‹ La folie espagnoleChapitre 4 sur 6 · FOLIE · texte numérisé non relu

FOLIE

et une belle nuit.... la tour du Nord^ tu sais bien. —Oui j cela est embarrassant. — Très-embarrassant. D'abord je reprendrai le nom d'Almanzor , je répéterai à Paimable objet l'histoire que tu as débitée au seigneur Gonzalve ^ avec quelques changeraens cependant ^ car elle n'était pas trop vraisemblable.

— Dame, monsieur, quand on improvise... — Voyons d'abord à nous introduire. — Par où? — Je n'en sais rien^ mais il faut entrer , voir madmoiselle de Ripai, étudier ses inclinations, ses qualités. — Gomment, diable! de la prudence ! — Ob ! je ne veux plus faire de sottises. — Aht à la bonne heure.

— Et si elle est digne du sacrifice die ma jeunesse — Vous répouseret?

— Avec un plaisir inexprimable. Allons , marchons vers le château. J'imagine qu'il nous y arrivera des choses «xiraordinaires. — Gela n'est pas de

première nécessité. — C'est un privilège attaché aux monumens gothiques. Vois- tu ces donjons qui défient les siècles, ces créneaux couverts de

mousse, ce pont-Ievîs Ah! il est

baissé , le pont-levis ! Nous entrons d'autorité , nous cherchons la chambre de mademoiselle de Ripai, nous assommons ceux qui veulent nous barrer le eheniin...... —Eh! par grâce , n'assommons personne. — Nous parcourons de longs corridors abandonnés aux vents ^ npus passons devant des salles délabrées que ferment des portes de six pouces d'épaisseur, criant avec effort sur d'énormes gonds que dévore la rouille 5 nous nous égarons, nous trouvons des souterrains humides et infects, des lampes sépulcrales, des urnes funéraires, des sort^iléges , des prodiges, du poison, des poignards. • ^^ Ah ! mou Dieu^^

mon Dieu ! quel plaisir trouvez -vous à vous tourmepler ainsi , vous et les autres ? — J'aime les grands effets. — Et raoi le naturel. Cherchons , mon-»

seigneur, cherchons le chemin de la chapelle, et engagez votr^ belle k vous y suivre. »

En causant, ils arrivèrent sur le revers du fossé. Plus de nain^ d'archers 5 tout est calme , on parait sans défiance , et Mendôce s'avance le jarret tendu ^ k nez âu; vent, et la main sur la garde de son épée. Une femme assez laidè passe le pont ^ elle voit nos chevaliers errans ^ et elle fait une mine qui ajoute à sa laideur. « Quelle est cette guenon? dit Mendôce. — C'est probablement une fille suivante. — On Fa donc prise pour relever les appas de sa maîtresse ? — Il est certain qu'elle n'a pas Pair affectueux* — Tu' l'apprivoiseras. — Ma foi, j'en doute. — Aborder la, fais -lui des

contes. --• Eh ! mon Dieu ! que lui dirais'je?— Ce que tu as dit à ta grosse Inès.— Quelle diffërence î loès a quinze ans de moins. — Faites votre cour, monsieur, endomiez cet argus, noyezfe s'il le faut, et moi je me glisse partout où je pourrai passer. !s>

A peine a-t-îl fini de parler, qu'il a traversé le pont-Ievis, la première cour , la salle des gardes. Ou court après lui, il va comme le vent, il tourne, il revient, il ouvre dix portes, il entre dans une salle basse ^ où il trouve Cerdagne entouré des premiers de ses vassaux. La figure noble du comte, ses manières grandes et aisées , ' le luxe qni brille partout , en imposent un moment au jeune homme^ il se remet à la minute, c Je vous avoue , ^ seigneur châtelain , que ee n^est pas vous que je cherchais^ mais je suis enchanté que le hasard

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m'ait procuré Thonneur de vous vôîr^ et je me ferai aa plaisir de dissiper les impressions défavorables que vous avez pu concevoir de moi. »

