le malade se mit alors par terre devant la porte, rongeant la pierre avec les dents ; enfin il se leva avec un couteau de cordonnier à la main et ouvrit la porte de force en s' écriant qu'il voulait les tuer. La première personne qu'il rencontra fut son beau-père, qu'il tua à l'instant.

Cette attaque continua pendant trois jours.

Le 29, la rai.son revint ; mais le malade pouvait seulement se rappeler le moment du mariiige, et rien de ce qui suivit; il supposait qu'il avait dormi pendant tout ce temps. Il fut bientôt transporté dans l'asile de Clément, où il se trouve encore. Dans ces circonstances, on s'adressa à la cour pour obtenir la déclaration de nullité du mariage, par la raison que cet épileptique n'était pas complètement sain d'esprit au moment de la cérémonie, et par conséquent, n'était pas apte à donner son consentement. La cour prononça la nullité de mariage'.

Adolphine Slurbelle a épousé, en 1855, M. Guilmard. Heureuse d'abord, le malheur vint la frapper plus tard : trois enfants nés de ce mariage moururent successivement; l'ahié,

* Cette observation a été extraite par M. Jules Falret de \' American Journal of insanitij, t. II, p. 18G.

qui avait survécu, mourut violemment : un vase d'eau bouillante, renversé sur lui, le fit succomber après d'atroces souffrances. Un jour, le {"^ avril 1840, M. Giiilmard, qui n'était pas malade une heure avant, l'appelle d'une voix entrecoupée ; elle accourt, et elle reçoit son mari, qui tombe mort entre ses bras. Elle ne résista pas à ces cruelles épreuves. Dans son désespoir, elle donna des signes d'aliénation mentale.

Elle avait des hallucinations pendant lesquelles, s'adressant au portrait de son mari, elle l'appelait, lui parlait, croyait le voir à côté d'elle, tenait des propos extravagants, dansait en chemise dans son magasin, etc., etc.

Une de ses amies se disposait à faire un voyage à Mézières ; elle alla la trouver et voulut partir avec elle, affirmant que M. Guilmard l'y altendait. Arrivée à Mézières et ne trouvant pas son mari, elle tenta de se noyer dans la rivière. On la ramena à Paris, où cet état de manie persista ; elle essaya de se jeter par la fenêtre de son appartement; elle se donna à la gorge trois coups de rasoirs; et plusieurs nuits de suite elle mit en émoi tout le passage du Saumon qu'elle habitait, par ses cris et ses extravagances. Des amis intervinrent pour la faire interner dans une maison de santé; des démarches furent faites, miais elles n'eurent point de suite.

A cette époque, madame Guilmard ne cessait de répéter : (( Mon mari, il me faut un mari ! » On conseilla à la mère d'essayer d'un mariage. Madame Guilmard avait dans son commerce une jolie clientèle : c'était la fabricante de corsets à la mode. A ce titre elle avait un confortable appartement, dont le mobilier de luxe valait dix mille francs. On lui savait des économies; aussi, même avant l'expiration du délai légal des dix mois de veuvage, un fabricant de corsets lui trouva-t-il jusqu'à huit prétendants. L'un d'eux fut agréé, mais la future exigea que le mariage eut lieu le lendemain même; il fallut y renoncer, puisque les délais l'empêchaient. Un autre, au moment d'épouser, refusa, disant qu'elle était trop folle. Le régisseur du passage présenta un de ses amis, le sieur Faure,âgé

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