Am>. mcd. ps., 1856, png
DE LA l'OI.IE (NSTINCTIVE. lir
telle qu'elle esl, celte observation nous semble se rapporter à la folie instinctive suicide : intégrité apparente de la raison avant la tentative, et après, invasion brusque de Taccès, froide exécution; c'est bien là ce qu'on appelle lésion spéciale de la volonté. Mais faut-il ne tenir aucun compte de la misère, de la tristesse, de l'air sombre qui ont frappé les spectateurs du suicide? Le malade a qualifié sa tentative d'acte de folie, il déclare lui-même qu'il ne savait pas ce qu'il faisait. Quelque passager qu'ait été cet état, ne prouve-t-il pas que le délire existait quoique calme et qu'il était général? Les préparatifs qui précèdent le suicide, et l'acte même, ne montrent-ils pas que les pensées de ce lypémaniaque étaient délirantes? Il a cédé, comme dans un rêve, à une idée dont il n'a apprécié la folie qu'après l'exécution. Mais son esprit n'était-il pas tout entier absorbé par cette conception avant et pendant le suicide? Evidemment la volonté n'y a pas eu plus de part que dans tous les actes de folie, quels qu'ils soient. Si l'intégrité des facultés intellectuelles et affectives, l'irrésistibilité et l'instantanéité des actes sont les caractères principaux de l'impulsion instinctive, les suicides des personnes raisonnables, pour parler comme M. Brierre de
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Boismont, seraient souvent dans ce cas, mais il n'en est rien. Nous reconnaissons dans les deux '«as l'irrésistibilité, et nous ne pouvons admettre d'intégrité de la liberté chez les malades de ■"M. Brierre.
Ji Sans doute la distance parait grande entre un ôinaniaque qui se tue pendant un accès de fré- ^^nésie, et un homme tout à l'heure raisonnable, • qui sort spontanément et brusquement de la vie. 'Nous croyons cependant que le délire existe, et qu'il iest général chez les suicides même les mieux raisonnants.
En effet, quoi qu'on en ait dit, dans tous les 'cas la mort volontaire est toujours la consé- «îquence d'une conception ou d'une idée délirante, 1 et la preuve en est dans l'acte lui-même. Que "ceux qui pensent le contraire prouvent, ou bien que le suicide n'est pas la traduction d'une: pep- -ifeée correspondante, ou bien qu'on peut raisonnablement se donner la mort. On s'en laisse -^'imposer par des paroles et des écrits, tels que i^'les fous raisonnants en sont prodigues. Or, non 0 «seulement la folie éclate dans ces raisonne- Q^ments, mais qu'on interroge ceux qui ont échappé à leur propre attentat, et l'on vercaitiue ■^'f^lM lé délire a été passager, accidentel, plusIJls "'Yeédhhaisssent l'égarement au(|uel ils ont Wédé.
DE LA FOLIE L\SÏL\€ïlVE. 4,1?
Tous avouent qu'ils s'étaient exagéré l'impoiHtance des motifs qui les avaient fait agir. Qu'on ne se le dissimule pas, pour sortir spontanément de la vie, il faut que les sentiments et les idées soient profondément troublés, et même quand la mort est un acte de dévoîiment, on se croit obligé, irrésistiblement poussé au sacrifice de soi-même. Or, l'irrésistibilité, la nécessité »e sauraient être compatibles avec la liberté. Dans les cas les plus fréquents, ceux qui font leiplns illusion, que l'on croit l'effet' d'une détermination volontaire et libre, l'impulsion est la conséquence d'une pensée invincible, le plus souvent d'un sentiment de désespoir. ^ Qu'on succombe plus ou moins promptement, que ,i]|es motifs soient ou non spéciaux,. la conception est toujours délirante quand elle se réalise par son - propre homicideb/î'it su 8f,rf jao'n sbioiua si sjjp -i ' Et nous ne faisons pas là une pétition de principe. En effet, la question est de savoir si le suicide est une folle action ou un crime, c'est-àndirci une œuvre de liberté. Or, peut-on y voir autre chose qu'une pensée fatale, étrangère au sentiment de conservation, sentiment qu'on ne saurait perdre sans devenir aliéné? La parenté idu Suicide avec la folie est telle, qu'on trouve Celle-ci presque toujours dans les ascendants on
les descendants du suicide, et qu'il est exceptionnel qu'il n'ait lui-même, dans son état moral, des preuves de ce que nous avançons. La prédisposition, sur laquelle insiste tant M. Trélat, au sujet de la folie, trouve ici son application. N'est-il pas vrai que la mort volontaire serait la règle et non l'exception , si la nature n'avait donné au plus grand nombre une organisation morale capable de supporter toutes les épreuves de la vie ?