Pendant qu'il s'explique avec autant de facilité que s'il eût pu compter sur un favorable accueil , Trufaldin était fort embarrassé de sa personne auprès de Théodora , qui était restée immobile près de lui^ les poings sur les hanches^ et qui le regardait d'un air à le faire treoîbler. Trufaldin ne doutait pas que celle qui paraissait avoir quelqu'importance, ne fut dans là confidence de Cerdagne , et , persuadé qu'il l'adoù-* cirait en lui prouvant qu'il était aussi dans le secret , il l'aborda avec des révérences aussi gracieuses qu'on en peut faire quand on n'a pas eu de maître à danser, le maître le plus utile sans doute qu'on puisse donner aux jeunes gens. «Permettez-vous, madame. •*

-Je

— Je suis fille. — Souffi^ez donc , mademoiselle. .. • — Je m'appelle Théodora. -^ Vous n^aimez pas les poli-* tesses. — Ni les longues conversations.

—Il y a de la sympathie entre nous. — Qu'appelez-vous de la sympathie ? — Je parle peu', et je déteste les complimens. — Finissez ^ donc , que voulez^ vous P — Quel diable de caractère ! Je voudrais.... — Vous voudriez.... Vous vous taisez ? Vous êtes embarrassé ?

— C'est que.... — C'est que ? -^ Je cherche le commencement de mon histoire. — Je vais vous la raconter. II y a dans ce château une très-jolie personne que je suis chargée de surveiller 5 votre maître l'a vue par hasard ^ il en est amoureux, il veut l'obtenir^ il ne l'aura pas : voilà ma conclusion.

—Elle ne sait rien : quelle école j'allais faire ! — Que dites-vous en vous tournant de l'autre côté ? — Qu'il est inutile

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que j'aie Thonneur de vous entretenir davantage. » Et Trufaldin fait un demitour à droite comptant gagner paisi-^ blenœnt la maisonnette,^ etjaisser son maître se débrouiller comme I;)on lai semblerait. Théodora court après lui , le prend par une oreille d'une main^ lui applique de l'autre un soufflet ^ lui ordonne d'expliquer dans le plus grand détail .les vues de son ra.aître 5 elle lui demande quel il est, ce qu'il fait^, d'où il vient, où il va. Trufaldin, étourdi xle tant de questions , ne rér pond pas , et cherche à débarrasser la seule oreille qui lui reste. Théor dora trépigne , tempête ^ tire plus fort , et Trufaldin éperdu commence l'histoire du siège d'Antioche, d'Argànt, cl'Abaquaba et d'Ibiquibî, des daur phiiis , du corsaire de Tripoli , et il répète toutes les niaiseries qui javaient ^élj,cieuseipient occupé une soirée dxji

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seigneur ^Gonzalve. Mais Théodora n'ëlait pas simple comme «ainl Joseph.

Vlus Trufaldin extravaguait , plus elle alIoDgeaît sa pauvre et innocente oreille. En se démenant , Trufaldin rencontra aussi celle delà dame, et ne lâcha plus. Elle tirait de son côté , il tirait du sien ^ tous dçux criaient , jur-aient , faisaient des grimaces à dis^ perser une procession de possédés*

Çerdagn^ avait écoulé d^un air plein d'aménité ce quMl avait plu à Mendoce dîC lui débiter. Le petit fripon mentait avec grâce , il parlait avec un^ chaleur , une pureté qui enchantaient le beau-père. Il se reconnaissait , c'était lui qu'on représentait à vingt ans , et vingt fois il fut tenté de jeter ses bras au cou de Mendoce ^ et de terminer ce badinage. Un chevalier armé de pied en cap , la visière baissée ^ était derrière le fauteuil de

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Cerdagîie. « Rappelez- vous vos résolutions , seigneur , lui dit-il : il est essentiel d'y tenir. !> Ce chevalier était le comle d'Aran 5 il avait vu son fils approcher du pont-levis 5 il s'était masqué à la bâte , et il était venu très-vile , pour un gouttea:Jc , rassasier ses yeux et son cœur.

Mendoce trouva très-ritiauvais qu'un tier^ s'ingérât de donner des conseils contre lui. « Eh ! de quoi diable vous mêlez-vous ? dit-il au chevalier. Etestous l'émissaire de quelque rival favorisé f êtes-vous ce rival lui-même ?

Dans l'un ou Fautre cas nous romprons une lance ensemble , et je demande le champ clos au seigneur de Ripai. »

À ces mots , le seigneur de Ripai et le chevalier éclatèrent de rire.

