AVANT-PROPOS, VII
La santé et la maladie côte à côte, le vif et le mort qui se touchent, et tous ces éléments en de pareilles proportions, quelle mine féconde pour celui qui voudrait y entrer résolument pour dix années, avec une âme ferme et un cœur plein de tendresse !
Les observations qui constituent le fond du travail qu'on va lire sont prises presque entièrement dans le service de femmes aliénées, qui est confié à l'auteur. Un certain nombre ont été recueillies dans sa clientèle. Les unes et les autres sont extraites des cartons oiî elles ont pris place pour un traité médico-philosophique sur la folie.
Elles avaient toutes été réunies dans un même esprit, dans un même intérêt, celui des aliénés, mais ce travail est long; selon les proportions conçues, il est loin d'être avancé, et voici l'âge venir. On peut douter maintenant que le projet s'accomplisse : il en a fait naître un autre d'une exécution plus prompte et plus facile,
Eji s'occupant de ses malades, le médecin des aliénés voit chaque jour leurs familles; cette partie importante de ses devoirs est pleine d'intérêt et souvent palpitante d'émotions. On explore là des
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misères extrêmes, de grandes souft'rances, de profonds dévouements, quelquefois aussi de bien lâches abandons ; mais ce qui excite la plus douloureuse compassion, ce sont les tortures infinies qui sont imposées par des êtres atteints d'un mal quelquefois indestructible, à des natures excellentes, vivaces, productives, pleines d'ardeur pour le bien et paralysées dans tous leurs bons vouloirs. Ce genre de malheur qui atteint l'homme au moment oii, après avoir rêvé le bonheur dans son mariage, il s'aperçoit qu'il a épousé un être dépourvu de raison, malfaisant, peut-être incurable, conséquemment éternellement violent, destructeur, injurieux, agresseur, cruel même, ce malheur est plus grand que la mort, car il tue ce qu'il y a de bon, laisse vivre tout ce qui nuit, tout ce qui afflige, et il se transmet chez les enfants, qui, au lieu de faire la joie et l'orgueil de la famille, peuvent faire son chagrin, son désespoir et sa honte imméritée.
En présence de tant de larmes impuissantes, le médecin s'est senti ébranlé dans ses croyances les plus profondes. Pourquoi tout ce mal inévitable
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imposé à ceux qui mériteraient tant de bien? Plus d'une fois il a cru que son cœur allait défaillir, et il s'est surpris donnant tout son intérêt à la famille raisonnable au détriment de l'aliéné; il faut le dire, aimant la famille de toute l'affection qu'il était involontairement au malade. Ce sentiment a pris un tel empire qu'il a fallu y céder. Telle est l'origine de ce livre, qui est écrit, non point en haine des aliénés, mais moins dans leur intérêt que dans celui de leurs alliés, et positivement en vue d'éclairer un terrain dangereux, de diminuer, s'il est possible, le nombre des unions malheureuses. C'est aussi un devoir, et il y a là de quoi rassurer la foi chancelante. En obéissant à ce mouvement impérieux de son cœur, l'auteur se sentira comme affranchi d'un poids qui le gêne, et poarra retourner, plus libre, à sa première tâche.
Quelques mots encore sur le but qu'on s'est proposé d'atteindre et sur l'ordre qu'on a suivi dans ce livre.