Que le suicide soit une imitation, une contagion de l'exemple, l'acte d'un maniaque, le fait de l'impulsion subite d'une idée ou d'un sentiment pervers et prédominant, ouïe résultat d'une préméditation, dans tous les cas, il n'est que l'expression de conceptions ou d'idées délirantes, à moins qu'on ne conteste le délire de l'acte Im-r; même. Donc, tous les suicides sont à divers degrés atteints de troubles de l'intelligence, donc, la volonté n'est jamais exclusivement lésée. L'histoire de Jobard nous en offre une preuve remarquable. . . ,,
Dans la crainte de voir ses larcins découverts, ou pour d'autres motifs, Jobard veut mourir, mais non se suicider, parce qu'il a à cœur de mettre sa conscience en paix avant de quitterila vie. Il hésite successivement, s'il donnera la.
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mort au président de la République, à un prêtre, à une fille publique. Il s'abstient, parce qu'il ne veut pas qu'on puisse lui supposer un intérêt, et lui appliquer pour une raison quelconque le bénéfice des circonstances atténuantes ; il ne redoute que d'échapper à la mort après l'avoir donnée. Le hasard fait qu'il se trouve au théâtre de Lyon près d'Anna Chabert qu'il ne connaît pas, mais qui est, dit-il, à sa main ; il lui plonge froidement dans la poitrine un couteau destiné à commettre le meurtre, après lequel il compte être tué. Sa folie n'éclata que dans l'acte mêméi Il raisonne logiquement à son point de vue aveé les juges ; est-ce un fou instinctif, comme tous ce^ix dont nous avons discuté les observations?' Vous dites que c'est un monomaniaque raisb'iï-' nant, je le veux bien. Mais, qu'au lieu de traverser tant d'hésitations. Jobard se fiit prom*!)!-^ tement déterminé , le cas serait-il pour cela différent? En quoi se distinguerait-il des homicides instantanés que nous avons étudiés? La folie est dans l'esprit avant de se manifester par des actes chez tous les aliénés ; quelle que soit la forme du délire, la liberté de la raison et de la conscience est fatalement compromise : aussi, ne voyons-nous dans la monomanie instinctive, comme dans toutes les mo-
dalités de ce type, que des variétés de manie.
Nous ne croyons pas qu'il faille forcer les analogies pour rapprocher le délire instinctif des accès de manie des épileptiques. On en jugera par la comparaison des deux faits suivants :
'< Le nommé R... était occupé sous sa remise à ramasser de la chaux, lorsque T... vint furieux se précipiter sur lui. Armé d'un hoyau, il lui porte successivement plusieurs coups , tant à l'épaule qu'à la tête ; et, lorsque sa rage fut assouvie, il abandonna l'instrument du crime et s'en retourna chez lui, laissant sa victime près de rendre le dernier soupir. En effet, deux jours après, R... expirait, sans avoir repris connais- ■'sance, et, par conséquent, sans avoir pu donner à la justice les explications nécessaires. Arrêté presque aussitôt à son domicile, T... répond au gendarme qui l'interroge, qu'en commettant le crime il n'avait pas la tête à lui. 11 reconnaît que sa victime était un homme bienveillant, un véritable père pour lui, qu'il n'avait aucun motif de haine contre lui. Transféré à l'asile de Fains, on le trouve un matin étranglé dans son lit. T... était un manœuvre sans instruction, père chargé de famille, doux de caractère, laborieux et sobre, mais irritable. »
Suivant M. Dagoiiet, qui rapporte cette obser-
vation ', la misère a déprimé chez T... les sentiments affectifs, et, sous l'influence d'une excitation, la réaction est allée jusqu'à la furie, parce que la pensée n'était plus capable de la dominer. Tout en rendant la société coupable d'avoir laissée désarmée l'intelligence de ce malheureux faute d'instruction , M. Dagonet le considère comme coupable.
Nous voyons là, au contraire, un type de folie instinctive. Comment! l'homicide sans motif, 'd'une personne amie, pendant un accès de frénésie qui fait perdre la tête, n'est pas un acte de folie? Ce manœuvre est sobre, d'un caractère irritable, aigri par la misère ; il est pris tout à coup, après une journée de travail, d'un trouble de l'esprit dont le désespoir est, peut-être, la cause. Son dernier acte est un suicide, et l'on contesterait la folie? Il y a pour nous superfluité de preuves ; l'homicide saîis motif porte avec lui son caractère vésanique. J'ajoute que c'est un cas aussi remarquable que possible d'aliénation mentale instantanée. Y a-t-il pour cela lésion de la volonté ? Non ; le malade déclare qu'il avait perdu la tète, cest bien dire la raison
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