Mendoce , outré qu'on osât l'insulter , tira l'épée , sans s'embarrasser du nombre des vassaux qui entouraient le châtelain. Gerdagne , plus

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enchanté de lui que jamais^^ sentit cependant la nécessité de mûrir une pareille tête par des épreuves ^ il re-* prit cet air de dignité qui lui était familier ) et qui en imposait à tout le monde ^ il «^avança ver^son gendre futur ) prit son épée ^ Ja remit danà le fourreau ^ lui présenta la Qiain ^ et en lui disant de ces choses yaguement flatteuses que les grands ont toujours à leur disposition ^ il se faisait suivre par Mendoce ^ étonné de Tascendant auquel il cédait*

U avdit cru tout gagner en s^intro«« duisant dans le château , et il en sortait sans résistance* Si le seigneur de Ripai prenait de nouvelles précautions ^ il était probable quHl n^appro-* cherait jamais celle qu^il aimait au-> delà de toute expression , et cependant il se laissait conduire par un pè/e qu'il croyait contraire à ses pro-

jets ^ et ce père augurait bien de sa docilité. Quand il sera mon gendre ^ disait en lui— mêin« Gerdagne , je ne veux être qne son ami. Jamais de morgue, de dëclamaiion ; la jeunesse kâit avec raison tout ce qui ressemble aa pédanljsme. JVxlravaguerai , je rirai ^ je jouerai avec lui , et jamais je ne lut pre'senterai k morale <jue s6us Ten^veloppe du plaisir.

En repassant le pont - îevis cependant le petit com-le d'Aran opposa^ quelque résistance. U faisait la mine-^ H avançait de mauvaise grâce. « Venez 5 venez donc , seigneur Almanzor y hii disait Gerdagne ; votre kistoire est tout - à - fait intéressante ; mais diacun a ses habitudes^ la vôtre est de faire l'amour , la m-ienne est de respirer le grand air après dîner. Je* V0US entendrai dans mon parc , sii vous, le trouvez bon> » U eut peur eni

Vôyaïit Théodora 5- elle pouvait lé fiommer de soû iiom ordiûaire 5 elle pouvait parler du comte d'Aran j mais Cerdagne était trop avancé pour reculer , et la civîfité puérile le servit bien. La vieille fil lé avait appris dans soa enfance qu'il cst messéant d'appeler les gens par [leur nom y et elle s'en élait souvenue.

Il était tem^ps que Cerdagne pai^ût ; Théodora et Trufaldin allaient finir par s'arracher ehacEin une oreille , sans compter les gourmades qui commen-^' çaient à aller i» A Taspect dû maîtare y.

ïrufaldin lâcha prise, Théodora aussi , et ils furent tous deux se ranger prl^ de leur patron respectifs

« Mais , seigneur , reprît Mendoce ^ il y a de la cruauté à entraîner hors^ de chez soi un hôte de cinq norinu-* tes , à faire courir un guerrier fatigué ,v toiis^ prétexte de Tentendre plus eom^

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modémentl — Vous irojiveriez beaucoup plus poli que je fusse resté chez moi , que j^eusse fait appeler ma fille ?

'— Oui 5 j^aiaie beaucoup la société. — Je le crois. — £t nous avons autant de loyauté que de couiitoi^ie, dit Trufâl-* din , avec une profonde salutation. »

Ici la conversa]tion s^engage assez généraleihent ^ et Théodora , qui se frottait Toreille , qui se faisait une fête de se venger et de nuire , Théodora ne laissait pas échapper Focca-sion dé glisser son mot,

« Quoi 1 dit -elle , vous croyez ce que vous dit ce petit scélérat 1 — Oui, ma bonne , je le crois. Le seigneur Almanzor n^a pas d^intérêt à me tromper. Passionément amoureux de

la fille de don Fadrique --

Allons 9 dit à part Trufaldin , il a lait aussi une histoire. •- Quoi ! reprit Théod)ra,le père de la belle

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Âbaquaba s^appelle don Fadrique! — r Abaquaba ! repète Mendoce étonne. — Ehl non, dit Gerdagne dVn air de bonbomie , elle se nomme Lusiang, — Lnsiana, Âbaquaba , poursuit Tru^ ialdin, ce sont toujours des a. ^

