‹ La folie devant les tribunauxChapitre 46 sur 62 · DE LA NULLITE DE MARIAGE · texte numérisé non relu

DE LA NULLITE DE MARIAGE

de quarante ans, employé à la préfecture de police. Lanière de la future refusa son consentement et résista avec tant d'énergie qu'elle se retira chez elle. Mademoiselle Faure, sœur du futur époux, passa les nuits avec madame Guilmard pendant deux semaines. Enfin, le 23 avril, on fit une dernière tentative auprès de la mère ; on lui dit que le mariage était nécessaire pour la guérison de sa fille; que, si elle refusait, on aurait recours à des actes respectueux. Elle finit par céder, et elle fut conduite chez un notaire pour signer un consentement authentique. Le môme jour, par-devant le même notaire, un acte de société fut dressé entre la dame Guilmard et la demoiselle Faure, sœur du futur époux. Le 27 avril, madame Guilmard tenta de s'empoisonner à l'aide d'une forte dose d'émétique pris chez divers pharmaciens. Le lendemain même fut signé le contrat de mariage, auquel ni la mère, ni les amis de madame Guilmard n'assistèrent. Ce jour-là même elle se montra toute nue à l'une de ses clientes.

Le 29 avril, elle se présenta devant le maire et devant le prêtre, et se maria l'air radieux, au moment où elle venait de demander si on allait lui rendre son cher Guilmard.

Dés le lendemain du mariage, des scènes de violence éclatèrent entre les époux. Un mois après, le 2 juin 1841, madame Faure entrait à Charenton.

Elle en sortit la même année, munie du certificat ci-dessous :

« Je soussigné, docteur en médecine, médecin en chef de Charenton, certifie que madame Faure est revenue à son état normal et à ses habitudes de travail. Seulement il existe encore en elle une susceptibilité nerveuse qui e.xige de grands ménagements, d'autant plus qu'ayant déjà manifesté des idées de suicide, il serait à craindre, si elle éprouvait des contrariétés, qu'elle ne se livrât à quelque acte de désespoir. De bons soins delà part de sa famille rendront tout à fait le calme à son esprit.

« FOVILLE. »

Charenton, 29 septembre 1841.

r.70 LA FOLIE DEVANT LES TRIBUNAUX.

Elle était à peine sortie de Chareiiloii que M. Faure demanda séparation de corps contre sa femme. A cette demande, madame Faure répondit par une demande en nullité de mariage.

Son avocat chercha à établir que madame Guilmard était folle i" avant le mariage, 2" le jour même de la célébration, 3" depuis le mariage. A l'appui de sa thèse il produisit le certificat suivant de M. le D"^ Falret :

« Le conseil soussigné, consulté sur cette question :

« Madame Guilmard pouvait-elle être atteinte d'aliénation mentale à l'époque de son mariage, sans manifester le désordre de ses facultés intellectuelles et affectives par ses paroles et par ses actes?

« Ne balance pas à répondre de la manière la plus affirmative, d'après son expérience personnelle et celle de tous ses prédécesseurs qui se sont distingués dans la spécialité des maladies mentales.

« En effet, indépendamment de la remarque générale qui peut et doit être faite, savoir que la folie a pu se manifester dans ce moment, mais que l'observateur a manqué, nous citeroiîs deux faits qui ont d'autant plus de valeur dans l'espèce qu'ils sont constants et presque sans exception.

« 1° L'observation de tous les jours prouve que les aliénés cessent momentanément de délirer, lorsqu'ils se trouvent en présence de personnes étrangères; alors les impressions actuelles absorbent les facultés intellectuelles, et l'esprit se trouve ainsi dégagé des chimères qui le préoccupaient, ou bien les malades font un effort de réaction, et l'empire sur soi est obtenu.

« Dans l'espèce, toutes les conditions les plus favorables étaient réunies pour qu'il en fût ainsi. Nouveauté de lieux, nouveauté de personnes, solennité de l'acte, voilà certainement trois causes suffisantes pour donner une expUcation plausible de la suspension du délire.

2° Le deuxième fait, très-général, à invoquer dans l'espèce.

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