IMBECILES ET FAIBLES D INTELLIGENCE. OO
ches et les mystifications qu'elle venait de recueillir. Les parents la placèrent dans une lingerie, mais elle ne voulut pas y rester, se sauva, et c'est alors qu'elle nous fut ramenée. Elle fit les plus belles promesses, et on en fut peu touché. Elle est restée dans l'asile jusqu'au 16 septembre, et depuis nous n'avons pas eu de ses nouvelles.
Il n'esl pas impossible que quelque amoureux s'euilamme pour elle d'une passion vive. Les parents ne manqueront pas de l'encourager, comme cela se fait toujours, presque toujours en cas pareil. Il en est bien peu qui aient le courage honnête de dire la vérité. Si cette pauvre fille se mariait, il serait aisé de prévoir ce qui arriverait. Impossibilité de diriger un ménage, impossibilité d'élever un enfant. Désaccord, violences, désordre, séparation et misère : c'est le tableau que nous avons à chaque instant sous les yeux.
Dans ces sortes d'union, il n'y a que deux résultais possibles. Si le mAiage est riche et que la victime soit honnête, patiente et résignée, elle renonce à tout bonheur et accepte la vie de privation et de souffrance tpii lui est faite. Dans le cas contraire, l'enfer est dans le uuénage et il se dissout.
Le mariage avec les imbéciles condamne au malheur, mais n'est pas suffisant pour imposer invinciblement la séparation à quiconque est doué de beaucoup de vertu et d'une abnégation sans bçrne.
Nous connaissons des ménages qui, sans être heureux (le bonheur est-il possible là où les deux époux ne s'estiment pas à égale valeur?), nous connaissons des ménages (pii se maintiennent dans ces conditions sans orage et
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sans déchéance. iNous en savons un où la vertu de la jeune femme sacrifiée serait digne d'un but plus élevé, et montre une grande puissance sur soi. Con)me cela se passe si souvent, la fiancée n'avait pu voir que la stature élégante de celui 'dont elle allait prendre le nom titré, mais on lui avait laissé ignorer l'infirmité de son esprit et la bassesse de ses habitudes. Huit jours ne s'étaient pas entièrement écoulés, ((ue la nouvelle épouse, aussi belle, aussi fraîclie, aussi spirituelle qu'elle était jeune, avait découvert que M. le comte employail ses matinées et donnait tous ses soins à faire des boulettes avec ses excréments et à les aligner par ordre de grosseur sur le marbre de sa cheminée, devant sa pendule.
La pauvre enfant vit évanouir tous ses rêves et se résigna courageusement. Tant qu'il ne s'agit que des imbéciles, reflort est grand et méritoire, mais il est possible. Le cœur hiunain est quelquefois si riche! Mais il n'en est |)as ainsi de tous les genres de folie.
Nous nous occuperons |iliis lard d'aulrcs aliénés avec lesquels ni les ressources du caractère ni celles de la fortune ne peuvent établir et mainicnir la compatibilité.
Obsekvathin vni. — Adèle B,.. esl luic jeuue fille de quiitor/e ans, d'une jolie figure, mais de ce genre de beauté t\n\ n'a que la durée de l'c\l»èim; jeunesse. Cette entant est très corrompue. Toutes les fois fine des ouvriers travaillent dans l'asile, on est obligé de la surveiller avec gra'ade attention. Elle cherclie à les attirer, à les provoquer, leur fait signe de la suivre, leur envoie des baisers et va jusqu'à faire en leur présence des gestes indécents : on est alors quelquefois réduit à l'enfermer.
A dix ans elle a fait le malheur de sa famille en racontant à
niBi'T.iLi;?, F/r i-viiir.n:s d iNTF.r.Li(;i;.\r.i;, ol
son pcTO qun su mère sciait roulée sur son lil avec son cousin Fort nienlense et instruite de bonne heure de tout ce qu'elle devrait ignorer encore aujourd liui , elle est 1res capable d'avoir inventé cette triste histoire.
A onze ans elle aborda dans la rue un jeune garçon de quinze ans que ses parents avaient envoyé à Paris pour y apprendre l'état de tanneur. Ce jeune homme avait sa chambre, s'était bien conduit jusque-là , travaillait avec assiduité. Elle lui demande de monter dans sa demeure; elle l'y pervertit et lui y)ropose de rester avec lui. Ces deux enfants l'ont pendant deux mois ménage ensemble. On parvient enfin, après de longues recherches, à la découvrir, et on l'amène dans notre service. Elle parle sans la moindre émotion, sans le plus léger embarras, de son aventure. « C'était, dit-elle, bien amusant et bien agréable, cl il est dommage que cela ait fini si tôt. » Cette jeune lille, quand elle a été déllorée, était loin d'être réglée. Elle ne l'a été qu'après plus d'un an de séjour chez nous, à douze ans et demi. Nous l'avons gardée plusieurs années, et nous eussions dû la conserver toujours. Pourtant elle répondait exactement à toutes les f|uestions qu'on lui faisait, cl aux yeux dct: gens du monde n'était point aliénée. Ces personnes, ces bacchantes, qui sont complètement dépourvues de la retenue et de la pudeur sans lesquelles la femme n'est point femme, sont des êtres trop imparfaits pour pouvoir user de leur liberté. Privés d'attributs importants, ils doivent être considérés comme imbéciles, comme incapables, et classés comme tels. C'est une nécessité qu'on (inira par reconnaître, mais qui n'est pas encore assez hautement admise aujourd'hui pour que les médecins eux-mêmes ne fiéchissent point quehiuefois dans la sévérité de leurs devoirs.