Le pacifique Trufaldin entrait dan»

les vues de Gerdagne, qui lui mar-^ qua sa satisfaction d^un coup d'œil que personne n'intercepta, et Tacri-' monieuse Théodora reprit du ton le plus humoriste : « Yous ne voyez pas ^ seigneur, que cet écujer est un fri-* pon qui se moque de vous, avec ses^ a 7 et je vous réponds que son maître ne vaut pas mieux. -* Oh ! que non !

oh ! que non , répondit Gerdagne y demandez plutôt à ce preux chevalier. Un descendant des AlmanzQr s'exposerait-il à perdre Testime d'un brave Gatalan ? couvrirait-il des projets coupables du voile de riiospitalitf^ Y

me paieraiuil dMngratîtude , moi qui brûle de payer ma parl^ de la dette qvL^Si contractée TEspagne envers les.

rejetons d^un héros si fameux? Allons donc, q^uelle idée! Vous êtes toujours défiante , la bonne» — Ah , ah ! reprit Mendoce, je vous soupçonne, seigneur, de ne Têtre pas moins. — Quelle injure vous me faites ,^ mon cher che-^ valier ! — Non, il n^ a vraiment de différence que dans Tamabilité de vos ma^- Bières, et cela n'est point étonnant:, un seigneur qui a brillé à la cour, quî- $?est distingué dans les tournois , et dont mille belles ont brigué la conquêtCi..— - Hé , hé ! ce temps-là est un peu passé^ mais je me le rappelle^ je lui dois, quelqu'expérience , et je m'en sers.

Seigneur Almanzor, vous êtes nn:

très -joli cavalier. — * Oh! point decomplimens , s'il vous plaît , rentronSi, •-Yous ftvez de* la. finesse , des grâces,

^e fa gaîté, tout ce qui séduit les

Belles.— Trop poli, beaucoup trop, en

vérité.— 'Mais si ma fille, très-jeune,

très-ingéaue, vous voyait une fois-, et

qu'elle se rendît à votre mérite éminent ,

jugez donc combien je me reproche^

rais d'avoir ruiné le repos de sa vie 5 car

enfin rien ne vous ferait renoncer à la

dame de vos pensées.. .^.. — Mais écoutez

donc j seigneur, je ne sais....— -Non, vous

êtes incapable de la trahir, et Tinclina-

tion que vous pourriez inspirer à ma

fille nuirait singulièrement à mes pro-<

jets. — Ah ! vous avez des projets !

—Je Fai promise à un jeune homme

charmant, à ce qu'on dît. — L'avez-

vous vu ? — Non. — C'est quelque-

magot, je vous en réponds. —• C'est le

^ fib d'un de mes frères d'armes- qui^

s'est couvert de gloire dans nos guerres^

contre les Maures* — * Ce n'est ppinC-

à .voQ'e fiUe à- payer les dettes db^

60 LA FOXl£

rétat. -^ Mais je yeux {payer celles de FamUie'. — Et vous auriez la dureté de me renvoyer ainsi ! — Ah ! voua me rendez bien peu de justice. Je yout donnerai de Targent, des domestiques^ des chevaux , les lettres les plus pres^ 'tantes pour le père de Lusiana^ que je conn^ais beaucoup. •• -^ C^est trop géné^ reux^ en vérité. Je ne souffrirai pas que .vous, vous mettiez en frais^ Je resterai ici^ €*.... -^ Vous partirez , s^il vous plaît*. Telle est mon intention , seigneur A1-* manzor^ et vous voudrez bien vousv y conformer. — Quoi ! sérieusement l' •^ Oh ! très - sérieusement. Faut - il ^ pour vous déterminer^ m^expliquer sans détour , et mettre fin à ces plai-« sauteries f Don Fadrique^ que peutêtre vous ne connaissez pas , n^a point d^enfant. — Ah 1 diable ! — Et la maison d'Almanzor ^ dont vous vous, dites i3su , n^existe point en Espagne ^

