‹ La folie devant les tribunauxChapitre 47 sur 62 · DE LA NULLITE DE MAP,L\GE · texte numérisé non relu

DE LA NULLITE DE MAP,L\GE

c'est que la croyance à la satisfaction d'un vif désir suffit trèssouvent pour suspendre momentanément le délire chez les aliénés; or, c'était bien ici le cas, puisque madame Guilmard répétait sans cesse : « Je veux mon mari, il me faut un mari. »

« Falp.et. »

Délibéré à Paris, le 22 décembre 1842.

Le tribunal, sur les conclusions conformes de M. l'avocat du roi Meynard de Franc, a jugé que :

« Attendu qu'il n'y a pas de mariage sans consentement ;

« Attendu qu'il n'y a pas de consenlement valable s'il n'est pas donné par une personne jouissant de sa raison;

<t Attendu qu'il n'est pas établi que la demanderesse ait l'atifié le mariage depuis qu'elle a recouvré sa raison;

« Que la demanderesse parait avoir été, au moment de la célébration du mariage, sous l'empire d'une monomanie ;

« Que ces faits, s'ils étaient prouvés, sei'aient de nature à entraîner la nullité du mariage;

« Le tiibunal, avant de faire droit, a ordonné la preuve des faits arliculés par la demanderesse, sauf la pieuve contraire. »

L'enquête qui a été la suite de ce jugement constate que la veuve Guilmard avait les hallucinations les plus manifestes. Un jour elle voulut emmener le frère du mari qu'elle pleurait, le prenant pour le défunt. Elle espérait retrou\er dans un second mariage le mari qu'elle n'avait plus. Un témoin dit que le jour du mariage, il croyait qu'on s'apercevrait à la mairie ou à l'église de l'état de folie de madame Guilmard. Un autre, que son étonnement fut grand quand des pei'sonnes du passage du Saumon, où demeurait madame Guilmard, lui apprirent le mariage de celle que dans le passage on appelait la folle. Vn autre dit que, dans un voyage qu'il a fait à Mézières avec la dame Guilmard, celle-ci s'était livrée à tant d'extravaganceg que les voyageurs voulaient la laisser sur la roule : elle avait pris un voyageur pour son mari, et elle voulait le couvrir de son manteau. A Mézières, elle voulut se précipiter du haut du

pont dans la rivière; plus tard, au retour de ce voyage, elle essaya de se couper la gorge avec un rasoir.

Après cette enquête, le tribunal a jugé (19 août 1843) que la veuve Guilmard n'avait pu, sous l'empire de sa monomanie, contracter un mariage valable, et, en conséquence, il a déclaré nul et de nul effet le mariage contracté par le sieur Faure et la veuve Guilmard, et il a ordonné que le jugement serai transcrit sur les registres de l'état civil.

Page 1