La mère d'Adèle B... demanda instamment à la reprendre. Nous résistâmes longtemps, nous la prévînmes de tout ce qui arriverait. Elle persista, et la jeune fille elle-même, dans l'espoir d'obtenir sa sortie , eut une meilleure tenue et promit tout ce qu'on voulut. Nous la laissâmes partir.
Peu de tenqjs après, on la reiicontrail avec des soldais, puis
en état d'ivresse, plus tard enceinte, et enfin nous apprîmes qu'elle était morte en couche (1).
Obskkvation IX. — Nous avions dans l'asile une malade de la pire espèce, fille d'une femme galante qui l'avait élevée selon ses propres mœurs , et iterum atque ileruni fAiœ suce virQinitatam vcndiderat. De chute en chute, cette fille, abandonnée par sa mère, était tombée aux mains d'un jeune homme qui vint lui rendre visite dans notre service, et nous ne tardâmes pas à reconnaître que celui-ci, plus qu'elle-même, était véritablement de noire domaine. C'est lui qui nous raconta sa propre histoire.
Agé de trente ans, M. le marquis de L... n'a jamais pu tirer le moindre profit des efi'orts qu'ont faits son père et sa mère pour lui donner de l'instruction. Il garde un alîreux souvenir des heures qu'on lui faisait passer assis devant une table, ii c6té d'un instituteur qui lui répétait toujours les mêmes choses. Quand il rappelle cette époque, sa voix s'élève, ses yeux s'animent, et il profère des malédictions contre les auteurs de ses jours. Il est d'une ignorance grossière, sait à peine lire et écrire; mais eu même temps qu'il reproche à ses parents l'autorité qu'ils ont voulu exercer sur lui pour son enseignement, il parle avec la même colère de l'humiliation qu'il ressent de ne pouvoir se mêler à aucune conversation, ni fréquenter aucun de ses pareils. « Ils ont du savoir, eux, tandis que moi je ne sais rien, rim, rien du /od^Hdit-ildune voix vibranteet d'un ton de fureur. Aussi s'est-il promplenieut éloigné de sa famille, après l'avoir fatiguée et jiousséc il bout ; il s'est également retiré de tous ceux qui avaient les mêmes habitudes qu'elle pour descendre à un niveau qui lui convient davantage. Cet homme n'a conservé du milieu oii il est néetoii il a vécu dans son enfance et dans sa première jeunesse ipie l'élégance des vêtements pour lui et pour son acolyte. Tout le reslc est déchu ou ne s'est jamais développé. Jl n'a pas de sens moral; il n'a pas de sentiments de famille; il n'éprouve pas
(I) Une tante idiote.
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d'affection; il na que l'appétit brutal des sens. Ses parents, après la plus longue patience , n'ayant pu avoir aucune action sur lui, ont mis à sa disposition une assez forte somme, et il lui est arrivé plusieurs fois, dans ses fureurs, de jeter au feu des titres au porteur de chemins de fer ou de rentes sur l'État. C'est un imbécile incapable d'administrer, et qui devrait être interdit. 11 est difficile pour nous de répéter tout ce que nous avons entendu de sa bouche, et d'exposer jusqu'où allait la corruption de cet intérieur. Si on l'en croit, cette jeune (ille lui a donné pour rivaux tous les fournisseurs qui venaient chez lui, et entre autres
le garçon boucher (Dans notre embarras pour continuer et
achever cette phrase, nous aurons recours à la langue latine, *omme cela nous est déjà arrivé et comme cela nous arrivera encore dans le cours de ce travail.).... Magis magisque fecit hœc Messalina. Pseudo-marito suo rivalem dédit non modo lanium , verum etiam lanii canem molossum.
Ces deux êtres se sont pourtant réconciliés et réunis, bien dignes l'un de l'autre ; mais elle, étant devenue enceinte, il prétendit qu'elle ne l'était pas de ses œuvres et la chassa dans cette position. 11 eut l'appui de son quartiet, car un titre devant un nom, quelle que soit la personne qui le porte ou qui le traîne, exerce encore une certaine influence. La tète de la victime s'égara, et elle nous revint. Avant et après ses couches, elle fit de vains efforts pour rappeler l'infidèle. 11 fut sourd à toutes ses prières, et ne s'est montré qu'une seule fois pour faire rapporter la garde-robe entière de la dame et prendre aussitôt la fuite. Elle sortit elle-même quelque temps après, et nous n'avons plus eu de nouvelles ni de l'un ni de l'autre.
Nous ne savons pourquoi ils se sont séparés. Ils étaient bien appareillés; mais le sort se joue souvent de ces sortes de convenances. Nous ne serions pas étonné d'apprendre plus tard tpie M. le marquis de L... épouse une jeune fdle méritante dont la famille se sera laissé séduire par un titre.
40 L.\ FOLIE LITIDE.
Il faut que la sécurité publique et privée soit plus sûrement sauvegardée. Il faut que chacun veille mieux sur soi et que la société veille sur tous avec plus de sollicitude. L'honnêteté publique et privée et le sentiment de responsabilité ont à cet égard à faire de grands progrès et de bien utiles conquêtes. Il faut dire et il faut qu'on sache que limiter le droit de l'incapable, c'est le protéger au lieu de le violenter; que, l'empêcher de se marier, ce serait arrêter le mal dans sa source.
Nos habitudes et nos mœurs se modifieront à cet égard. Les familles qui mettent aujourd'hui tant d'art, tant de fraude, il faut le dire, à cacher les intirmités de leurs enfants ou de leurs proches, reconnaîtront plus fard que leur devoir et leur intérêt s'accordent pour leur commander d'être vraies, et la loi elle-même deviendra plus protectrice qu'elle ne l'est aujourd'hui.