ce nota n^est pas même espd^gnol. — Me voilà prU, — • Cela vous de'concerle un peu. Remet t^z-yous 5 je ne vous ferai pas de reproches. J^ai moi-^ même été trop jeune pour n^être pas indulgent ; mais Findulgence à ses bornes ^ el si quelqu^un , qui me pa-^ rait dW état distingué , s^oubliait juS'*^ qu^à méconnaître ce quM doit à mes procédés , j'ai des moyens $ûrs de le ramener , sinon à la raison , du moins au repentir. — Seigneur ^ jç ne souffre pas la menace*— Ni moi une offensfl^ faite avec réflexion. — Tout autre que le père de Séraphine ne me tiendrait pas impunément ce langage. -* El tout auir^ que ce père prudent vous eût déjà réduit au silence. "»

Ici Cerdagne se retourne pour ne pas éclater y ici Théodora le pousse avec le coude d'un air qui voulait aire ; Hé l allez donc. Ici Trufaldin ^

prompt à s'effrayer , ne sait ce qu'il doit penser de la feinte colère du comte. Il prend Mendoce dans se» bras ,- il l'entraîne î il s'écrie : « Hë ! venez donc , étourdi que vous êtes ^ vous ne resterez pas ici malgré le seigneur châtelain ^ peut-être? — Quoi l tu prétends.. ••• — Empêcher quelque nouvelle sottise. — Mais tu prends un ton !....—* Qui n'est, pas plus déplacé que les vôtres. » Et il emmenait Mendoce qui se débat , qui s'échappe ^ et qui revient crier aux oreilles de Gerdagne : « Non ^ je ne connais ni don Fadrique , ni Lusiana , ni Almanzor. J'aime passionnément votre, fille, je lui plairai, je l'espère 5 vous me pardonnerez un mouvement de vivacité , vous vous rendrez à mes ^weux , nous enverrons promener le fils du frère d'armes , et s'il s'avise de prendre de l'humeur, je lui prou- Kcrai que je sais me battre comme

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je sais aîrner. » Et il rejoint Trufaldîn en deux saut» , enchanté d'avoir fait une espace de réparation au seigneur de Ripai , et de lui avoir déclaré ses senlimens.

Théodora n'avait jamaiiî imaginé qu'on pût mener Pamour ainsi en Es^ pagne. Elle restait étonnée ,* stupéfaite 5, elle regardait Cerdagne, qui riait, qui riait, et qu'elle ne concevait pas plus que l'étourdi qui l'avait mené si leste-^ ment. Enfin elle retrouva la parole et s'écria : « Voilà un arrogant petit fripon. — Il est jeune, il est amoureux , voilà tout. — Un insolent qui ose vous faire un défi- — II m'a répondu en brave homme. — Et qui malgré vous prétend à votre fille. — Je ne peux guère le blâmer : Séraphine est charmante.:

— Et vojus voyez cela de sang-froid*!

— Et pourquoi m'emporterai-jé ?'{A:

ion âge j^en aurais fait tout autant^.

64 ijA folie

— Fort bien. Il ne vous resté pliis^ qu'à rompre avec votre anai, qu'à vous allier avec un inconnu. — Ah ! madame veut me donner des conseils*

— Et vous ne feriez pas mal de les suivre. -* Bornez-vous à observer ce }cune homme et ma fille ^ et ne vous inrquiétez pas d'autre chose. — Observer^ observer 1 c'est bien de cela qu'il s'agit- Doublez-moi la garde, et si notre amoureux approche , qu'on l'enlève , qu'on le mette sous les verroux , et que pro* \isoirement le pont soit levé, les fe-* nêtres grillées , et Séraphîne consignée chez elle jusqu'à ce que le mariage projeté soit fait : voilà $e\gi^exïT , voilà comme on mène les affaires. *• Eh bien l qu'est-ce ? Vous rieï encore ^ vous levez les épaules , vous me tournez le^ talons ! Et vous êtes Espagnol î et vous êtes père ? »

Gerdagne rentra ^ et ordonna à ses

gens 9 aussi surpris que Théodora , de laisser toutes les portes ouvertes* Il monta chez monsieur et madame d'Aran , s'amusa avec eux de ce% qui venait de se passer , imagina de nouveaux obstacles à opposer à la vivacité du jeune homme ; il trouva même un incident de nature à le rendre sage pour le reste de sa vie ^ si la beauté, ]a candeur , Tamabilité de Séraphine y ses soins , à lui , et Thonneur bien connu de Mendoce ne suffisaient pas pour le rendre à la raison. Cet incident viendra à son temps.

Cerdagne voulait éclaircîr encore un doute qui suspendait la félicité des dçux familles. Il n^était pas im««possible que la tourterelle se fôt envolée par hasard^ il se pouvait aussi qoç la jalousie restât fermée autant par indifférence que par fierté. Il était difficile de, penser qu'un homme

66 tk FOLIÉ

comme Mendoce ne" plût pa^ à irae?

jeune personne qui avait le cœur libre 5; mais le canir d'une femme est sujet à tant de bizarrerie» ! et puis il ^st si agréable de s'assurer de Ce cju'ott désire ! Cerdagne passa che2 sa fille. « Ah t voilà mon papa. — Oui , j'ai beaucoup de choses à te dire.-** Et j'ai tant de plaisir à vous entendre \ — Parce que ta sais combien je t'aime. — Oh ! vous ne seriez pas aimable sans cefa. ^ Gerdagne l'embrasse ^ s'assied auprès d'elle et lui prend la main. « Je ne te rappellerai pas ce que j'ai fait pour toi. — * Vous ne craignez pas que je Foublie ?-*- Ce n'est pas là ce que \e veux dire. En formant ta raison , en cultivant ton esprit , je me suis ménagé quelqu'es fleurs pour tes dernières années de ma vie-. Je jouis du prix de m'es soins , et si je t'en parle jamais , ce serait pour t^assurer de toute mia reconnaissance.»

ESPAGNOLE. Sj

— Ah ! mon papa se moque de moi..

— Tu ne le crois pas , Séraphine. — Je n^enaipasThabitude, et je m'en éloncerais un peu^ m^is laissons cela. Jouis*sez de vos bienfaits ^ mon digne père^ mais laissez-moî' le faible mérite d'j être sensible et de les reconnaître. — Si en effet tu penses me devoir quelque chose, tu peux l'acquitter en ce moment. — Ah ! parlez. J'aurais tant de plaisir a faire aussi quel(|ue chose poup TOUS ! — Je vais m'expliquer. Je t'ai laisse pressentir , assez légèrement à la vérité.... — Quoi ! mon père F — GcF'tain projet de mariage... — Oh! oui, bien légèrement. Vous ne m'avez pas même nommé le prétendu... — Quoique je fusse cependant à peu près dé<»

cidé. — Décidé, dites- vous P — Tu; soupires , tu es impatiente peut - être* de voir ton prétendu? il ne saurait tarder , et tout ce que j^atiends de

celte recanaaissance dont tu parlais à Tinstant^ c^est que tu douhlesmon bon* beur en cousentaut à assurer le tien*

— Si en effet ce mariage est décidé. ..4

— Poursuis , mon enfant. — Je connais mon devoir^ et je le remplirai.,— Des devoirs ! Tu ne dois connaître de chaînes que celles du plaisir, et je me garderai bien de fen faire porter d^autres. — Il m'est donc permis de répondre avec franchise ? — Permis ^ ma Séraphine ! Eh ! n'est-ce pas à ton meilleur ami que tu parles f — Qu^estoe que le bonheur T que l'idée qu'on s'en fait. Pourquoi , lorsqu'on est bien ^ se laisser aller à l'espoir du mieux , et courir après une ombre fugitive , qui échappe - presque toujours ? Ma tendresse parait vous suffire; je suis heureuse , complètement heureuse de votre affection^ et vous ])ensez à m'éloiguer de vous, et vous

ESPAGNOLE. 6g

croyez que je puisse vous quitter ? — Il résulte de ton petit discours métaphy* sique ^ que tu n^^s pas de goût pour le mariage. — Pas le fnoindre, mon père.

— Tu es bien sûre de cela ? — Oh ! je vous le proteste. — J'ai besoin de tes protestations pour le croire. En effet , comment accorder FindifFérence dont tu te flattes , avec tes seize ans ^ avec des yeux.... Oui^ ma foi ^ sans cesprotes* tions , je pourrais penser que ce lien, qui ne te promet rien de flatteur avec celui que je te propose , pourrait être aussi bien séduisant avec quelqu'un.» •• -—Avec quelqu'un... —Avec quelqu'un que la demoiselle la plus franche ne nomme pas toujours ^ mais qu'un père devine aisément. — Je ne vous entends pas , seigneur. — Oh 1 que si , oh ! que si ^ tu m^entends à merveille. Tu sais bien que je parle d^un étourdi qui cherche à s'introduire dans le châ«

teau. —Ah! je crois Ta voir entrevu. — Oui , Fas-lu entrevu ? — Et vous ave»

pu craindre que je m'attachasse à uu inconnu ? •?- Hé , hc ! un eœur de seize ans ne calcule pas toujours. Il est fort bien cet inconnu-là. — C'est ce que je n'ai pas remarqué. — Figure heureuse* — Oui ? — Taille bien prise ^ de Fesprit. — Vous lui avez parlé ? — Mais ce n'est sans doute qu'un aventurier. — Il a pourtant Tair bien distingué. — Ah !

tu as remarqué cela P II est assez difïïcile alors de n'avoir pas vu le reste. — Ah , mon père ! vous m'embarrassez

à un point ! — Et je n'en vois

pas la raison* Ce jeune homme t'est indifférent, je dois être tranquille.

C'est une affaire terminée. — Et vous me dites cela d'un ton d'ironie qui me pique... qui me désole. — Des larmes, mon enfant ! — Donnez , seigneur , un libre cours à vos soupçons , prenez

les mesures — Yoilà celles que je

veux prendre 5 les portes resteront ouvertes^ ma fille ira partout sans être suivie , sans jêtre observée : c'est à elle seule que je confie le soin de son bonheur , et le repos du reste de ma vie. »

Ce ton dfi loyauté et de franchise émut vivement Séraphine. Elle se reprocha d'avoir .eu un secret pour son père. Elle lui prit les mains, les serra dans les siennes , fixa ses yeux sur les siens. Elle voulait parler. Une fausse timidité glaçait sa langue , et peut-être Tamour combattait-il encore le devoir.^... Tout à coup elle se lève , et , cachant son charmant visage dans le sein de Gerdagne : « Je la recopnaîtrai cette noble confiance , et je vais m'en montrer digne. I^'aveu est pénible sans doute, mais le moyen de rien cacher à un père tel que vous !

Qui, seigneur , ce J£une homme m'a

touchée; j'ai 'désîré en secret qu'il put me convenir. Vous désapprouvez cette

inclination naissante Eh bien^ pour

vous prouver combien je suis sincère en ce moment , j'éviterai les occasions de voir ce dangereux mortel, je ne passerai plus les ponts , je ;ii'interdirai la piartie du château qui donne sur le parc , je vous dévoilerai mes plus secrètes pensées^ mes combats et mes peines; votre tendresse me consolera , et votre sagesse m'aidera à me vaincre. »

On se figure aisément Peffet qu'un tel aveu devait produire sur un père.

Gerdagne , plus heureux à chaque moment , mêlait des larmes de joie aux pleurs de sa fille, et se laissant, aller à la bonté de son cœur : <ç îlassure-toi , ma chère enfant , c'est assez

t'éprouver. Ce jeune homme ,. ce

jeune homme — Par grâce, achevez, mon père. — Ce jeune homme*. ••

-Eh

— Eh bien ! — Il ne le convient pas , peut-être ^ mais du moins je ne te donnerai pas à un autre sans ton consentement. » Et il s^enfuit : il e'tait temps.

« Diable ^ disait-il en lui-même en traversant ses appartemens ^ j^allais tout dévoiler , et Sëraphine , forte de mon aveu , n^eût pas, manqué dHnstruire mon espiègle de tout. Non , seigneur Mendoce^ vous n^aurez pas un bonheur facile : je veux que vous aimiez long-temps. »

Il court chez le comte et la comtesse. « Bonheur partout , leur cria-* t-il y bonheur particulier , bonheur général !» Et il leur raconte l'entretien qu'il vient d'avoir avec sa fille j et on s'^applaudit , on se caresse ^ on se félicite mutuellement.

Séraphine , restée seule, rappelait^ les dernières paroles de son père j elle les pesait , les expliquait ; la der*-

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